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Les Huns sont de retour !

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(dito)

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Jul 2, 2004, 1:01:49 AM7/2/04
to
[Suivi sur fsl.]

Les insultes envers les Allemands


Les Français ont longtemps montré leur mépris à l'égard des Allemands en
utilisant des termes qui se référaient aux anciennes tribus
germaniques : ostrogoth, wisigoth (d'abord visigoth chez Voltaire),
vandale, tudesque, teuton, gothique. Ces termes péjoratifs se référaient
d'abord aux invasions barbares, aux exactions supposées ou réelles des
Germains, mais aussi à ce que l'on imaginait à propos du Moyen Âge, des
temps obscurs, d'une absence de goût et d'intelligence. Les Germains
étaient perçus comme des peuples destructeurs qui s'opposaient aux
peuples dits civilisés, gréco-latins et surtout ensuite gallo-romains.
Le racisme à l'œuvre dans la pensée classique, puis dans celle des
Lumières se fondait sur l'idée d'un modèle parfait de culture, mais il
ne rejetait pas les Allemands comme tels dans la ténèbre : Voltaire
estimait qu'il pouvait éclairer le roi de Prusse. D'ailleurs, ces
insultes ne se préoccupaient guère de race puisque les Allemands
pouvaient être associés à d'autres envahisseurs comme dans l'expression
« espèce de Hun ! » Elles deviennent vite démotivées : le vandale dès
1732 peut être un voyou, un saboteur. L'écriture dite faussement
gothique ne se réfère pas tant à la Fraktur qu'à l'écriture médiévale,
le style gothique n'est pas le style allemand puisqu'il est né en France
mais au style d'une époque ancienne qui manquait du bon goût classique
et de l'imitation du modèle gréco-romain. Ce sont donc d'abord des
insultes qui se réfèrent à l'ancienne antithèse entre le barbare et le
civilisé, à l'idéologie aristotélicienne d'une hiérarchie des styles.

1. Tous les autres s'appellent Fritz

Un procédé courant du racisme consiste à réduire l'ensemble des autres
peuples à un seul individu par un prénom courant. C'est ainsi que Fritz
est apparu en 1914, le diminutif de Friedriech résumait tous les
Allemands. Le choix du prénom ne tient pas tellement au fait qu'il
serait répandu. Ainsi, le prénom Hans n'a jamais été pris, le
pseudonyme du dessinateur Hansi était associé à une propagande
pro-française durant l'occupation de 1870-1918. Fritz était connu par le
roman d'Erckman-Chatrian Mon ami Fritz qui présentait un personnage
sympathique, un peu lourdaud et peu dangereux. Toutefois, le prénom
Fritz était associé à la dynastie Hohenzollern et au souvenir du
Frédéric le grand ou le roi guerrier. Des raisons plus subjectives ont
dû aussi jouer, les sonorités donnent à la fois une fermeture et des
associations de consonnes dures.

Le dérivé fridolin apparaît en 1917, mais il aurait été présent dès 1880
selon Chautard. Une variante frigolin aurait été plus fréquente entre
les deux guerres selon Esnault. La construction de ce nom est complexe.
Le nom frigolin peut se référer au froid, au frigo, et donc au caractère
présumé des Allemands. Mais la terminaison emprunte aussi à des prénoms
traditionnels d'origine germanique comme Ugolin. Le passage de frigolin
à fridolin peut partir d'un retour aux noms allemands Friedrich,
Siegfried, Wilfried, le radical frid- est senti comme proprement
allemand.

En 1941, apparaît l'altération frisé et une variante plus rare frison.
Or ce terme montre un double effet de brouillage :
– le nom des Frisons est celui d'une ancienne tribu germanique et d'un
peuple situé entre Hollande et Saxe, il s'agit d'une remotivation des
anciennes dénominations comme Ostrogoth ou Wisigoth ;
– le mot frisé était employé dès 1836 pour désigner les juifs le plus
souvent d'origine allemande, mais aussi en les réduisant à leur
chevelure. On aurait donc en fait une sorte de retournement ironique en
désignant les Nazis ou les soldats allemands comme des juifs.

2. Les autres ne savent pas parler

La langue de l'autre, c'est une langue qui ne mérite pas le nom de
langue. Le barbare, c'est celui qui ne peut parler correctement notre
langue, celle-ci étant supposée plus pure et plus claire que toutes les
autres. Ainsi, les termes langue tudesque, teutonne désignent dans la
pensée classique une langue rude, incapable de raffinement et
d'intelligence.

Lorsque l'on veut dire qu'un discours est incompréhensible, on le
désigne comme de l'allemand ou du haut-allemand depuis Rabelais .

Ces insultes se retrouvent dans des termes lorrains : parler en allemand
ou comme un Allemand, c'est hallemander avec un h bien expiré, c'est
hachepailler. L'Allemand ou l'Alsacien devient le hachepailleur, celui
qui parle comme s'il hâchait de la paille, en réduisant tout mot à une
sorte de bouillie.

3. Tous des uhlans prussiens !

Lorsque les troupes allemandes se sont répandues en Alsace et en
Lorraine en 1870, les paysans s'exclamaient que les Suédois étaient de
retour. Deux siècles plus tôt, lors de la Guerre de Trente Ans les
troupes suédoises s'étaient en effet livré à l'un des plus grands
massacres de l'histoire européenne : un tiers de la population de la
Lorraine, de l'Alsace et du Palatinat avait été exécutée ou affamée, une
autre partie n'avait dû sa survie qu'à l'abandon de leur village et elle
deviendra les Yennischs qui adopteront le mode de vie des Roms.

Les troupes allemandes de 1870 deviendront donc seulement composées de
uhlans prussiens même si elles comprenaient des Badois, des Hanovrois,
des Bavarois, et plus souvent des fantassins. Le nom du uhlan est
phonétiquement évocateur, le français opère une disjonction alors que le
terme devrait commander l'élision : l'uhlan plutôt que le uhlan. Le nom
évoque le hurlementn le hululement, un langage qui n'est pas humain. Une
première orthographe du nom en français a été hulan au 19e s.

Le Prussien devient en 1895 un Prusco, en 1907 un Pruscoff. Le deuxième
terme est intéressant par sa resuffixation, l'Allemand qui vient de
l'Est est assimilé aux Russes et donc aux autres envahisseurs que furent
les Cosaques.

4. Je ne veux voir qu'une seule tête !

Le boche (1879) est une aphérèse d'Alboche. Le suffixe -boche a été
utilisé en argot : rigolboche (1860), italboche. Le croisement de cette
construction avec d'autres expressions a renforcé les connotations
négatives :
– le mot a été Allemoche avec un renforcement sur moche, « laid » ;
– le boche était le mauvais sujet auparavant, un libertin (1866) ;
– la tête de boche est une tête de bois, une tête dure à Marseille et
c'est la boule qui sert à jouer à la pétanque.

Le mot apparaît d'abord en Lorraine, à Metz en 1862. Or le peu boch,
c'est le vilain, le pas beau en dialecte lorrain. Le boche, ce ne serait
donc pas simplement celui qui a le crâne dur, mais aussi celui qui a une
tête laide et cela expliquerait le double emploi d'Allemoche et
d'Alleboche.

Un terme parfois utilisé en Lorraine est tête carrée. Cette expression
est aussi employée par les Québécois envers les Canadiens anglais. Cela
renvoie aux idées d'uniformité, de fermeture d'esprit, d'absence de
rondeur et donc de politesse ou de civilisation.

On dit encore en Lorraine tête de Holtz, ou par ellipse espèce de Holtz.
Le Holtz en question est le bûcheron, Holz. C'est le plus proche voisin
puisqu'il se rend dans les montagnes. C'est encore le sauvage ou l'homme
de la forêt. C'est encore par métonymie, celui qui a une tête aussi dure
que le bois.


5. Les Allemands sont tous des Bougnoules !

JJ'ai souvent entendu l'idée que le mot bougnoule aurait d'abord désigné
les Allemands par les Français ou les Français par les Allemands. Il
s'agit d'une de ces rumeurs qui reposent sur des confusions. Le mot
bougnoule apparaît en 1890 au Sénégal et il a d'abord servi à désigner
les Africains noirs. Cependant, ce terme xénophobe a servi ensuite dans
les colonies à l'ensemble de tous ceux qui n'étaient pas français, donc
en priorité aux Arabes, les indigènes. Il a pu voyager en métropole et
s'appliquer aussi à des paysans, à des Bretons, bref à tout ce qui
n'était pas parisien.

Les troupes coloniales africaines ont rapporté le nom d'une tribu
berbère du Maroc, les Chleuhs (1891), ou Chleus ou Schleus. Le mot se
rapportait d'abord aux troupes coloniales composées d'indigènes, puis
aux troupes territoriales vers 1914. On passe de là à l'idée de la
troupe qui ne parle pas français (1936), donc la troupe située sur la
frontière voisine en 1939, et fatalement à l'Allemand. Le début du mot,
par sa série de consonnes, évoque les sonorités de l'allemand et un
autre nom de tribu berbère n'aurait pu servir.

6. Que de sales bêtes !

L'assimilation de l'Allemand au cochon est ancienne. Elle est liée aux
présupposés sur des mangeurs de choucroute ou de charcutaille, c'est
l'absence de raffinement qui domine alors. On dresse des portraits
d'Allemands gras, gros, dodus. On assimile ensuite le mangeur à ce qu'il
mange et on le réduit à quelque chose d'indigeste. Mais on fait aussi de
l'Allemand une sorte de pourceau afin de lui ôter toute humanité. Tel
est par exemple le sens du conte de Maupassant, « le Cochon de saint
Antoine ». Saleté, sottise, bestialité sont les traits de l'Allemand
dans ce cas.

Moins connu est le surnom donné par certains : doryphores. Le lien avec
l'invasion de ces coléoptères a été motivée par la crise du phylloxéra
au lendemain de la Première Guerre mondiale qui a affamé l'Europe. Le
doryphore est un parasite de la pomme de terre, l'Allemand est connu
comme un mangeur de pommes de terre, le doryphore a détruit les cultures
juste avant la guerre, et de là on passe à une assimilation entre des
faits voisins dans le temps. Le souvenir était assez vivace pour que je
l'entende encore dans les années 70.

La plupart de ces insultes sont vieillies et n'ont plus guère de sens en
dehors de leur contexte historique. Le nazisme est passé par là et a
rendu vaines ces représentations archaïques, primitives. Certes, il
existe encore des campagnes où l'on entend encore parler des Boches, des
Schleuhs, mais les personnes qui s'expriment ainsi discréditent
totalement leur prétendue allégeance à l'esprit de la Résistance ou de
l'humanisme.

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DB

unread,
Jul 2, 2004, 6:29:27 AM7/2/04
to

"Monique Latrémouille" :

> >En 1941, apparaît l'altération frisé et une variante plus rare frison.
> >Or ce terme montre un double effet de brouillage :

> >- le nom des Frisons est celui d'une ancienne tribu germanique et d'un


> >peuple situé entre Hollande et Saxe,
>

> T'es sûr ?
>
> http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/paysbas-provMap.htm
>
> Je pensais à « La tulipe noire » et à la belle Frisonne. Je la
> croyais bien hollandaise, comme les autres personnages.
>

Ça, c'est la Frise occidentale. Mais la Frise orientale et la Frise
septentrionale sont bien allemandes et ont d'ailleurs leur langue propre.
http://www.uoc.edu/euromosaic/web/document/friso/fr/i2/i2.html


Message has been deleted

(dito)

unread,
Jul 2, 2004, 6:38:02 AM7/2/04
to
Monique Latrémouille <bb...@freenet.carleton.ca>, membre de la gens -, a
eu inscrit dans le volumen de fr.lettres.langue.francaise :


>Je pensais à « La tulipe noire » et à la belle Frisonne. Je la
>croyais bien hollandaise, comme les autres personnages.

On parle frison dans la province de Frise aux Pays-Bas et dans le Land
allemand de Basse-Saxe. Le frison est une langue minoritaire dans les
deux pays et même dans les deux régions, mais on peut dire aussi Frison
pour un habitant de la Frise néerlandaise ou des îles frisonnes
orientales allemandes.

Clotilde

unread,
Jul 2, 2004, 3:07:37 PM7/2/04
to
(dito)
>
> Moins connu est le surnom donné par certains : doryphores. Le lien avec
> l'invasion de ces coléoptères a été motivée par la crise du phylloxéra
> au lendemain de la Première Guerre mondiale qui a affamé l'Europe. Le
> doryphore est un parasite de la pomme de terre, l'Allemand est connu
> comme un mangeur de pommes de terre, le doryphore a détruit les cultures
> juste avant la guerre, et de là on passe à une assimilation entre des
> faits voisins dans le temps. Le souvenir était assez vivace pour que je
> l'entende encore dans les années 70.

Le terme est encore utilisé aujourd'hui dans certaines campagnes
françaises pour désigner le touriste vacancier juilletiste-aoûtien que
l'on voit arriver comme un voleur de fruits, un destructeur de cultures,
un nuisible des forêts ou des alpages, un cueilleur de fleurs protégées,
un prédateur qui laisse ses ordures derrière lui sur le bord du chemin.

--
Clõ

(dito)

unread,
Jul 2, 2004, 3:26:47 PM7/2/04
to
Clotilde...@imag.fr (Clotilde), membre de la gens Utopéaliste, a eu

inscrit dans le volumen de fr.lettres.langue.francaise :

>Le terme est encore utilisé aujourd'hui dans certaines campagnes
>françaises pour désigner le touriste vacancier juilletiste-aoûtien

Mais il ne figure pas dans les dictionnaires d'insultes ou d'argot. On
ne compte jamais ce sens.

Thibaud

unread,
Jul 2, 2004, 7:21:05 PM7/2/04
to
Clotilde a *crit :

Il me semble d'ailleurs que le doryphore [«lancier»] tient son
nom des hallebardiers suisses du Vatican, dont l'uniforme
ressemble à cette bestiole.


--
Thibaud ICQ: 174459367
Tout savoir non désiré
est un savoir inutile

mb

unread,
Jul 3, 2004, 3:56:32 AM7/3/04
to
"(dito)" <desi...@alussinan.org> wrote

> Le dérivé fridolin apparaît en 1917, mais il aurait été présent dès 1880
> selon Chautard. Une variante frigolin aurait été plus fréquente entre
> les deux guerres selon Esnault. La construction de ce nom est complexe.
> Le nom frigolin peut se référer au froid, au frigo, et donc au caractère
> présumé des Allemands. Mais la terminaison emprunte aussi à des prénoms
> traditionnels d'origine germanique comme Ugolin. Le passage de frigolin
> à fridolin peut partir d'un retour aux noms allemands Friedrich,
> Siegfried, Wilfried, le radical frid- est senti comme proprement
> allemand.

Une hypothèse peut-être un peu plus plausible: Fridolin, un prénom
fréquent dans les campagnes du Sud-Ouest allemand ou de la Suisse,
facilement perçu comme diminutif de Fritz par qui n'est pas familier
avec Saint Fridolin. Ledit saint serait, d'après sa légende, d'origine
Irlandaise (immanquable, celle-là), arrivé en Rhénanie après une halte
à Poitiers. Voir:
http://www.trompeter-von-saeckingen.de/fridolin.htm

Clotilde

unread,
Jul 3, 2004, 4:38:57 AM7/3/04
to
(dito) :

> Clotilde.Chaland
>
[doryphore]


> >Le terme est encore utilisé aujourd'hui dans certaines campagnes

> >franēaises pour désigner le touriste vacancier juilletiste-aoūtien

>
> Mais il ne figure pas dans les dictionnaires d'insultes ou d'argot. On
> ne compte jamais ce sens.

Le fait qu'il n'y figure pas ne veut pas dire qu'il ne s'utilise plus :
pour preuve nous en parlions pas plus tard qu'hier au déjeuner avec le
maire d'une commune des Hautes-Alpes.

--
Clõ

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