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"Peut-on apprendre à vivre par des livres?"

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alouqua.ea

unread,
Dec 11, 2002, 1:41:15 PM12/11/02
to
J'ai un essai à faire sur le problème "Peut-on apprendre à vivre par des
livres?", en s'appuyant sur le texte ci-dessous (auteur inconnu
malheureusement).
Je pensais également m'aider du texte de Michel Tournier dans "Petites
proses", à propos de l'édition en alphabet braille de "Vendredi ou la vie
sauvage" : Quand les mains savent lire.
Je trouve déjà le sujet quelque peu ambigu : il me semble que vivre part
d'un constat (je suis là et j'existe comme existe cet arbre ou cet animal)
et ne nécessite donc pas un apprentissage... à moins que "apprendre à vivre"
ne signifie apprendre à survivre et à connaître les conditions de son
bien-être. Abondez-vous également dans ce sens?
Dans ce cas un autre paradoxe est soulevé : un enfant peut-il apprendre seul
à lire? (ce que je ne crois sincèrement pas) Ce fameux apprentissage exige
alors un contact avec les autres, une transmission du savoir de "père en
fils" ou par le biais d'une école.
Peut on également garantir la validité des expériences dont l'auteur veut
faire profiter, sont-elles aussi fructueuses que de véritables expériences
personnelles?
Merci de bien vouloir me répondre et éventuellement me donner quelques
petites idées sur ce sujet délicat et ambigu.


Enfant, adolescente, la lecture était non seulement mon divertissement
favori mais la clé qui m'ouvrait le monde. Elle m'annonçait mon avenir :
m'identifiant à des héroïnes de roman, je pressentais à travers elles mon
destin. Dans les moments ingrats de ma jeunesse elle m'a sauvée de la
solitude. Plus tard, elle m'a servi à étendre mes connaissances, à
multiplier mes expériences, à mieux comprendre ma condition d'être humain et
le sens de mon travail d'écrivain.
La joie de lire : elle ne s'est pas émoussée. Je suis toujours émerveillée
par la métamorphose des petits signes noirs en un mot qui me jette dans le
monde, qui précipite le monde entre mes quatre murs. Le texte le plus ingrat
suffit à provoquer ce miracle. « J.F. 30 ans, sténo-dactylo exp. ch. travail
trois jours par semaine. » Je suis des yeux cette petite annonce et la
France se peuple de machines à écrire et de jeunes chômeuses. Je sais: le
thaumaturge', c'est moi. Si devant les lignes imprimées je demeure inerte,
elles se taisent ; pour qu'elles s'animent, il faut que je leur donne un
sens et que ma liberté leur prête sa propre temporalité retenant le passé et
le dépassant vers l'avenir. Mais comme au cours de cette opération je
m'escamote, elle me semble magique. Par moments, j'ai conscience que je
collabore avec l'auteur pour faire exister la page que je déchiffre : il me
plaît de contribuer à créer l'objet dont j'ai la jouissance. Celle-ci se
refuse à l'écrivain : même quand il se relit, la phrase née de sa plume se
dérobe à lui. Le lecteur est plus favorisé : il est actif et cependant le
livre le comble de ses richesses imprévues. La peinture, la musique
suscitent en moi, pour la même raison, des joies analogues ; mais les
données sensibles y jouent un rôle immédiat plus important. En ces domaines,
je n' ai pas à effectuer le surprenant passage du signe au sens qui
déconcerte l'enfant quand il commence à épeler des mots et qui n'a pas cessé
de m'enchanter.
[...] Cependant, je ne lis pas n'importe quoi. À moins de me situer dans une
perspective sociologique ou linguistique, la page des petites annonces ne me
retiendra pas. Quelles conditions faut-il pour qu'aujourd'hui un texte me
prenne ?
Il y en a de bien des espèces et les bénéfices que j'en retire sont très
divers. En certains cas, je parcours l'ouvrage sans abandonner ma place au
centre de mon propre univers dont je me borne à combler les lacunes. Lorsque
je referme le volume, je me trouve avoir acquis certaines connaissances. À
cette lecture informative s'oppose la lecture communication. L'auteur ne
prétend pas alors me livrer un savoir mais transmettre à travers son ouvre
le sens vécu de son être dans le monde. Son expérience existentielle est
irréductible à ces concepts ou à des notions : elle ne m'instruit pas. Mais
le temps d'une lecture, je vis dans la peau d'un autre. Ma vision de la
condition humaine, du monde, de la situation que j'y occupe peut en être
profondément modifiée. Il y a un critère assez net qui distingue ces deux
catégories de livres. Le document informatif, je peux le résumer dans mon
propre langage, livrant ainsi à un tiers un savoir universel ; dans une
ouvre littéraire, le langage est un jeu, car c'est par lui que l'expérience
vécue est donnée dans sa singularité : on ne saurait la communiquer avec
d'autres mots. C'est pourquoi le texte imprimé sur la jaquette d'un bon
roman et qui prétend le résumer le trahit toujours ; c'est pour cela aussi
qu'un écrivain est si embarrassé quand on l'interroge sur un travail en
cours : il ne peut pas faire connaître ce qui est par définition un
non-savoir.

Zeck

unread,
Dec 11, 2002, 4:30:45 PM12/11/02
to
1. Le texte en question est de Simone de Beauvoir.

2.C'est jouer un peu trop sur la polysémie du mot vivre en le prenant
uniquement dans son sens biologique.
peut-elle serait-il intéressant d'opposer la connaissance livresque à
l'action ( cf la littérature "héroîque" de l'Entre-deux-guerres: Malraux,
Montherlant, Drieu la Rochelle qui tous privilégient l'action comme accès
à la vriae vive Et de réfléchir aussi sur la vie intérieure, contemplative
qui peut sembler plus libre et plus authentique car dégagée des
contingences (cf Proust par exemple).

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