Quelqu'un pourrait-il m'orienter vers une ressource d'interprétation des
poèmes de Villon. Je pense entre autres à 'Je plains le temps de ma
jeunesse'. Bon nombre de mots sont opaques ou me sont carrément
inconnus. Ainsi, que veut dire 'gallé'?
Comment les traducteurs de Villon en d'autres langues s'y sont-ils pris?
Car sans compréhension, pas de traduction. En traduction, on ne peut se
contenter de demeurer en surface du sens...
Existe-t-il des traductions de Villon en français contemporain?
Merci mille fois !
Raymond Roy
> Quelqu'un pourrait-il m'orienter vers une ressource d'interprétation des
> poèmes de Villon. Je pense entre autres à 'Je plains le temps de ma
> jeunesse'. Bon nombre de mots sont opaques ou me sont carrément
> inconnus. Ainsi, que veut dire 'gallé'?
>
> Comment les traducteurs de Villon en d'autres langues s'y sont-ils pris?
> Car sans compréhension, pas de traduction. En traduction, on ne peut se
> contenter de demeurer en surface du sens...
>
> Existe-t-il des traductions de Villon en français contemporain?
Le problème avec Villon, c'est que sa langue n'est plus de l'ancien
français, mais du moyen français, avec une morphologie et une syntaxe à peu
près semblables à la nôtre. Il n'est donc pas nécessaire de faire de
traduction, surtout lorsque le texte, ce qui est le plus souvent le cas, est
reproduit dans une orthographe moderne.
Par contre, toute édition scolaire des oeuvres de Villon vous propose une
grande quantité de notes susceptibles de vous éclairer sur les mots qui
n'existent plus ou sur les constructions archaïques.
Le verbe "galler" signifie "s'amuser, faire la fête". Dans la première
strophe, vous avez aussi "partement" = "départ".
Dans la deuxième strophe, "je dis voir" = "je dis vrai", et "chevance" =
"bien, héritage".
La suite est bien longue, et puis je ne sais pas exactement quels sont les
mots qui vous gênent.
--
Jean Tosti
Signification des noms de famille :
http://www.geneanet.org/onomastique/
http://www.jtosti.com/indexnoms.htm
>Quelqu'un pourrait-il m'orienter vers une ressource d'interprétation des
>poèmes de Villon. Je pense entre autres à 'Je plains le temps de ma
>jeunesse'. Bon nombre de mots sont opaques ou me sont carrément
>inconnus. Ainsi, que veut dire 'gallé'?
>
Explication de quelques mots, tout d'abord, mais seulement pour la strophe dont
vous parlez car le texte est long.
Je plains = je regrette.
Ouquel = durant lequel.
Gallé = mené joyeuse vie.
Son partement = son départ.
Celé = caché.
N'a cheval = ni à cheval.
S'en est volé = s'est envolé.
Vous trouverez en librairie le texte, soit traduit, soit annoté. Vous pourrez
aussi utiliser un dictionnaire d'ancien français (Larousse par exemple).
>
>Comment les traducteurs de Villon en d'autres langues s'y sont-ils pris?
>Car sans compréhension, pas de traduction.
Il va de soi qu'ils connaissent non seulement la langue du 15ème siècle, mais
son évolution de ses origines à nos jours. Cela s'apprend.
Et Villon en vaut la peine.
Bon courage. Daphné.
oui (du moins c'est considéré comme français moderne).
Je plains le temps de ma jeunesse
Je plains le temps de ma jeunesse,
Où plus que quiconque je me suis amusé
Jusqu'à l'entrée de vieillesse,
Qui son départ m'a caché.
Il ne s'en est à pied allé,
Ni à cheval, las ! comment donc ?
Soudainement s'est envolé,
Et ne m'a laissé aucun don.
Allé s'en est et je demeure
Pauvre de sens et de savoir,
Triste, découragé, plus noir que mûre,
N'ayant ni cens, ni rente, ni avoir,
Le moindre des miens, je dis vrai,
N'hésite pas à me renier
Oubliant un devoir naturel,
Parce que je suis sans le sou.
Je ne crains pas d'avoir trop dépensé
Dans les festins et la bonne chère,
Je n'ai pas trop aimé et n'ai rien vendu
Que des amis me puissent reprocher,
Rien du moins qui leur coûte très cher.
Je le dis et ne crois pas me tromper.;
De ces reproches je puis me défendre;:
Qui n'a rien fait de mal ne doit pas s'accuser.
Il est bien vrai que j'ai aimé
Et que j'aimerais encore volontiers,
Mais triste coeur, ventre affamé,
Qui n'est pas rassasié au tiers,
M'éloignent des amoureux sentiers,.
Après tout, qu'il y trouve son profit
Celui qui a le ventre bien rempli,
Car de la danse vient de la panse.
Hé ! Dieu, si j'eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle
Et à bonnes meurs dédié,
J'eusse maison et couche molle !
Mais quoi ? Je fuyais l'école,
Comme fait le mauvais enfant.
Quand j'écris cette parole,
Peu s'en faut que le cœur ne me fende.
François Villon, Testament, 1489.
L'édition de Jean Dufournet des _Poésies_ de Villon en livre de poche chez
Garnier-Flammarion est bilingue.
Texte en regard, traduction en belle page. Très pratique. Pas cher. Nombreuses
notes en fin de volume.
Cordialement,
--
A. B.
>Quelqu'un pourrait-il m'orienter vers une ressource d'interprétation des
>poèmes de Villon. Je pense entre autres à 'Je plains le temps de ma
>jeunesse'.
Vous citez l'un des poèmes les plus aisément accessibles de
Villon. Il ne pose de difficulté que de vocabulaire, rarement de
tournures. Mais c'est vraiment très facile à comprendre par rapport aux
ballades en jargon coquillard.
>Bon nombre de mots sont opaques ou me sont carrément
>inconnus. Ainsi, que veut dire 'gallé'?
On vous l'a expliqué, il est de la même famille que « régal »,
d'abord bruit joyeux, plaisir que l'on offre, et que « gala »,
« galant », « galand ». Toute édition en livre de poche ou pour un
public scolaire indique ce genre de mots en notes.
Je prends la dernière strophe :
La mort le fait frémir, pâlir,
Le nez courber, les veines tendre,
Le col enfler, la chair mollir,
Le col est le cou.
Jointes et nerfs croître et étendre.
Les jointes sont les jointures ou articulations.
Corps féminin, qui tant est tendre,
On dirait « si tendre ».
Poli, souef, si précieux,
Poli : magnifique, élégant, superbe.
Souef : doux, agréable. C'est de la même famille que suave.
Te faudra il ces maux attendre ?
Absence du « t » euphonique.
Oui, ou tout vif aller aux cieux.
Tout vif : intensément, fortement, brutalement.
>Existe-t-il des traductions de Villon en français contemporain?
On ne traduit pas un texte de moyen français (et non d'ancien
français) en français contemporain pas plus qu'on ne doit traduire Dante
en italien moderne ou Shakespeare en basic english. Cela a été commis
pour Montaigne et Rabelais, mais c'est dans le sens d'une dénaturation
du propos. Ce français n'est pas d'une grande difficulté, il suffit de
donner quelques explications marginales. La ponctuation dans les
éditions courantes est refaite, l'orthographe est modernisée sauf si
elle joue à la rime ou pour le compte des syllabes, parfois on adapte un
mot de liaison si le texte est scolaire (je l'ai déjà vu pour Ronsard,
Du Bellay ou Charles d'Orléans) mais en respectant le mètre. Nous avons
affaire à un poème et il faut respecter sa métrique en français. Les
traductions complètes concernent des textes antérieurs, en ancien
français (avant 1350) et alors on traduit intégralement en prose plus ou
moins rythmée. Il me semblerait franchement dommage de se couper de ce
passé, on y accède encore avec un petit effort alors que des textes qui
sont vraiment en ancien français sont aussi lisibles que du latin.
Villon mérite que l'on s'intéresse à lui avec le minimum
d'intermédiaires, mais il y a un Villon secret, celui de l'argot, pour
lequel toutes les hypothèses ont été émises : les textes ne sont pas les
plus célèbres, vous vous y perdriez dans les interprétations.
Dominique
>> Existe-t-il des traductions de Villon en français contemporain?
>
>oui (du moins c'est considéré comme français moderne).
>
>Je plains le temps de ma jeunesse
Texte incomplet... C'est un abrégé.
Dominique
>Vous trouverez en librairie le texte, soit traduit, soit annoté. Vous pourrez
>aussi utiliser un dictionnaire d'ancien français (Larousse par exemple).
De moyen français. N'exagérez pas... Villon est né en 1431 ou
1432, pas avant 1350.
Dominique
>S'en est volé = s'est envolé.
Merci Dafné ! Je cherchais désespérément un exemple de « tmèse »
(terme de rhétorique et de linguistique emprunté au grec, tmesis,
« coupure », désignant la séparation de deux éléments d'un mot
normalement liés).
La tmèse peut être rhétorique : « Puis donc que vous trouvez la
mienne inconcevable » (Corneille ; exemple tiré du Robert) ==>
« puis-que donc » est devenu « puis donc que » mais elle est surtout,
pour moi, un problème de linguistique : je n'arrivais pas à trouver
d'exemple de tmèse grammaticale en français. En voilà une :
s'en est volé ==> s'est en-volé.
À titre de comparaison, je citerai ce vers de Sappho : « phereis
apu materi paida » (mot à mot : « tu portes loin de sa mère
l'enfant ») ; ce vers est traduit par Odysseus Elytis (de tête) « tu
emmènes l'enfant loin de sa mère », ce qui est à mon goût un
contresens ; il y a une tmèse : « phereis apu » = « apophereis »
(apporter) et la traduction serait plutôt « tu ramènes l'enfant à sa
mère », ce qui cadre mieux avec le reste du fragment.
La tmèse était fréquente en grec ancien ancien (je veux dire le
grec d'avant l'époque classique) et elle prouve que les préverbes, comme
« apo- » dans « apophereis », était encore des adverbes et possédaient
une certaine indépendance avant que l'univerbation (le fait que deux
mots collés l'un à l'autre ne donnent plus qu'un seul mot ne possédant
qu'un seul accent, phénomène fréquent dans la formation des noms
composés comme « pèse-personne », procédant de l'univerbation de
« pèse » et de « personne »)
Je propose donc la réhabilitation de la tmèse en français moderne :
ne dites plus « je préfère les fraises aux cerises » mais « je fère les
fraises pré aux cerises ». Bon, j'arrête là, l'on risque con de me mal
sidérer. Re mais connaissez que c'inter est ressant de torturer ainsi
une langue que l'ad on mire.
Siva
P.S. voici le fragment de Sappho en entier :
asterôn pantôn o kallistos vespere panta pherôn osa phainolis eskedas'
auôs phereis oin phereis aiga pereis apu materi paida.
« De tous les astres le plus beau, Vesper [Dieu du couchant],
rassemblant tout ce que la brillante Aurore avait dispersé, tu ramènes
la brebis, tu ramènes la chèvre, tu ramènes l'enfant à sa mère. »
(On trouve souvent la traduction suivante : « tu ramènes la brebis, tu
ramènes la chèvre, mais tu emmènes l'enfant loin de sa mère ».)
Le dictionnaire de Grandsaignes d'Hauterive (Larousse) que je propose
s'intitule "Dictionnaire d'ancien français", mais, comme le précise
l'avertissement, "il comprend les mots de l'ancienne langue de moyen âge et de
la Renaissance (1400 mots environ propres au 16ème siècle) qui n'ont pas
survécu dans la langue moderne (du 17ème siècle à nos jours)." Il peut donc
convenir.
15ème siècle, oui. C'est ce qu'il me semble avoir dit dans la partie de mon
message que vous ne citez pas.
Daphné.
Google aidant, « avant même que » et « alors même que »
constituent des tmèses du temps présent, pas obsolètes
comme « puis donc que ».
D'autres idées, le forum ?
Pierre Hallet
Dans le cas de Villon, je n'ai jamais souhaité qu'une traduction vienne
se substituer à l'original. Je m'en serais plutôt servi pour accéder
sans entraves au sens du texte. Une fois celui-ci bien compris dans
toutes ses subtilités, il ne me resterait plus qu'à déguster l'original.
Quoi qu'il en soit, merci à tous ceux et celles qui ont fait une
intervention ici.
Raymond
>
>Dominique
>Le dictionnaire de Grandsaignes d'Hauterive (Larousse) que je propose
>s'intitule "Dictionnaire d'ancien français", mais, comme le précise
>l'avertissement, "il comprend les mots de l'ancienne langue de moyen âge et de
>la Renaissance (1400 mots environ propres au 16ème siècle) qui n'ont pas
>survécu dans la langue moderne (du 17ème siècle à nos jours)." Il peut donc
>convenir.
Ancien français avant 1340. Moyen français 1340-1610 -- sauf
quelques incursions chez le dernier Aubigné. C'est la coupure de tous
les dictionnaires et ouvrages de référence actuels.
Grandsaignes d'Hauterive, 1947, ouvrage épuisé, non réédité. Ce
dictionnaire n'est plus disponible depuis belle lurette sauf en occasion
ou en bibliothèque. Totalement dépassé. Mais on peut trouver facilement
plus récent (Greimas qui commence d'ailleurs à dater, mais qui a
remplacé le Grandsaignes par deux volumes plus épais) ou plus ancien et
exhaustif (La Curne de Saint-Palaye, Godefroy).
Dominique
>> Merci Dafné ! Je cherchais désespérément un exemple
>> de « tmèse »
>
>Google aidant, « avant même que » et « alors même que »
>constituent des tmèses du temps présent, pas obsolètes
>comme « puis donc que ».
Comme « pour ne pas que » de plus en plus fréquent à l'oral et à
l'écrit. 3 190 sur Google arantèle, mais 1 840 sur Google forums soit
alors un texte sur deux !
Dominique
> L'édition de Jean Dufournet des _Poésies_ de Villon en livre de
> poche chez Garnier-Flammarion est bilingue.
> Texte en regard, traduction en belle page. Très pratique. Pas cher.
> Nombreuses notes en fin de volume.
... donc pas pratique. Les notes devraient être en bas de page.
Bernard
>> Merci Dafné ! Je cherchais désespérément un exemple
>> de « tmèse »
>
>Google aidant, « avant même que » et « alors même que »
>constituent des tmèses du temps présent, pas obsolètes
>comme « puis donc que ».
Au fait, en voici encore une, belle et fort courante :
Le se peut se placer devant pouvoir, sans que pouvoir soit pour cela
verbe réfléchi ; se appartient alors au verbe à l'infinitif qui suit :
Il se peut faire, pour il peut se faire.
On rétablit d'ailleurs souvent l'ordre d'origine : autant que
cela peut se faire, mais autant que faire se peut...
Dominique
> On rétablit d'ailleurs souvent l'ordre d'origine : autant que
>cela peut se faire, mais autant que faire se peut...
Très juste, mais je recherche des tmèses qui ont séparé un préverbe
ou une ancienne préposition / adverbe d'un mot univerbé, comme
« envolé » ==> « en... volé ».
C'est notre seul verbe à comportement allemand, non ?
--
ICI, INFORMATIONS DÉFILANT EN PERMANENCE DE DROITE A GAUCHE
Entièrement d'accord avec vous. Les notes aidant à la compréhension du texte
devraient toujours se trouver en bas de page. Mais dans ce cas précis il
s'agit surtout de références, de précisions concernant des personnages ou des
allusions. Leur rejet en fin de volume me paraît une bonne chose.
À vrai dire, je trouve même idéal le choix qui a été fait ici : texte à
gauche, sens à droite, et notes d'approfondissement en fin de volume. Sauf que
j'aurais mis le texte à droite, mais ne me demandez pas pourquoi.
Cela dit, « Rien ne m'est sûr que la chose incertaine ».
--
A. B.
>Il s'en est suivi que (du verbe « s'ensuivre ») au lieu de : il s'est
>ensuivi que...
Par fait.
> Montcalm a écrit :
> > ... donc pas pratique. Les notes devraient être en bas de page.
> Entièrement d'accord avec vous. Les notes aidant à la
> compréhension du texte devraient toujours se trouver en bas de
> page. Mais dans ce cas précis il s'agit surtout de références, de
> précisions concernant des personnages ou des allusions. Leur
> rejet en fin de volume me paraît une bonne chose.
Oui, en effet, s'il s'agit par exemple de références, on peut comprendre
qu'elles soient reportées en fin de volume, surtout si elles sont très
nombreuses. Mais les notes utiles à la compréhension du texte
devraient se trouver en bas de page, nous sommes bien d'accord.
Je ne comprends vraiment pas pourquoi, très (trop) fréquemment,
on les rejette en fin de volume ou, pire encore, en fin de chapitre.
> À vrai dire, je trouve même idéal le choix qui a été fait ici : texte
> à gauche, sens à droite, et notes d'approfondissement en fin de
> volume. Sauf que j'aurais mis le texte à droite, mais ne me demandez
> pas pourquoi.
J'aurais fait la même chose. Peut-être estimons-nous, plus ou moins
consciemment, que le texte original « mérite » la belle page.
> Cela dit, « Rien ne m'est sûr que la chose incertaine ».
C'est très socratique.
Amicalement,
Bernard
Oui, de Gérard Lenorman:
Je vais chanter la ballade
La ballade des gens pendus
--
Harlan Messinger
There is no xyz in my actual e-mail address.