«Colos-Le-Nain
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Parvulus monumentum diligit
En septembre de cette année 1625, comme tous les ans lors de la
Saint-Cincinnatus, les tentes, baraques et tréteaux d'une fête
paroissiale garnissaient le lieu dit : Pré-Cécitron. Ce pré forme,
au coeur du Nanterrois, entre le Pecq et Issy-les-Moulineaux, c'est
à dire les petits moulins, une sorte de cap fluvial. Le cours de la
Pissette l'enveloppe. Ce jour-là, les flots rapides de la rivière
reflétaient les étalages des bateleurs, baladins, escamoteurs,
grimaciers, avaleurs de sabres, bestiaires, équilibristes, joueurs
de mandores, guimbardes, rebutes, mani-cordions, théorbes, rébecs,
macamons, chalumelles, cornets d'Allemagne, flajos, fistules,
rhébèbes, et autres instruments. Des maltotiers, des portes-chaises,
des cochers de coche de rivière, des ruffians, des filles, des
manants, des céladons en quête de cottes à trousser, des volapuques
en quêtes de bourses à couper, piétinaient le sol spongieux de ce
pré Cécitron. Disons-le tout de suite. Son nom est mentionné déjà en
537 par Venetz dans son Galliae Boedekarius; en 1329 par le pape
Savon III dans sa bulle de Pipentère; en 1458 par le père Lachouette
dans sa magistrale "Étude sur l'acclimatation des zèbres parmi les
pacages crétacés de l'Angoumois." [.....] Julius orthographie de nom
"Pré-Sessitron" et Zoloit-zemild: "Pré-Ceussytron. C'est la
tradition donnée plus haut qui a prévalu"
Didier Pelleton va encore m'accuser de graphomanie :-)
--
CathyL
legna.c...@wanadoo.fr
> Albalat le conseille d'ailleurs comme une bonne
>préparation à l'art d'écrire
Albalat... Dire que j'ai dû me farcir toutes ses oeuvres, ligne à ligne,
mot à mot, crayon à la main, pour retrouver toutes les citations que lui
prête Paulhan et de voir qu'il les avait déformées. Il me sort par tous
les trous alors que Gourmont et Valéry sont sortis indemnes de
l'épreuve. Jeunes gens ! si vous voulez savoir écrire, ne lisez surtout
pas Albalat, je suis le meilleur exemple d'absence de style qu'il ait pu
produire par ses conseils de clichés...
> «Savoir imiter, c'est apprendre à ne
>plus imiter..Le danseur de corde use du balancier pour le
>quitter».(p 42)
Euh... attention aux éditions, les miennes datent de l'avant-guerre, non
pas la dernière, mais l'autre... Faudrait comparer avec le Proust des
« Pastiches », j'ai comme l'impression qu'il use du trapèze sans filet
lorsqu'Albalat vante de vieilles ficelles et qu'il tente, sans oser
l'avouer parce que c'est devenu un terme péjoratif, de recycler la
rhétorique la plus conventionnelle.
> Surtout, on ne l'utilise pas comme exercice de
>français en classe.
Certes. L'exercice est très complexe et en fait on doit aussi lutter
contre les imitations involontaires. Mais j'ai eu droit à des chansons
de Vian ou de Gainsbourg presque crédibles sans que je les aie
sollicitées. Il ne faut pas négliger le fait que la notion de modèle est
intégrée par les élèves sans que l'enseignant ait quoi que ce soit à
dire.
>Marcelle Tynaire par
>exemple dit-elle quelque chose à quelqu'un ?
Je ne l'ai pas lue (au moins une lacune impardonnable). Mais son nom
figure dans la liste des Livres pour demain de Fayard. Tout un
programme... Parlez-moi plutôt de Gyp ou de Lucie Delarue-Mardrus...
>1er extrait: Difficulté = faible.
>
>«Colos-Le-Nain
À vue de nez, j'aurais dit Richepin à cause de l'argot et des références
aux voyous, mais il y a en plus trop de citations latines, de fausse
érudition et de dates entre l'Antiquité et le Moyen Âge. C'est donc
Marcel Schwob. Son style n'y passe pas néanmoins car c'est un auteur qui
se livre à peu d'afféteries et il visait le classicisme, la concision
(la construction par phrases simples est vraiment très réductrice du
propos). C'est un très mauvais démarquage des « Vies minuscules » (titre
repris par Michon) et un exercice de chansonnier un peu vulgaire...
L'auteur qui a servi de modèle à Borges méritait bien mieux...
Je ne suis pas certain de jouer jusqu'au bout. On va parler d'auteurs
inconnus de presque tous. Personne ou presque ne lit Schwob aujourd'hui
alors que c'est un conteur de première vigueur quand il quitte ses
obsessions pour les petites filles, les coquillards et les moines. Son
oubli est une injustice énorme de l'histoire littéraire ! Mais je
m'attends à voir défiler des auteurs encore plus inconnus ou moins
recommandables...
Dominique
> C'est un très mauvais démarquage des « Vies minuscules » (titre
>repris par Michon)
Et pan sur le bec ! Les « Vies minuscules » sont de Michon seul, même
s'il a imité à sa façon les « Vies imaginaires » de Schwob... L'un
n'empêche pas de lire l'autre. Un livre de Michon, facile à trouver dans
toutes les librairies ou bibliothèques, vaut mieux que les oeuvres
complètes d'André Comte-Sponville, un pseudo-philosophe
pseudo-littéraire que l'on pourrait croire établi pour cinquante ans en
fonction de la cécité actuelle...
Dominique
> J'ai retrouvé dans ma bibliothèque une édition de 1921 en 3 volumes
> de pastiches d'auteurs célèbres.
Reboux et Müller, « À la manière de... » Une quarantaine de leurs
pastiches ont été réédités en 1964 (Le Livre de Poche, n° 1255).
À lire !
Amicalement,
Bernard
--
CathyL
legna.c...@wanadoo.fr
.| Albalat... Dire que j'ai dû me farcir toutes ses oeuvres, ligne à
ligne,
. Il me sort par tous
| les trous alors que Gourmont et Valéry sont sortis indemnes de
| l'épreuve. Jeunes gens ! si vous voulez savoir écrire, ne lisez
surtout
| pas Albalat, je suis le meilleur exemple d'absence de style qu'il
ait pu
| produire par ses conseils de clichés...
Vous vous calomniez :-) Mais je ne le connaissais pas du tout . Mon
édition est une copie de celle de 1899 parait-il et me vient de la
bibliothèque de ma grand'mère comme les volumes de Reboux qui eux
sont des éditions originales de 1922. Je constate d'ailleurs que ce
Reboux a écrit également un roman napolitain, un roman parisien, un
roman espagnol, un roman (sic), un roman breton et un roman nègre
outre une floppée d'autres ouvrages de "critique littéraire". Il a
écrit aussi des poèmes, (un "Missel d'amitié" qui ne doit pas être
triste) une "Vie amoureuse de Mme Du Barry" et un "Traité de
publicité". Un graphomane comme dirait Didier Pelleton.
Quant à Albalat, on ne peut certes pas comparer ces conseils de
bonhomme patelin aux jeunes gens et jeunes filles, aux études sur
l'art littéraire des deux écrivains que vous citez. Albalat ne joue
pas dans la même catégorie que Paul Valery ou Remi (y?) de Gourmont.
Mais je trouve à ses conseils le charme désuet de ceux de ma
grand'mère justement et tous loin de là ne sont pas sots. Et devant
les écrivains en herbe qui fleurissent sur Internet je trouve une
saveur particulière à sa première leçon qui commence ainsi : «Une
question d'abord se pose "doit-on écrire"?... N'y a-t-il pas assez
d'écrivains? Faut-il encore encourager les mauvais?..»
De toute façon le problème c'est que les défauts qu'il essaie de
corriger ne sont plus les mêmes aujourd'hui.
.| Certes. L'exercice est très complexe et en fait on doit aussi
lutter
| contre les imitations involontaires. Mais j'ai eu droit à des
chansons
| de Vian ou de Gainsbourg presque crédibles sans que je les aie
| sollicitées. Il ne faut pas négliger le fait que la notion de
modèle est
| intégrée par les élèves sans que l'enseignant ait quoi que ce soit
à
| dire.
Oui mais justement on pourrait leur choisir des modèles auquels ils
ne pensent pas pour s'exercer à un style moins "cliché".
..| Je ne suis pas certain de jouer jusqu'au bout. On va parler
d'auteurs
| inconnus de presque tous. .
Non justement je ne voulais choisir que ceux que tout le monde
connaît. Vous lisez des choses trop originales. Et Schwob (dont j'ai
lu seulement le travail sur Rabelais) vous a fait manqué Victor Hugo
pour moi évident, peut-être à tort.
Cette accumulation de références était célèbre de mon temps au
lycée, où on sautait en diagonale en général ces passages, au grand
dam de nos professeurs. Depuis nous avons appris que souvent les
"détails" et le "remplissage" sont intéressants aussi. ;-)
J'ai lu récemment un travail très passionnant d'un anglais sur l'art
de la digression, notamment chez Proust mais j'ai perdu la
référence. Ça me reviendra j'espère.
--
CathyL
legna.c...@wanadoo.fr
.| Et pan sur le bec ! Les « Vies minuscules » sont de Michon seul,
même
| s'il a imité à sa façon les « Vies imaginaires » de Schwob... L'un
| n'empêche pas de lire l'autre. Un livre de Michon, facile à
trouver dans
| toutes les librairies ou bibliothèques, vaut mieux que les oeuvres
| complètes d'André Comte-Sponville, un pseudo-philosophe
| pseudo-littéraire que l'on pourrait croire établi pour cinquante
ans en
| fonction de la cécité actuelle...
J'ajouterais Luc Ferry a la liste de vos pseudo philosophes à qui je
garde rancune car sur la foi de son titre intéressant "L'homme dieu
ou le sens de la vie" j'ai ingurgité une masse de banalités sur les
ONG humanitaires.
Vous donnez envie de lire Mignon. Est-ce un auteur vivant ? Son
titre me faisait penser à François Bon.
--
CathyL
legna.c...@wanadoo.fr
> Jeunes gens ! si vous voulez savoir écrire, ne lisez surtout
> pas Albalat, je suis le meilleur exemple d'absence de style qu'il ait pu
> produire par ses conseils de clichés...
>
Ouais, c'est toujours de la faute des autres.
« Couvrez cette modestie que je ne saurais voir. »
Labio a écrit :
>
> À lire !
C'est un conseil public ou secret ?
>Vous donnez envie de lire Mignon. Est-ce un auteur vivant ? Son
>titre me faisait penser à François Bon.
Jusqu'à plus ample nouvelle, oui et même assez récent, mais sous le nom
de Pierre Michon. On peut commencer par « les Vies minuscules » ou par
« Rimbaud, le fils » (tous deux chez Gallimard et faciles à trouver, ils
doivent exister en poche) -- mais tous ses livres ne sont pas dans cette
première veine de la biographie fictive. La revue le Matricule des Anges
lui a consacré un dossier qui n'est plus aujourd'hui disponible.
C'est d'ailleurs un ami de François Bon -- ils ont le même éditeur,
Verdier, une référence -- qui n'accueille que du bon monde sur son site
personnel :
http://perso.wanadoo.fr/f.bon/
Plein d'idées de lectures d'auteurs vivants et honnêtes, loin des listes
des meilleures ventes des news-magazines. Aucun Ravalec en vue, pas de
Darrieusecq, nulle queue d'un Houellebecq, que dalle de Le Dantec et
autres écrivains débectants... Les imposteurs sont restés à la porte.
On peut aussi se reporter directement à la page consacrée à Michon :
http://www.remue.net/michon.html
Dominique
>Quant à Albalat, on ne peut certes pas comparer ces conseils de
>bonhomme patelin aux jeunes gens et jeunes filles, aux études sur
>l'art littéraire des deux écrivains que vous citez.
Il y a un mérite d'Albalat, c'est le fait de montrer certaines figures,
images en citant de longs extraits des auteurs et de partir de
l'observation des textes. Puis il rassemble l'ensemble des remarques en
les groupant sous un thème. Je crois qu'en son temps c'était une
démarche neuve car on était encore aux tous débuts de l'explication de
texte et qu'il n'y avait alors qu'une suite de questions sans vrai lien
-- on retrouve cette méthode impressionniste, ou plutôt cette absence de
méthode, dans les Lagarde et Michard, fort surestimés. Albalat ne part
pas d'exemples isolés comme dans les manuels de rhétorique ou de faux
modèles construits de toutes pièces pour les besoins de l'ouvrage.
>Albalat ne joue
>pas dans la même catégorie que Paul Valery ou Remi (y?) de Gourmont.
Remy de Gourmont, sans accent comme Grevisse, Clemenceau et Trenet. Ce
n'est pas un penseur certes, mais il a eu une influence considérable vu
le nombre de ses éditions et je retrouve ses conseils repris çà et là
dans les manuels scolaires quoiqu'il ne fût pas pédagogue, mais je crois
fonctionnaire dans un autre ministère. Il publiait d'ailleurs dans le
Mercure de France, si je me souviens bien, la revue de Gourmont.
>Mais je trouve à ses conseils le charme désuet de ceux de ma
>grand'mère justement et tous loin de là ne sont pas sots.
Certes. Seulement les clichés ont changé de forme et de nature depuis.
Je l'avais vu cité en exemple dans un fil consacré aux ateliers
d'écriture et ceux-ci produisent des ravages autrement plus grands par
la célébration outrancière d'Hemingway, de Carver ou de Salinger qui
conduisent à des textes stéréotypés dans la littérature anglo-saxonne.
Le ciel nous préserve de cette engeance !
>Et devant
>les écrivains en herbe qui fleurissent sur Internet je trouve une
>saveur particulière à sa première leçon qui commence ainsi : «Une
>question d'abord se pose "doit-on écrire"?... N'y a-t-il pas assez
>d'écrivains? Faut-il encore encourager les mauvais?..»
Tout le monde sera un jour écrivain ne serait-ce qu'une seconde...
Paulhan rêvait d'éditer tous les manuscrits refusés en Pléiade, sa
boutade est exaucée par la magie de la technique... On se bouscule au
portillon. Les journaux intimes sont rédigés en direct sous les yeux de
chacun, les romans sans orthographe ni syntaxe sont balancés dans le
monde entier, les auteurs d'élucubrations sur la CIA et le Mossad
complices des extra-terrestres néo-nazis sont accessibles à n'importe
qui... Sans compter ceux qui glapissent sur Usenet : « Je suis
écrivaine ! Je suis écrivain ! Je suis écrivain ! » sans jamais rien
produire. Et qui a fait un jour une recherche avec le mot clé
« littérature » sait qu'il doit se réfugier dans les bonnes vieilles
bibliothèques ou bien affiner ses méthodes.
>Oui mais justement on pourrait leur choisir des modèles auquels ils
>ne pensent pas pour s'exercer à un style moins "cliché".
Hum... Combien de sous-Céline ? Une tripotée... Combien de sous-Duras ?
Ce qui reste quand on a ôté les sous-Céline. Ces modèles moins
conventionnels ont entraîné d'autres conventions. Cela tombe des
mains...
Dominique