[Bavardages Berlinois] Le palais des monstres et les chaussures des dieux

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Flo

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Sep 27, 2014, 4:42:17 PM9/27/14
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A partir de ce dimanche soir, la salle qui abrite l'autel de Pergame, dans le musée du même nom, ferme pour restauration, et ce pour une durée d'au moins cinq ans.

J'avais visité le musée de Pergame lors de mes deux précédentes visites de Berlin (en 1998 et 2004...), donc je préférais me consacrer à la découverte de nouveaux lieux. Sauf que le Wiko nous a proposé d'y aller, en compagnie du Recteur de l'institution, Luca Giuliani, un spécialiste de l'archéologie gréco-romaine. Une telle offre ne se refuse pas. D'autant que nous avons découvert que Luca Giuliani non seulement a une connaissance encyclopédique de l'autel, mais qu'il prend plaisir à partager son enthousiasme pour cette oeuvre.

L'autel de Pergame fut (re)découvert au XIXe siècle, par un ingénieur allemand chargé de la construction de routes près de Pergame (aujourd'hui en Turquie). Les restes de l'autels furent apportés à Berlin (parce qu'à l'époque on n'hésitait pas à déposséder un pays de ses trésors archéologiques, aussi imposants fussent-ils).
L'autel est monumental, et bien que la pièce l'accueillant aujourd'hui soit grande, elle ne peut le contenir entièrement. L'escalier est reconstitué, et donne une idée de la taille de l'ensemble. Sauf que l'autel est présenté comme une "chaussette retournée" (dixit notre guide) : la frise de l'estrade (que vous voyez sous les colonnes, à gauche et à droite), elle, est présentée sur les murs du bâtiment qui abrite l'autel. La frise qui se trouve derrière de photographe (que vous ne voyez donc pas) se trouvait au dos de l'autel, au-delà du mur qui nous fait face. Le problème de cette présentation, c'est qu'il est difficile de se représenter la frise sur l'autel... et qu'on peut même passer à côté, alors que c'est la partie la plus intéressante de l'autel.

L'autel de Pergame (c) Wikipedia
(pas assez de recul avec mon petit appareil photo !) 

Sur cette reconstitution, vous pouvez avoir une idée de l'ensemble : (lien si la vidéo ne s'affiche pas, l'autel est vers 1:00).
L'autel, à l'origine, c'est la table sur laquelle on sacrifie les animaux pendant le culte (des boeufs et vaches, ici), et où l'on cuit la viande. Pour protéger la table du vent, on l'entoure de rebords sur trois côtés (vous les voyez sur la reconstitution 3D) ; puis, on va au fur et à mesure construire tout un bâtiment autour de cette table, qu'on va ainsi aussi surélever... et on finit par métonymie par appeler "autel" tout le bâtiment.


Je vais donc vous parler de la frise, puisque la description de ses différents panneaux nous a occupés pendant plus de 90 minutes. La frise représente une gigantomachie, le combat des dieux olympiens contre les géants.

Zeus

Commençons par le dos de l'autel, de l'autre côté de l'escalier, et avec Zeus, en train de vaincre trois géants. De sa main droite (à gauche sur la photo), il s'apprête à lancer la foudre ; de la main gauche (à droite), il tient l'égide, cette arme recouverte de peau, et qu'il agite pour créer le tonnerre. Le géant à sa droite (donc à gauche sur la photo) est à terre, la cuisse transpercée par la foudre (cliquez sur la photo pour l'agrandir ; pardon c'est un peu flou, mais je n'ai pas les mêmes moyens que les gens du musée qui prenaient aussi la frise en photo à ce moment !).  Le géant tout à droite a des serpents en guise de pieds ; il tente vainement de se défendre avec un bouclier lui aussi fait de la peau d'une bête.

Zeus

Sur la gauche de la photo, vous pouvez aussi lire le mot Herakles (en haut et en rouge pour l'inscription d'époque, en bas pour celle du musée) : le demi-dieu participe en effet aussi à la bataille.... Mais où est-il ? J'ai zoomé pour vous permettre de le retrouver :

Héraklès (Hercule) was here

... En haut et à gauche de la tête du géant, le coin de pierre en haut à gauche du bloc, vous pouvez deviner l'intérieur d'une patte de lion... C'est un bout de la peau de lion que porte Héraklès, et c'est le seul vestige de sa présence sur la frise.

Athena

Toute proche de Zeus, se tient Athena, se battant contre un géant ailé (à sa droite, à votre gauche), aidée d'un serpent (mordant la poitrine du géant). Vous voyez ainsi que les serpents sont présents dans les deux camps ; celui qui accompagne Athena est aussi représenté à Athènes. Pergame, montrait son respect pour Athènes, en adopte les symboles.
A droite se tient Nikè, déesse ailée (mais les plumes de ses ailes ont un aspect différent de celles du géant) de la victoire. Au sol, un personnage féminin imposant, portant une corne d'abondance, semble implorer le pardon ; si vous regardez de plus près, vous pouvez déchiffrer l'inscription "ΓH" à côté de sa tête : c'est Gaïa, la Terre (, arrière-grand-mère d'Athena), et mère des géants que les olympiens combattent.

Athena et Nikè

Les détails

Et nous avons continué à découvrir ainsi les secrets de la frise... et ça prend beaucoup plus de temps à taper que je pensais ! Je vais donc aller un peu plus vite, et vous montrer quelques détails intéressants ou amusants... ou aussi étonnants, comme le lance-flammes de la déesse Leto :

Leto

Ou bien le problème de la jonction des corps des créatures chimériques, comme sur ces mi-hommes mi-hippocampes, dont la peau se change peu à peu en nageoires-branchies délicates, pour laisser place aux écailles :

Entre poisson et homme

Ou encore la représentation de l'intérieur de la gueule d'un monstre :

Le palais d'un monstre en train d'être attaqué par un serpent,
dont on voit la tête par dessous.

Ou encore le problème d'identification d'un personnage (dieu ou géant),

La créature (torse) à gauche du géant-taureau,
est-il homme ou dieu ?
résolu par l'observation de sa pilosité (les géants ont des poils sur la poitrine ou aux aisselles ; les dieux, non),

Et enfin, le raffinement et le niveau de détail de la frise, dont tous les dieux portent des chaussures différentes et aux détails délicats :

Les chaussures d'Artemis
(2e chaussure d'Artemis)


Bref, beaucoup à dire, beaucoup à observer, et encore beaucoup à découvrir sur cette frise impressionnante... (et autant vous dire que j'étais complètement passée à côté de tout cela lors de mes précédentes visites). Mais le plus intéressant, c'était probablement la passion de Luca Giuliani pour cette frise, son attention au détail (les chaussures !!), et son envie de transmettre sa passion.

Pendant la visite
(on avait des écouteurs sans fils).





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Envoyé par Flo dans Bavardages Berlinois le 9/27/2014 10:42:00 PM
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