Il y a deux professeurs français de littérature comparée,
Françoise et
William, parmi les
fellows du Wiko, cette année. William a donné il y a deux semaines son "
Dienstag Kolloquium" (conférence du mardi, exercice auquel tous les Fellows qui sont là pour l'année doivent se soumettre), dont le titre était "Qu'est-ce que la littérature ? Qu'est-ce que la tragédie grecque ?" (vastes questions n'est-ce pas !). J'ai alors décidé de profiter honteusement de son érudition pour lui demander des conseils de lecture. Il m'a recommandé de lire
La télévision de Jean-Philippe Toussaint. Les bibliothécaires du Wiko sont d'une efficacité époustouflante ; deux jours plus tard, le livre était entre mes mains.
Ce que William avait oublié, c'est que l'action se passe à Berlin, et plus précisément dans le quartier de Grunewald/Halensee, où se situe le Wiko. Mais surtout... que le narrateur y raconte être à Berlin pour mener des recherches sur Titien, et qu'il a pour cela reçu une bourse... Oui, tout ceci semble bien familier ! Même si le Wiko n'y est jamais nommé, c'est bien à lui que Toussaint fait allusion (un
article du FAZ me confirme que Toussaint a fait un bref séjour au Wiko). Certains lieux sont inventés (tout du moins, je n'ai pas réussi à trouver la Arnheimplatz qu'il évoque), mais je situe la plupart des autres endroits dans lesquels Toussaint place l'action de son livre (le lac de Halensee, le café Einstein, Ku'Damm...). Au-delà de cette amusante coincidence, j'ai bien aimé ce livre ; je ne vais donc pas vous en dire plus, et je vous laisserai le découvrir par vous-même si vous le souhaitez (
et il me semble l'avoir vu sur les étagères des rue Pierre Larousse et de l'Ouest) !
Mais je ne résiste pas à l'envie de partager une phrase avec vous. Quand j'étais au lycée, je relevais dans les livres que je lisais des petites perles de sagesse ; voici la phrase qui a particulièrement retenu mon attention dans le livre :
Car il me semble que, si l'on peut être péremptoire dans l'admiration, il faut rester modeste dans le dénigrement.
J-P Toussaint, La télévision, p224
Le titre de cette note est au pluriel, et c'est parce que la conférence de cette semaine était aussi dans le domaine de la littérature, et plus précisément de la littérature en action. Le Wiko accueille chaque année des artistes (l'année où mon pote Alex était fellow,
Alfred Brendel était là aussi...). C'est ainsi que
Sibylle Lewitscharoff est l'une des nôtres. Elle est encore relativement peu traduite en français (quatre de ses romans sont traduits, et malheureusement, il paraît que les traductions ne sont pas très bonnes... un cinquième roman est en cours de traduction). En Allemagne, c'elle est une star : elle a reçu l'an dernier le
Prix Georg Büchner, le plus prestigieux prix littéraire de ce côté du Rhin. Sibylle est une personne très directe et franche, qui n'hésite pas à exprimer ses opinions, même quand celles-ci ne sont pas politiquement correctes ; Le Monde des Livres lui a consacré un
article l'été dernier (il faut être abonné pour lire l'article en entier, mais grâce à mon amie Chloé vous pouvez en trouver une version pdf en suivant
ce lien).
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La Pentecôte (source Wikipedia) |
Mardi, Sibylle nous a lu un extrait -- en allemand, mais on nous avait distribué une traduction en anglais -- du premier chapitre du livre qu'elle est en train d'écrire. Une heure de lecture en allemand (suivie d'une heure de questions-réponses en allemand aussi), ça peut paraître rude, mais Sibylle est une lectrice, ou même plutôt une conteuse, exceptionnelle. Son auteur préféré est Kafka : elle aime sa manière de mêler l'extraordinaire au quotidien, et comme lui, elle aime décrire des situations fantastiques, invraisemblables. Son nouveau roman s'appelle (pour le moment)
Pfingstwunder / Dante (miracle de Pentecôte / Dante) : elle y raconte comment des chercheurs, réunis lors d'un congrès sur Dante à Rome, se mettent à parler en langue, puis disparaissent inexplicablement, ne laissant derrière eux qu'un collègue, le narrateur, chargé de raconter la scène...
J'ai demandé à la bibliothèque son premier roman,
Pong, mais mon allemand n'est pas encore assez bon pour vraiment comprendre ce que je lis... et c'est très frustrant, parce que l'aperçu de son style que nous avons eu mardi m'a donné envie de pouvoir la lire... Alors je n'ai plus qu'à espérer que son nouveau traducteur français soit à la hauteur !
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Envoyé par Flo dans
Bavardages Berlinois le 10/30/2014 05:34:00 PM