Le Trésor de la langue française confirme que l'expression "vipères
lubriques"date des procès de Moscou (réquisitoires du procureur général
Vychinski) et est connue en français depuis 1947 environ. C'est ainsi que,
fidèle au vocabulaire de son parti, le communiste Pierre Sémard a utilisé
cette insulte à l'égard de Léon Blum, et que dans la foulée, Auriant a fait
de même pour Paul Léautaud. Mais en quoi, grands dieux, les vipères
sont-elles particulièrement lubriques ? A la réflexion, je me demande si
lubrique ne serait pas employé ici dans son sens premier de "glissant",
éventuellement de "vis-queux", propriété qu'on a souvent tendance à
attribuer aux reptiles ou aux anguilles. Pour le russe - comment dit-on en
russe ? -, les dictionnaires, y compris de citations, que je possède sont
muets et je n'ai pas de répertoire d'insultes. Qui éclairera ma lanterne ?
Merci d'avance.
Jean Poulain
La réponse m'intéresse auusi ; hélas, je n'ai aucune piste.
Mais peut-être cette association de la "lubricité" et des "vipères" est-elle
moins étonnante au regard du style habituel de Vychinski.
J'espère qu'un russophne a/va faire une lecture psycho-critique de tous ses
textes.
Extrait aussi du réquisitoire :
« [Il dénonce les "vils aventuriers" qui ont] "tenté de piétiner avec leurs
sales pieds les meilleures fleurs les plus parfumées de notre jardin
socialiste, des menteurs et des histrions, des pygmées misérables, des
roquets et des toutous se ruant sur l'éléphant." »
in <http://hypo.geneve.ch/www/cliotexte/html/urss.apres.1917.html>
"pygmées misérables", "toutous se ruant sur l'éléphant"...
a+, Dominique
>dans la foulée, Auriant a fait
>de même pour Paul Léautaud. Mais en quoi, grands dieux, les vipères
>sont-elles particulièrement lubriques ?
Dans le cas de Léautaud, médisant notoire et érotomane, cela me semble
particulièrement justifié... Il faisait grand usage de sa langue, pour
dire du mal de ses contemporains et pour faire du bien aux dames.
Dominique
> Il faisait grand usage de sa langue, pour
> dire du mal de ses contemporains et pour faire du bien aux dames.
Pourriez-vous citer vos sources ? ;-)
--
Hakouna matata,
Le magicien.
(Pour le courrier/For E-mails : mand...@createur.org)
L'affreux Vychinski de sinistre mémoire ne pouvait méconnaître la symbolique
du serpent, animal sacré dans toutes les mythologies, orientales et
occidentales. Le symbolisme du serpent, donc de la vipère, est
particulièrement riche et contradictoire. C'est à la fois le témoin d'une
régénérescence, en ce sens que l'animal fait peau neuve. Mais dans
l'inconscient, on peut tenir pour solidement établi le caractère phallique
du serpent avec pour corrolaire la valorisation thérapeutique du venin,
équivalent du liquide séminal. Dans beaucoup de langues indo-européennes, et
Siva devrait pouvoir le confirmer, on relie linguistiquement l'enroulement
du serpent à des racines produisant le terme « vulve ».
Symbole de vie et de mort, principe spirituel et puissance des ténèbres,
avaleur et avalé, le serpent est dans la « Genèse » ce qui détruit
l'harmonie paradisiaque en induisant Eve en tentation et l'initiateur à un
savoir interdit. De la même façon, la pensée grecque, comme la pensée
égyptienne, distingue dans le serpent l'artisan d'un retour au monde du
chaos.
Le christianisme assimile le serpent et tous ses avatars aux forces
maléfiques. Dans l' « Apocalypse », par exemple, l'antique serpent est
identifié au diable ; il devient dans la symbolique chrétienne l'incarnation
des vices, du péché, et notamment du péché de chair, ou l'instrument du
châtiment des damnés.
Dans nos civilisations occidentales, on note que le serpent est considéré
comme un animal monstrueux. C'est ainsi que l'entendait Vychinski, bras armé
de Staline, ancien séminariste. La férocité silencieuse de la vipère, son
glissement imperceptible, son contact froid, son regard fascinant, son venin
apparaissent comme autant de caractéristiques qui en font le symbole du mal,
et une anomalie dans l'ordre naturel, une menace surgie du fond le plus
obscur de la nature. Ajoutons à cela ce que nous avons dit de son analogie
à la fois phallique et vulvaire et nous percevons parfaitement ce qu'on
entend par « lubrique ».
Le christianisme n'est pas le seul dépositaire de la tradition dysphorique
du serpent et de la vipère. On trouve le symbole ou la métaphore du mal chez
des écrivains comme Mauriac (Le Noeud de vipères) ; Bazin (Vipère au poing)
; des Cars (La Vipère) ; Conan Doyle qui dans sa nouvelle, Le Ruban
moucheté, fait du serpent l'instrument d'un crime particulièrement atroce.
Ce qu'il ne faut pas oublier quand on étudie Vychinski et autres comparses
staliniens, c'est qu'ils sont imprégnés de culture judéo-chrétienne. Ils
sont issus des rangs de la religion orthodoxe, parfaitement au fait de la
symbolique sacrée qu'ils utilisent pour combattre l'obscurantisme maléfique
de l'opium du peuple. Ils ne pouvaient ignorer l'iconographie russe montrant
saint Michel terrassant le dragon, avatar du serpent et notamment de la
vipère.
Sans compter la misogynie ancrée dans notre civilisation, qu'un Brassens
utilise dans une de ses chansons :
« Ainsi qu'il est fréquent sous la blancheur de ses pétales
La marguerite cachait une tarentule un crotale
Une vraie vipère à la fois lubrique et visqueuse
Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule
Sauf le respect que je vous dois »
Bernard
> [...]
Élève Bébé, heureusement qu'on a eu la bonne idée de vous coller ici cet
après-m'.
J'ai lu tout ça avec grand plaisir.
Sans compter que les infos biographiques sur Vychinski, ça répond pas mal à
la question, en effet.
a+, Dominique
Bernard Bonnejean
> Je vous remercie pour le compliment, Monsieur, Monsieur ?
Appelez-moi donc par le pseudonyme que je me suis choisi pour intervenir
ici. Il vaut bien "gbog" ou "Didier Pelleton".
Vous me feriez un
> réel plaisir, à moi qui ai toujours eu à coeur de ne signer que de mon nom,
> en ne m'appelant que Bernard, Bernard Bonnejean, ou Bonnejean.
Sont-ce vraiment les seules possibilités ?
Je trouve que "monsieur BB" vous va comme un gant.
Il est vrai qu'il n'y a que la vérité (enfin, celle qu'on veut bien
voir) qui blesse.
Mais ce n'est
> qu'un détail sans importance.
Tant mieux.
Après tout, vous ne m'avez jamais insulté et
> je ne vois pas ce qui pourrait nous empêcher de nous réconcilier
> publiquement.
Je crois que vous êtes assez soupe au lait.
Pour ma part, je ne suis pas très fort en enrobages et je livre toujours
le fond de ma pensée quand on m'y invite.
Le voici sur ce point.
Ces petites embrassades, publiques ou privées, valent ce que valent
n'importe quelles gamineries. Quand je lis les discussions de certains
enseignants -- oui, DD, vous en faites partie -- <fllf> me fait penser à
une cour d'école. Après tout, rien d'extraordinaire à ça.
Heureusement, d'autres sont là pour animer ce groupe de discussion de
manière plus mature.
> Si vous n'y voyez pas d'inconvénient majeur.
Ni majeur, ni même mineur.
D'ailleurs, il me semble me souvenir que c'est vous qui vous êtes fâché
tout seul comme un grand d'un commun accord.
Serez-vous capable d'entendre sans recommencer ?
J'en doute.
Mais je laisse la porte ouverte aux hommes de bonne volonté.
Il fut une époque ou "Monsieur BB" (Charrier ?) était marié à
Brigitte Bardot.
Exact.
Cette remarque montre que si vous êtes un ourson, vous n'êtes plus un
ourson de la première jeunesse. ;-)
Les "messieurs BB" homologués officiellement :
Roger Vadim (1952)
Jacques Charrier (1959)
Gunther Sachs (1966)
Bernard d'Ormale
>
>
Jean Poulain
> Peut-être une dame à qui la langue de Léautaud a fait grand bien de par
> ses vertus apaisantes ?
Je n'en vois pas d'autre. ;-)
Contacter Edith Silve, ancienne présidente de la SPA et biographe de
Léautaud.
> Contacter Edith Silve, ancienne présidente de la SPA et biographe de
> Léautaud.
Est-ce au titre d'ancienne présidente de la SPA ou en tant que son
biographe que cette dame serait susceptible de nous renseigner sur les
vertus apaisantes de la langue de Léautaud ?