Pourrait-on dire que c'est un synonyme de "minisculement" ?
De /le moindre/ ? ("the least bit... ?") /Beaucoup/ ?
Est-ce on l'emploie comme adverbe ? adjectif ?
Si j'écris "La fille était un tant soit peu jolie", cela veut-il dire
qu'elle était très jolie ? Ou « pas du tout » ? Ou juste « pas très »
?
Puis-je dire « un tant soit peu de compassion » ?
Savez-vous d'où vient la tournure ?
Merci de votre aide éventuelle.
> Pourrait-on dire que c'est un synonyme de "minisculement" ?
Minus !
> De /le moindre/ ? ("the least bit... ?") /Beaucoup/ ?
Au Québec, on dit « le moindrement », dans le même sens.
> Est-ce on l'emploie comme adverbe ? adjectif ?
> Si j'écris "La fille était un tant soit peu jolie", cela veut-il dire
> qu'elle était très jolie ? Ou « pas du tout » ? Ou juste « pas très »
> ?
Juste assez pour...
> Puis-je dire « un tant soit peu de compassion » ?
Oui. Mais ça ne vous en fera pas beaucoup.
> Savez-vous d'où vient la tournure ?
Faut pas abuser du bon pain !
--
Anne
Quand même, le TLFi est dissert :
§
(Un) tant soit peu. Si peu que ce soit. Si l'on est tant soit peu
critique, on est obligé de se dire en même temps que cela est impossible
(RENAN, Avenir sc., 1890, p. 329). Le seul moyen précis en effet de
créer de la musique à partir d'objets sonores tant soit peu compliqués,
c'est le montage(SCHAEFFER, Rech. mus. concr., 1952, p. 186).
§
--
Anne
>>> Le dictionnaire ne m'aide pas trop pour cette tournure.
>>
>> Quand même, le TLFi est dissert :
>
> Disert ou dessert ?
>>
>> §
>> (Un) tant soit peu. Si peu que ce soit. Si l'on est tant soit peu
>> critique, on est obligé de se dire en même temps que cela est
>> impossible (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 329). Le seul moyen précis
>> en effet de créer de la musique à partir d'objets sonores tant soit
>> peu compliqués, c'est le montage(SCHAEFFER, Rech. mus. concr., 1952,
>> p. 186).
>> §
Comme j'ai dit, le dictionnaire ne m'aide pas -- je coince aussi pour
"si peu que ce soit" ne passe pas (si peu de quoi ? que ce soit quoi
?), et je suis tellement ignare que je ne comprends pas l'expression des
exemples donnés.
Help ! Je suis un tant soit peu perdue.
>>>>Le dictionnaire ne m'aide pas trop pour cette tournure.
>>>§
>>>(Un) tant soit peu. Si peu que ce soit.
> Comme j'ai dit, le dictionnaire ne m'aide pas -- je coince aussi pour
> "si peu que ce soit" ne passe pas (si peu de quoi ? que ce soit quoi
> ?), et je suis tellement ignare que je ne comprends pas l'expression des
> exemples donnés.
Tiens, c'est vrai que ce n'est pas plus clair, vu de l'extérieur !
> Help ! Je suis un tant soit peu perdue.
Ma réponse précédente, disant « Au Québec, on dit « le moindrement »,
dans le même sens » ne vous aide pas non plus ?
Au risque de paraître encore plus bête que d'habitude : non.
"Le moindrement bête" est-ce TRES bête ou est-ce avoir juste un
soupçon de bêtitude ?
Je pense que c'est à cause de cette juxtaposition de "tant" et "peu"
qui me déboussole -- ça et le subjonctif venant de nulle part...
>>Ma réponse précédente, disant « Au Québec, on dit « le moindrement »,
>>dans le même sens » ne vous aide pas non plus ?
> Au risque de paraître encore plus bête que d'habitude : non.
Vous m'aviez pourtant soufflé la réponse :
§
De /le moindre/ ? ("the least bit... ?")
§
> "Le moindrement bête" est-ce TRES bête ou est-ce avoir juste un
> soupçon de bêtitude ?
Juste ce qu'il faut pour...
> Je pense que c'est à cause de cette juxtaposition de "tant" et "peu"
> qui me déboussole -- ça et le subjonctif venant de nulle part...
Vous pensez que les francophones se cassent la tête à analyser des
expressions figées pour comprendre leur utilisation ?
Je n'ai pas la moindre idée de ce que cette juxtaposition de mots
incongrus peut avoir subi dans sa vie pour nous arriver comme ça, toute
servie comme la soupe.
Attendez le réveil des érudits, si ça vous tracasse; mais moi je prends
ça comme le langage postscript : trois pages de lettres dans le désordre
donnent un joli dessin.
>>>> §
>>>> (Un) tant soit peu. Si peu que ce soit.
> Tiens, c'est vrai que ce n'est pas plus clair, vu de l'extérieur !
Un tant soit peu = si peu que ce soit = le moins du monde...
A-t-on une expression non figée corresondant à tout ça ?
> > "Le moindrement bête" est-ce TRES bête ou est-ce avoir juste un
> > soupçon de bêtitude ?
>
> Juste ce qu'il faut pour...
Je ne comprends pas "juste ce qu'il faut pour.." (pour être bête ?
juste assez bête pour ... ?)
Pourriez-vous donner un exemple (avec explications -- c'est vrai que je
puis redelou que normal ce soir) ?
> > Je pense que c'est à cause de cette juxtaposition de "tant" et "peu"
> > qui me déboussole -- ça et le subjonctif venant de nulle part...
>
> Vous pensez que les francophones se cassent la tête à analyser des
> expressions figées pour comprendre leur utilisation ?
Oui, bien sûr ! Moi, j'est un francophone aussi, hein ? Et pire, il
y a des anglophones qui se posent des questions pour les expressions en
anglais. (si, si, si, je ne blague pas -- main au feu !)
> Je n'ai pas la moindre idée de ce que cette juxtaposition de mots
> incongrus peut avoir subi dans sa vie pour nous arriver comme ça, toute
> servie comme la soupe.
Alors, bon, vous ne savez pas, cela veut dire que personne ne peut
savoir ? Arf ! ;-)
> Attendez le réveil des érudits, si ça vous tracasse; mais moi je prends
> ça comme le langage postscript : trois pages de lettres dans le désordre
> donnent un joli dessin.
Les dessins qu'on comprend bien ne sont pas moins jolis que ceux qu'on
ne comprend pas.
>>>"Le moindrement bête" est-ce TRES bête ou est-ce avoir juste un
>>>soupçon de bêtitude ?
>>Juste ce qu'il faut pour...
> Je ne comprends pas "juste ce qu'il faut pour.." (pour être bête ?
> juste assez bête pour ... ?)
> Pourriez-vous donner un exemple (avec explications -- c'est vrai que je
> puis redelou que normal ce soir) ?
Si vous étiez un tant soit peu plus réveillée, vous auriez déjà compris.
>>>Je pense que c'est à cause de cette juxtaposition de "tant" et "peu"
>>>qui me déboussole -- ça et le subjonctif venant de nulle part...
>>Vous pensez que les francophones se cassent la tête à analyser des
>>expressions figées pour comprendre leur utilisation ?
> Oui, bien sûr ! Moi, j'est un francophone aussi, hein ? Et pire, il
> y a des anglophones qui se posent des questions pour les expressions en
> anglais. (si, si, si, je ne blague pas -- main au feu !)
Oui. Mais certainement pas tous.
>>Je n'ai pas la moindre idée de ce que cette juxtaposition de mots
>>incongrus peut avoir subi dans sa vie pour nous arriver comme ça, toute
>>servie comme la soupe.
> Alors, bon, vous ne savez pas, cela veut dire que personne ne peut
> savoir ? Arf ! ;-)
Je vous dis que moi, la seule francophone à être un tant soit peu
présente sur ce forum à cette heure, je m'en balance.
>>Attendez le réveil des érudits, si ça vous tracasse; mais moi je prends
>>ça comme le langage postscript : trois pages de lettres dans le désordre
>>donnent un joli dessin.
> Les dessins qu'on comprend bien ne sont pas moins jolis que ceux qu'on
> ne comprend pas.
Vous, vous n'avez jamais vu trois pages de langage postscript.
Disert peut-être, mais pas très précis. Je ne suis pas d'accord avec
l'emplacement de cette expression dans l'article.
Pour moi, c'est un emploi nominal. « Tant » est une quantité
indéterminée.
Un tant soit peu = La quantité soit-elle petite.
Ça peut presque se remplacer par un « ne serait-ce qu'un tantinet »
postposé.
Vs
paramètres nominaux.
> Help ! Je suis un tant soit peu perdue.
Voilà, pile-poil !
Vous êtes perdue, la quantité indéterminée de cette perdition soit-elle
petite.
Rien qu'un navet et quelques patères ne puissent réparer.
En passant, cet emploi nominal de « tant » nous permet de mieux
comprendre le sens de cette expression figée, venue du fond des âges,
par laquelle un responsable signifie qu'il veut revenir à un moment
antérieur, mais indéterminé, à l'expression malheureuse de ses
désidératif et indiquant par là-même qu'il a commis une bévue : « Au
tant
pour moi ! »
Foule ébaubie par tant de savoir, ne me remercie pas.
Vs
quand même dubitatif sur un ou deux détails.
>
> >>>>Le dictionnaire ne m'aide pas trop pour cette tournure.
>
> >>>§
> >>>(Un) tant soit peu. Si peu que ce soit.
>
> > Comme j'ai dit, le dictionnaire ne m'aide pas -- je coince aussi pour
> > "si peu que ce soit" ne passe pas (si peu de quoi ? que ce soit quoi
> > ?), et je suis tellement ignare que je ne comprends pas l'expression des
> > exemples donnés.
>
> Tiens, c'est vrai que ce n'est pas plus clair, vu de l'extérieur !
>
> > Help ! Je suis un tant soit peu perdue.
>
Je pense que c'est à cause de cette juxtaposition de "tant" et "peu"
qui me déboussole -- ça et le subjonctif venant de nulle part...
********
Ici, "tant" s'applique à "peu" : "tant soit peu" = "tant peu que ce soit"
(qui ne se dit pas) = "si peu que ce soit" (qui se dit).
Il est vrai que cette tournure paraît un peu difficile à décomposer
aujourd'hui, parce qu'elle a la syntaxe compacte et efficace des anciennes
formules. Cette syntaxe me parle, le subjonctif a un sens, mais je crois
qu'il me serait très difficile de vous l'expliquer par écrit. C'est plus une
chose qu'on sent qu'une chose qu'on comprend de manière analytique.
Expliquez-moi le parfum de la rose, je vous expliquerai le charme de la
tournure !
Néanmoins, le sens de "un tant soit peu" est généralement celui de :
-ne serait-ce qu'un peu ...(voire "ne fût-ce qu'un peu ...")
-(au moins, même) un tout petit peu.
Il y a souvent derrière cela une idée de concession ou de condition
hypothétique, qui explique le subjonctif de la tournure, ou un conditionnel
dans des tournures voisines. Aussi vous entendrez souvent cette formule dans
une subordonnée introduite par "si". Anne vous en a donné un exemple. En
voici d'autres :
"Si j'avais un tant soit peu de pédagogie, j'aurais sû vous l'expliquer
correctement".
"Si vous aviez un tant soit peu de jugeotte, vous auriez déjà compris".
"Si vous étiez un tant soit peu perdue, vous auriez vraiment peur".
"Si on a un tant soit peu l'habitude de lire des textes classiques, on n'est
pas surpris par cette tournure !"
Néanmoins, la formule peut s'utiliser dans d'autres contextes sans "si",
comme le montre l'autre exemple donné par Anne :"moi, la seule francophone à
être un tant soit peu présente sur ce forum à cette heure,..."
Voici d'autres exemples tirés de la Toile :
"Enfin un candidat un tant soit peu crédible ..."
"J'ai écouté mon prof d'histoire en me tortillant les doigts, en essayant de
me
concentrer, et de me contenir un tant soit peu."
"Une personne un tant soit peu raisonnable a le droit d'attendre de ces deux
organisations qu'elles réagissent ..."
"Mais ce système peut-il réellement fonctionner, dès lors qu'il y a un tant
soit peu de circulation ? "
"Seule la scène de « tango » romantique entre les deux tourtereaux arrive un
tant
soit peu à nous émouvoir. "
En revanche, votre "je suis un tant soit peu perdue" en fonctionne pas,
parce qu'il n'implique pas l'idée d'une certaine concession ou condition.
Voilà, j'espère que le sens se dégage doucement, et que ces explications un
tant soit peu laborieuses ne vous auront pas rebutée.
Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un "happy Thanksgiving".
>>>>> (Un) tant soit peu. Si peu que ce soit.
>
>> Tiens, c'est vrai que ce n'est pas plus clair, vu de l'extérieur !
>
> Un tant soit peu = si peu que ce soit = le moins du monde...
"Si peu que ce soit" est une tournure à peu près équivalente (c'est-à-dire
interchangeable dans le contexte, mais au prix d'autres modifications
syntaxiques), mais "le moins du monde", certainement pas, en français de
France en tout cas.
Exemple :
1. Si vous possédiez un tant soit peu d'esprit critique, vous vous rendriez
compte de votre erreur.
2. Si vous possédiez de l'esprit critique, si peu que ce soit, vous vous
rendriez compte de votre erreur.
C'est un peu lourd, mais ça passe.
3. Si vous possédiez de l'esprit critique, le moins du monde, vous vous
rendriez compte de votre erreur.
Cette troisième proposition ne fait pas sens.
A part ça, je souscris à ce que dit DB : on emploie généralement
l'expression "un tant soit peu" dans un contexte hypothétique, concessif ou
restrictif.
Autre tournure équivalente possible, histoire d'enrichir la palette proposée
à Joye :
Pour peu que vous possédiez de l'esprit critique, vous vous rendrez compte
de votre erreur.
Claire.
[Un tant soit peu]
> Est-ce on l'emploie comme adverbe ? adjectif ?
Comme adverbe.
> Si j'écris "La fille était un tant soit peu jolie", cela veut-il dire
> qu'elle était très jolie ? Ou « pas du tout » ? Ou juste « pas très »
> ?
Cela voudrait dire qu'elle ne l'était *pas* « pas du tout », qu'elle
l'était au moins un peu, même si ce n'est pas beaucoup. Mais je ne suis
pas sûr qu'on l'emploie souvent sans une condition quelque part.
« Si la fille est un tant soit peu jolie, j'accepte de la rencontrer. »
= « Si elle n'est pas jolie du tout, je refuse, sinon j'accepte. »
> Puis-je dire « un tant soit peu de compassion » ?
« Cœur de pierre ! Vous pourriez faire preuve d'un tant soit peu de
compassion ! »
--
___________ 24/11/2005 11:29:16
_/ _ \_`_`_`_) Serge PACCALIN -- sp ad mailclub.net
\ \_L_) Il faut donc que les hommes commencent
-'(__) par n'être pas fanatiques pour mériter
_/___(_) la tolérance. -- Voltaire, 1763
On peut tourner les exemples ci-dessus autrement :
a) - « Si peu critique que l'on soit, on est obligé de se dire, etc. »
Plus développé : Pour aussi peu critique que l'on soit, bla-bla-bla. On
pourrait dire également : Quelque peu critique que l'on soit.
Ici, on retrouve la valeur concessive signalée par DB.
b) - « Le seul moyen précis en effet de créer de la musique à partir
d'objets sonores quelque peu compliqués, c'est le montage. »
Ici, pas de valeur concessive. Ces objets sonores sont compliqués, mais
à quel point ? Un peu, assez ? L'auteur nous laisse le soin de le
deviner nous-mêmes. A noter cependant que par cette formulation,
l'attention est attirée sur le fait que ces objets sont compliqués,
plus efficacement que si l'on avait simplement écrit : des objets
sonores un peu compliqués. La locution comporte ici une valeur
d'insistance.
C'est d'ailleurs ainsi que vous l'utilisez dans votre phrase : « Je
suis un tant soit peu perdue. » Vous ne formulez ici ni concession, ni
hypothèse ni restriction. Vous nous informez du fait que vous êtes
perdue, mais en nous laissant le soin d'apprécier à quel point vous
l'êtes. Et en nous accordant cette liberté, vous donnez beaucoup plus
de poids à votre phrase.
J'en déduis que vous avez parfaitement compris l'usage de cette
locution.
--
dphn
[...]
>"Si on a un tant soit peu l'habitude de lire des
> textes classiques, on n'est pas surpris par cette tournure !"
Je l'ai relevée chez Houellebecq. ;-)
[...]
> Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un "happy Thanksgiving".
Je suis surtout reconnaissante pour la possibilité de poser des
questions et d'avoir à ma disposition tant d'aide amicale de tant de
participants aimables.
Joye
> J'en déduis que vous avez parfaitement compris l'usage de cette
> locution.
Je comprends surtout pourquoi je voulais taper /un tant *si* peu/ au
lieu de /soit peu/. Cela dit, je doute de pouvoir arriver à l'employer
correctement "any time soon". :-)
Merci à tous.
Il me semble que "le moins du monde" est avant tout utilisé dans des tours
négatifs (notamment après "sans" ou "sans que").
Dans ces tours, "le moins du monde" est souvent substituable par "si peu que
ce soit". Je prends des exemples sur Google :
1)"Ce qui ne tremble pas ne m'intéresse pas le moins du monde" qui pourrait
être "Ce qui ne tremble pas ne m'intéresse pas, si peu que ce soit".
2)"Cela signifie que l'évolution interne du Soleil à long terme ne concerne
pas le moins du monde l'espèce humaine" qui pourrait être "... ne concerne
pas l'espèce humaine, si peu que ce soit".
3)" ... auxquelles ils n'ont même jamais réfléchi le moins du monde", qui
pourrait être "...auxquelles ils n'ont même jamais réfléchi, si peu que ce
soit".
Il y a donc bien une certaine équivalence entre "si peu que ce soit" et "le
moins du monde", comme le signalait Anne. Mais dans ces matières, on n'a pas
transitivité, à savoir que A sensiblement équivalent à B et B sensiblement
équivalent à C n'entraîne pas A sensiblement équivalent à C. Le jeu verbal
est plus subtil. Et dans les exemples ci-dessus, la subtitution par "tant
soit peu" ne fonctionne pas vraiment.
À côté de l'emploi en tournure négative, j'observe quelques emplois en
tournure positive. Ils sont rares puisque Google n'en offre que quatre sur
les 80 premiers résultats :
4)"Peut-on le moins du monde avoir une quelconque suspicion quant aux
objectifs de la Tunisie et de ce sommet ?"
5)"Je ne sache pas que cette construction, telle qu'elle se dessine,
apparaisse le
moins du monde irréaliste."
6)"Le paradoxe, et aussi le scandale, est que l'Afrique est certainement le
continent
où la collectivité se préoccupe le moins du monde de recueillir les ..."
7)"Mais si je renonce le moins du monde à ce que je médite, Que Dieu ne m'accorde
jamais de bonheur Je vais me battre malgré vous ..."
Le 6 est à éliminer bien sûr puisqu'il emploie non la tournure incriminée
mais les mots au sens propre.
Dans le 4 et le 5, il y a respectivement une interrogation et une négation
dans la principale, ce qui peut justifier partiellement l'emploi de formules
plutôt réservées d'habitude à la négation. Dans les exemples 4, 5 et 7, on
peut sans trop de peine remplacer "le moins du monde" par "un tant soit
peu", ce qui explique qu'Anne ait pu imaginer cette équivalence.
Ce n'est néanmoins pas une équivalence absolue.
:
: b) - « Le seul moyen précis en effet de créer de la musique à partir
: d'objets sonores quelque peu compliqués, c'est le montage. »
: Ici, pas de valeur concessive. Ces objets sonores sont compliqués, mais
: à quel point ? Un peu, assez ? L'auteur nous laisse le soin de le
: deviner nous-mêmes. A noter cependant que par cette formulation,
: l'attention est attirée sur le fait que ces objets sont compliqués,
: plus efficacement que si l'on avait simplement écrit : des objets
: sonores un peu compliqués. La locution comporte ici une valeur
: d'insistance.
Vous avez remplacé "tant soit peu" par "quelque peu". Pour moi, c'est une
erreur d'interprétation, même si je reconnais que, dans l'usage courant
(bon, mauvais ?) "tant soit peu" prend parfois cette valeur, sous la double
influence de "un tantinet" et de "quelque peu". À mon sens, cependant, il
peut y avoir une différence de degré entre "tant soit peu" et "quelque peu",
et une différence d'usage aussi.
:
: C'est d'ailleurs ainsi que vous l'utilisez dans votre phrase : « Je
: suis un tant soit peu perdue. » Vous ne formulez ici ni concession, ni
: hypothèse ni restriction. Vous nous informez du fait que vous êtes
: perdue, mais en nous laissant le soin d'apprécier à quel point vous
: l'êtes. Et en nous accordant cette liberté, vous donnez beaucoup plus
: de poids à votre phrase.
:
: J'en déduis que vous avez parfaitement compris l'usage de cette
: locution.
Pour moi, malheureusement, la phrase de Joye n'a aucun sens précis et de
surcroît me choque grammaticalement.
Les définitions de Littré de "tant soit peu", aux articles "tant" et "peu"
sont :
« Tant et si peu qu'il vous plaira, en telle et si petite quantité qu'il
vous plaira.
Tant soit peu, très peu.
Et si j'ai sur ce point Acquis tant soit peu d'habitude, LA FONT. Fabl. XI,
4.
Ne croyez pas que ces excessives et insupportables douleurs aient tant soit
peu troublé sa grande âme, BOSSUET, Duch. d'Orl.
Substantivement. Un tant soit peu, très peu. Ne m'en donnez qu'un tant soit
peu.
Douce monnaie, un tant soit peu légère, Marquée au coin des volages amours,
MILLEV. la Femme.»
Si on applique ces définitions (il est vrai insatisfaisantes) à la phrase de
Joye, cela deviendrait "je suis très peu perdue". Je ne crois pas que c'est
ce qu'il fallait entendre !
>>Un tant soit peu = si peu que ce soit = le moins du monde...
> 1. Si vous possédiez un tant soit peu d'esprit critique, vous vous rendriez
> compte de votre erreur.
> 2. Si vous possédiez de l'esprit critique, si peu que ce soit, vous vous
> rendriez compte de votre erreur.
> C'est un peu lourd, mais ça passe.
> 3. Si vous possédiez de l'esprit critique, le moins du monde, vous vous
> rendriez compte de votre erreur.
> Cette troisième proposition ne fait pas sens.
Ah ? Et « si vous aviez le moins du monde l'esprit critique... » ?
--
Anne
> Si on applique ces définitions (il est vrai insatisfaisantes) à la phrase de
> Joye, cela deviendrait "je suis très peu perdue". Je ne crois pas que c'est
> ce qu'il fallait entendre !
« Je suis juste assez perdue. »
--
Anne
Je ne comprends pas bien la signification de « faire sens ». Est-ce
que cela veut dire « avoir du sens » ou « signifier quelque chose » ?
Si oui, j'ai l'impression que « faire sens » ne fait pas sens...
--
Olivier Miakinen
Troll du plus sage chez les conviviaux : le nouveau venu, avec
son clan, s'infiltre dans les groupes de nouvelles. (3 c.)
> "dphn" (à Joye) :
>
>> C'est d'ailleurs ainsi que vous l'utilisez dans votre phrase : « Je
>> suis un tant soit peu perdue. » Vous ne formulez ici ni concession,
>> ni hypothèse ni restriction. Vous nous informez du fait que vous
>> êtes perdue, mais en nous laissant le soin d'apprécier à quel point
>> vous l'êtes. Et en nous accordant cette liberté, vous donnez
>> beaucoup plus de poids à votre phrase.
>>
>> J'en déduis que vous avez parfaitement compris l'usage de cette
>> locution.
>
> Pour moi, malheureusement, la phrase de Joye n'a aucun sens précis et
> de surcroît me choque grammaticalement.
Gloups !...
> Les définitions de Littré de "tant soit peu", aux articles "tant" et
> "peu" sont :
>
> « Tant et si peu qu'il vous plaira, en telle et si petite quantité
> qu'il vous plaira.
> Tant soit peu, très peu.
>
> [...]
> Si on applique ces définitions (il est vrai insatisfaisantes) à la
> phrase de Joye, cela deviendrait "je suis très peu perdue". Je ne
> crois pas que c'est ce qu'il fallait entendre !
Qu'adviendrait-il des phrases ci-dessous si on leur appliquait, comme
vous l'avez fait pour la phrase de Joye, les définitions du Littré :
- « Mais, Monsieur, cela seroit-il de la permission que vous
m'avez donnée, si je vous disois que je suis tant soit peu scandalisé
de la vie que vous menez ? » (Molière. Dom Juan, ou le festin de
pierre.)
Faut-il entendre que Sganarelle est *très peu* scandalisé ?
- « Je crois qu'il est écrit à la suite qu'elles n'écoutent pas
longtemps le même, et qu'elles sont tant soit peu sujettes à prêter
l'oreille à un autre. » (Diderot. Jacques le fataliste.)
Selon vous, Jacques voulait-il dire que ces femmes sont *très peu*
sujettes à écouter quelqu'un d'autre ?
Il me paraît clair que les définitions de Littré ne permettent pas de
rendre compte du sens (assez évident) de ces deux exemples, car en fait
Sganarelle est *plutôt* scandalisé, ces femmes sont *plutôt* sujettes à
écouter le premier venu, -- de même que Joye est *plutôt* perdue.
(Disant cela, je ne fais pas de /plutôt/ un synonyme de /tant soit
peu/, m'empresserai-je de préciser.) Et pour moi, la phrase de Joye est
tout aussi correcte que celle de Molière et de Diderot.
--
dphn
> "dphn" :
>
>> b) - « Le seul moyen précis en effet de créer de la musique à partir
>> d'objets sonores quelque peu compliqués, c'est le montage. »
>
> Vous avez remplacé "tant soit peu" par "quelque peu". Pour moi, c'est
> une erreur d'interprétation,
Non. Simplement une facilité...
> même si je reconnais que, dans l'usage
> courant (bon, mauvais ?) "tant soit peu" prend parfois cette valeur,
> sous la double influence de "un tantinet" et de "quelque peu". À mon
> sens, cependant, il peut y avoir une différence de degré entre "tant
> soit peu" et "quelque peu", et une différence d'usage aussi.
Je suis tout à fait d'accord avec vous sur ce point.
J'ai utilisé "quelque peu" en guise de valeur d'approche, pour indiquer
à Joye dans quelle direction elle devait chercher le sens de /tant soit
peu/, mais je ne prétendais pas en faire un synonyme exact. (Il est
vrai aussi que je n'ai pas signalé cette restriction mentale... Mea
culpa.)
--
dphn
: Qu'adviendrait-il des phrases ci-dessous si on leur appliquait, comme
: vous l'avez fait pour la phrase de Joye, les définitions du Littré :
:
: - « Mais, Monsieur, cela seroit-il de la permission que vous
: m'avez donnée, si je vous disois que je suis tant soit peu scandalisé
: de la vie que vous menez ? » (Molière. Dom Juan, ou le festin de
: pierre.)
: Faut-il entendre que Sganarelle est *très peu* scandalisé ?
:
: - « Je crois qu'il est écrit à la suite qu'elles n'écoutent pas
: longtemps le même, et qu'elles sont tant soit peu sujettes à prêter
: l'oreille à un autre. » (Diderot. Jacques le fataliste.)
: Selon vous, Jacques voulait-il dire que ces femmes sont *très peu*
: sujettes à écouter quelqu'un d'autre ?
:
: Il me paraît clair que les définitions de Littré ne permettent pas de
: rendre compte du sens (assez évident) de ces deux exemples, car en fait
: Sganarelle est *plutôt* scandalisé, ces femmes sont *plutôt* sujettes à
: écouter le premier venu, -- de même que Joye est *plutôt* perdue.
: (Disant cela, je ne fais pas de /plutôt/ un synonyme de /tant soit
: peu/, m'empresserai-je de préciser.)
J'avais bien précisé que les définitions de Littré étaient insuffisantes !
Celles du TLFi, à l'article "peu" ne valent pas mieux sous ce rapport:
«(Un) tant soit peu. En très petite quantité, presque rien. Il suffit de
réfléchir un tant soit peu (VILLIERS DE L'I.-A., Contes cruels, 1883, p.68).
Ivresse publique tant soit peu déshonorante (BLOY, Journal, 1893, p.93).»
Dans les deux phrases que vous avez relevées, comme d'ailleurs dans un
certain nombre d'exemples qu'on peut lire à d'autres entrées dans le TLFi,
"tant soit peu" (ce qui n'est pas *un tant soit peu*) semble être équivalent
à "quelque peu", ou même, à vrai dire, tout simplement à "un peu". Je ne
suis pas sûr du tout qu'on puisse dire la même chose de "un tant soit peu"
qu'utilise Joye.
J'ajoute qu'on voit bien d'après les derniers exemples que vous avez
présentés quelle difficulté attend le lexicographe : c'est que visiblement,
le locuteur y parle par antiphrase. Il est donc difficile de déduire le sens
exact d'une locution utilisée par antiphrase.
Une seconde difficulté, c'est qu'il semble que le sens et l'usage de
l'expression "tant soit peu" aient un peu évolué dans le temps, comme on le
constate en comparant les entrées successives du Nicot et des dictionnaires
de l'Académie :
1606 :
Tant soit peu, Leuiter, Perpaululum, Paulummodo, Quicquid pauxillum.
Tant peu que ce soit, Quantuluncunque.
Tant soit peu plus, Paulo magis.
1694 :
Un peu, Tant soit peu. Façons de parler diminutives, pour dire, Peu,
tres-peu. Attendez un peu. attendez tant soit peu. mettez-en tant soit peu.
donnez-moy un peu de pain. ayez un peu de patience. attendez encore un peu.
1832 :
TANT SOIT PEU. loc. adv. Très-peu. Attendez tant soit peu. Mettez-en tant
soit peu.
1932
TANT SOIT PEU, loc. adv. Très peu. Attendez tant soit peu. Mettez-en tant
soit peu. On dit aussi substantivement Un tant soit peu. Donnez- m'en un
tant soit peu.
Comme vous voyez le sens "un peu" qui convient aux auteurs classiques semble
être devenu "très peu" à compter du 19e siècle.
: Et pour moi, la phrase de Joye est
: tout aussi correcte que celle de Molière et de Diderot.
:
À supposer levée l'incertitude tenant à l'utilisation de "un tant soit peu"
plutôt que "tant soit peu", je veux bien vous croire. Mais ce n'est un
secret pour personne qu'il y a beaucoup de phrases et d'expressions chez ces
auteurs qui ne passent plus aujourd'hui, qui ne sont plus nécessairement
comprises.
> En passant, cet emploi nominal de « tant » nous permet de mieux
> comprendre le sens de cette expression figée, venue du fond des âges,
> par laquelle un responsable signifie qu'il veut revenir à un moment
> antérieur, mais indéterminé, à l'expression malheureuse de ses
> désidératif et indiquant par là-même qu'il a commis une bévue : « Au
> tant pour moi ! »
Vs, vous savez à quel point j'apprécie votre humour, et là encore
vous me portez à l'hilarité ; il ne faudrait pas cependant que ceux
qui vous lisent sans connaître l'expression exacte soient induits en
erreur par votre gaudeliotte...
Aussi je me permet de la redonner in-extenso :
Il s'agit d'une expression autrefois utilisée par les sous-officiers
de cavallerie qui, ayant effectivement commis une erreur grossière due
à l'ignorance, à l'inadvertance ou à l'aveuglement, et pouvant
entraîner des conséquences fâcheuses, savaient mériter un coup de
pied quelque part.
Le cordonnier de la caserne ou du cantonnement était alors chargé
d'appliquer la punition chaussé de bottes fraichement fabriquées d'un
cuir récemment tanné (donc peu souple) et encore maculé de poudre de
chêne. L'apophtegme évoquait donc et de la manière la plus
prosaïque, la brève mais bien appliquée mise en contact du cothurne
vengeur avec le fondement du contrevenant laquelle laissait sur la
culotte du-dit un tant soit peu de tan d'où : « Au tan pour moi ! »
Voilà ! il fallait que cela soit dit.
--
kd
L'été est terminé, nous sommes en automne.
Une voix retentit, laquelle nous étonne.
C'est celle de joye
> DB écrivit :
> [...]
>> "Si on a un tant soit peu l'habitude de lire des
>> textes classiques, on n'est pas surpris par cette tournure !"
> Je l'ai relevée chez Houellebecq. ;-)
Dans ses écrits de jeunesse, sans doute.
> Aussi je me permet de la redonner in-extenso :
>
> Il s'agit d'une expression autrefois utilisée par les sous-officiers
> de cavalerie qui, ayant effectivement commis une erreur grossière due
> à l'ignorance, à l'inadvertance ou à l'aveuglement, et pouvant
> entraîner des conséquences fâcheuses, savaient mériter un coup de
> pied quelque part.
> Le cordonnier de la caserne ou du cantonnement était alors chargé
> d'appliquer la punition chaussé de bottes fraîchement fabriquées d'un
> cuir récemment tanné (donc peu souple) et encore maculé de poudre de
> chêne. L'apophtegme évoquait donc et de la manière la plus
> prosaïque, la brève mais bien appliquée mise en contact du cothurne
> vengeur avec le fondement du contrevenant laquelle laissait sur la
> culotte du-dit un tant soit peu de tan d'où : « Au tan pour moi ! »
>
> Voilà ! il fallait que cela soit dit.
D'autres versions authentiques ici :
http://www.langue-fr.net/index/A/au_temps-bis.htm
Vs
crise épizootique.
> "dphn" :
>
> J'avais bien précisé que les définitions de Littré étaient
> insuffisantes !
Juste. Et je suis honteux d'avoir oublié de le rappeler... [<- points
d'hypocrisie]
> Celles du TLFi, à l'article "peu" ne valent pas
> mieux sous ce rapport: «(Un) tant soit peu. En très petite quantité,
> presque rien. Il suffit de réfléchir un tant soit peu (VILLIERS DE
> L'I.-A., Contes cruels, 1883, p.68). Ivresse publique tant soit peu
> déshonorante (BLOY, Journal, 1893, p.93).»
On a le sentiment qu'ils ont choisi un énoncé assez minimal pour servir
de dénominateur commun à toutes les expressions que l'on pourrait
proposer comme équivalents approximatifs de /tant soit peu/, lesquels
sont nombreux et varient d'une citation à l'autre. Donner le sens exact
de cette locution, en des termes tels qu'il se retrouve dans tous les
emplois de la locution, sans qu'il y ait jamais un poil de sens en plus
ou en moins, me paraît une entreprise pour le moins hasardeuse...
> Dans les deux phrases que vous avez relevées, comme d'ailleurs dans
> un certain nombre d'exemples qu'on peut lire à d'autres entrées dans
> le TLFi, "tant soit peu" (ce qui n'est pas *un tant soit peu*)
> semble être équivalent à "quelque peu", ou même, à vrai dire, tout
> simplement à "un peu". Je ne suis pas sûr du tout qu'on puisse dire
> la même chose de "un tant soit peu" qu'utilise Joye.
>
> J'ajoute qu'on voit bien d'après les derniers exemples que vous avez
> présentés quelle difficulté attend le lexicographe : c'est que
> visiblement, le locuteur y parle par antiphrase.
Je suis d'accord avec vous. Et cette antiphrase est également sensible
dans l'exemple de Bloy que vous donnez plus haut. Il me semble même la
lire dans la phrase de Joye.
> Il est donc difficile de déduire le sens exact d'une locution
> utilisée par antiphrase.
Certes. Mais je me demande si la vocation de /tant soit peu/ est de
nous fournir un sens exact, millimétré, et invariable d'une expression
à l'autre. Je crois au contraire qu'elle nous renvoie à notre
imagination en nous laissant le soin d'apprécier par nous-mêmes la
quantité que représente ce "en très petite quantité" évoqué par le
TLFi. Quand je lis la phrase de Joye, je lis en fait : « Je suis un peu
perdue, et même pas qu'un peu, shit ! » Toutes les nuances sont
possibles, mais il me semble que l'idée générale est celle-là.
> Une seconde difficulté, c'est qu'il semble que le sens et l'usage de
> l'expression "tant soit peu" aient un peu évolué dans le temps, comme
> on le constate en comparant les entrées successives du Nicot et des
> dictionnaires de l'Académie :
>
> [...]
>
> Comme vous voyez le sens "un peu" qui convient aux auteurs classiques
> semble être devenu "très peu" à compter du 19e siècle.
Il me semble pourtant, à relire les extraits que vous nous en donnez
vous-même, que "très peu" figure dans le dictionnaire de l'Académie dès
1694 :
> 1694 :
> Un peu, Tant soit peu. Façons de parler diminutives, pour dire, Peu,
> tres-peu. Attendez un peu. attendez tant soit peu. [...]
J'éprouve donc quelque réticence à penser que "très peu" soit devenu au
19e siècle le sens de /tant soit peu/, après usure de celui de "un
peu". J'aurais plutôt tendance à croire que la notation de 1694 :
« Peu, très peu », indique les bornes entre lesquelles peut varier (dès
le 17e) le sens de la locution.
>> Et pour moi, la phrase de Joye est
>> tout aussi correcte que celle de Molière et de Diderot.
>
> À supposer levée l'incertitude tenant à l'utilisation de "un tant
> soit peu" plutôt que "tant soit peu", je veux bien vous croire. Mais
> ce n'est un secret pour personne qu'il y a beaucoup de phrases et
> d'expressions chez ces auteurs qui ne passent plus aujourd'hui, qui
> ne sont plus nécessairement comprises.
C'est incontestable. Cependant, peut-on réellement soulever cette
objection à propos des deux phrases que j'ai citées ? Je me le demande.
--
dphn
: Quand je lis la phrase de Joye, je lis en fait : « Je suis un peu
: perdue, et même pas qu'un peu, shit ! » Toutes les nuances sont
: possibles, mais il me semble que l'idée générale est celle-là.
:
Certes, mais cela, vous l'auriez peut-être lu, même si Joye avait écrit "je
suis untelleboulement perdue", c'est-à-dire en employant n'importe quel mot,
même inexistant, car le sens se déduit plus du contexte que de l'emploi du
mot ou de l'expression juste !
: > Comme vous voyez le sens "un peu" qui convient aux auteurs classiques
: > semble être devenu "très peu" à compter du 19e siècle.
:
: Il me semble pourtant, à relire les extraits que vous nous en donnez
: vous-même, que "très peu" figure dans le dictionnaire de l'Académie dès
: 1694 :
Ah oui, c'est juste !
Bon, peut-on conclure que "tant soit peu" est une locution à sens variable,
pas vraiment recommandable pour les étrangers en raison des difficultés
d'interprétation qu'elle peut entraîner ? Elle va être à ranger dans le
tiroir qui contient déjà "rien moins que" et "rien de moins que".
-- Cette phrase ne comporte qu'un seul grituque inusité en français.
-- Cette autre phrase en comporte mairelle, mais le vaumeron général
peut s'endorguer d'après le contexte.
(citation de mémoire d'un livre de Douglas Hofstadter traduit en français)
> Je ne comprends pas bien la signification de « faire sens ». Est-ce
> que cela veut dire « avoir du sens » ou « signifier quelque chose » ?
Les deux, mon général. Cette phrase n'offre pas une structure syntaxique et
sémantique compréhensible dans notre langue. Mais son équivalent en anglais
fonctionne peut-être, et comme je sais que le français du Canada - ceci dit
sans offense - est parfois contaminé par les tournures anglophones, la
proposition d'Anne s'expliquerait ainsi.
Claire.
> J'ajoute qu'on voit bien d'après les derniers exemples que vous avez
> présentés quelle difficulté attend le lexicographe : c'est que
> visiblement,
> le locuteur y parle par antiphrase. Il est donc difficile de déduire le
> sens
> exact d'une locution utilisée par antiphrase.
Ou par euphémisme (pour Sganarelle). Ou par litote (pour Jacques le
Fataliste). Tout dépend du contexte.
Claire.
<mode naïf et innocent>
« Faire sens » serait donc un calque d'une tournure anglophone ?
</>
En fait, j'avais déjà entendu cette expression, de la bouche d'une jeune
femme responsable de la relecture des documentations dans notre service,
et en particulier des documentations écrites en pseudo-anglais par les
francophones que nous sommes.
Lorsqu'elle m'avait demandé si une phrase « faisait sens », je n'avais
tout simplement pas compris ce qu'elle voulait dire. C'est seulement
après que j'ai su que « make sense » en anglais signifie « avoir du
sens ».
Pardon de cette innocente taquinerie.
:
: <mode naïf et innocent>
:
: « Faire sens » serait donc un calque d'une tournure anglophone ?
:
: </>
:
: En fait, j'avais déjà entendu cette expression, de la bouche d'une jeune
: femme responsable de la relecture des documentations dans notre service,
: et en particulier des documentations écrites en pseudo-anglais par les
: francophones que nous sommes.
:
: Lorsqu'elle m'avait demandé si une phrase « faisait sens », je n'avais
: tout simplement pas compris ce qu'elle voulait dire. C'est seulement
: après que j'ai su que « make sense » en anglais signifie « avoir du
: sens ».
:
: Pardon de cette innocente taquinerie.
:
> <mode naïf et innocent>
>
> « Faire sens » serait donc un calque d'une tournure anglophone ?
Ah, très drôle. "To make sense", en effet ! Je n'y avais pas seulement pensé
:-).
> En fait, j'avais déjà entendu cette expression, de la bouche d'une jeune
> femme responsable de la relecture des documentations dans notre service,
> et en particulier des documentations écrites en pseudo-anglais par les
> francophones que nous sommes.
>
> Lorsqu'elle m'avait demandé si une phrase « faisait sens », je n'avais
> tout simplement pas compris ce qu'elle voulait dire. C'est seulement
> après que j'ai su que « make sense » en anglais signifie « avoir du
> sens ».
>
> Pardon de cette innocente taquinerie.
Eh bien, je vous pardonne d'autant plus volontiers que, comme beaucoup
d'auteurs, je suis toujours ravie qu'on m'aide à débusquer ces insidieux
automatismes langagiers dont nous sommes tous victimes et coupables à des
degrés divers.
Donc, je me rends de bonne grâce à l'évidence que j'ai récupéré au vol cette
expression qui traînait dans l'air, mollement portée par des vents
britanniques ou lacaniens, dans le sens de "produire un sens intelligible".
J'aurais bien sûr pu dire " Cette troisième proposition n'a aucun sens",
mais c'eût été sec et désobligeant. Voilà sans doute pourquoi j'ai eu
recours à cette expression plus policée à mon goût (ce que je soupçonne la
version anglaise de ne pas être : ô arcanes de l'assimilation !).
Claire, qui aura au moins appris quelque chose aujourd'hui, grâce à
vous tous.
>> Pardon de cette innocente taquinerie.
> http://minilien.com/?f7tzL1s4jH
Ami Google lui-même nous ayant taquinés pour tous les *faire sans* qu'il
a relevés du même coup.
>> Quand je lis la phrase de Joye, je lis en fait : « Je suis un peu
>> perdue, et même pas qu'un peu, shit ! »
Je signale que dphn me doit un clavier.
>Toutes les nuances sont
>> possibles, mais il me semble que l'idée générale est celle-là.
>>
>
> Certes, mais cela, vous l'auriez peut-être lu, même si Joye avait
> écrit "je suis untelleboulement perdue", c'est-à-dire en employant
> n'importe quel mot, même inexistant, car le sens se déduit plus du
> contexte que de l'emploi du mot ou de l'expression juste !
Oui mais non, parfois c'est le contraire qu'on souligne, et c'est
/quelque peu/ déconcertant (surtout si l'on ne boit pas de Pschitt).
>>-- Cette phrase ne comporte qu'un seul grituque inusité en français.
>>-- Cette autre phrase en comporte mairelle, mais le vaumeron général
>> peut s'endorguer d'après le contexte.
> Ça c'est schtroumpfer !
Non, /schtroumpfer/.
--
Anne
L'été est terminé, nous sommes en automne.
Une voix retentit, laquelle nous étonne.
C'est celle de Babacio
>>> Je l'ai relevée chez Houellebecq. ;-)
>> Dans ses écrits de jeunesse, sans doute.
> Vous me ferez signe si un jour il sort de l'adulescence.
Ce sera facile : le bouquin passera inaperçu.
> Donc, je me rends de bonne grâce à l'évidence que j'ai récupéré au vol
à la _preuve_, sans doute ?
;-)
--
Qu'est-ce qu'on fout là tous, dans ce petit coin d'Univers ?
Tout le monde aura reconnu qu'il s'agissait de :
http://groups.google.fr/groups?q=faire+sens+group%3Afr.lettres.langue.francaise
(6 360 résultats)
> Ami Google lui-même nous ayant taquinés pour tous les *faire sans* qu'il
> a relevés du même coup.
Une paire de guill^H^H de gants de toilette permet d'éviter de se faire
taquiner par ami Google :
http://groups.google.fr/groups?q=%22faire+sens%22+group%3Afr.lettres.langue.francaise
(16 résultats)