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Copurchic

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joye

unread,
Dec 18, 2015, 9:44:52 AM12/18/15
to
En visionnant le film "Nana" de Jean Renoir (1926), on lit :

« Cette femme-là, c'est le chic de copurchic, je vais, de ce pas, la
couvrir de fleurs ! »

Le dictionnaire CNRTL trace ses origines en 1889, mais donne le mot
comme vieilli, bien qu'on puisse le lire sous la plume de Queneau en 1947.

L'aurait-il peut-être utilisé pour l'humour ?

J'ai beau chercher le mot dans un pdf de "Nana" en ligne, je ne l'ai pas
retrouvé.

Je me demandais si Renoir s'en servait alors pour communiquer un effet
de vulgarité. Le personnage qui s'en sert est un admirateur malheureux
de Nana.

Qu'en est-il ? Avez-vous déjà croisé le mot ou l'expression ?

À propos, on peut (depuis l'Amérique au moins) regarder ce film sur
YouTube :

https://youtu.be/xb3dWAyW2kY

jm

unread,
Dec 18, 2015, 8:26:22 PM12/18/15
to
Jamais vu ni entendu /copurchic/ mais force est de constater que le mot
existe. Cela dit, le tour /chic de copurchic/ équivaut-il aux tours
/adjectif de chez adjectif/ que l'on entend régulièrement ces jours-ci ?
Exemples : /cool de chez cool/ ou /nul de chez nul/ ou autres ? Si
équivalence il y a, d'où le /chez/ peut-il bien provenir ?

joye

unread,
Dec 18, 2015, 8:49:47 PM12/18/15
to
On 12/18/2015 7:26 PM, jm wrote:

> Jamais vu ni entendu /copurchic/ mais force est de constater que le mot
> existe. Cela dit, le tour /chic de copurchic/ équivaut-il aux tours
> /adjectif de chez adjectif/ que l'on entend régulièrement ces jours-ci ?
> Exemples : /cool de chez cool/ ou /nul de chez nul/ ou autres ? Si
> équivalence il y a, d'où le /chez/ peut-il bien provenir ?

Sans vraiment répondre à votre question, quelques renseignements :

http://www.languefrancaise.net/Bob/16990

DB

unread,
Dec 19, 2015, 4:18:32 AM12/19/15
to
Non. D'abord, un peu de contexte. Le film de Renoir est un film *muet*
de 1926, inspiré de *Nana* de Zola, mais évidemment les dialogues sont
réduits à leur plus simple expression, des cartons, et il est inutile
d'y chercher du Zola. Le carton en question est placé dans, si j'ose
dire, la bouche de la La Faloise et dit exactement :
« Cette femme-là, c'est le chic *du* copurchic, je vais, de ce pas, la
couvrir de fleurs ! »
Sachant que "copurchic" n'est qu'une variante de "chic", le "chic du
copurchic" est donc une variante de l'expression connue "le chic du
chic". Rien à voir avec la tournure très postérieure /adjectif de chez
adjectif/. En revanche, c'est une tournure de la même famille que "la
crème de la crème" (expression étrangement plus employée en anglais
qu'en français !).
Pour revenir sur le mot "copurchic" lui-même, il est complètement
"has-been" aujourd'hui. On ne l'emploie plus, sa mode, qui fut grande,
est totalement passée. Déjà en 1947, quand Queneau l'utilise dans ses
"Exercices de style", c'est dans l'exercice intitulé "Modern Style",
donc typiquement la langue du tournant du siècle, une langue déjà en
partie obsolète (le gommeux, le gandin, le pet-en-l'air...).
Si l'auteur des cartons a placé, en 1926, le mot "copurchic" dans la
bouche d'Hector de la Faloise, ce n'est évidemment pas pour communiquer
un effet de vulgarité, qui n'avait pas lieu d'être, mais pour reprendre
une expression fort à la mode à un certain moment, même s'il y a un
léger anachronisme en l'occurrence. Zola a publié Nana en 1880, l'action
se passe au début encore sous le second Empire, mais le mot "copurchic"
ne serait attesté qu'à partir de 1886***.
En revanche, Zola use et abuse du mot "chic" qu'on trouve à de très
nombreuses reprises dans Nana. On notera au passage qu'une édition
moderne écrit des "hommes chics" mais que la version originale est
"hommes chic".
Sur le coperchic, voir l'intéressante page :
http://www.lamesure.org/article-33253658.html

***C'est du moins l'attestation donnée dans le TLFi. Différents indices
semblent montrer que le mot pourrait déjà être dans une pièce de 1876,
"La Partie d'Echecs", de Paul Ferrier :
« AMÉDÉE. Parfaitement sage !... A telles enseignes, son crime : elle a
flanqué deux coups de revolver à un copurchic de Province qui lui avait
offert autre chose que le mariage. »

benzo

unread,
Dec 19, 2015, 4:37:54 AM12/19/15
to
jm, le 19/12/2015, sur fr.lettres.langue.francaise :
> On 2015-12-18 6:44 AM, joye wrote:
>> En visionnant le film "Nana" de Jean Renoir (1926), on lit :
>>
>> « Cette femme-là, c'est le chic de copurchic, je vais, de ce pas, la
>> couvrir de fleurs ! »
>>
>> Le dictionnaire CNRTL trace ses origines en 1889, mais donne le mot
>> comme vieilli, bien qu'on puisse le lire sous la plume de Queneau en 1947.
>>
>> L'aurait-il peut-être utilisé pour l'humour ?
>>
>> J'ai beau chercher le mot dans un pdf de "Nana" en ligne, je ne l'ai pas
>> retrouvé.
>>
>> Je me demandais si Renoir s'en servait alors pour communiquer un effet
>> de vulgarité. Le personnage qui s'en sert est un admirateur malheureux
>> de Nana.
>>
>> Qu'en est-il ? Avez-vous déjà croisé le mot ou l'expression ?
>>
>> À propos, on peut (depuis l'Amérique au moins) regarder ce film sur
>> YouTube :
>>
>> https://youtu.be/xb3dWAyW2kY
>
>
> Jamais vu ni entendu /copurchic/ mais force est de constater que le mot
> existe.

Lol. J'ai eu exactement le même réaction.

--
On avait dit : pas les affaires !

Anansi

unread,
Dec 19, 2015, 5:23:55 AM12/19/15
to
Le 19/12/2015 10:18, DB a écrit :
> Le 19/12/2015 02:26, jm a écrit :
>>
>> Jamais vu ni entendu /copurchic/ mais force est de constater que le mot
>> existe. Cela dit, le tour /chic de copurchic/ équivaut-il aux tours
>> /adjectif de chez adjectif/ que l'on entend régulièrement ces jours-ci ?
>> Exemples : /cool de chez cool/ ou /nul de chez nul/ ou autres ? Si
>> équivalence il y a, d'où le /chez/ peut-il bien provenir ?
>
> Non. D'abord, un peu de contexte. Le film de Renoir est un film *muet*
> de 1926, inspiré de *Nana* de Zola, mais évidemment les dialogues sont
> réduits à leur plus simple expression, des cartons, et il est inutile
> d'y chercher du Zola. Le carton en question est placé dans, si j'ose
> dire, la bouche de la La Faloise et dit exactement :
> « Cette femme-là, c'est le chic *du* copurchic, je vais, de ce pas, la
> couvrir de fleurs ! »
> Sachant que "copurchic" n'est qu'une variante de "chic", le "chic du
> copurchic" est donc une variante de l'expression connue "le chic du
> chic". Rien à voir avec la tournure très postérieure /adjectif de chez
> adjectif/. En revanche, c'est une tournure de la même famille que "la
> crème de la crème" (expression étrangement plus employée en anglais
> qu'en français !).

C'est une construction de même type que le fin du fin, le top du top,
la der des der, le roi des rois, le cantique des cantiques, bref un
calque du superlatif hébreu qu'on trouve traduit mot à mot depuis la
Bible.

DB

unread,
Dec 19, 2015, 5:58:34 AM12/19/15
to
Il y a quand même une différence, c'est que la tournure en hébreu met
toujours le second nom au pluriel, ce qui demeure dans les traditionnels
: le roi des rois, le cantique des cantiques, vanité des vanités, le(s)
siècle(s) des siècles, etc. qui nous sont venus par le latin de l'hébreu.
Cf.
https://books.google.fr/books?id=OSnAtGLIhNIC&pg=PA624#v=onepage&q&f=false
Dans le chic du chic, le fin du fin,... nous avons transformé un peu
l'expression.

Anansi

unread,
Dec 19, 2015, 6:48:54 AM12/19/15
to
La transformation tient seulement à l'emploi d'un nom générique, le
chic, le fin, la crème.

kduc

unread,
Dec 19, 2015, 11:04:43 AM12/19/15
to
Le 19/12/2015 10:37, benzo <d...@zepine.invalid>, écrivit :

> Lol. J'ai eu exactement le même réaction.

La force de l'habitude ? M D R.

--
kd
/s'en fait un pansement décoré de petits Mickeys./

DB

unread,
Dec 19, 2015, 1:12:28 PM12/19/15
to
Je ne suis pas sûr de vous suivre. D'une part, je ne comprends pas
exactement ce que vous appelez "nom générique" pour fin, chic et crème.
D'autre part et surtout, il me semble que la plus ancienne de ces
expressions, le fin du fin, n'a finalement rien à voir avec la tournure
en hébreu. Elle vient de l'expression très ancienne "tirer le fin du
fin" (déjà chez Furetière), qui s'explique d'elle-même sans recourir à
un modèle inadéquat. C'est probablement sur cette expression-là qu'on a
bâti les autres, celles qu'on a citées, et d'autres comme "le meilleur
du meilleur, le pire du pire".
Il est évident que dans les deux types de formule, on retrouve une
notion superlative qui fait qu'elles ont pu s'influencer l'une l'autre.
Du reste, il y a me semble-t-il une autre différence entre la tournure
de type hébreu et la tournure moderne ou les tournures modernes.
La première s'applique pour former une sorte de superlatif à des
substantifs qui, par nature, n'ont pas de degré : vanité, siècle, etc.
On n'a pas "plus vanité, plus siècle, la plus vanité, le plus siècle,
très vanité, très siècle".
Les secondes s'appliquent généralement à des mots qui peuvent avoir un
superlatif car ils indiquent un degré : on peut avoir "plus fin, le plus
fin, très fin", idem avec "chic". Ou alors, ils indiquent déjà un degré
ultime comme meilleur, pire ou dernier, qui, sémantiquement n'ont pas de
superlatif, mais s'en fabriquent un artificiellement avec le meilleur du
meilleur, le pire du pire ou le dernier des derniers (et la der des der).

Anansi

unread,
Dec 19, 2015, 3:32:34 PM12/19/15
to
Le 19/12/2015 19:12, DB a écrit :
> Le 19/12/2015 12:49, Anansi a écrit :

>> La transformation tient seulement à l'emploi d'un nom générique, le
>> chic, le fin, la crème.
>>
> Je ne suis pas sûr de vous suivre. D'une part, je ne comprends pas
> exactement ce que vous appelez "nom générique" pour fin, chic et crème.

Pris dans le sens qu'ils ont dans ces expressions, aucun de ces mot ne
peut s'employer au pluriel.

> D'autre part et surtout, il me semble que la plus ancienne de ces
> expressions, le fin du fin, n'a finalement rien à voir avec la tournure
> en hébreu. Elle vient de l'expression très ancienne "tirer le fin du
> fin" (déjà chez Furetière), qui s'explique d'elle-même sans recourir à
> un modèle inadéquat. C'est probablement sur cette expression-là qu'on a
> bâti les autres, celles qu'on a citées, et d'autres comme "le meilleur
> du meilleur, le pire du pire".

Quand même, Furetière connaissait un peu le latin et la Vulgate. La
tournure a été traduite telle quelle en latin puisque la forme est la
même qu'en hébreu pour le superlatif.

> Il est évident que dans les deux types de formule, on retrouve une
> notion superlative qui fait qu'elles ont pu s'influencer l'une l'autre.
> Du reste, il y a me semble-t-il une autre différence entre la tournure
> de type hébreu et la tournure moderne ou les tournures modernes.
> La première s'applique pour former une sorte de superlatif à des
> substantifs qui, par nature, n'ont pas de degré : vanité, siècle, etc.
> On n'a pas "plus vanité, plus siècle, la plus vanité, le plus siècle,
> très vanité, très siècle".

C'est une forme de superlatif absolu qui signifie le/la plus xxx
des... la plus grande des vanités, le plus grand des rois, le plus
long des siècles (i.e. l'éternité), le plus beau des cantiques, etc...

> Les secondes s'appliquent généralement à des mots qui peuvent avoir un
> superlatif car ils indiquent un degré : on peut avoir "plus fin, le plus
> fin, très fin", idem avec "chic". Ou alors, ils indiquent déjà un degré
> ultime comme meilleur, pire ou dernier, qui, sémantiquement n'ont pas de
> superlatif, mais s'en fabriquent un artificiellement avec le meilleur du
> meilleur, le pire du pire ou le dernier des derniers (et la der des der).
>
Euh non ! Ce ne sont pas des adjectifs, c'est « le fin », ce qui est
secret dans quelque chose, « le chic », l'élégance originale.

Je vous renvoie à Henriette Walter :
<http://tinyurl.com/j3ykk33>

jm

unread,
Dec 19, 2015, 5:05:41 PM12/19/15
to
D'accord avec votre interprétation. En passant, votre intervention m'a
fait découvrir le mot /carton/ dans le contexte d'un film muet. On parle
également d'/intertitre/.

<https://fr.wikipedia.org/wiki/Intertitre>

DB

unread,
Dec 20, 2015, 3:22:27 AM12/20/15
to
Le 19/12/2015 21:32, Anansi a écrit :
> Le 19/12/2015 19:12, DB a écrit :
>> Le 19/12/2015 12:49, Anansi a écrit :

>
> Quand même, Furetière connaissait un peu le latin et la Vulgate. La
> tournure a été traduite telle quelle en latin puisque la forme est la
> même qu'en hébreu pour le superlatif.

Je crois plutôt que "tirer le fin du fin" est formé tout naturellement
sur "tirer A (COD) de B (COS)" et n'a rien à voir la tournure "nom +
complément de nom au pluriel".


> C'est une forme de superlatif absolu qui signifie le/la plus xxx
> des... la plus grande des vanités, le plus grand des rois, le plus
> long des siècles (i.e. l'éternité), le plus beau des cantiques, etc...

Oui, on l'a déjà expliqué dans les messages antérieurs et notamment dans
le lien que j'avais donné sur le "génitif du superlatif absolu".
Au passage, pas de points de suspension après "etc.", en principe.
>
>> Les secondes s'appliquent généralement à des mots qui peuvent avoir un
>> superlatif car ils indiquent un degré : on peut avoir "plus fin, le plus
>> fin, très fin", idem avec "chic". Ou alors, ils indiquent déjà un degré
>> ultime comme meilleur, pire ou dernier, qui, sémantiquement n'ont pas de
>> superlatif, mais s'en fabriquent un artificiellement avec le meilleur du
>> meilleur, le pire du pire ou le dernier des derniers (et la der des der).
>>
> Euh non ! Ce ne sont pas des adjectifs, c'est « le fin », ce qui est
> secret dans quelque chose, « le chic », l'élégance originale.

Ouf, ça tombe bien, je n'ai pas écrit dans ce paragraphe que ce sont des
adjectifs ! Ce sont des mots qui indiquent un degré. Mais dans la
plupart des cas, ce sont bien des adjectifs substantivés (fin, chic,
meilleur, dernier). Il arrive que non (crème) !
>
> Je vous renvoie à Henriette Walter :
> <http://tinyurl.com/j3ykk33>
>
Oui, mais elle ne nous apprend rien de plus que ce que nous avons déjà
vu et je pense qu'elle a un peu manqué de discernement en assimilant
trop vite entre elles les différentes formules.
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