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le chinois est-il une langue monosyllabique ?

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gruatjv

unread,
Apr 7, 2002, 4:48:19 PM4/7/02
to
Vous vous souviendrez, au moins certains, du fil qui s'est déroulé il y a
deux trois semaines sur le thème de référence et sous l'intitulé de
circonstance "acide ascorbique".
Il figure désormais, cum grano salis, sur
http://site.voila.fr/fllcjvg/ecriture.htm, ainsi que ci-dessous, prêt à être
repris.
--
Jean-Victor Gruat
Site langue chinoise:
http://site.voila.fr/fllcjvg

LE CHINOIS:
UNE LANGUE MONOSYLLABIQUE ?

Jean-Paul ouvrit le bal en ces termes, vers la mi-mars 2002 et sur fllc:

> Tous les mots chinois s'écrivent par un seul idéogramme, inscrit dans un
carré virtuel; même lorsqu'ils sont constitués par la juxtaposition> de
plusieurs idéogrammes, ça ne fait qu'un seul idéogramme.
> Quand à la prononciation monosyllabique des mots chinois -langue que je ne
parle pas- c'est une notion qui est clairement citée dans tous les
ouvrages;il est possible que tu nous cites quelques exceptions, qui
viendront confirmer la règle.

Je vous présente mon ami Elie Arié, qui nous assure sans désemparer et de
façon répétée que tous les mots chinois ne comportent qu'un seul sinogramme
et donc une seule syllabe.

Il s'agit d'un homme qui n'admet aucune contradiction, car il met en avant
une érudition le plaçant hors de portée du vulgus pecum (en français:
vulgaire pékin).

Y aurait-il parmi vous quelqu'un à posséder quelques rudiments de la langue
chinoise :-)

Elie:
Je vous demande de bien vouloir excuser mon ami Jean-Paul (en réalité,
Jean-Paul de son vrai nom), qui est incapable de faire la distinction entre
une langue et une écriture.
Sa dernière phrase doit être inversée: ce que j'ai lu (je ne parle pas
chinois, je m'intéresse uniquement à l'histoire des écritures) c'est que le
fait que les mots chinois ne comportent qu'une syllabe est une des raisons
qui explique que chaque mot ne soit écrit que par un seul idéogramme (mais
ce n'est pas la seule raison: l'autre étant qu'une écriture idéographique
permet aux gens parlant des langues chinoises différentes de s'écrire entre
eux, ce qui ne serait pas le cas avec une écriture plus phonétique).
Il est probable que si les mots chinois étaient en majorité polysyllabiques,
les chinois auraient éprouvé le besoin d'aller au-delà de un mot = une
syllabe (mais ce n'est qu'une théorie).Gianni:
C'est faux et archi-faux de dire (ou d'écrire) que les mots chinois sont
monosyllabiques. Je pense même que la plupart des mots chinois sont composés
de deux syllabes.

En revanche, le chinois classique (langue davantage écrite que parlée)
admettait sans doute davantage de mots monosyllabiques.

Dans tous les cas, on se référera utilement au Que Sais-je "L'Écriture
chinoise" de Viviane Alleton.

Elie :
Et bien voilà!
Ca justifie donc probablement l'hypothèse (que j'avais recopiée) expliquant
pourquoi l'écriture chinoise s'était arrêtée à l'idéogramme.
A la limite, si quelqu'un s'est planté, c'est M. James Février, Directeur d'
Études à l' École Pratique des Hautes Études, (ce qui est tout de même
étonnant, c'est pourquoi je voudrais des confirmations) d'où était extrait
le passage suivant, que j'avais simplement recopié:

"En chinois, le mot est une sorte d'atome irréductible. Dans la plupart des
cas, il peut être aussi bien verbe que nom ou adjectif. La phrase chinoise
est constituée par la juxtaposition de monosyllabes dont la fonction
grammaticale est déterminée et indiquée uniquement par la place qu'ils
occupent. Chacun de ces monosyllabes est affecté d'un ton, caractérisé par
la modulation de la voix durant l'émission du son".

Et, de toutes façons, ceci ne concerne en rien l'écriture chinoise, mais la
langue chinoise, domaine dans lequel je ne prétends rien connaître.Suite de
citations (par Google):
http://classes.bnf.fr/dossiecr/sp-chin5.htm
"Comme en Corée, l'adaptation de l'écriture chinoise à la langue japonaise a
été la suite logique de la pénétration du bouddhisme au Japon - faisant
naître un besoin de textes - au milieu du VIe siècle. Comme le coréen, la
langue japonaise n'est pas monosyllabique. L'adaptation de l'écriture d'une
langue monosyllabique à une langue qui possède un grand nombre de mots longs
n'est pas simple."
http://www.culture.fr/edm/fr/Ha/ha02.html
"À la différence l'écriture alphabétique dont les éléments indiquent peu ou
prou la prononciation, les caractères chinois ne donnent pas d'indication
directe sur les changements phonétiques qu'a connus la langue au cours de
son histoire. L'utilisation de pictogrammes et d'idéogrammes en écriture
chinoise reflète une structure monosyllabique dans laquelle chaque caractère
a un sens. "http://www.culture.fr/culture/dglf/bpi/vietnamien.html
"Le vietnamien , parlé par 70 millions de locuteurs au Viêt-Nam ( 75
millions avec la diaspora) appartient à la famille austro-asiatique . C'est
une langue monosyllabique comme le chinois . "

http://www.chez.com/jardindenfants/Chinois.htm
"Le chinois est une langue à tons. Chaque syllabe est pourvue d'un ton qui
lui confère des significations différentes. Les mots sont pour la plupart
monosyllabiques ou dissyllabiques. A chaque syllabe correspond un caractère,
appelé " idéogramme " qui n'est pas alphabétique . L'écriture chinoise est,
par conséquent idéographique: à chaque signe correspond une idée. C'est
aussi une langue monosyllabique. Ainsi, chaque mot ou morceau de mot a une
seule syllabe, donc, un seul symbole."
http://www.gio.gov.tw/info/echos/98/33/p3.htm
"Le fondement monosyllabique de la langue chinoise a fortement contribué à
la conservation de ce mode d'écriture, tandis que les autres grandes
civilisations s'orientèrent vers la phonétisation, c'est- à-dire la
description de la parole plutôt que des concepts. L'écriture chinoise n'a
pas totalement échappé à ce phénomène. Néanmoins, le mot chinois, en tant
que monosyllabe, est resté intégré à cette base visuelle (pictographique)
sans avoir recours à des signes proprement phonétiques (ou alphabétiques).
"la prunelle du dragon_l'écriture du coréen inventée par le roi ...

"C'est ainsi qu'elle s'est développée pendant des millénaires sous
l'influence quasi exclusive de la culture chinoise, dont elle a emprunté le
système d'écriture. Or, le génie de la langue chinoise - monosyllabique,
tonale, dénuée de flexions - est à l'opposé du génie de la langue coréenne -
polysyllabique, agglutinante
"http://www.tribunes.com/tribune/alliage/41-42/Metailie_41.htm
"Rappelons tout d'abord quelques traits de la langue nationale en Chine, le
putonghua, dont l'existence officielle date d'après 1949. C'est une langue
dans laquelle chaque syllabe qui porte un ton possède un sens (ceci dans
l'immense majorité des cas). En chinois, donc, les morphèmes sont
monosyllabiques. L'écriture chinoise n'est ni alphabétique ni syllabique,
mais utilise des
signes, composés à partir d'un nombre restreint de traits (une dizaine). On
appelle généralement ces signes caractères, et parfois sinogrammes. " Les
caractères sont des formes graphiques indépendantes, isolées matériellement
les unes des autres par un espace, et invariables en ce sens que leur tracé
ne change pas, quelles que soient les formes environnantes " (Viviane
Alleton, L'écriture chinoise). Les traits qui les forment sont tracés selon
un ordre très strict et peuvent apparaître plusieurs fois dans un même
caractère. On trouve des caractères d'un seul trait, et certains peuvent
atteindre plus de trente. Quel que soit le nombre de ses éléments, chaque
caractère s'inscrit dans un carré virtuel. On distingue formellement deux
grands types de caractères, les simples et les composés ; les premiers
représentent une forme graphique minimum ayant un sens. Les seconds peuvent
être décomposés en au moins un caractère simple et un autre élément
graphique . Au cours de l'histoire, ont été proposés divers systèmes
destinés à classer l'ensemble des caractères selon des catégories
sémantiques définies par des caractères simples, les "clés", entrant dans
leur composition . La plupart des caractères composés possèdent aussi un
ensemble de traits ayant une valeur phonétique. Chaque morphème est écrit à
l'aide d'un caractère. Quand on parle de langue monosyllabique pour le
chinois, il doit être bien entendu que ceci ne signifie pas qu'il n'y a que
des mots d'une seule syllabe. La plupart des mots du chinois courant sont
formés de mono-, di- et trisyllabes. Dans les terminologies scientifiques et
techniques, on rencontre en outre un nombre significatif de termes de quatre
syllabes et davantage. Quant à la structure la plus courante des mots
nominaux, elle est du modèle déterminant-déterminé, où le déterminé est le
plus souvent un nom, tandis que le déterminant peut avoir une valeur
nominale, mais aussi adjectivale ou verbale. Ainsi, construits sur la base
de 叶 ye, feuille, on trouve 小叶 xiaoye (littéralement, petite feuille) :
foliole, 子叶 ziye (semence-feuille ou feuille de la semence) : cotylédon".
[ NDC: Explication très claire par Yahoo Encyclopédie:À l'origine,
l'écriture chinoise sert à communiquer avec les divinités. Les signes qui la
composent sont des représentations de la réalité, le premier moyen de
représenter le réel étant de dessiner les objets: ces dessins, qui prennent
une forme codifiée, sont appelés pictogrammes. L'écriture actuelle en compte
environ 200, répartis en six familles sémantiques:
La première famille comporte les pictogrammes représentant les personnes :
l'homme debout, 人 l'homme accroupi, de face, de profil ou couché,ㄕ la femme,
女 l'enfant, 子etc. La deuxième famille comporte les pictogrammes représentant
les parties du corps :
le visage, 面 la bouche, 口 l'œil, 目 la main, 手 Le pied, 止 Le cœur, 心etc. La
troisième famille comporte les pictogrammes représentant les objets ou les
phénomènes de la nature : la pluie, 雨 la montagne, 山 la rivière, 川 l'eau, 水
le feu, 火etc. La quatrième famille comporte les pictogrammes représentant
les plantes :
l'arbre, 木 le bambou, 竹etc. La cinquième famille comporte les pictogrammes
représentant les animaux:
le bœuf, 牛 le rat, 鼠 la chouette, 瞿 le tigre 虎. La sixième famille comporte
les pictogrammes représentant les objets manufacturés : la maison, 户
l'outil, 工 le tripode, 鼎 l'assiette 皿. Les idéogrammes
Les pictogrammes deviennent ensuite des éléments de signes composés, qui
désignent des notions plus complexes, actions, sentiments...:
la main tenant un bâton signifiera «frapper» 支; l'homme et la montagne, un
«ermite» 仙; le soleil entre deux herbes, le «crépuscule»莫 ; ou encore le
cœur et la chouette, «craindre» 懼 .
Seuls les signes de ce type méritent l'appellation «idéogrammes»,
abusivement étendue à tous.
Les idéo-phonogrammes
Ces idéo-phonogrammes, en nombre encore assez restreint, se sont trouvés
investis de sens dérivés de plus en plus nombreux, d'où la création de
sinogrammes dérivés, par ajout d'un élément sémantique puisé dans la réserve
des pictogrammes. Par exemple, le crépuscule, prononcé [mo], a aussi le sens
de «désert», de «tombeau» et de «rideau»:

au sinogramme de départ, 莫
en ajoutant trois gouttes d'eau
on obtient le désert : 漠
ou bien en ajoutant la terre ,士
on obtient le tombeau: 塻
ou encore en ajoutant le tissu, 巾
on obtient le rideau: 幕 Toute cette série de sinogrammes dérivés se
prononce également [mo]. Aujourd'hui, les trois sinogrammes dérivés
apparaissent comme formés d'un élément composant sémantique et d'un élément
composant phonétique, [mo]: on les appelle «idéo-phonogrammes». La plupart
des sinogrammes sont ainsi composés d'éléments premiers, les pictogrammes,
et on continue d'en créer de cette façon.
(Incise Mu, pas Mo pour le rideau.
Et bien d'autres exemples: 摸 avec la clef de la main en composition ,
toucher, palper
摹 avec la "vraie main", copier
膜 avec la lune simplifiée, zhongwen parle de la viande (肉), adorer, vénérer
谟 avec la parole simplifiée, planifier, délibérer
馍 avec la clef simplifiée de la nourriture (traditionnel 饃), pain cuit à la
vapeur
嫫 avec la clef de la femme, Momu, sorte de déesse (?)
模 avec la clef de l'arbre, modèle, moule
糢 avec la clef du riz, petits gâteaux de riz
寞 avec la clef du toit, silencieux, calme
蓦 avec la clef du cheval, tout à coup
镆 avec la clef du métal, épée
貘 avec la clef dite des "insectes rampants" - en fait pas mal d'animaux - ,
le léopard ou le tapir ...)]
(Retour aux citations Google)
http://shaolinkungfu.free.fr/languechinoise.htm
"Composée d'idéogrammes, le chinois est une écriture de signes. Chaque
caractère est monosyllabique et possède son ou ses sens propres.
Actuellement environ 7000 caractères sont en usage, mais avec 3 à 4 mille
caractères apprit un écolier pourra lire 99% des textes qu'il rencontrera.
Le caractère n'est ni plus ni moins qu'un mot. "
http://www.lecture.org/Actes/AL54/AL54P54.html
"Du point de vue plus circonscrit de la linguistique, le chinois est
monosyllabique, chaque caractère correspond à une syllabe de la chaîne
parlée et à une unité de sens. La tendance moderne au dissyllabisme n'a pas
modifié la parfaite indépendance de chaque terme ; la forme de chaque
caractère est fixe, celui-ci ne subit aucune flexion grammaticale, ce qui
signifie qu'il est possible de l'étudier, le mémoriser pour son sens,
isolément, sans être relié à un autre.
"http://www.lecture.org/Actes/AL59/AL59P50.html

"Une situation similaire peut être observée avec l'écriture chinoise qui,
pendant les 4 000 ans de son histoire, n'a subi comparativement que des
changements mineurs. C'est déjà fondamentalement une écriture par mots, ou
mieux par concepts, avec tous les désavantages et les avantages que
comportent de tels systèmes. Le désavantage est le grand nombre de signes
nécessaires - 50 000 en tout, alors que pour l'usage quotidien 2 000 à 4 000
peuvent suffire. L'avantage est qu'en tant qu'écriture conceptuelle ne
dépendant pas du langage oral, elle peut être lue sans tenir compte, et même
sans avoir connaissance, de la langue orale. Ceci en fait, à travers
l'histoire chinoise, le moyen de communication idéal dans un empire où les
peuples parlaient un nombre important de dialectes, même s'ils étaient
gouvernés par le même centre. Pour les administrateurs comme pour les
érudits, l'écriture chinoise était le moins ambigu des moyens de
communication (et donc le plus simple). Il n'était pas non plus nécessaire
pour le langage écrit de suivre le développement du langage oral ; ainsi,
les Chinois modernes n'ont pas besoin de connaître l'ancienne prononciation
des mots pour lire les textes classiques"
http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/sy/sy_309_p0.html
"Le principe fondamental de l'écriture chinoise est un principe sémantique:
chaque signe d'écriture, ou sinogramme, a d'abord un sens, la prononciation
qu'on lui attribue variant suivant les régions et les époques."

Nicola:
Le chinois du VIe siècle était monosyllabique, maintenant il ne l'est
pas.
Et... quelle est la définition de "mot"? Il n'y a pas une définition
universelle. En chinois il y a "cí" et "zì": "cí" est une unité sémantique,
"zì" est une unité graphique. Ceux qui écrivent "la langue chinoise est
monosyllabique" confondent les deux.Il est un fait indiscutable : un
"idéogramme", ou plutôt un caractère chinois, ne peut représenter qu'une
syllabe. Mais un mot n'est pas forcément composé d'un seul caractère.

Par exemple, les caractères lao 老 veut dire "vieux", et shi 是 veut dire
"être" (en gros). Ce sont deux mots monosyllabiques. Mais 老是 laoshi,
dissyllabique, se traduit non pas par "être vieux" mais par "toujours".
C'est un exemple de mot dissyllabique, composé de deux caractères mis l'un à
côté de l'autre. Et c'est considéré comme un seul mot, dont la signification
ne peut pas complètement se déduire de l'addition des deux syllabes.

[NDC - Pas très convaincant, me semble-t-il, l'exemple de Nicola. Le fait
que "vieille existence" signifie "toujours" n'a rien d'extraordinaire. De
même 老师, professeur, se compose lui aussi du caractère signifiant âgé,老,
mais accompagné de 师,maître. Maître âgé = professeur, pas illogique.]
Apokrif alors d'intervenir:
Vous pouvez consulter deux ouvrages de John DeFrancis : _Visible Speech: The
Diverse Oneness of Writing Systems_ et _The Chinese Language: Fact and
Fantasy_.
Cet auteur critique fortement la conception selon laquelle le chinois est
une langue monosyllabique, et met en doute le caractère idéographique de
l'écriture en général (chinoise ou autre); il accorde beaucoup d'importance
aux aspects phonétiques de l'écriture chinoise.

{ NDC - Voir cependant http://site.voila.fr/fllcjvg/tons.htm ou l'on
explique que la langue chinoise écrite n'était pas faite pour être dite
... }
JVG de rappeler:
Monosyllabique ou pas, le chinois ?
Vaste et récurrent sujet - du moins sur fllc. Les contributeurs ne
fréquentant qu'occasionnellement ces parages (les autres aussi d'ailleurs,
cela date d'un peu moins d'un an) peuvent se reporter à
http://site.voila.fr/fllcjvg/tons.htm
et notamment à ce qu'en disait Laurent Neyret.
Chaque syllabe graphique, représentée par un sinogramme, a un sens. Le
chinois est donc une langue monosyllabiques. Chaque sinogramme est un mot.
Cependant, la complexité de la réalité dont le langage rend compte ne permet
pas d'associer de manière univoque sinogrammes et mots (au sens signifiant).
En d'autres termes, si chaque sinogramme est un mot, nombre de mots
requièrent l'utilisation conjointe de deux (voire plus) sinogrammes, le tout
étant alors différent de la simple juxtaposition des parties.
Il en est de même dans bien d'autres langues, que l'on pense en français aux
mots composés (un chien-loup est autre chose qu'un hybride de chien et de
loup, une tête de loup n'a pas grand chose à voir avec le chef des grands
canidés, la gueule-de-loup n'a pas de crocs ...), à ceux combinant deux
racines - philosophie pourrait se dire en chinois aussi amour-sagesse, ou
plutôt sagesse amour, le chinois inverse souvent l'ordre des concepts, si
une autre option n'avait pas été retenue - sage-étude, zhexue), aux
préfixes-suffixes-désinences, n'existant pas en chinois mais dont le sens
est repris par l'adjonction d'un sinogramme permettant de créer nombre de
mots dissyllabiques à partir de la même racine, elle aussi mot de plein
exercice.
Quant à la persistance des sinogrammes en lieu d'alphabet (il existe
cependant un alphabet chinois pour la transcription phonétique, le BoPoMoFo,
et une méthode officielle de transcription avec tons, le pinyin) c'est
probablement en raison justement de la prédominance du monosyllabe dans la
langue.
Malgré leur volonté d'aller vers l'alphabétisation, les linguistes de la
Chine populaire ont rapidement renoncé à la pinyinisation exclusive des
sinogrammes qui, a l'écrit, aboutissait à des accumulations de syllabes
homophones dont le sens collectif était trop souvent difficile à déterminer
d'un coup d'oeil - alors que les sinogrammes sont eux directement
identifiables.
Il y a moins de 400 combinaisons de phonèmes utilisées dans le parler de
Pékin (voir http://site.voila.fr/fllcjvg/shengyun.htm ) alors que l'on
recense des dizaines de milliers de caractères ou sinogrammes différents, et
qu'une personne de bonne éducation en reconnaîtra environ 6.000.
Les homophonies sont donc bien trop nombreuses dans la langue écrite pour
s'accommoder d'une alphabétisation avec des unités signifiantes presque
toutes mono ou disyllabiques, dès lors que l'on souhaite exprimer des
pensées qui volent un peu plus haut que le ras des pâquerettes.
Nicola, cependant:
> Chaque syllabe graphique, représentée par un sinogramme, a un sens. Le
chinois est donc une langue monosyllabiques. Chaque sinogramme est un mot. <

Je ne suis pas d'accord. Quelle est la définition de "mot"? Si la
définition est graphique, vous avez raison, mais si "mot" est une unité
sémantique, il n'est pas facile de donner une définition universelle.
"Ke3" et "shi4" ont un sens, "ke3shi4" n'a pas le même sens. Etc.

JVG:
Comprends pas la différence ... Ke3, comme vous dites, correspond à trois
sinogrammes différents répertoriés par zhongwen, qui est loin d'être
exhaustif, neuf en BoPoMoFo IME,
可 渴 哿坷岢堁敤嶱閜.
Shi4, 25 entrées pour Zhongwen, 59 par IME.
En somme, 1475 possibilités pour ke3shi4. Combien d'entre elles avec valeur
sémantique propre, c'est-à-dire différente de ke3+shi4, je ne sais. Ce que
je sais par contre, c'est que chacun des 25 ke3 et 59 shi4 a une réalité
sémantique propre en chinois (avec plusieurs traductions possibles en
français), et représente donc un mot - pas seulement un dessin.
Voir aussi pour le plaisir et se rendre compte de la complexité
http://www.chinalanguage.com/CCDICT/index.html
superbe page ...

Nicola, persistant:
Je ne suis toujours pas d'accord. Un mot n'est pas "un sens" (c'est un
morphème).
Et chaque mot a beaucoup de sens. "Cul" a un sens, "de" a un sens, "sac" a
un sens, mais "cul de sac" a un 4e sens.
Je croix que le problème est la définition de "mot". Je suis d'accord
avec Magda Abbiati et son "La lingua cinese" (Cafoscarina, Venezia, 1992,
pp.120-125):
{Traduction libre et compilatrice de l'italien}
"En chinois les unités identifiables à première vue sont les caractères
et donc les syllabes et les morphèmes [Nicola: qui ont un sens, mais NE
SONT PAS des mots!], qui représentent au contraire pour nous [Nicola = les
gens d'Europe] un concept technique et abstrait. Subdiviser un énoncé
chinois en syllabes et morphèmes est une opération quasi-mécanique, alors
qu'identifier les mots est bien plus problématique.
La difficulté vient du manque d'un protocole formalisé d'indicateurs de
l'unité "mot" (flexions et suffixes, séparations dans le système graphique,
accents). A cela s'ajoute le fait que le statut des mots dépend étroitement
du contexte. Les morphèmes en fait, pour la quasi-totalité d'entre eux, ont
la possibilité d'être utilisés comme unités indépendantes, c'est-à-dire
comme mots.
Cependant ces morphèmes peuvent se combiner entre eux pour former des mots
composés, ils peuvent donc être des mots dans un certain contexte et dans un
autre simplement des composants de mots.
xióng "ours", mao1 "chat", 熊猫 xióngmao1 "panda".
[NDC. Rien d'extraordinaire. Pourquoi ne pas parler de chat-ours en Chine,
quand on a le poisson-chat chez nous, qui en chinois n'a rien de 猫鱼]
En outre, puisque les constructions qui agrègent les mots en unités
syntaxiques (...) sont typologiquement celles qui lient les morphèmes dans
la formation des mots composés, il n'est pas facile de distinguer les deux
types d'unités, également parce que les cas ne sont pas rares de
combinaisons de morphèmes qui se comportent dans tel contexte comme des
constructions syntaxiques, et dans d'autres comme des structures
morphologiques:
hóng "rouge" + lian3 "visage" = hóng lian3 "visage
rouge" ou hónglian3 "rougir"."

Gianni, abondant:
Je suis d'accord avec Nicola et avec le texte cité, notamment :
> La difficulté vient du manque d'un protocole formalisé d'indicateurs
de l'unité "mot" (flexions et suffixes, séparations dans le système
graphique, accents). <
Malgré tous mes dictionnaires, je continue à avoir du mal à traduire ne
serait-ce que les titres des ouvrages que mon père m'a rapportés de Chine...
selon que l'on groupe ou non les caractères, et selon ces
groupements eux-mêmes, on obtient des significations différentes !
Un vrai casse-tête chinois (je sais, elle est facile, mais je n'ai pas pu
résister !)

JVG, concluant:
Tout ceci n'a pas vraiment beaucoup d'importance, dans la mesure où tous
disons peu ou prou la même chose en affirmant le contraire.
Pour mémoire, la définition de "mot" dans le TLFI: "Son ou groupe de sons
articulés ou figurés graphiquement, constituant une unité porteuse de
signification à laquelle est liée, dans une langue donnée, une
représentation d'un être, d'un objet, d'un concept, etc.".
Un phonème est un mot, de même que le caractère associé, dès lors qu'il a
(au moins) un sens. Le fait que deux phonèmes, associés à deux caractères,
dont celui-là, soient un autre mot et aient d'autres sens n'y change rien -
et il n'existe guère de syllabes, encore moins de caractères n'ayant,
considérés isolément, pas de sens en chinois, au contraire du français (ni
"fran" ni "çais" ne sont des mots. Par contre, 法 en est un, comme 国 ou 法国).

Et le débat cessa - du moins pour ce fil là.

MAJ 7 avril 2002, jvg

Nicola Nobili

unread,
Apr 14, 2002, 11:57:20 AM4/14/02
to
gruatjv

> JVG, concluant:
> Tout ceci n'a pas vraiment beaucoup d'importance, dans la mesure où tous
> disons peu ou prou la même chose en affirmant le contraire.

Maintenant je suis d'accord! Le problème est seulment terminologique.
Zaijian,
Nicola

--
Multa non quia difficilia sunt non audemus, sed quia non audemus sunt
difficilia (Seneca).
[it, en, ru, es, (fr, pt, la, zh, ar)]


gruatjv

unread,
Apr 14, 2002, 3:57:01 PM4/14/02
to

"Nicola Nobili" <nicolaNONSPA...@libero.it> a écrit dans le
message news: a9cha3$2412t$3...@ID-64088.news.dfncis.de...

| gruatjv
| > JVG, concluant:
| > Tout ceci n'a pas vraiment beaucoup d'importance, dans la mesure où tous
| > disons peu ou prou la même chose en affirmant le contraire.
|
| Maintenant je suis d'accord! Le problème est seulment terminologique.

Merci pour la précision. Noté sur http://site.voila.fr/fllcjvg/ecriture.htm
JVG

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