« LANGUE FRANÇAISE
Un plaidoyer des scientifiques contre l'usage exclusif de l'anglais
Un enjeu capital pour notre avenir
PAR FRANÇOIS JACOB, CLAUDE COHEN-TANNOUDJI, LAURENT LAFFORGUE *, BERNARD
DEBRÉ, RENÉ FRYDMAN ET AXEL KAHN **
[02 juin 2005]
Depuis un an, les chercheurs ont pris l'opinion à témoin de leur
inquiétude pour leur avenir et pour celui de la recherche scientifique
en France et demandé des moyens au gouvernement. Au cours du débat
public qui s'est tenu récemment, et dont il est permis d'espérer que la
recherche soit revivifiée, de nombreux thèmes ont été abordés, mais il
est frappant que l'un ait été tout à fait passé sous silence : la langue
de la communication scientifique. Comme si pour tous il dût aller de soi
que tout résultat scientifique dût être rendu public uniquement en anglais.
Les chercheurs français se sont si bien adaptés à l'usage général de
l'anglais dans la communication scientifique qu'ils n'écrivent presque
plus d'articles en français, et emploient très rarement leur langue,
même dans les congrès organisés en France. Cet usage, comme toute norme,
facilite bien des échanges, mais, parce qu'il est devenu quasiment
exclusif, il a aussi des conséquences dommageables. Il incite à publier
en fonction des «facteurs d'impact», suscite parfois suivisme et
conformisme et ne permet plus à la recherche française d'être perçue
comme un pôle important de création de savoir scientifique.
L'utilisation exclusive d'une langue étrangère sépare en outre les
chercheurs scientifiques de l'ensemble de leurs concitoyens qui pourtant
les rémunèrent et les équipent, et décourage les pays de la francophonie
de continuer à pratiquer le français.
Dès à présent, il est devenu presque impossible d'accéder en français à
la connaissance scientifique et technique récente, et cette tendance
s'accentue, aggravée par un effet de mode. La compétence en anglais est
devenue un moyen de discrimination sociale. Les Français perdent ainsi
peu à peu l'habitude de discuter entre eux, perte qui ne peut que
réduire la créativité scientifique et technique, donc l'innovation
industrielle, et même la créativité artistique. La science est en effet
la base de toute l'activité économique moderne, et la rationalité
scientifique se répand désormais dans toutes les formes de pensée. En
réduisant volontairement l'usage de leur langue, les chercheurs
français, et leurs autorités de tutelle qui les y encouragent, exercent
donc une action politique pour laquelle ils n'ont pas été mandatés, et
qui est pragmatique à court terme mais défavorable à long terme à leur
propre pays.
Une expression scientifique en langue française est pourtant nécessaire
pour que la jeunesse garde le goût des sciences et assure l'avenir,
puisque l'éducation est désormais la meilleure ressource d'un peuple.
Elle est, par conséquent, nécessaire pour financer la recherche à
l'avenir. Elle est enfin indispensable pour permettre le contact de tous
les citoyens qui le désirent avec une connaissance scientifique
authentique, essentielle pour la vitalité intellectuelle de notre pays
et des pays d'expression française. En clarté d'esprit et en prospérité
générale, les chercheurs gagneraient certainement à employer aussi la
langue de la République, sans pour autant réduire leurs communications
en langue anglaise.
L'usage de l'anglais dans la recherche est un fait incontestable, mais
l'exclusivité consentie à l'anglais en France nuit à la position
internationale de la France, ébranle sa cohésion sociale et affaiblit sa
vitalité intellectuelle.
Il faut donc que la question de la langue de la communication
scientifique soit au moins posée : faut-il bannir le français de la
science, ou faut-il maintenir, à côté de la communication en anglais,
une communication scientifique en français, dûment considérée dans les
évaluations des carrières des chercheurs ?
L'enjeu est tout simplement le maintien en France d'une véritable vie de
l'esprit, qui est aussi la source de la prospérité et de la liberté.
Manifeste rédigé en décembre 2004 et soutenu par les associations :
Avenir de la langue française, Droit de comprendre et Défense de la
langue française.
Le site de l'association Droit de comprendre est
http://perso.wanadoo.fr/avenirlf/DDC/Presentation.htm,
et l'adresse de courriel est : droit.de-...@laposte.net
* Respectivement lauréat du prix Nobel de médecine, lauréat du prix
Nobel de physique, lauréat de la médaille Fields.
** Professeurs de médecine. »
(publication f.l.l.f., f.s.m., f.s.physique, f.b.medecine,
f.e.superieur, suivi sur fr.lettres.langue.francaise)
> « LANGUE FRANÇAISE
>
> Un plaidoyer des scientifiques contre l'usage exclusif de l'anglais
Mouarf....
> Un enjeu capital pour notre avenir
Mouar*glpfrghrreu!* -j'ai failli être étouffé! -notre Dieu Lagavulin, un
des seuls, un des seuls uniques, un des seuls uniques authentiquement
véritables, ne tolère absolument pas du tout ce genre de mauvais
esprits...
[SNIP]
> * Respectivement lauréat du prix Nobel de médecine
[SNOP]
> ** Professeurs de médecine
Ah, c'est rassurant! Cette initiative est donc soutenue par ce genre
d'individus! Non, parceque vu comme c'était exposé, on aurait facilement
pu croire qu'il s'agissait d'un plaidoyer d'authentiques scientifiques
pour une cause de qualité...
Dit d'une autre façon: vous vous amusez à faire massivement du spam sur
usenet, quoi.
JM
qui etes vous; au nom de qui prenez-vous ainsi l'initiative de recussiter un
manifeste de decembre 04 ?
> il est frappant que l'un ait été tout à fait passé sous silence : la langue
> de la communication scientifique.
peut-etre parceque l'essentiel de la communaute' scientifique pense que ca ne
constitue pas un probleme ?
> Cet usage, comme toute norme,
> facilite bien des échanges, mais, parce qu'il est devenu quasiment
> exclusif, il a aussi des conséquences dommageables.
a noter que cela depend des disciplines: il en est ou le francais est la ou
l'une des langues de reference.
> emploient très rarement leur langue, même dans les congrès organisés en
France.
car cela reviendrait a s'interdire tout public non-francophone, ce qui est
contraire a l'objectif de diffusion des idees.
D'autre part, la loi Toubon en d'autre temps interdisait les confs en anglais
s'il n'y avait pas au moins une traduction simultanee... on se rappelera la
panade dans laquelle ca a mis les organisateurs de congres internationaux en
France (ou alors il aurait fallu que l'Etat prenne le consequent surcout a sa
charge !)
> Il incite à publier en fonction des «facteurs d'impact»,
esperer qu'il y ait des lecteurs a nos soumissions scientifiques vous parait
donc choquant ?
Mieux vaut supprimer les revues sans lecteurs que les multiplier ! Et mieux
vaut brasser et elargir leur public que de les ghettoiser !
Rappelons que le nombre moyen de lecteur par papier est deja ridiculement bas,
que l'impact de la France est deja parfois tres discret; faudrait-il
restreindre encore un peu plus ?
> ne permet plus à la recherche française d'être perçue
> comme un pôle important de création de savoir scientifique.
parceque devenir illisible d'autruit nous rendrait plus visible ?
> L'utilisation exclusive d'une langue étrangère sépare en outre les
> chercheurs scientifiques de l'ensemble de leurs concitoyens qui pourtant
> les rémunèrent et les équipent, et décourage les pays de la francophonie
> de continuer à pratiquer le français.
C'est vraiment un argument de mauvaise foi:
oui, il faut disposer en francais d'ouvrages universitaires, d'ouvrages et
articles de vulgarisation (de pref pas juste des traductions).
Et il faut que l'information sur web soit disponible en version Francaise, il
n'y a aucune raison que les pages web en France ne soient pas aussi dispo en
francais.
Mais imaginer que le citoyen va lire les articles scientifiques eux-meme,
alors que c'est deja difficile quand on est un scientifique de la discipline
voisine, est vraiment absurde. Par ailleurs de nos jour un citoyen cultive' a
de fortes chances d'etre capable de lire en anglais, et c'est moins la langue
que la technicite' qui fera vraisemblablement barrage !
> La compétence en anglais est
> devenue un moyen de discrimination sociale.
savoir lire, ecrire et compter egalement. Des lors, faut-il alphabetiser, ou
interdire l'alphabet sous pretexte de risque de discrimination ?
> Les Français perdent ainsi
> peu à peu l'habitude de discuter entre eux, perte qui ne peut que
> réduire la créativité scientifique et technique
vraiment n'importe quoi ! quel rapport avec la langue utilisee dans les
articles scientifiques ?
Je me refuse a croire que cette phrase absurde puisse venir des laureats
signataires de ce pamphlet.
> Une expression scientifique en langue française est pourtant nécessaire
> pour que la jeunesse garde le goût des sciences et assure l'avenir,
a nouveau, il y a ici un almalgame - dont j'ai du mal a croire qu'il n'est pas
volontaire - entre articles scientifiques et ouvrages de vulgarisation.
> puisque l'éducation est désormais la meilleure ressource d'un peuple.
> Elle est, par conséquent, nécessaire pour financer la recherche à
> l'avenir
merci de detailler le "par consequent".
> L'usage de l'anglais dans la recherche est un fait incontestable, mais
> l'exclusivité consentie à l'anglais en France nuit à la position
> internationale de la France, ébranle sa cohésion sociale et affaiblit sa
> vitalité intellectuelle.
merci de demontrer ces 3 affirmations, que je conteste toutes 3.
( l'anglais scientifique responsable de la decohesion sociale, on aura tout
entendu ! )
> faut-il bannir le français de la
> science, ou faut-il maintenir, à côté de la communication en anglais,
> une communication scientifique en français, dûment considérée dans les
> évaluations des carrières des chercheurs ?
Primo, discipline par discipline, un choix s'est fait. Visiblement vous pensez
ici avant tout aux sciences dures.
Secondo, on denonce deja le "publish or perish" qui nous fait perdre trop de
temps a rediger plutot qu'a faire la recherche. Faut il alors multiplier les
articles par deux ? faute de temps, et aussi surtout faute de moyens
financiers pour aller presenter a 2 fois plus de confs, et assister a autant,
l'arbitrage devient immediatement "dois-je aller discuter sur la place de mon
village gaulois, ou dois-je aller presenter mes recherches et m'informer de
celle des autres la ou se trouve le barycentre de l'activite' de ma discipline
?". Le risque est grand que par facilite' et par economie, nous ne sortions
alors plus du village (au nom de la "stature internationale de la France", en
plus ! quel humour ! quel derision ! )
Comme j'avais deja repondu a Pour la Science a l'epoque, non seulement ces
idees sont totalement a cote' de la plaque, mais en plus elles sont
veritablement dangereuses, quasiment un appel au repli sur soi et a la
mediocrite'. Comme telles, elles doivent etre vigoureusement combattues.
--
Fabrice NEYRET
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equipe EVASION, laboratoire GRAVIR/IMAG (CNRS,INPG,INRIA,UJF)
http://www-evasion.imag.fr/Membres/Fabrice.Neyret/index.html
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