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Turluter est bien français !

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bello...@my-deja.com

unread,
Nov 15, 2000, 1:18:11 AM11/15/00
to
Bonjour,

OBJET : Le mot « turluter » est bien français !
[Était : Un mot dont les origines me sont inconnues...]


J'en vois déjà se bidonner. Allez-y, c'est voulu. Auriez-vous cliqué
pour ouvrir ce message si j'avais écrit : « À bas les incompréhensions
entre les peuples » ?


In article <1ek33sd.rt...@nas7-234.evx.club-internet.fr>,
mous...@club-internet.fr (Sylvie MOUSNIER) a écrit :


> Arianne Bouchard <bouch...@cgmatane.qc.ca> wrote:
>
> > j'ai à rechercher des mots typiquement québécois dont l'étymologie
parfois reste
> > inconnue.
>
> Dans votre liste, je suis curieuse de savoir si la "turlute" s'y
trouve
> et, le cas échéant, si l'étymologie est restée inconnue.


Turlute n'est absolument pas « typiquement québécois ».

Turluter a ici et en France le sens général de fredonner.

Son étymologie est la même que turlututu, tralala : refrain de chanson,
(onomatopée ?).

Mais, tandis qu'il adoptait un sens particulier en France, il en prenait
aussi un, mais différent, au Québec. Et plusieurs, n'en connaissant plus
le sens général, vont ignorant du sens donné par l'autre.

Voilà pourquoi des cars de touristes français se marrent devant des
Québécois étonnés.

Je cite le « Glossaire du Parler français », publié aux Presses de
l'Université Laval en 1968 :

Turluter (turluté) v. tr. Fredonner. Ex. Turluter une
chanson.
-- Il turlute toujours en travaillant.
Dial. -- M[ême]. s[signification]., Anjou, Bas-Maine,
Berry, Nivernais,Normandie.

Vous vous direz peut-être que ce livre est québécois, que par zèle il
amplifie peut-être un peu les racines franco-françaises.

Eh bien, je prends au hasard (m'enfin !) le « Glossaire étymologique et
historique des patois et des parlers de l'Anjou », de A-J. Verrier et R.
Onillon, publié en 1908. Et j'y lis :

Turluter (Mj., By.) v. n. et a. -- Siffloter,
chantonner, fredonner.
Dér. irr. de Turlututu.
Hist. -- Turlutaine. « On a perfectionné d'une manière
surprenante le mécanisme des serinettes et des orgues de
barbarie, vulgairement appelées turlutaines. » (Litt.)
-- Onomatopée ? -- « Les accords du violon s'y mêlent
aux sons puissants de la vèze ou cornemuse, aux
accents vifs et pétulants de la pibole ou musette
poitevine et aux soupirs flûtés de la tire-lyre ou
turlututu. » (La Trad., p. 329,l. 29.)


Madame Bolduc (ou La Bolduc), de son vrai nom Mary-Rose-Anne
Travers(1894-1941), fut une auteure-compositeure-interprète immensément
populaire au Québec. Elle avait épousé un « violoneux », Édouard Bolduc.
Dans le « Dictionnaire canadien des noms propres / Larousse » (1989),
nous lisons :

Puisant dans l'actualité et dans la vie quotidienne,
elle racontait la misère des petites gens dans les
chansons qu'elle composait elle-même sur des airs
de gigue entrecoupés de ritournelles, et qui lui
valurent une très grande popularité.

Elle introduit souvent dans ses chansons des refrains à base de sons
sans signification précise. Le « Dictionnaire québécois d'aujourd'hui /
Le Robert » (1992) décrit ainsi :

chanter sans paroles en répétant un motif sonore
sur un rythme rapide et comme si les sons roulaient
dans la gorge, à la façon d'une rengaine.

Visitez ce site, vous pourrez même écouter des extraits sonores :

http://www.labolduc.qc.ca/


C'est ainsi que pour plusieurs Québécois, « turluter » signifie
exclusivement chanter comme La Bolduc. Ou, en élargissant un peu,
fredonner des sons sans signification précise. Comme lorsque Gilles
Vigneault chante « tamdidilam didilam ».

Pendant ce temps, en France, l'argot, à partir de l'idée de flûte,
utilise turlututu pour « pénis » et turluter pour « pratiquer une
fellation ». Voir le « Dictionnaire historique de la langue française /
Le Robert ».

C'est ainsi que pour plusieurs Français, « turluter » signifie
exclusivement faire une fellation.

Vous saisissez maintenant pourquoi l'incompréhension entre les peuples ?

Salutations.

Alain Beauvais
Montréal (Québec)


Sent via Deja.com http://www.deja.com/
Before you buy.

Sylvie MOUSNIER

unread,
Nov 15, 2000, 3:00:00 AM11/15/00
to
<bello...@my-deja.com> wrote:

> Bonjour,
>
> OBJET : Le mot « turluter » est bien français !

Merci de cette intervention. En fait, après une longue discussion sur ce
sujet sur un autre forum, il est apparu que son sens actuel (la
turlutte) semblait québécois pour les Québécois (et d'autres musiciens,
normands, d'ailleurs). Ce sens actuel étant la manière caractéristique
de claquer la langue en fredonnant.

Vous pouvez ajouter à votre liste de définitions (dont je vous remercie,
au passage), celles-ci :

(in Glos. du Vendômois - P. Martellière - 1893)
turlutant : voyant, de mauvais goût, en parlant de la toilette - Des
couleurs turlutantes, criardes.

Dans le dictionnaire de Trévoux, turluter a le sens de chanter, crier,
en parlant des oiseaux. (V. alouette turlu.) Un objet turlutant est donc
un objet criard, de couleurs aiguës, discordantes, comme le cri de
certains oiseaux.

Turlu, s.f. Alouette huppée, alouette turlu. // Adj. au fig. Étourdi,
imprévoyant.

Que, personnellement, je rapproche encore de l'ancien français (XIIe et
XIIIe siècle) :
Turelure : cornemuse // refrain de chanson.
Tureluele, tureluete (1160) : cornemuse.
Turlueter (1160) : jouer de la cornemuse.

et

Tuhuter (XIIIe, orig. onomtopéique ?) : jouer d'un instrument de musique
et, en particulier, sonner du cor.

Dans la discussion citée supra, l'origine de la "turlute" (ou turlutte
?) québecoise popularisée par Mary Travers était plutôt irlandaise et
n'avait aucun rapport avec les termes français qu'ils soient dialectaux
ou anciens ???
Ce qui enlevait tout fondement à la légende selon laquelle ce style
particulier avait été utilisé (ou créé) pour contrer l'interdiction des
Anglais d'utiliser des instruments de musique.

--
Sylvie

Alain B.

unread,
Nov 16, 2000, 12:29:43 AM11/16/00
to
In article <1ek5qcp.1uc...@nas7-237.evx.club-internet.fr>,

mous...@club-internet.fr (Sylvie MOUSNIER) a écrit:

> Merci de cette intervention. En fait, après une longue discussion sur
> ce sujet sur un autre forum,

D'après ce que je vois, moi qui avais craint d'être piégé par une
mauvaise blague basée sur l'argot français, je fus plutôt piégé par une
grande connaisseuse cachée derrière une petite question en apparence
anodine ! ;-))

> il est apparu que son sens actuel (la
> turlutte) semblait québécois pour les Québécois (et d'autres
musiciens,
> normands, d'ailleurs)

Le sens du « mot » « turlute » et l'histoire du « mot » « turlute »,
c'est une chose. La technique vocale de La Bolduc à laquelle des
musiciens ou des spécialistes du folklore vont référer quand on leur
parle de turlute, de turlutage ou de turluterie (ce sont aussi deux
autres mots employés), c'est une autre chose.

Mais cela concorde avec ce que je vous ai écrit : désormais, pour
plusieurs, turluter, c'est adopter la technique vocale de La Bolduc.
Mais c'est une conception erronée, selon moi et selon presque toutes les
sources consultées, beaucoup trop étroite.

Dans certains dictionnaires québécois, on a écrit québécisme à côté de
turlute, mais c'est abusif. Peut-être certains sont-ils à la recherche
à tout prix de mots à taxer ainsi ? Surtout quand ce sont de beaux mots
sympathiques.

> Ce sens actuel étant la manière caractéristique
> de claquer la langue en fredonnant.

Écoutez ce court extrait sur ce petit et léger lien en RealAudio, il
illustre bien l'art de turluter de La Bolduc :

http://www.tourismemaisonneuve.qc.ca/sons/bolduc.ram

Je laisse à d'autres plus qualifiés le soin de décrire.

>vous pouvez ajouter à votre liste de définitions (dont je vous
remercie, au passage), celles-ci :

Merci. Et, comme vous êtes gentille, voici, tiré du « Dictionnaire des
canadianismes » de Gaston Dulong (deuxième édition, 1999) :

§
turlute, turelure n. f. Chanson ou air que l'on fredonne souvent,
rengaine, ritournelle. Syn. : toune.

turluter v. tr. et intr. 1. Gazouiller, piailler. Les merles turlutent
tôt le matin. Syn., voir : piaquer. 2. Chantonner, fredonner l'air d'une
chanson.
§

> Dans la discussion citée supra, l'origine de la "turlute" (ou turlutte
> ?) québecoise popularisée par Mary Travers était plutôt irlandaise et
> n'avait aucun rapport avec les termes français qu'ils soient
dialectaux
> ou anciens ???

Son père était le fils d'un immigrant irlandais. Sa musique, mais aussi
beaucoup de la musique dite traditionnelle au Québec, fut influencée par
la tradition irlandaise. On a écrit : « Ses créations s'inspirent de la
vie courante et d'airs proches du folklore, ainsi que des traditions
musicales telles la turlutte, la gigue et le reel. »

Voir http://www.filtronique-son-or.com/chanson/bio/bolduc.htm

Écoutez, La Bolduc mena une grande carrière pendant une dizaine d'années
durant les années 1930. C'est très récent. On sait tout sur elle. Sa
mère était canadienne-française. Dès l'âge de 13 ans, elle quitta le
foyer en Gaspésie pour venir travailler comme domestique à Montréal.
Elle vivait et écrivit en français. Elle a turluté à sa façon. Mais elle
n'a inventé ni le terme, ni l'idée de turluter.

Dans « Une histoire de La Bolduc », de Pierre Day (1991), on cite un
texte écrit à l'occasion de son décès en 1941 par une personne
importante du milieu de la variété. En voici un extrait :

§
L'originalité de Mme Bolduc consistait à trouver des sujets amusants,
parfois des sujets d'actualité, et à rimer des couplets sur un rythme de
gigue. Elle avait aussi la spécialité de la ritournelle comique, ce
qu'on appelle communément le turlutage.
§

Ni plus, ni moins. Elle avait beaucoup de talent, a fait preuve de
beaucoup d'originalité, mais elle n'a pas tout « inventé ».


> Ce qui enlevait tout fondement à la légende selon laquelle ce style
> particulier avait été utilisé (ou créé) pour contrer l'interdiction
> des Anglais d'utiliser des instruments de musique.

Nous sommes en 1930. Pas en 1760, sous les guerres de la Conquête, ni en
1837, sous la Rébellion des Patriotes.

A-t-on tenté de vous « enfirouaper » ?

Il me semble que votre intérêt porte autant, sinon plus, sur l'histoire
de la tradition vocale du turlutage que sur le mot lui-même. Remarquez
qu'effectivement ce n'est pas totalement dissocié. Peut-être serait-il
bien d'aller chercher dans les sites traitant du folklore québécois et
irlandais ?


Salutations.


--

Marion Gevers

unread,
Nov 16, 2000, 3:00:00 AM11/16/00
to
Alain B. <bello...@my-deja.com> a écrit:

>
>Dans certains dictionnaires québécois, on a écrit québécisme à côté de
>turlute, mais c'est abusif.

Une chose m'intrigue, et il ne s'agit pas de la turlute mais du
« québécisme ». Si vraiment vous l'écrivez ainsi, comment le
prononcez-vous ? Logiquement, on s'attendrait à une prononciation
« kébéssisme ». Or je serais très étonnée qu'il en soit ainsi.
Comment alors justifie-t-on cette orthographe de ce que, moi,
j'écrirais « québecquisme » ou « québequisme », me semble-t-il ?
Ou, si vous tenez aux accents, « québé(c)quisme » ?

Marion
--

Marion Gevers
Newcastle, NSW, Australia
mar...@eepjm.newcastle.edu.au

joye

unread,
Nov 16, 2000, 3:00:00 AM11/16/00
to
mar...@eepjm.newcastle.edu.au wrote:

> Alain B. <bello...@my-deja.com> a écrit:
> >

> >Dans certains dictionnaires québécois, on a écrit québécisme à côté de
> >turlute, mais c'est abusif.
>

> Une chose m'intrigue, et il ne s'agit pas de la turlute mais du
> « québécisme ». Si vraiment vous l'écrivez ainsi, comment le
> prononcez-vous ? Logiquement, on s'attendrait à une prononciation
> « kébéssisme ».

Exact.

> Or je serais très étonnée qu'il en soit ainsi.

Ainsi soit-il. :-)

québécisme [kebesism] n. m.

€ v. 1970; de Québec

¨ Ling. Fait de langue propre au français du Québec (Þ canadianisme).

JLL

DB

unread,
Nov 16, 2000, 3:00:00 AM11/16/00
to

Marion Gevers a écrit :

> Alain B. <bello...@my-deja.com> a écrit:
> >

> >Dans certains dictionnaires québécois, on a écrit québécisme à côté de
> >turlute, mais c'est abusif.
>

> Une chose m'intrigue, et il ne s'agit pas de la turlute mais du
> « québécisme ». Si vraiment vous l'écrivez ainsi, comment le
> prononcez-vous ? Logiquement, on s'attendrait à une prononciation

> « kébéssisme ». Or je serais très étonnée qu'il en soit ainsi.
> Comment alors justifie-t-on cette orthographe de ce que, moi,
> j'écrirais « québecquisme » ou « québequisme », me semble-t-il ?
> Ou, si vous tenez aux accents, « québé(c)quisme » ?
>
> Marion
> --

Euh, attendez, vous m'intriguez à votre tour. Comment prononcez-vous
"belgicisme" ? "beljikism", pour qu'on y reconnaisse la "beljik" ?


Marion Gevers

unread,
Nov 16, 2000, 3:00:00 AM11/16/00
to
DB <fed...@cybercable.fr> a écrit:

>
>
>Marion Gevers a écrit :
>
>> Alain B. <bello...@my-deja.com> a écrit:
>> >
>> >Dans certains dictionnaires québécois, on a écrit québécisme à côté de
>> >turlute, mais c'est abusif.
>>
>> Une chose m'intrigue, et il ne s'agit pas de la turlute mais du
>> « québécisme ». Si vraiment vous l'écrivez ainsi, comment le
>> prononcez-vous ? Logiquement, on s'attendrait à une prononciation
>> « kébéssisme ». Or je serais très étonnée qu'il en soit ainsi.
>> Comment alors justifie-t-on cette orthographe de ce que, moi,
>> j'écrirais « québecquisme » ou « québequisme », me semble-t-il ?
>> Ou, si vous tenez aux accents, « québé(c)quisme » ?
>>
>> Marion
>> --
>
>Euh, attendez, vous m'intriguez à votre tour. Comment prononcez-vous
>"belgicisme" ? "beljikism", pour qu'on y reconnaisse la "beljik" ?

Vos belles dispositions n'auront même pas duré le temps d'un soupir,
DB... ;-)

Euh... au cas où vous l'ignoriez, on n'écrit pas la « Belgic », pas
plus qu'on n'écrit le « Québeque » ! :-)))

Marion Gevers

unread,
Nov 16, 2000, 3:00:00 AM11/16/00
to
joye <not...@netins.net> a écrit:

>mar...@eepjm.newcastle.edu.au wrote:
>
>> Alain B. <bello...@my-deja.com> a écrit:
>> >
>> >Dans certains dictionnaires québécois, on a écrit québécisme à côté de
>> >turlute, mais c'est abusif.
>>
>> Une chose m'intrigue, et il ne s'agit pas de la turlute mais du
>> « québécisme ». Si vraiment vous l'écrivez ainsi, comment le
>> prononcez-vous ? Logiquement, on s'attendrait à une prononciation
>> « kébéssisme ».
>
>Exact.

>
>> Or je serais très étonnée qu'il en soit ainsi.
>
>Ainsi soit-il. :-)
>
>québécisme [kebesism] n. m.
>
>Ç v. 1970; de Québec

Très bien, je vous remercie ; on apprend tous les jours !

DB

unread,
Nov 16, 2000, 3:00:00 AM11/16/00
to

Marion Gevers a écrit :

>
> >>
> >> Une chose m'intrigue, et il ne s'agit pas de la turlute mais du
> >> « québécisme ». Si vraiment vous l'écrivez ainsi, comment le
> >> prononcez-vous ? Logiquement, on s'attendrait à une prononciation

> >> « kébéssisme ». Or je serais très étonnée qu'il en soit ainsi.
> >> Comment alors justifie-t-on cette orthographe de ce que, moi,
> >> j'écrirais « québecquisme » ou « québequisme », me semble-t-il ?
> >> Ou, si vous tenez aux accents, « québé(c)quisme » ?
> >>
> >> Marion
> >> --
> >
> >Euh, attendez, vous m'intriguez à votre tour. Comment prononcez-vous
> >"belgicisme" ? "beljikism", pour qu'on y reconnaisse la "beljik" ?
>
> Vos belles dispositions n'auront même pas duré le temps d'un soupir,
> DB... ;-)

C'est que les cieux, dont j'implorais le secours, ne me sont vraiment pas
favorables ; il tombe un déluge sur Paris à l'instant même.

>
>
> Euh... au cas où vous l'ignoriez, on n'écrit pas la « Belgic », pas
> plus qu'on n'écrit le « Québeque » ! :-)))

Ah, c'est comme ça que ça s'écrit !
Mais, plus sérieusement, cette différence d'écriture renforce mon propos. Si
l'on passe bien de "Belgique" à "belgicisme", en remplaçant le son "k" par le
son "s" et en modifiant l'écriture, on passe encore plus aisément de "Québec"
à "québécisme", en faisant le même changement sonore et en s'épargnant la
peine de changer l'écriture. L'alternance entre les prononciations dure et
douce du "c" est une chose courante, à laquelle on est habitué : considérez
par exemple Grec, Grèce, gréciser, grécité, gréco-romain.

joye

unread,
Nov 16, 2000, 3:00:00 AM11/16/00
to
mar...@eepjm.newcastle.edu.au wrote:

> Très bien, je vous remercie ; on apprend tous les jours !

Mais c'est moi qui vous remercie. Moi aussi, j'ai appris grâce à votre
question.

Votre question me paraissait bien logique (peut-être parce que nous sommes
toutes les deux influencées par l'anglais), mais après avoir lu la réponse
de DB (grecité), j'ai cherché dans le dico, et je n'ai trouvé que
'laïcisme' qui serait comme 'québécisme'. Bien des autres « -cismes »
viennent des adjectifs qui se terminent en -ique, tels que
'agnosticisime', 'catholocisme', 'logicisme' et ainsi de suite.

Bien à vous,

JLL

joye

unread,
Nov 16, 2000, 3:00:00 AM11/16/00
to
not...@netins.net (joye) a bousillé :

> 'catholocisme'

catholicisme

JLL

Alain B.

unread,
Nov 16, 2000, 3:00:00 AM11/16/00
to
In article <8v0f1i$svm$1...@seagoon.newcastle.edu.au>,
mar...@eepjm.newcastle.edu.au a écrit :

> Une chose m'intrigue, et il ne s'agit pas de la turlute mais du
> « québécisme ». Si vraiment vous l'écrivez ainsi, comment le
> prononcez-vous ?

[...]


> Comment alors justifie-t-on cette orthographe de ce que, moi,
> j'écrirais « québecquisme » ou « québequisme », me semble-t-il ?
> Ou, si vous tenez aux accents, « québé(c)quisme » ?

On utilise aussi « québécité » et « québécitude » pour l':

§
Ensemble des caractères, des manières de penser, de sentir propres aux
habitants du Québec. -- Appartenance à ce groupe social.
§
(Le Robert québécois)

Il ne faudrait par confondre « québécité » et « Québec City » ! ;-)

Ceci dit, vous avez pas mal raison, je crois. Et si je consultais des
ouvrages des années 60 et 70, j'y trouverais fort probablement plus
souvent « québecquisme » que « québécisme ». Québec est un mot d'origine
amérindienne et l'on s'amuse souvent (par exemple en poésie) à l'écrire
Kébek, pour bien souligner ces sons. Peut-être justement certains
ont-ils voulu adoucir cette langue ?

joye

unread,
Nov 16, 2000, 3:00:00 AM11/16/00
to
Alain B. <bello...@my-deja.com> a failli se faire prendre pour alain d. :

> Il ne faudrait par confondre « québécité » et « Québec City » ! ;-)

Ça ne serait jamais le /k/.



> Ceci dit, vous avez pas mal raison, je crois. Et si je consultais des
> ouvrages des années 60 et 70, j'y trouverais fort probablement plus
> souvent « québecquisme » que « québécisme ». Québec est un mot d'origine
> amérindienne et l'on s'amuse souvent (par exemple en poésie) à l'écrire
> Kébek, pour bien souligner ces sons. Peut-être justement certains
> ont-ils voulu adoucir cette langue ?

J'ai un (tout) « petit dictionnaire canadien de la langue française » qui
date de 1969. Je n'y trouve ni 'québécisme' ni 'québecquisme', mais j'y
trouve bien les suivants :

Québec « se faire passer un Québec » = « se faire duper »

et

sous « québécois », « On a écrit autrefois 'québecquois' ».

JLL

Sylvie MOUSNIER

unread,
Nov 16, 2000, 6:48:12 PM11/16/00
to
Alain B. <bello...@my-deja.com> wrote:

> In article <1ek5qcp.1uc...@nas7-237.evx.club-internet.fr>,
> mous...@club-internet.fr (Sylvie MOUSNIER) a écrit:

> Le sens du « mot » « turlute » et l'histoire du « mot » « turlute »,
> c'est une chose. La technique vocale de La Bolduc à laquelle des
> musiciens ou des spécialistes du folklore vont référer quand on leur
> parle de turlute, de turlutage ou de turluterie (ce sont aussi deux
> autres mots employés), c'est une autre chose.

Oui.

> Mais cela concorde avec ce que je vous ai écrit : désormais, pour
> plusieurs, turluter, c'est adopter la technique vocale de La Bolduc.
> Mais c'est une conception erronée, selon moi et selon presque toutes les
> sources consultées, beaucoup trop étroite.

Oui.

> Dans certains dictionnaires québécois, on a écrit québécisme à côté de
> turlute, mais c'est abusif. Peut-être certains sont-ils à la recherche
> à tout prix de mots à taxer ainsi ? Surtout quand ce sont de beaux mots
> sympathiques.

>

> Écoutez ce court extrait sur ce petit et léger lien en RealAudio, il
> illustre bien l'art de turluter de La Bolduc :
>
> http://www.tourismemaisonneuve.qc.ca/sons/bolduc.ram

N'a pas fonctionné. Nouvel essai ultérieur.


>
> Je laisse à d'autres plus qualifiés le soin de décrire.

Le sens décrit est audible en téléchargement :
http://www.souliers-rouges/com

choisir téléchargement puis dans les titres proposés : La grand côte
(contenu dans le deuxième disque à gauche de l'écran).
Ou directement :
http://www.souliers-rouges.com/extraits/lagrandcote.mp3

Cette turlute est en plus accompagnée de podorythmie.
Ceci est une version de turlute "commercialisée" actuellement en France,
qui nous a permis de la découvrir (ou re-découvrir) dans l'Hexagone.


> Voir http://www.filtronique-son-or.com/chanson/bio/bolduc.htm

Merci pour l'adresse de ce site dont je n'ai pris le temps que de
traverser et dans lequel j'ai relevé au passage :

« Les lacunes des historiens proviennent du fait qu'ils ont établi la
date de naissance de la chanson québécoise avec La Bolduc. »

> Ni plus, ni moins. Elle avait beaucoup de talent, a fait preuve de
> beaucoup d'originalité, mais elle n'a pas tout « inventé ».

Oui.

> A-t-on tenté de vous « enfirouaper » ?

Enfirouaper = berner ?
Sans doute. Mais il y avait plusieurs milliers de personnes avec moi, ce
jour-là, et un grand nombre ne prendront pas la peine d'aller vérifier
la véracité d'un tel dire.
J'avoue humblement y avoir aussi renoncé (à regret) devant la difficulté
de l'entreprise que je croyais pourtant simple au départ.

>
> Il me semble que votre intérêt porte autant, sinon plus, sur l'histoire
> de la tradition vocale du turlutage que sur le mot lui-même. Remarquez
> qu'effectivement ce n'est pas totalement dissocié. Peut-être serait-il
> bien d'aller chercher dans les sites traitant du folklore québécois et
> irlandais ?

Oui. J'avais effectivement du mal à dissocier le sens français (ancien)
de l'histoire elle-même et encore plus à imaginer que le mot "turlute"
s'en distinguait.
Ce sont des spécialistes du folklore québécois qui m'ont convaincue de
renoncer à une telle entreprise. Et pourtant, la réponse doit se trouver
à l'Université Laval...
Je trouve cela dommage, j'aimais beaucoup l'idée d'une conservation des
airs et chansons français malgré une interdiction anglaise, par le biais
de la turlute (ou turlutte) et de la podorythmie.
Mais, je me contente dorénavant de la trace française dans le mot
lui-même. Quelque part, cela me rassure un peu ...
Je suis toutefois étonnée d'une certaine mode actuelle de nous servir
(dans l'hexagone) des chansons présentées comme "québécoises" et qui ne
sont que de très vieilles chansons françaises oubliées au fond des
malles. A croire que si l'on nous précisait l'origine française, on les
laisserait de côté...
(Oh ! pardon, je voulais écrire de très "anciennes" chansons
françaises...)

Merci pour les adresses des sites, que je m'empresse d'aller
retrouver...
--
Sylvie

Marion Gevers

unread,
Nov 17, 2000, 12:38:24 AM11/17/00
to
Alain B. <bello...@my-deja.com> a écrit:
>In article <8v0f1i$svm$1...@seagoon.newcastle.edu.au>,
> mar...@eepjm.newcastle.edu.au a écrit :
>
>> Une chose m'intrigue, et il ne s'agit pas de la turlute mais du
>> « québécisme ». Si vraiment vous l'écrivez ainsi, comment le
>> prononcez-vous ?
>[...]
>> Comment alors justifie-t-on cette orthographe de ce que, moi,
>> j'écrirais « québecquisme » ou « québequisme », me semble-t-il ?
>> Ou, si vous tenez aux accents, « québé(c)quisme » ?
>
>Ceci dit, vous avez pas mal raison, je crois. Et si je consultais des
>ouvrages des années 60 et 70, j'y trouverais fort probablement plus
>souvent « québecquisme » que « québécisme ». Québec est un mot d'origine
>amérindienne et l'on s'amuse souvent (par exemple en poésie) à l'écrire
>Kébek, pour bien souligner ces sons. Peut-être justement certains
>ont-ils voulu adoucir cette langue ?

Eh bien voilà qui me fait plaisir ; je n'étais donc pas aussi sotte que
DB voulait le faire croire... En fait c'est le fait qu'on dise « québécois »
(ou « québé(c)quois », j'en ai perdu mon latin maintenant !) qui m'a
fait penser qu'on disait « québé(c)quisme ». Et le fait que « québecquisme »
soit attesté me met du baume au coeur. Pour garder le parallèle avec la
Belgique, on ne dit pas « belgicois », mais « belge », voire
« belgicain »... Tiens au fait, pour les Iroquois, dites-vous « irocisme »,
DB ? ;-)

Alain B.

unread,
Nov 17, 2000, 1:54:43 AM11/17/00
to
In article <8v2g8g$2ki$1...@seagoon.newcastle.edu.au>,
mar...@eepjm.newcastle.edu.au a écrit :

Tiens au fait, pour les Iroquois, dites-vous « irocisme », DB ? ;-)

Le seul dérivé que je connaisse est le qualificatif « iroquoien » qu'on
utilise à côté du nom : donc, langue iroquoienne.

Mais le nom par lequel ils se désignent, « Mohawk », a remplacé «
Iroquois » et « iroquoien ».

DB

unread,
Nov 17, 2000, 2:30:28 AM11/17/00
to

Marion Gevers a écrit:

> Eh bien voilà qui me fait plaisir ; je n'étais donc pas aussi sotte que
> DB voulait le faire croire...

Pas de trombine ? Inquiétant.

> En fait c'est le fait qu'on dise « québécois »
> (ou « québé(c)quois », j'en ai perdu mon latin maintenant !) qui m'a
> fait penser qu'on disait « québé(c)quisme ». Et le fait que « québecquisme »
> soit attesté me met du baume au coeur. Pour garder le parallèle avec la
> Belgique, on ne dit pas « belgicois », mais « belge », voire
> « belgicain »... Tiens au fait, pour les Iroquois, dites-vous « irocisme »,
> DB ? ;-)

Uniquement pour ceux qui sont originaires d'Iroc, s'il s'en trouve.

DB

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to

joye a écrit:

La finale -cisme est un des suffixes d'élection attachés aux phénomènes
linguistiques, depuis fort longtemps, au prix souvent d'une déformation du nom
d'origine : iotacisme, rhotacisme, solécisme, grécisme, gallicisme,
anglicisme, belgicisme, etc.
Il y a d'autres suffixes linguistiques en -isme bien sûr, comme helvétisme,
régionalisme, et surtout la grosse masse des -nismes : américanisme,
belgianisme, italianisme, germanisme, hispanisme, hellénisme, japonisme, etc.
Je n'en vois aucun en -quisme, et il appartenait à Marion d'innover. Rien ne
s'y oppose en fait. Mais, quand on crée des mots, on a tendance à suivre des
modèles, et sur Québec, les modèles qui se présentent logiquement sont
québécisme, québécianisme ou québécquianisme. Il est heureux qu'on ait plutôt
retenu le premier.


Marion Gevers

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to
DB <fed...@cybercable.fr> a écrit:

>
>
>Marion Gevers a écrit:
>
>> Eh bien voilà qui me fait plaisir ; je n'étais donc pas aussi sotte que
>> DB voulait le faire croire...
>
>Pas de trombine ? Inquiétant.

Comme il sied, je suis très économe des trombines sur ce forum ; il y a
des susceptibilités à préserver... N'y voyez donc rien d'inquiétant.

Mais si vous en voulez une, en voilà ! :-)) Que ne ferait-on pour vous
faire plaisir, DB... Que cela ne vous monte pas à la tête, pourtant,
même si votre modestie est légendaire...;-)

Marion Gevers

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to
DB <fed...@cybercable.fr> a écrit:

>
>
>
>La finale -cisme est un des suffixes d'élection attachés aux phénomènes
>linguistiques, depuis fort longtemps, au prix souvent d'une déformation du nom
>d'origine : iotacisme, rhotacisme, solécisme, grécisme, gallicisme,
>anglicisme, belgicisme, etc.
>Il y a d'autres suffixes linguistiques en -isme bien sûr, comme helvétisme,
>régionalisme, et surtout la grosse masse des -nismes : américanisme,
>belgianisme, italianisme, germanisme, hispanisme, hellénisme, japonisme, etc.

Dites-moi, DB, ce « belgianisme », pouvez-vous me dire où vous l'avez
lu, en français ? Ne seriez-vous pas, comme le disait Joye à propos
d'elle-même et de moi, influencé par l'anglais ?

Mon Petit Robert, en tout cas, n'en pipe mot...

AB.fr

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to
DB a écrit :

> Je n'en vois aucun en -quisme,

franquisme

--
A. B.

DB

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to

"AB.fr" a écrit :

> DB a écrit :
>
> > Je n'en vois aucun en -quisme,
>
> franquisme
>

J'ignorais son acception en linguistique. Que désigne-t-il
exactement ?


joye

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to
DB <fed...@cybercable.fr> quiere saber :

Partisan du général Franco et de son régime instauré en Espagne en 1936. ­
Adj. L'Espagne franquiste. ­ N. m. FRANQUISME.

Nos vemos,

JLL

DB

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to

Marion Gevers a écrit :

Le mien non plus. C'est un vague souvenir, il me semblait qu'on avait mentionné sur
ce forum, il y a au moins un an, que ce mot se trouvait cité dans un dictionnaire,
non pas à son entrée alphabétique, mais sous une autre rubrique, ce qui avait été
jugé étrange. Je dois confondre avec un autre mot. En revanche, la consultation du
PR me permet d'ajouter "flandricisme" et "wallonisme" à mes listes. Hélas, toujours
pas de mots en -quisme. Et ces pauvres Iroquois qui attendent aussi un adjectif à
leurs particularisme linguistique. Que proposez-vous ?


DB

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to

joye a écrit :

A croire que personne ne lit les messages, même vous, chère Joye. Nous parlons
de linguistique, pas de politique, même si les rapports entre la dictature et
la langue ne manquent pas d'intérêt.


DB

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to

Marion Gevers a écrit :

consacré à leur particularisme linguistique. Que proposez-vous ?


joye

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to
DB <fed...@cybercable.fr> essaie de trier les DB-ôlatres :

> A croire que personne ne lit les messages, même vous, chère Joye. Nous parlons
> de linguistique, pas de politique, même si les rapports entre la dictature et
> la langue ne manquent pas d'intérêt.

J'ai pourtant bien lu le message auquel j'ai répondu, et pour moi,
'linguistique' se réfère aux langues. À Niste, mi-steak, non ?

JLL
(Et non, je ne rendrai ni mon badge ni mon bonnet)

DB

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to

joye a écrit :

> DB <fed...@cybercable.fr> essaie de trier les DB-ôlatres :
>
> > A croire que personne ne lit les messages, même vous, chère Joye. Nous parlons
> > de linguistique, pas de politique, même si les rapports entre la dictature et
> > la langue ne manquent pas d'intérêt.
>
> J'ai pourtant bien lu le message auquel j'ai répondu, et pour moi,
> 'linguistique' se réfère aux langues.

Ah, non, pas du tout, "linguistique" se réfère aux langues.

joye

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to
DB <fed...@cybercable.fr> éclaire :

> > J'ai pourtant bien lu le message auquel j'ai répondu, et pour moi,
> > 'linguistique' se réfère aux langues.
>
> Ah, non, pas du tout, "linguistique" se réfère aux langues.

Vous êtes sûr qu'il ne se réfère pas aux langues ?

JLL

AB.fr

unread,
Nov 17, 2000, 3:00:00 AM11/17/00
to
DB a écrit :

>
> "AB.fr" a écrit :
>
> > DB a écrit :
> >
> > > Je n'en vois aucun en -quisme,
> >
> > franquisme
> >
> J'ignorais son acception en linguistique. Que désigne-t-il
> exactement ?

C'est mérité. J'avoue que ce n'était pas très clair. C'était juste pour dire
qu'il n'y a, à ma connaissance, qu'un seul mot en -quisme et que c'est « franquisme ».

Cordialement,
--
A. B.

Marion Gevers

unread,
Nov 17, 2000, 8:09:02 PM11/17/00
to
DB <fed...@cybercable.fr> a écrit:
>
>
>Marion Gevers a écrit :
>
>>
>> Mon Petit Robert, en tout cas, n'en pipe mot...
>>
>
>Le mien non plus. C'est un vague souvenir, il me semblait qu'on avait mentionné sur
>
>ce forum, il y a au moins un an, que ce mot se trouvait cité dans un dictionnaire,
>non pas à son entrée alphabétique, mais sous une autre rubrique, ce qui avait été
>jugé étrange. Je dois confondre avec un autre mot. En revanche, la consultation du
>PR me permet d'ajouter "flandricisme" et "wallonisme" à mes listes. Hélas, toujours
>
>pas de mots en -quisme. Et ces pauvres Iroquois qui attendent aussi un adjectif
>consacré à leur particularisme linguistique. Que proposez-vous ?

Ben iroquisme, bien entendu... What else ?

Alain B.

unread,
Nov 18, 2000, 10:14:55 PM11/18/00
to
In article <1ek6uos.126...@nas1-83.bls.club-internet.fr>,

mous...@club-internet.fr (Sylvie MOUSNIER) a écrit :

> Merci pour l'adresse de ce site dont je n'ai pris le temps que de
> traverser et dans lequel j'ai relevé au passage :
>
> « Les lacunes des historiens proviennent du fait qu'ils ont établi la
> date de naissance de la chanson québécoise avec La Bolduc. »


Oui, mais il y a aussi longtemps que les historiens et les ethnologues
étudient la musique et la chanson au Canada.

Un monumental ouvrage de 4 000 pages réparties en trois volumes, «
Encyclopédie de la musique au Canada » (Fides, Montréal, 2e éd. 1993),
contient plusieurs entrées sur la chanson et la musique folklorique.
Vous pourriez peut-être le repérer en bibliothèque.

Sur La Bolduc, on lit : « Par leur humour et leur franc-parler et grâce
au style inimitable de la chanteuse qui les agrémentait de " turlutages
", ritournelles comiques produites en frappant la langue sur le palais,
ses chansons [...]. »

On cite Marius Barbeau, l'ethnologue fondateur, en 1920, des Archives
folkloriques : « Ses chansons m'ont frappé par leur verve endiablée et
un tour de langue assez unique, à la manière des chanteurs du vrai
terroir. »

Voilà, il pose l'originalité et la continuité.

Sous l'entrée « musique folklorique », on lit : « Les autres genres
comprennent berceuses, chansons de jeux d'enfants, chansons à boire,
turlutage (syllabes sans signification, souvent utilisées pour la danse)
et chansons macaroniques (françaises-anglaises, ukrainiennes-anglaises,
etc.) »

J'ai aussi localisé dans le « Dictionnaire canadien-français » de Sylva
Clapin (Montréal et Boston, 1894), l'entrée suivante :

§
Turluter, v. a., Fredonner. En Normandie, on dit encore turlurer.
§


> > A-t-on tenté de vous « enfirouaper » ?
>
> Enfirouaper = berner ?

C'est plus doux que berner, plutôt vers enjôler.


> Je trouve cela dommage, j'aimais beaucoup l'idée d'une conservation
des
> airs et chansons français malgré une interdiction anglaise, par le
biais
> de la turlute (ou turlutte) et de la podorythmie.


En guise de consolation, lisez ces extraits du « Guide de la chanson
québécoise » (Triptyque, 1996) sur le lien politique / chanson :

§
[...] la chanson a toujours tenu une place de choix au coeur du peuple
québécois et ce, depuis l'époque où les premiers colons vinrent
s'établir sur les seigneuries de Nouvelle-France, au début du XVIIe
siècle, apportant avec eux le riche bagage des traditions orales de
diverses provinces française (principalement la Normandie et
l'Île-de-France, mais aussi le Poitou, l'Aunis et le Saintonge) ; on
évalue ainsi le corpus folklorique québécois à 50 000 chansons dont
l'origine remonte au Moyen Âge.

Une de ces chansons prendra pour les Québécois une résonance
particulière après la conquête britannique : il s'agit de « À la claire
fontaine », qui deviendra même l'hymne des Patriotes pendant la révolte
de 1837-38 ; dans ces circonstances, le refrain devient un chant d'amour
nostalgique adressé à la mère patrie : « Il y a longtemps que je t'aime
/ Jamais je ne t'oublierai. »

[...]

La domination britannique, toutefois, va susciter l'essor des chansons
politiques : ces dernières sont le plus souvent anonymes, tout comme les
chansons folkloriques, et chantées sur des timbres, mais plus éphémères
parce qu'inspirées par des faits d'actualité. L'émergence du
nationalisme canadien au début du XIXe siècle va alimenter ce genre
chansonnier qui atteindra son paroxysme avec la révolte des Patriotes de
1837-38, et qui survivra plus ou moins jusqu'à ces dernières années,
dans les manifestations syndicales, par exemple.

Notons en passant que, pendant les années 30, La Bolduc chantait souvent
des faits d'actualité sur des timbres folkloriques, reprenant ainsi à sa
façon la forme d'expression caractéristique des chansons politiques du
Régime anglais, bien que ses chansons à elle ne soient pas explicitement
politisées.

L'échec de la révolte des Patriotes et l'unification du Haut-Canada
anglophone et du Bas-Canada francophone, dont le but est l'assimilation
à long terme de la nation canadienne à la culture britannique, seront
vécus par la population canadienne comme un grand traumatisme ; encore
une fois, c'est la chanson qui exprime le mieux le désespoir de « l'âme
canadienne » : « Un Canadien errant » d'Antoine Gérin-Lajoie, composée
en 1842, en est la preuve.
§


> Mais, je me contente dorénavant de la trace française dans le mot
> lui-même. Quelque part, cela me rassure un peu ...

Cherchons encore, on trouvera peut-être davantage.

Salutations.

Sylvie MOUSNIER

unread,
Nov 21, 2000, 3:00:00 AM11/21/00
to
Alain B. <bello...@my-deja.com> wrote:

> Un monumental ouvrage de 4 000 pages réparties en trois volumes, «
> Encyclopédie de la musique au Canada » (Fides, Montréal, 2e éd. 1993),
> contient plusieurs entrées sur la chanson et la musique folklorique.
> Vous pourriez peut-être le repérer en bibliothèque.

Hum ! Hum ! Va falloir que j'envisage un prêt inter-bibliothèques car il
n'y a pas cela dans les miennes (municipales)...


>
> On cite Marius Barbeau, l'ethnologue fondateur, en 1920, des Archives
> folkloriques : « Ses chansons m'ont frappé par leur verve endiablée et
> un tour de langue assez unique, à la manière des chanteurs du vrai
> terroir. »
>
> Voilà, il pose l'originalité et la continuité.

C'est très net, en effet.

> > A-t-on tenté de vous « enfirouaper » ?
> >
> > Enfirouaper = berner ?
>
> C'est plus doux que berner, plutôt vers enjôler.

Ah oui ! Comme la voix des présentations de films américains...
nous embobine...
Dans le Perche et la Basse-Beauce, on trouve "enrouapé" mais la
signification semble différente.



> Cherchons encore, on trouvera peut-être davantage.

Voici une des réponses de la discussion précédente (sur un autre forum)
:
J'ai fait les vérifications promises hier. Étrangement, L'Histoire de la
musique au Québec, 1600-1875 (Willy Amtmann), n'en souffle mot. J'ai
consulté Histoire populaire du Québec, des orgines à 1960 (Jacques
Lacoursière), qui n'en parle pas non plus. En désespoir de cause, j'ai
communiqué avec un ami, Lucien Ouellette, spécialiste du folklore
canadien-français au Musée canadien des civilisations, à Hull, qui m'a
dit ce qui suit. Il semblerait qu'on ne connaisse pas l'origine de la
turlutte ni le moment de son apparition. Elle a été popularisée dans les
années 1920 par la Bolduc, née Mary Travers, originaire de la Gaspésie.
Chose certaine, la turlutte remplace un instrument de musique,
habituellement le violon, pour « jouer » des pièces instrumentales.
Est-ce d'origine irlandaise ? Peut-être. La turlute est le plus souvent
employée pour la musique d'origine irlandaise ou à saveur irlandaise. À
noter que les personnes qui jouent d'un instrument « par oreille », le
violon par exemple, enseignent généralement leur art en « turlutant » à
leur élève. Et ces mêmes violoneux mémorisent aussi les pièces qu'ils
apprennent en les « turluttant ».
Fin de citation.

Or, lors du Festival Interceltique de Lorient (France) l'été dernier,
j'ai appris que les Anglais avaient interdit : le kilt, le tartan, la
cornemuse et le whisky.
En nous référant aux précédentes définitions de turluter (de mon premier
message) : (pour mémoire)
> Que, personnellement, je rapproche encore de l'ancien français (XIIe et
> XIIIe siècle) :
> Turelure : cornemuse // refrain de chanson.
> Tureluele, tureluete (1160) : cornemuse.
> Turlueter (1160) : jouer de la cornemuse.

la turlute a pu (re-)naître de cette interdiction de... cornemuse...
mais nous ne sommes plus à Québec...
De France, il m'apparaît donc fort compliqué de démontrer quoi ce soit.
Dans mon esprit, cela reste bien lié à l'étymologie française du mot.

Donc, nous ne sommes pas complètement hors sujet sur fllf...
Je vous remercie de toutes vos précisions très documentées, qui
m'intéresent vivement.

--
Sylvie

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