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Keratry et Sabran

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Didier Pelleton

unread,
Jul 11, 2006, 10:44:59 AM7/11/06
to

    Encore une énigme d'Outre-Tombe :

    « Ce _Ker_ ne le cédait point à son adversaire en généalogie : si saint
Elzéar de Sabran était proche parent de saint-Louis, saint Corentin,
grand-oncle du très-noble _Ker_, était évêque de Quimper sous le roi Gallon
II, trois cents ans avant Jésus-Christ. »

   Comment lire ces « trois cents ans avant Jésus-Christ » ? Comme une
plaisanterie, un plantage, ou une ignorance de ma part d'une autre acception
d'« évêque » ?

    N.B. Pour les majuscules et les traits d'union aux différents saints,
j'ai reproduit la typo de la Pléiade.

kduc

unread,
Jul 11, 2006, 10:59:26 AM7/11/06
to
Le 11/07/06 16:44, Didier Pelleton a écrit :

> « Ce _Ker_ ne le cédait point à son adversaire en généalogie : si saint


> Elzéar de Sabran était proche parent de saint-Louis, saint Corentin,
> grand-oncle du très-noble _Ker_, était évêque de Quimper sous le roi Gallon
> II, trois cents ans avant Jésus-Christ. »
>
> Comment lire ces « trois cents ans avant Jésus-Christ » ? Comme une
> plaisanterie, un plantage, ou une ignorance de ma part d'une autre acception
> d'« évêque » ?

Il semble que Chateaubriand l'ait bien écrit ainsi, tous les passages en
français trouvés ressemblent trait pour trait à celui de la Pléiade.
Seule une traduction en anglais (A. S. Kline) donne « after ».

Vous trouverez un peu d'histoire concernant Gallon II (IXe - Xe), là :

http://perso.orange.fr/roussel.marc/hist-bov_belleville.html

--
kd

lamkyre

unread,
Jul 11, 2006, 11:00:31 AM7/11/06
to

Didier Pelleton a écrit :

> Encore une énigme d'Outre-Tombe :
>
> « Ce _Ker_ ne le cédait point à son adversaire en généalogie : si saint
> Elzéar de Sabran était proche parent de saint-Louis, saint Corentin,
> grand-oncle du très-noble _Ker_, était évêque de Quimper sous le roi Gallon
> II, trois cents ans avant Jésus-Christ. »
>
> Comment lire ces « trois cents ans avant Jésus-Christ » ? Comme une
> plaisanterie, un plantage, ou une ignorance de ma part d'une autre acception
> d'« évêque » ?

Cela peut-il être une erreur de signe ? Le roi Gallon est bien
suspect aussi.
L'histoire d'Ys et du roi Gradlon (vers 330 après JC) me semble un
contexte plus vraisemblable.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gradlon

Didier Pelleton

unread,
Jul 11, 2006, 11:26:25 AM7/11/06
to
kduc écrivit :

> Didier Pelleton a écrit :

>> « Ce _Ker_ ne le cédait point à son adversaire en généalogie : si saint
>> Elzéar de Sabran était proche parent de saint-Louis, saint Corentin,
>> grand-oncle du très-noble _Ker_, était évêque de Quimper sous le roi Gallon
>> II, trois cents ans avant Jésus-Christ. »

>> Comment lire ces « trois cents ans avant Jésus-Christ » ? Comme une
>> plaisanterie, un plantage, ou une ignorance de ma part d'une autre acception
>> d'« évêque » ?

> Il semble que Chateaubriand l'ait bien écrit ainsi, tous les passages en
> français trouvés ressemblent trait pour trait à celui de la Pléiade.
> Seule une traduction en anglais (A. S. Kline) donne « after ».

    Merci à vous et à Lamkyre. Je n'en reviens pas de la pauvreté en notes
et commentaires de mes deux éditions des Mémoires [l'autre est le Livre de
Poche].

Stéphane De Becker

unread,
Jul 11, 2006, 11:51:42 AM7/11/06
to

Si Berlioz chanta les belles nuits d'été,
On trouvera ici bien plus de variété

grâce à Didier Pelleton

> « Ce _Ker_ ne le cédait point à son adversaire en généalogie : si saint


> Elzéar de Sabran était proche parent de saint-Louis, saint Corentin,
> grand-oncle du très-noble _Ker_, était évêque de Quimper sous le roi
> Gallon II, trois cents ans avant Jésus-Christ. »

> Comment lire ces « trois cents ans avant Jésus-Christ » ? Comme une
> plaisanterie, un plantage, ou une ignorance de ma part d'une autre
> acception d'« évêque » ?

Ou comme une preuve du génie du christianisme ?

Vs

unread,
Jul 11, 2006, 3:25:04 PM7/11/06
to
L'antéclaviste kduc a pianoté :
Sans doute aussi une mauvaise transcription doublée d'inventions
historiques.
Il n'y a pas de ville sur le site actuel de Quimper avant le neuvième
siècle (Kemper en breton veut dire confluent). Difficile pour saint
Corentin d'en être l'évêque, puisqu'il aurait vécu approximativement à
la fin du quatrième siècle et au début du cinquième.
La capitale se trouvait à Carhaix, où se déroulent actuellement les
Vieilles Charrues.
Il n'y a pas non plus de roi Gallon II en Armorique, seulement un roi
Grallon, souvent confondu avec le légendaire Gradlon, mais presque un
siècle plus tard, à la fin du cinquième. Le saint breton de l'époque et
de l'endroit n'est pas Corentin mais Guénolé, fêté le trois mars.
Fausse ville, faux roi, faux saint, on est dans un livre esthétique.

Vs

Didier Pelleton

unread,
Jul 11, 2006, 4:16:10 PM7/11/06
to
Vs écrivit :

> Il n'y a pas non plus de roi Gallon II en Armorique, seulement un roi Grallon,
> souvent confondu avec le légendaire Gradlon, mais presque un siècle plus tard,
> à la fin du cinquième. Le saint breton de l'époque et de l'endroit n'est pas
> Corentin mais Guénolé, fêté le trois mars. Fausse ville, faux roi, faux saint,
> on est dans un livre esthétique.

    Mais aussi avec des faits historiques, et de grandes révélations
« prouvées », par exemple, à la page précédente, à propos du père Grégoire
de Rostrenen, auteur d'un dictionnaire français-breton :

   « Rostrenen prouve que le celtique est une de ces langues que Gomer, fils
aîné de Japhet, apporta en Europe, et que les Bas-Breton, malgré leur
taille, descendent des Géants. »

   Mais il y a des splendeurs stylistiques, et de magnifiques raccourcis, je
vous laisse apprécier la fin du 4e livre, chap. 10 :

   « Propre à tout pour les autres, bon à rien pour moi : me voilà. »

   

    

Vs

unread,
Jul 11, 2006, 4:39:38 PM7/11/06
to
L'antéclaviste Didier Pelleton a pianoté :
> Vs écrivit :

>
> Mais il y a des splendeurs stylistiques, et de magnifiques
> raccourcis, je vous laisse apprécier la fin du 4e livre, chap. 10 :
>
> « Propre à tout pour les autres, bon à rien pour moi : me voilà. »

Cela me ferait une bonne devise.

Vs
Esthétique, stylistique, je n'étais pas loin.

Didier Pelleton

unread,
Jul 11, 2006, 5:10:39 PM7/11/06
to
Vs écrivit :

> L'antéclaviste Didier Pelleton a pianoté :
>> Vs écrivit :

>> Mais il y a des splendeurs stylistiques, et de magnifiques
>> raccourcis, je vous laisse apprécier la fin du 4e livre, chap. 10 :

>> « Propre à tout pour les autres, bon à rien pour moi : me voilà. »

> Cela me ferait une bonne devise.

    Méfiez-vous, comme le vicomte, elle pèche aussi par orgueil.

> Esthétique, stylistique, je n'étais pas loin.

    Je vous en recopie un passage parmi tant d'autres bien troussés [nous
sommes dans les années 1787-1788] : « Les présidentes, cessant d'être de
vénérables mères de famille, sortaient de leurs sombres hôtels pour devenir
femmes à brillantes aventures. Le prêtre évitait le nom de Jésus et ne
parlait que du _législateur des chrétiens_ ; les ministres tombaient les uns
sur les autres ; le pouvoir glissait de toutes les mains. Le suprême bon ton
était d'être Américain à la ville, Anglais à la cour, Prussien à l'armée ;
d'être tout, excepté Français. Ce que l'on faisait, ce que l'on disait
n'était qu'une suite d'inconséquences. »

    « Législateur des chrétiens » m'enchante. Tout un esprit est en marche
dans cet euphémisme.


Luc Bentz

unread,
Jul 12, 2006, 6:40:31 PM7/12/06
to
Le Tue, 11 Jul 2006 16:44:59 +0200, Didier Pelleton
<didier....@wanadoo.fr> a écrit :

>
>    Encore une énigme d'Outre-Tombe :
>
>    « Ce _Ker_ ne le cédait point à son adversaire en généalogie : si saint
>Elzéar de Sabran était proche parent de saint-Louis, saint Corentin,
>grand-oncle du très-noble _Ker_, était évêque de Quimper sous le roi Gallon
>II, trois cents ans avant Jésus-Christ. »
>
>   Comment lire ces « trois cents ans avant Jésus-Christ » ? Comme une
>plaisanterie, un plantage, ou une ignorance de ma part d'une autre acception
>d'« évêque » ?

Une plaisanterie, une moquerie même vis-à-vis du généalogiste
orgueilleux...


Luc Bentz
http://www.langue-fr.net
--
« N'oubliez pas que que tout ce que vous lisez n'est que le résultat
de l'excitation, par des électrons, d'atomes de terres rares
déposés en couches minces sur un écran de verre. Pas de quoi s'exciter soi-même. »
(Tatie Francette -- http://tatie.francette.free.fr)

Didier Pelleton

unread,
Jul 12, 2006, 7:01:44 PM7/12/06
to
Luc Bentz écrivit :

> Didier Pelleton a écrit :

>>     Encore une énigme d'Outre-Tombe :

>>     « Ce _Ker_ ne le cédait point à son adversaire en généalogie : si saint
>> Elzéar de Sabran était proche parent de saint-Louis, saint Corentin,
>> grand-oncle du très-noble _Ker_, était évêque de Quimper sous le roi Gallon
>> II, trois cents ans avant Jésus-Christ. »
>>
>>    Comment lire ces « trois cents ans avant Jésus-Christ » ? Comme une
>> plaisanterie, un plantage, ou une ignorance de ma part d'une autre acception
>> d'« évêque » ?

> Une plaisanterie, une moquerie même vis-à-vis du généalogiste
> orgueilleux...

     Peut-être, mais ça colle mal avec le contexte. Dans ce passage [L 5,
chap. 2], Chateaubriand est plus enclin à se moquer de Sabran que de
Keratry. Et comme l'a fait remarquer Kduc, les Anglais ont corrigé par
« after ».

http://www.tonykline.btinternet.co.uk/ChateaubriandMemoirsBookV.htm#_Toc1147
21949

Didier Pelleton

unread,
Jul 12, 2006, 7:18:16 PM7/12/06
to
Didier Pelleton écrivit :

>    Mais il y a des splendeurs stylistiques, et de magnifiques raccourcis, je
> vous laisse apprécier la fin du 4e livre, chap. 10 :

>    « Propre à tout pour les autres, bon à rien pour moi : me voilà. »

     « Good for anything on others behalf, good for nothing where I am
concerned: there you have me. »

    Pour la traduction anglaise.

joye

unread,
Jul 12, 2006, 7:24:25 PM7/12/06
to

Didier Pelleton écrivit :

Vous savez, bien sûr, que la traduction du titre donne "Memoirs of a
Dead Man" qui est quand même différent de ceux d'Outre-tombe. C'est
presque mieux, étant donné la citation "en outre, je suis mort".

Didier Pelleton

unread,
Jul 12, 2006, 7:30:57 PM7/12/06
to
joye écrivit :

> Didier Pelleton écrivit :

>>> Mais il y a des splendeurs stylistiques, et de magnifiques raccourcis, je
>>> vous laisse apprécier la fin du 4e livre, chap. 10 :

>>> « Propre à tout pour les autres, bon à rien pour moi : me voilà. »

>> « Good for anything on others' behalf, good for nothing where I am concerned:
>> there you have me. »
>> Pour la traduction anglaise.

> Vous savez, bien sûr,

    Non.

> que la traduction du titre donne "Memoirs of a Dead Man" qui est quand même
> différent de ceux d'Outre-tombe. C'est presque mieux,

    Pitié.

joye

unread,
Jul 12, 2006, 7:45:16 PM7/12/06
to

Didier Pelleton écrivit :

>> que la traduction du titre donne "Memoirs of a Dead Man" qui est
>> quand même différent de ceux d'Outre-tombe. C'est presque mieux,
>
> Pitié.

Tant pis pour ma voix au chapitre, ou quand même, au titre.

Vous avez de la chance qu'on n'ait pas traduit le nom de l'auteur en
François René Beef Wellington.

Clotilde Chaland

unread,
Jul 13, 2006, 1:29:22 AM7/13/06
to
joye :

> Vous avez de la chance qu'on n'ait pas traduit le nom de l'auteur en
> François René Beef Wellington.

Qui de la poule et de l'oeuf ? Qui de François René et du filet de
boeuf ?

Vs

unread,
Jul 13, 2006, 8:06:19 PM7/13/06
to
L'antéclaviste Clotilde Chaland a pianoté :

/TLFi/
Étymologie et Histoire : 1865 [1856 d'après DAUZAT, Nouveau dictionnaire
étymologique et historique 1973] chateaubriant (LA CHÂTRE); 1866
chateaubriand (A. DELVAU, Dictionnaire de la langue verte). Origine
incertaine; d'après. GAMILLSCHEG (Ernst). - Etymologisches Wörterbuch
der französischen Sprache - du nom de l'écrivain François René de
Chateaubriand, parce que l'invention de cette préparation serait due à
son cuisinier Montmireil; d'après le dictionnaire de l'académie des
gastronomes 1962, du nom de la ville de Châteaubriant (Loire-Atlantique)
située dans un important centre d'élevage. Les deux hypothèses sans
preuves.
/TLFi/

Il va encore falloir demander à Disney ou à un autre studio de dépenser
de l'argent pour organiser un colloque stupide chargé de trancher cette
question à l'occasion de la sortie d'un prochain film sur un gastronome.

Vs
Comme pour l'œuf et la poule.


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