Flamme wrote on 5/03/2012 :
>
> Tout ça n'est pas très libéral, et je sens déjà les feux de la critique se
> braquer sur moi...
Critique, certainement pas. Mais on peut discuter ! Personellement, je
ressens l'émotion du cheminot qui, par le passé, a participé activement
à la conception des matériels roulants utilisés par son réseau, mais
qui, aujourd'hui, se voit réduit à devoir choisir le prochain modèle
sur catalogue...
Cela ne se produit d'ailleurs pas que dans le domaine du matériel
roulant. Il fut un temps où le chemin de fer fabriquait absolument
tout ce dont il avait besoin, ou presque, achetant seulement les
matières de base. A la SNCB, cette culture du "fait maison" était très
développée... Souvenez-vous :
- on achète du bois mais on fait soi-même ses traverses (AC Wondelgem,
créosotage - ça existe encore ?)
- on achète sable et ciment en volume et on fabrique soi-même des
traverses en béton (avec des tubes à fumées récupérées sur des
locos vapeur ferraillées, authentique), des bordures de quai, etc
(AC Roulers - ça existe encore ?)
- On achète du rail et on fabrique soi même ses appareils de voie
(Bascoup, encore aujourd'hui)
- on fait les plans et fabrique soi-même, à partir de cables et de
relais, les cabines de signalisation (AC Etterbeek, fermé)
- On fabrique soi-même son matériel roulant (voitures K3, voitures M3,
AM 1962, locos série 92, AR série 40, et j'en oublie surement,
notamment d'innombrables wagons de marchandises fabriqués à Cuesmes
et à Gentbrugge) ou on le transforme/rénove lourdement
Etait-ce bien la mission de la SNCB de faire tout ça elle-même ?
Et si ça l'était, à une certaine époque, l'est-ce encore aujourd'hui ?
Trois exemples : la SNCB possède son propre réseau téléphonique,
dites-moi pourquoi ? Sécurité ? Les NS ont toujours uniquement
fonctionné uniquement avec le réseau des PTT néerlandais... La SNCB
faisait ses propres cabines de signalisation, pourquoi ? Sécurité ? La
DB a toujours commandé ses cabines de signalisation "clés en main" à
l'industrie... La SNCB fabrique ses propres aiguillages, pourquoi ?
CFL les achète tout faits, ils sont moins bons que les nôtres ? Je
crois plutôt que c'est le contraire...
Aujourd'hui, bien des produits deviennent trop sophistiqués pour
continuer à suivre ce schéma : il faut des bureaux d'étude que la
SNCB ne peut plus se payer, et des séries énormes pour rentabiliser
les investissements en études. C'est pour ça que je dis que ACEC/BN,
qui n'a quand même jamais vendu des milliers de locos hors de Belgique,
n'aurait jamais pu venir avec une machine comme la HLE18. Attention,
je ne dis pas qu'il nous ont vendu de la merde ! Mais de là à citer
l'exemple des HLE20, quand même ! Aujourd'hui, une telle machine serait
considérée comme un bon prototype, sans plus, et telle quelle, serait
totalement invendable.
Et il y a aussi des aspects sociaux à tout cela : est-ce vraiment
normal
de nos jours que quelqu'un qui fabrique des aiguillages ait un statut
de fonctionnaire ? Est-ce que les 37000 (je ne suis pas sur de
l'exactitude, mais peu importe) cheminots que compte la SNCB
aujourd'hui
- et qui sont à mon avis beaucoup trop pour faire tourner un réseau de
3000 km - ne sont pas une conséquence difficile à gérer de cette
ancienne situation où la SNCB voulait tout faire elle-même ?
Cette politique a aussi des limites, voir par exemple la filiale
Syntigo qui a du être créée pour fournir à la SNCB certaines solutions
informatiques qu'on ne voulait pas acheter à l'extérieur - toujours
le même syndrôme - mais que la SNCB ne pouvait pas faire en interne
parce que ses bârèmes étaient trop bas pour payer des informaticiens...
Etait-ce bien nécessaire ? C'est né avec l'apparition du réseau de
fibres optiques. N'aurait il pas été moins couteux de faire construire
et gérer ce réseau par une firme spécialisée comme Colt ou BT ?
Je termine cette (trop longue? dites le moi!) intervention en précisant
que ceci n'est pas écrit dans le but de promouvoir les nouvelles
tendances néo-libérales, que je ne partage absolument pas, mais
simplement parce que ça s'inscrit dans l'évolution naturelle de notre
société actuelle, en tout cas c'est ce que je pense...
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Marc Van Dyck