J'aimerais lire le reste du lai. Existe-t-il quelque part sur la Toile ?
Merci d'avance,
JLL
joye a écrit :
> « Sur le Noël, morte saison
> Que les loups se vivent de vent... »
>
> J'aimerais lire le reste du lai. Existe-t-il quelque part sur la
> Toile ?
De qui est-ce ? À défaut de connexion efficace et de d. d. en béton,
j'ai deux-trois livres planqués (Marie de France ; mais, no crainte, on
va lui changer son nom : Marie de Euroe, ou Mary D. Yuro,
Maries D. Yuroes).
La fin d'année ne vous réussit pas, à vous la championne des
recherches (chansons, poèmes, citations,...) sur la Toile (Google and so
on). Une petite fatigue ? La neige qui engourdit ?
Je n'ai rien de prévu pour le 15 du mois de Nisan. Et vous ?
http://www.chez.com/damienbe/villon_lais.htm
Noyeux Joël en Iowa, et prompt rétablissement !
Pierre Hallet
Des températures un peu moins cruelles, espérons-le ! En parlant de
Villon, il me semble que les neiges d'antan sont ici même ! :-) Merci
beaucoup de votre aide, Pierre. Et bonnes fêtes chez vous aussi !
JLL
joye a écrit:
> In article <3A449302...@skynet.be>, pierre hallet
> <pierre...@skynet.be> wrote:
>
> > joye a écrit :
> > > « Sur le Noël, morte saison
> > > Que les loups se vivent de vent... »
> > > J'aimerais lire le reste du lai. Existe-t-il quelque part sur la Toile ?
> > > Merci d'avance,
> > > JLL
> >
> > http://www.chez.com/damienbe/villon_lais.htm
> >
> > Noyeux Joël en Iowa, et prompt rétablissement !
>
> Des températures un peu moins cruelles, espérons-le ! En parlant de
> Villon, il me semble que les neiges d'antan sont ici même ! :-)
Il paraît que "antan" signifiait l'année dernière. Mais vous aviez sûrement aussi
de la neige en Iowa l'année dernière.
Pas beaucoup. Nous avons déjà en ce mois-ci dépassé (the amount of ?
sûrement pas 'le montant de' ?) toute la neige qu'on a reçue pendant tout
l'hiver l'année dernière.
JLL
> « Sur le Noël, morte saison
> Que les loups se vivent de vent... »
En ce temps que j'ay dit devant,
Sur Noël, morte saison,
Que les loups se vivent du vent
Et qu'on se tient en sa maison,
Pour le frimas, pres du tyson,
Me vint ung vouloir de briser
La tres amoureuse prison
Qui faisoit mon cueur debriser.
> J'aimerais lire le reste du lai. Existe-t-il quelque part sur la Toile ?
Le voilà [Je mets un chevron pour éviter que l'adresse se
brise] :
> >->->-> http://www.fh-augsburg.de/~harsch/gallica/Chronologie/15siecle/Villon/vil_lais.html
--
___________
_/ _ \_`_`_`_) Serge PACCALIN -- s...@mailclub.net
\ \_L_) L'hypothèse la plus élaborée ne saurait
-'(__) remplacer la réalité la plus bancale.
_/___(_) -- San-Antonio (1921-2000)
joye a écrit:
> In article <3A44B624...@noos.fr>, DB <fed...@noos.fr> wrote:
>
> > Il paraît que "antan" signifiait l'année dernière. Mais vous aviez
> sûrement aussi
> > de la neige en Iowa l'année dernière.
>
> Pas beaucoup. Nous avons déjà en ce mois-ci dépassé (the amount of ?
> sûrement pas 'le montant de' ?
la quantité de
> ) toute la neige qu'on a reçue pendant tout
> l'hiver l'année dernière.
>
Ce que vous avez eu d'excès en bonne neige blanche, nous l'avons eu en France
en flotte toute bête, ce n'est guère mieux !
--
"joye" <not...@netins.net> a écrit
> « Sur le Noël, morte saison
> Que les loups se vivent de vent... »
>
> J'aimerais lire le reste du lai. Existe-t-il quelque part sur la
Toile ?
De François Villon.
Le Lais
L'an quatre cent cinquante et six,
Je, François Villon, écolier,
Considérant, de sens rassis,
Le frein aux dents, franc au collier,
Qu'on doit ses oeuvres conseillier
Comme Végèce le raconte,
Sage romain, grand conseiller,
Ou autrement on se mécompte...
II
En ce temps que j'ai dit devant,
Sur le Noël, morte saison,
Que les loups [se] vivent de vent
Et qu'on se tient en sa maison,
Pour le frimas, près du tison,
Me vint un vouloir de briser
La très amoureuse prison
Qui souloit mon coeur débriser.
III
Je le fis en telle façon,
Voyant celle devant mes yeux
consentant à ma défaçon,
Sans ce que ja lui en fût mieux;
Dont je me deuil et me plains aux cieux,
En requérant d'elle vengeance
À tous les dieux vénérieux,
Et du grief d'amou allégeance.
IV
Et se j'ai pris en ma faveur
Ces doux regards et beaux semblants
De très décevante saveur,
Me tréperçant jusques aux flancs,
Bien ils ont vers moi les pieds blancs
Et me faillent au grand besoin.
Planter me fault autres complants
Et frapper en un autre coin.
V
Le regard de celle m'a pris
Qui m'a été félonne et dure:
Sans ce qu'en rien aie mépris,
Veut et ordonne que j'endure
La mort, et que plus je ne dure;
Si n'y vois secours que fouïr.
Rompre veut la vive soudure,
Sans mes piteux regrets ouïr!
VI
Pour obvier à ces dangers,
Mon mieux est, ce crois, de partir,
Adieu! Je m'en vais à Angers:
Puis qu'el[le] ne me veut impartir
Sa grâce, ne [la] me départir,
Par elle meurs, les membres sains;
Au fort, je suis amant martyr
Du nombre des amoureux saints.
VII
Combien que le départ me soit
Dur, si faut-il que je l'élogne:
Comme mon pauvre sens conçoit
Autre que moi est en quelogne,
Dont oncque soret de Boulogne
Ne fut plus altéré d'humeur.
C'est pour moi piteuse besogne:
Dieu en veuille ouïr ma clameur!
VIII
Et puisque départir me faut,
Et du retour ne suis certain,
- Je ne suis homme sans défaut
Ne qu'autre acier ne d'étain;
Vivre aux humains est incertain,
Et après mort n'y a relais;
Je m'en vais en pays lointain -
Si établis ce présent lais.
IX
Premièrement, ou nom du Père,
Du Fils et du Saint Esprit,
Et de sa glorieuse Mère,
Par qui grâce rien ne périt,
Je laisse, de par Dieux, mon bruit
À maître Guillaume Villon,
Qui en l'honneur de son nom bruit,
Mes tentes et mon pavillon.
X
Item, à celle que j'ai dit,
Qui si durement m'a chassé
Que je suis de joie interdit
Et de tout plaisir déchassé,
Je laisse mon coeur enchassé
Pâle, piteux, mort et transi:
Elle m'a ce mal pourchassé
Mais Dieu lui en fasse merci!
XI
Item, à maître Ythier Marchant,
Auquel je me sens très tenu,
Laisse mon brant d'acier tranchant
Et à maitre Jean le Cornu,
Qui est en gage détenu
Pour un écot sept sous montant;
Je veul, selon le contenu
Qu'on leur livre en le rachetant.
XII
Item, je laisse à Saint Amant
Le Cheval Blanc avec la Mule
Et à Blaru mon diamant
Et l'Âne rayé qui recule;
Et le décret qui articule
Omnis utriusque sexus,
Contre la Carméliste bulle
Laisse aux curés, pour mettre sus.
XIII
Et à maître Robert Vallée
Pauvre clergeot en Parlement,
Qui n'entend [ne] mont ne vallée,
J'ordonne pricipalement
Qu'on lui baille légèrement
Mes braies, étant aux Trumillières,
Pour coiffer plus honnêtement
S'amie Jeanne de Millières.
XIV
Pour ce qu'il est de lieu honnête,
Faut qu'il soit [mieux] récompensé,
Car le Saint Esprit l'admoneste,
Obtant ce qu'il est insensé;
Pour ce, je me suis pourpensé
Puisqu'il n'a sens qu'une aumoire,
À recouvrer sur Maupensé,
Qu'on lui baille l'Art de Mémoire.
XV
Item je assigne la vie
Du dessusdit maître Robert,
(Pour Dieu! n'y voyez point d'envie!):
Mes parents, vendez mon haubert,
Et que l'argent, ou la plus part,
Soit employé, dedans ces Pâques,
À acheter à ce poupart
Une fenêtre emprès Saint-Jacques.
XVI
Item, laisse et donne en pur don
Mes gants et ma huque de soie
À mon ami Jacques Cardon,
Le gland aussi d'une saussoie,
Et tous les jours une grasse oie
Et un chapon de haute graisse,
Dix muids de vin blanc comme croie,
Et deux procès, que trop n'engraisse.
XVII
Item, je laisse à ce jeune homme,
Regnier de Montigny, trois chiens;
Aussi à Jean Raguier la somme
De cent francs, pris sur tous mes biens.
Mais quoi? Je n'y comprends en riens
Ce que je pourrai acquérir:
L'on ne doit [trop] prendre des siens,
Ne trop ses amis surquérir.
XVIII
Item, au Seigneur de Grigny
Laisse la garde de Nijon,
Et six chiens plus qu'à Montigny,
Vicêtre, châtel et donjon;
Et à ce malotru changeon,
Mouton[ier], qui le tient en procès,
Laisse trois coups d'un escourgeon,
Et coucher, paix et aise, ès ceps.
XIX
Item, au Chevalier du Guet
Le Hëaume lui établis;
Et aux piétons qui vont d'aguet
Tâtonnant par ces établis,
Je laisse un beau riblis:
La Lanterne à la Pierre au lait.
Voire, mais j'aurai les Trois Lis,
S'ils me mènent en Châtelet.
XX
Et à maître Jacques Raguier
Laisse l'Abreuvoir Popin,
Pêches, poussins au blanc manger,
Toujours le choix d'un bon lopin,
Le trou de la Pomme de Pin,
Clos et couvert, au feu la plante,
Emmailloté en jacopin;
Et qui voudra planter, si plante.
XXI
Item, à maître Jean Mautaint
Et maître Pierre Basanier
Le gré du seigneur qui atteint
Troubles, forfaits sans épargnier;
Et à mon procureur Fournier
Bonnets courts, chausses semelées
Taillées sur mon cordouennier
Pour porter durant ces gelées.
XXII
Item, à Jean Trouvé, boucher,
Laisse le Mouton franc et tendre
Et un tacon pour émoucher
Le Boeuf Couronné qu'on veut vendre,
Ou la Vache qu'on ne peut prendre:
Le vilain qui la trousse au col,
S'il ne la rend, qu'on le puist prendre
Ou assommer d'un bon licol!
XXIII
Item à Perrenet Marchant,
Qu'on le dit le Bâtard de la Barre,
Pour ce qu'il est un bon marchand
Lui laisse trois gluyons de feurre
Pour étendre dessus la terre
À faire l'amoureux métier
Ou il lui faudra sa vie querre,
Car il ne sait autre métier.
XXIV
Item, au Loup et à Cholet
Je laisse à la fois un canard
Pris sur les murs, comme on souloit,
Envers les fossés, sur le tard;
Et à chacun un grand tabart
De cordelier jusques aux pieds,
Bûche, charbon, des pois au lard,
Et mes houseaux sans avant-pieds.
XXV
Derechef, je laisse, en pitié,
À trois petits enfants tous nus
Nommés en ce présent traitié,
Pauvres orphelins impourvus,
Tous déchaussés, tous dépourvus,
Et dénués comme le ver;
J'ordonne qu'ils seront pourvus
Au moins pour passer cet hiver:
XXVI
Premièrement Colin Laurens,
Girard Gossouin et Jean Marceau,
Dépris de biens et de parents,
Qui n'ont vaillant l'anse d'un seau,
Chacun de mes biens un faisceau,
Ou quatre blancs, s'ils l'aiment mieux.
Ils mangeront maint bon morceau,
Les enfants, quand je serai vieux!
XXVII
Item, ma nomination
Que j'ai de l'Université
Laisse par résignation
Pour séclure d'adversité
Pauvres clercs de cette cité
Sous cet interdit contenus:
Charité m'y a incité,
Et Nature, les voyant nus.
XXVIII
C'est maître Guillaume Cotin
Et maître Thibaut de Vitry
Deux pauvres clercs, parlant latin,
Humbles, bien chantant au letrin;
Paisibles enfants, sans estrif,
Je leur laisse cens recevoir
Sur la maison Guillot Gueuldry
En attendant de mieux avoir.
XXIX
Item, et j'adjoins à la crosse
Celle de la rue Saint-Antoine
Ou un billard de quoi on crosse,
Et tous les jours plein pot de Seine;
Aux pigeons qui sont en l'essoine
Enserrés sous trappe volière,
Mon mirouër bel et idoine
Et la grâce de la géôlière.
XXX
Item, je laisse aux hôpitaux
Mes chassis tissus d'araignée;
Et aux gisants sous les étaux
Chacun sur l'oeil une grognée,
Trembler à chère renfrognée,
Maigres, velus et morfondus,
Chausses courtes, robe rognée
Gelés, murdris et enfondus.
XXXI
Item, je laisse à mon barbier
Les rognures de mes cheveux,
Pleinement et sans détourbier;
Aux savetiers mes souliers vieux,
Et au fripier mes habits tieux
Que quand du tout je les [dé]laisse;
Pour moins qu'ils ne coûtèrent neufs,
Charitablement je leur laisse.
XXXII
Item, je laisse aux Mendiants,
Aux Filles-Dieu et aux Béguines,
Savoureux morceaux et friands,
Chapons, flaons, grasses gelines,
Et puis prêcher les Quinzes Signes,
Et abattre pain à deux mains.
Carmes chevauchent nos voisines,
Mais cela, ce n'est que du moins.
XXXIII
Item, laisse le Mortier d'or
À Jean, l'épicier de la Garde;
Une potence de Saint-Mor
Pour faire un broyer à moutarde.
À celui qui fit l'avant-garde
Pour faire sur moi griefs exploits,
De par moi saint Antoine l'arde!
Je ne lui ferai autre lais.
XXXIV
Item, je laisse à Merebeuf
Et à Nicolas de Louviers
À chacun l'écaille d'un oeuf
Pleine de francs et d'écus vieux.
Quant au concierge de Gouvieux,
Pierre Rousseville, j'ordonne,
Pour ly donner encore mieux,
Écus tels que Prince les donne.
XXXV
Finalement, en écrivant,
Ce soir, seulet, étant en bonne,
Dictant ce lais et décrivant,
J'ouïs la cloche de Serbonne,
Qui toujours à neuf heures sonne
Le Salut que l'ange prédit;
Si suspendis et mis en bonne
Pour prier comme le coeur dit.
XXXVI
Ce faisant, je m'entroubliai
Non pas par force de vin boire,
Mon esperit comme lié;
Lors je sentis dame Mémoire
Répondre et mettre en son aumoire
Ses espèces collatérales,
Opinative, fausse et voire,
Et autres intellectuales,
XXXVII
Et mêmement l'estimative
Par quoi prospective nous vient:
Similative, formative,
Desquelles souvent il advient
Que, par leur trouble, homme devient
Fol et lunatique par mois:
Je l'ai lu, se bien m'en souvient,
En Aristote aucunes fois.
XXXVIII
Dont le sensitif s'éveilla
Et évertua Fantaisie
Qui tous organes réveilla,
Et tint la souvraine partie
En suspens et comme amortie
Par oppression d'oubliance
Qui en moi s'étoit épartie
Pour montrer des sens l'alliance.
XXXIX
Puisque mon sense fut à repos
Et l'entendement démêlé,
Je cuidai finer mon propos;
Mais mon encre étoit gelé
Et mon cierge étoit soufflé;
De feu je n'eusse pu finer.
Si m'endormis, tout emmitouflé,
Et ne pus autrement finer.
XL
Faut au temps de ladite date
Par le bon renommé Villon,
Qui ne mange figue ne date,
Sec et noir comme un écouvillon,
Il n'a tente ne pavillon
Qu'il n'ait laissé à ses amis,
Et n'a mais qu'un peu de billon
Qui sera tantôt à fin mis.
>De François Villon.
>Le Lais
>L'an quatre cent cinquante et six,
[...]
Comment? François de Montcorbier (ou François des Loges), dit François
Villon, est né en 1431, mort en 1463.
S'agirait-il d'une licence poétique? Mille ans d'écart?
Me trompé-je?
Didier