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Anastasie

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Clotilde Chaland

unread,
Jan 14, 2000, 3:00:00 AM1/14/00
to
J'ai lu quelque part qu'on désignait parfois la censure par « les
ciseaux d'Anastasie ».
Je conçois que les ciseaux aient un rapport direct à la coupure d'un
texte ou d'images vidéo, par exemple.
Mais qui est Anastasie dans cette expression ?

--
Clõ

Luc Bentz

unread,
Jan 15, 2000, 3:00:00 AM1/15/00
to
Clotilde...@imag.fr (Clotilde Chaland) a écrit dans
fr.lettres.langue.francaise :

Le symbole de la censure. Il me semble bien qu'on le doive au
"Canard" pendant la guerre de 14-18 (cet aimable palmipède ayant vu
le jour en 1915).

Luc Bentz - http://www.chez.com/languefrancaise/
--
« Les remarques des fautes d'un ouvrage se feront avec modestie
et civilité, et la correction en sera soufferte de la mesme sorte. »
(Statuts & Reglemens de l'Academie françoise du 22 février 1635, art. XXXIV)
http://www.chez.com/languefrancaise/aidinfos/orthogaffe.htm

JLS

unread,
Jan 15, 2000, 3:00:00 AM1/15/00
to

Si l'on doit effectivement l'expression "les ciseaux d'Anastasie" au vilain
petit canard, je l'ai retrouvee dans un dictionnaire grec-grec qui donne
"to psalidi tis anastasis" (ce dernier mot etant le genitif grec demotique
de "anastasi") avec pour sens "la suppression du trouble" (ss : de ce qui
peut causer du trouble, du bruit, un bouleversement) et non les ciseaux
d'une quelconque Anastasia...
Cordialement.
JLS

>>Mais qui est Anastasie dans cette expression ?
>
>Le symbole de la censure. Il me semble bien qu'on le doive au

>"Canard" pendant la guerre de 14-18 (cet aimable palmipede ayant vu
>le jour en 1915).


Serge Paccalin

unread,
Jan 15, 2000, 3:00:00 AM1/15/00
to
On/le Fri, 14 Jan 2000 19:12:29 +0100,
Clotilde Chaland <Clotilde...@imag.fr> wrote/a écrit...

> J'ai lu quelque part qu'on désignait parfois la censure par « les
> ciseaux d'Anastasie ».
> Je conçois que les ciseaux aient un rapport direct à la coupure d'un
> texte ou d'images vidéo, par exemple.
> Mais qui est Anastasie dans cette expression ?

Les ciseaux apparaissent à la une du premier « Canard Enchaîné » du 5
juillet 1916 :

http://www.electriccafe.org/Canard/NumeroUn.html

« Il y a plus à lire dans un blanc du 'Canard' que dans une page du
'Matin' », a dit un de ses lecteurs.

Quand à l'utilisation d'Anastasie, la page ci-dessous le date de 1877,
sans donner de détails :

http://www.erudit.org/erudit/meta/v43n02/van_hoof/van_hoof.html*

--
___________
_/ _ \_`_`_`_) Serge PACCALIN
\ \_L_) s...@mailclub.net
-'(__) L'hypothèse la plus élaborée ne saurait remplacer
_/___(_) la réalité la plus bancale. -- San-Antonio

Schtroumpf grognon

unread,
Jan 15, 2000, 3:00:00 AM1/15/00
to
Luc Bentz a écrit :

>
> Clotilde...@imag.fr (Clotilde Chaland) a écrit dans
> fr.lettres.langue.francaise :
>
> >J'ai lu quelque part qu'on désignait parfois la censure par « les
> >ciseaux d'Anastasie ».
> >Je conçois que les ciseaux aient un rapport direct à la coupure d'un
> >texte ou d'images vidéo, par exemple.
> >Mais qui est Anastasie dans cette expression ?
>
> Le symbole de la censure. Il me semble bien qu'on le doive au
> "Canard" pendant la guerre de 14-18 (cet aimable palmipède ayant vu
> le jour en 1915).

Ce ne serait pas étonnant de leur part, sachant que le mot "Anastasie"
veut dire "Résurrection".

JLS

unread,
Jan 16, 2000, 3:00:00 AM1/16/00
to
Les termes "anastasis, -eos" et "anastasia" evoquent le fait de se dresser,
l'erection (d'un mur, et peut-etre...), ainsi que la notion de
bouleversement.
Ainsi, le mot "anastasis" ne veut pas, a l'origine, dire "resurrection" : a
cause de l'un de ses sens (se lever apres le sommeil), il a ete utilise pour
traduire en grec, dans les evangiles de Luc et de Matthieu, un terme hebreu
(que j'ignore : pour moi l'hebreu c'est de l'hebreu...). Le grec ne
connaissait pas en effet la notion de resurrection. (De meme les latins,
pour la notion judeo-chretienne de "peche", n'ont trouve dans leur langue
que "peccatum" = faire une chose a la place d'une autre, ne pas faire une
chose que l'on devrait faire, se tromper d'une syllabe, broncher -pour un
cheval-, etc.).

Si l'on doit effectivement l'expression "les ciseaux d'Anastasie" au vilain
petit canard, je l'ai retrouvee dans un dictionnaire grec-grec qui donne
"to psalidi tis anastasis" (ce dernier mot etant le genitif grec demotique
de "anastasi") avec pour sens "la suppression du trouble" (ss : de ce qui
peut causer du trouble, du bruit, un bouleversement) et non les ciseaux
d'une quelconque Anastasia...
Cordialement.
JLS

>>Mais qui est Anastasie dans cette expression ?


>
>Le symbole de la censure. Il me semble bien qu'on le doive au

>"Canard" pendant la guerre de 14-18 (cet aimable palmipede ayant vu
>le jour en 1915).

Ο Schtroumpf grognon έγραψε στο μήνυμα

>Ce ne serait pas ιtonnant de leur part, sachant que le mot "Anastasie"
>veut dire "Rιsurrection".

Clotilde Chaland

unread,
Jan 16, 2000, 3:00:00 AM1/16/00
to
JLS <Jean-Lou...@wanadoo.fr> wrote:

> Ο Schtroumpf grognon έγραψε στο μήνυμα

C'est du grec, ou du latin ?

(non... pas taper ;-))

--
Clυ

Sainlour

unread,
Jan 21, 2000, 3:00:00 AM1/21/00
to
C'est l'une des trois Parques, personnages de la mythologie grecque qui
présidaient aux destinées humaines de chacun. Anastasie était chargé de couper
le fil... de la vie.

le noble AmphigouriX

unread,
Jan 21, 2000, 3:00:00 AM1/21/00
to
2 Pluviôse an CCVIII (le 22 janvier 2000 d.c.-d.c.g.), 00h18


Sainlour <sain...@aol.com> a écrit dans le message :
20000121124118...@ng-fr1.aol.com...

C't'une blague, ou une variante ? Klôthô¹, Lachesis², Atropos³ (la plus
petite, la plus terrible) [Clotho, Lachésis, Atropos].

Tiens, ça me donne des idées.


¹ la fileuse
² celle qui mesure
³ celle qui ne peut être évitée


rivaud paul

unread,
Jan 24, 2000, 3:00:00 AM1/24/00
to

le noble AmphigouriX <budelberg...@free.fr> a écrit dans le message
: NV5i4.692$iD5.4...@nnrp2.proxad.net...

***

1939/1940 : Anastasie, c'est la censure.

***


>
>

Dominique Didier

unread,
Feb 8, 2000, 3:00:00 AM2/8/00
to
Le Fri, 14 Jan 2000 19:12:29 +0100, Clotilde...@imag.fr (Clotilde
Chaland) a écrit :

>J'ai lu quelque part qu'on désignait parfois la censure par « les
>ciseaux d'Anastasie ».
>Je conçois que les ciseaux aient un rapport direct à la coupure d'un
>texte ou d'images vidéo, par exemple.

>Mais qui est Anastasie dans cette expression ?

On a fourni, plus tôt, de manière détaillée, des explications
étymologiques. Je compléterai sans les infirmer ces hypothèses, par
l'évocation du personnage d'Anastasie. La plaisanterie n'est pas si
innocente que cela.

Dans l'évangile apocryphe du pseudo-Matthieu et le protévangile de
Jacques le Mineur, une sage-femme, Salomé, est appelée par Joseph pour
aider Marie, mais elle arrive trop tard. Cette femme refuse de croire
que la mère est vierge et elle avance la main pour vérifier. « Et
voici que ma main se détache de moi, consumée par le feu ! »

Ensuite ce personnage a été confondu avec celui de sainte Anastasie,
martyre du IVe s., à laquelle l'empereur Dioclétien aurait fait couper
les mains et les pieds. Elle était honorée à Rome, fêtée aux environs
de Noël, représentée les bras coupés attachés autour du cou  ; la
coïncidence des dates, l'épisode de la main détachée de la femme
incrédule expliquent le changement de nom de la sage-femme dans les
textes médiévaux sur la nativité du Christ.

Un ensemble de récits apparentés montrent Onnestase, Anastaise,
Agnetèse, une jeune fille douce, mais qui est née sans mains et sans
bras. Jésus et Marie demandent l'hospitalité à son père, un riche
homme de Bethléem. Il leur concède l'étable après que sa fille l'a
supplié. Quand Marie sent le terme venir, elle demande à Joseph de
chercher une femme pour l'assister. Seule Anastasie accepte. Dès
qu'elle touche l'enfant avec ses moignons, des bras et des mains lui
poussent. Dans certains écrits, le père veut les lui trancher de
nouveau.

« La Légende dorée » distingue Anastasie la martyre et Salomé
l'incrédule. Anastasie meurt brulée, après avoir repoussé les assauts
de plusieurs paiens. Je cite la traduction de J.-B. M. Roze (éd. GF) :
« Dans la compilation de Barthélemi [un évangile qui lui est attribué
par saint Jérôme] et dans le "Livre de l'Enfance du Sauveur", on lit
que, au moment de l'enfantement, Joseph, qui ne doutait pas au reste
que Dieu dût naître d'une vierge, appela , selon la coutume de son
pays des sages-femmes qui s'appelaient l'une Zebel, et l'autre Salomé.
Zébel en examinant avec soin et intention la trouva vierge : "Une
vierge a enfanté !" s'écria-t-elle. Salomé, qui n'en croyait rien,
voulut en avoir la preuve, comme Zébel, mais sa main se dessécha
aussitôt. Cependant un ange, qui lui apparut, lui fit toucher
l'enfant, et elle fut guérie aussitôt. »

La première attestation de la légende de la femme incrédule se trouve
dans « Li Coronemenz Loois », un poème en langue picarde composé en
1130. Mais on la retrouve aussi dans Huon de Bordeaux, chanson de
geste datant à peu près de 1190, sous le nom d'Onnestase. Il s'agit
d'une prière au Christ :
« Il ni ot feme por vostre tenir
Fors une dame qui ot moult cler le vis,
Sainte Onnestase ot a nom ce m'est vis,
N'ot eü mains depuis qele nasqui,
A ses moignons, Dix, fustes recoillis. » (v. 1519 et suivants)

Que conclure ? Les mains coupées ou détachées renvoient bien à l'idée
de la censure, ensuite le personnage de l'accoucheuse qui manie aussi
les ciseaux s'impose. Sans doute existe-t-il à l'origine une
plaisanterie à propos des sages-femmes surnommées Anasthasie par des
carabins. Ce n'est qu'une hypothèse. Après peut-être les étudiants en
médecine ont transmis ce nom aux journalistes, ou bien les anciens
normaliens et sorbonnards qui oeuvraient dans le journalisme au
dix-neuvième siècle se livraient-ils à cette allusion. On aurait ainsi
glissé de la femme aux mains coupées/l'article coupé à
l'accoucheuse/la censure. Une telle référence érudite dans le contexte
de l'époque ne me semble guère improbable.

Dominique

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