CW (mail : sans "NS")
C'est vrai, et j'ajouterais qu'il y a parfois discordance entre deux
adjectifs tirés du même radical:
"notable" est positif en tant qu'adjectif (et aussi en tant que substantif).
"Fama" était la réputation et on a "fameux".
Mais "famé" a pris un sens péjoratif dans "mal famé".
Sans compter "infâme" (tiens, qu'est-ce qu'il fait avec un accent
circonflexe, ce drôle?)
Je serais moins affirmatif que vous même si vous écrivez « le
plus souvent » pour le substantif. L'opposition est bien plus ténue que
vous ne l'estimez. Il est frappant de voir que les exemples cités par
Littré sont tous deux dans un contexte péjoratif.
<cit.>
La notoriété publique l'accuse. Cela est de notoriété dans la maison,
PATRU, Plaidoyer 16, dans RICHELET. Il est de notoriété que vous n'avez
quitté l'Espagne que pour dénaturer vos biens, par la vente ou par des
échanges, BEAUMARCH. Mère coupable, IV, 13.
</cit.>
En revanche, l'emploi du terme « acte de notoriété » dans un
contexte administratif ou légal favorise un sens non connoté.
Dominique
>C'est vrai, et j'ajouterais qu'il y a parfois discordance entre deux
>adjectifs tirés du même radical:
>"notable" est positif en tant qu'adjectif (et aussi en tant que substantif).
C'est son sens d'origine, ce qui est digne d'être remarqué,
signalé. Mais le substantif est lui devenu parfois bien plus péjoratif
que l'adjectif « notoire », une « réunion de notables » ne tient pas
forcément du compliment. Le contexte seul donne la connotation, le sens
péjoratif ou laudatif de ces mots n'existe pas en lui-même, il est
ajouté.
>"Fama" était la réputation et on a "fameux".
Une bonne ou une mauvaise réputation, ce qui importe c'est le
degré élevé de cette réputation ! Un fameux imbécile, un fameux gredin,
une fameuse fripouille, un fameux échec...
>Mais "famé" a pris un sens péjoratif dans "mal famé".
Et un sens mélioratif dans « bien famé ». Le sens péjoratif
n'existe que par l'ajout d'un adverbe.
>Sans compter "infâme" (tiens, qu'est-ce qu'il fait avec un accent
>circonflexe, ce drôle?)
A dit long en position tonique, la syllabe suivante contient un
e dit muet. Infâme et infamie sont dans le même cas que grâce et
gracieux. N'oubliez pas « diffamer », faire une mauvaise réputation.
Dominique
Ce qui me frappe davantage dans le couple « notoire /
notoriété », c'est la formation du substantif désignant
le caractère exprimée par l'adjectif, et dont je ne trouve
d'équivalent nulle part, même là où on souhaiterait
qu'il y en eût. « Vous êtes bien péremptoire... et je
n'apprécie guère cette pérempt????. »
Péremption ? Ouaf ouaf.
Péremptoireté ? Un peu style « deuzio », non ?
Péremptoriété ? Peut-être... mais mot bien lourd.
Autres cas où il manque un substantif à la langue :
transitoire, illusoire, rédhibitoire, dérisoire...
Quid ?
Pierre Hallet
C'est pourquoi on devrait écrire « remèdes de bonne fame » et non
« remèdes de bonne femme », car l'origine authentique de cette
expression vient du latin « fama » qui signifie, comme vous le
soulignez, renommée, réputation. Il s'agissait de remèdes réputés et
bien connus, qui n'étaient pas l'apanage de quelques bonnes femmes comme
le fait suppposer le sens populaire.
--
©lõ
>Ce qui me frappe davantage dans le couple « notoire /
>notoriété », c'est la formation du substantif désignant
>le caractère exprimée par l'adjectif, et dont je ne trouve
>d'équivalent nulle part, même là où on souhaiterait
>qu'il y en eût. « Vous êtes bien péremptoire... et je
>n'apprécie guère cette pérempt????. »
>
>Péremption ? Ouaf ouaf.
Et pourtant si, mais vous vous contentez du sens figuré actuel.
« Péremptoire » vient de la « péremption ». À l'origine, ce contre quoi
on ne peut rien alléguer, répliquer. La « péremption » était une
annulation de procédure après un délai fixé.
>Autres cas où il manque un substantif à la langue :
>transitoire, illusoire, rédhibitoire, dérisoire...
« Rédhibition » est encore un terme juridique ancien qui se
rapporte à un fait de nullité, on évoque alors le caractère rédhibitoire
d'un objet lors d'une vente comme un vice caché. Donc l'objet est à
ravoir.
Dominique
> Je serais moins affirmatif que vous même si vous écrivez « le
>plus souvent » pour le substantif. L'opposition est bien plus ténue que
>vous ne l'estimez. Il est frappant de voir que les exemples cités par
>Littré sont tous deux dans un contexte péjoratif.
Oui, mais nous ne sommes plus au temps de Littré. Consultez le PR.
>Pierre Hallet <pierre.hallet@skynet.b
>Ce qui me frappe davantage dans le couple « notoire /
>>notoriété », c'est la formation du substantif désignant
>>le caractère exprimée par l'adjectif
"Notoire" est emprunté sous la forme *notore* (1226-1239) puis *notoire*(1283)
au bas latin des juristes *notorius*, employé dans *notaria* (sous-entendu
*epistola*) "lettre d'avis, lettre qui fait connaître". C'est un dérivé de
*notum*, supin de *noscere* "apprendre à connaître". Le latin médiéval atteste
le neutre substantivé *notorium* "offense, outrage constaté" (1188) et
l'adjectif *notorius* "connu publiquement".
"Notoriété" est une création savante (1404) d'après le dérivé latin médiéval
*notorietas* (1280). Ce mot exprime le caractère de ce qui est connu de tous
et, par extension, concerne l'opinion générale qui donne une chose pour connue.
Son sens courant de "fait d'être connu de tous (avantageusement) à propos d'une
personne, d'une oeuvre, n'est attesté que depuis 1856; par métonymie, le mot
désigne, peut-être sur le modèle de *notabilité*, une personne connue. (Le
Robert historique)
Daphné
>> Je serais moins affirmatif que vous même si vous écrivez « le
>>plus souvent » pour le substantif. L'opposition est bien plus ténue que
>>vous ne l'estimez. Il est frappant de voir que les exemples cités par
>>Littré sont tous deux dans un contexte péjoratif.
>
>Oui, mais nous ne sommes plus au temps de Littré. Consultez le PR.
Le PR1 donne le « fait d'être connu avantageusement » comme
deuxième sens seulement...
« Ni le tueur de Dusseldorf, ni Petiot, ni Landru, ni même, plus
près de nous, Guy Georges, Thierry Paulin ou Francis Heaulme n’auront
jamais la notoriété de Jack l’éventreur ». (France-Inter, Patrice
Gélinet.)
Les exemples d'emplois de « notoriété » avec un contexte
péjoratif abondent si l'on se donne la peine de les chercher...
Dominique
Et « illusion » ?
> rédhibitoire, dérisoire...
Et « dérision » ?
(Ai-je mal compris quelque chose ?)
> > rédhibitoire, dérisoire...
>
> Et « dérision » ?
>
> (Ai-je mal compris quelque chose ?)
Imaginons une discussion entre A et B où A présente des
arguments à deux sous. B pourra dire que les arguments
de A sont dérisoires, parce que lui, B, en rit... et B
pourrait parler de la « dérisoireté » des arguments de A.
Tandis que si B parlait de la « dérision » des arguments
de A, cela ne voudrait-il pas dire qu'au contraire c'est
A le rieur ?
Pierre Hallet
> Le PR1 donne le « fait d'être connu avantageusement » comme
>deuxième sens seulement...
Certes, mais (je suis tout honteux et confus de me vois si têtu) aucun
emploi péjoratif ne figure au premier sens.
>Certes, mais (je suis tout honteux et confus de me vois si têtu) aucun
>emploi péjoratif ne figure au premier sens.
Sans doute. Je crains que le fait de donner un second sens ne
soit trop précipité. Mon Larousse n'a pas cette hâte à vouloir créer un
nouveau sens détaché du premier. On ne sait si les connotations
péjoratives ou laudatives l'emporteront. Cela résiste encore... Les
passages du négatif au positif sont fréquents, tout comme les termes
ambivalents qui prennent une acception univoque, cependant je ne crois
pas que l'on puisse se fier seulement sur le Petit Robert ou sur le
Trésor de la Langue française -- que j'ai consulté. Il y a eu un
changement récent, mais dans la manière d'employer le mot et non dans le
sens même de ce mot. On lui appose le plus souvent aujourd'hui un sens
positif même si ce n'est pas son vrai sens. Une preuve en est
l'utilisation d'expressions comme « sinistre notoriété », « triste
notoriété » alors que l'on ne parlera jamais d'une « excellente
notoriété » sauf à vouloir renchérir par des hyperboles. Le terme
illustre, à mon avis, la création des sens positifs et négatifs : il y a
parfois séparation à partir d'un mot neutre et le sens adverse perdure
malgré tout.
Dominique
En effet. B devrait parler plutôt du (caractère) « dérisoire » des
arguments de A. Un adjectif est formé sur un substantif (dérisoire sur
dérision) et le substantif qu'on voudrait former sur ce nouvel adjectif ne
correspond pas toujours au substantif d'origine. C'est ennuyeux et je me
demande si c'est dû à un glissement de l'adjectif (dérisoire voudrait alors
dire originellement « qui relève (volontairement) de la dérision » et aurait
glissé vers « est (involontairement) risible ») ou bien à une propriété
naturelle de la chaîne de transformation « adjectivation puis
substantivation » qui élargirait le sens.
Un coup d'oeil au ch'tit Robert laisse penser que les mots glissent tout
seuls (ici en trois étapes) :
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dérisoire [deYizwaY] adj.
. v. 1327; bas lat. derisorius, de deridere « se moquer de »
1¨ Vx Qui est dit ou fait par dérision; méprisant, moqueur. Ton dérisoire.
2¨ (1862) Mod. Qui est si insuffisant que cela semble une moquerie. Þ
ridicule; insignifiant, minime, piètre. Un salaire dérisoire.
3¨ Qui mérite d'être tourné en ridicule. « Une pitié lui venait au cour
devant ce dérisoire ennemi » (Genevoix). « Aucune objection, aucun
adversaire ne lui semblait négligeable ou dérisoire » (Mondor).
Ä CONTR. Respectueux; important.
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