Fermeture CMS Montreuil... de la lumière pour sortir de la démagogie...

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lino ferreira

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Jan 5, 2011, 6:51:33 AM1/5/11
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> Montreuil : la fermeture du CMS Voltaire en questions.

Par Patrick Petitjean


> Annoncée il y a presque deux ans déjà, la fermeture du Centre Municipal de Santé (CMS) Voltaire à Montreuil est devenue effective le 11 décembre. Elle a donné lieu à une débauche de commentaires définitifs et de libelles vengeurs accusant la municipalité verte de participer à la « casse du secteur public de santé », en appliquant la politique antipopulaire de Sarkozy et Bachelot en matière de santé. Le billet que Michel Soudais (Politis) y consacre le 23 décembre n’y échappe pas complètement. Retour sur un dossier politiquement instrumentalisé par la palette des oppositions municipales.


> Les CMS, éléments identitaires d’une société disparue
> Comme le rappelle opportunément Michel Soudais dans son article (reproduit à la fin de mon billet), les Centres Municipaux de Santé ‘CMS) sont une invention phare du communisme municipal des années 1930, qui ont joué un rôle déterminant pour l’offre publique de soins en direction des couches populaires.
> A Montreuil, nous en avions cinq : trois dans le Bas Montreuil (Voltaire et Bobillot et Savattero), deux dans le Haut Montreuil (Léo-Lagrange au Nord, Daniel Renoult à l’Est). Les deux tiers des habitants de la ville sont dans le Haut Montreuil. Chacun des CMS a, en plus de la médecine générale, des spécialisations différentes, forcément en nombre limité. Si le CMS Voltaire a fermé le 11 décembre, un nouveau CMS ouvrira en mars 2011 dans le Haut Montreuil (quartier des Grands Pêchers, un des plus touchés par la désertification médicale). Il y aura toujours cinq CMS.
> Partout, les CMS sont en difficultés depuis de nombreuses années : coût des nouvelles technologies médicales, vieillissement des professions médicales, changement des comportements en matière de santé. Partout, ils ont développé des partenariats avec d’autres acteurs médicaux, fussent libéraux. La « société communiste » elle-même ne pouvait se contenter de l’offre de soins des CMS et de l’hôpital public. Elle a de plus, maintenant, largement perdu ses bases sociologiques. La place des CMS dans l’imaginaire et dans la mémoire des militants de la gauche traditionnelle, à Montreuil comme ailleurs, n’est sans doute plus celle de la majorité de leurs patients actuels.
> Les villes passées à droite ont tendance à les fermer au bénéfice de la médecine libérale, mais pas toutes : une offre municipale de santé est un moyen de lutte contre la désertification médicale de certaines banlieues ou provinces. Les villes de gauche essaient en général de les faire évoluer, rarement de les faire disparaître. Ces centres vétustes sont remplacés par des nouveaux, comme le décrit Michel Soudais.
> Les CMS restent un service public indispensable et irremplaçable, surtout dans le contexte de précarisation d’une partie des habitants et de mise en cause de la fonction de l’hôpital public par la loi « hôpital, patient, santé, territoire », dite loi « Bachelot ».
> Mais quelle mouche a donc piqué la municipalité de Montreuil de vouloir fermer un CMS ?>

Une longue histoire : la fermeture annoncée du CMS Voltaire

> Depuis la fin des années 1990, le CMS Voltaire apparaissait comme vétuste et inadapté. L’alternative « modernisation ou fermeture » était déjà posée, mais l’ancienne municipalité avait refusé de choisir une première fois avant 2000, Claire Pessin Garric, alors adjointe à la santé, s’y étant fermement opposée. C’était le plus vétuste, mais aussi le plus fréquenté et le plus identitaire de la ville.
> En 2005, un rapport du médecin directrice des CMS montreuillois préconisa le transfert des plateaux techniques de Voltaire vers les deux autres CMS du Bas Montreuil, vu la difficulté de moderniser celui de Voltaire. Mais la municipalité de l’époque choisit (en 2006) de laisser les choses en l’état, par crainte des réactions et en raison des coûts financiers : ne pas fermer, tout en refusant de rénover ou d’investir dans les autres CMS pour le transfert. L’opération « Cœur de Ville » mobilisait alors les investissements.
> Dix ans après les premières discussions sur la fermeture, les mêmes raisons, aggravées par le temps passé, qui avaient conduit à envisager la fermeture de Voltaire, sont toujours là : trop vétuste pour permettre une remise aux normes en vigueur à un coût raisonnable, site inadapté pour recevoir des personnes à mobilité réduite, bâtiment qui n’est pas propriété de la ville (le propriétaire, c’est l’évêché, qui ne veut pas financer les travaux). Mais en 10 ans, les normes sont devenues plus strictes encore. Le « ni modernisation, ni fermeture » a évidemment conduit à la poursuite du déclin des services rendus aux habitants par ce CMS.>

Une approche globale de l’offre de soins

> La nouvelle municipalité a donc décidé de prendre le problème différemment, plus globalement, et de se poser la question : où mettre des investissements en santé publique pour qu’ils soient le plus utiles ?
> Sans attendre l’élaboration – en voie d’achèvement – d’un Plan Local de Santé Publique, la municipalité a travaillé, notamment, à la mise en œuvre d’un programme d’éducation à la santé pour les enfants ; à la création d’une « Maison médicale de garde » (hébergée dans les locaux du CMS Bobillot), pour accueillir des malades les dimanches et jours fériés sans passer par les urgences de l’Hôpital André-Grégoire ; à l’obtention de moyens financiers supplémentaires pour cet hôpital intercommunal, permettant la création d’un pôle mère-enfant et de nouveaux lits en médecine-chirurgie, puis, à l’horizon 2013, d’un pavillon pédiatrique et des dizaines de lits psychiatriques et pédopsychiatriques. C’est une politique globale de santé publique qui est en œuvre.
> Pour ce qui concerne le volet CMS de cette politique, le choix fait est celui de concentrer les efforts d’investissement dans l’ouverture d’un nouveau CMS aux Grands Pêchers, pour mieux équilibrer l’offre de soins dans la ville. Le choix est de mieux utiliser l’argent public, pour du neuf, et non de la réparation sans fin d’un bâtiment (Voltaire) n’appartenant pas à la ville. Les activités du CMS Voltaire ont été transférées au CMS Savattero, à quelques centaines de mètres de là, pour l’essentiel. Si le bâtiment est fermé, les activités du CMS Voltaire continuent dans les autres CMS. IL n’y a pas eu de suppression d’activités, ni de postes de personnel médical.
> Le CMS des Grands Pêchers ouvrira en mars 2011. Deux ans après, en 2013, le CMS Savatero (centre ville), lui aussi ancien et vétuste, sera entièrement reconstruit dans le cadre du nouveau quartier de la mairie, et les activités du CMS Bobillot (Bas Montreuil) seront diversifiées, notamment avec un développement de l’activité dentaire. Le CMS Daniel Renoult, dans un quartier où l’offre médicale est déficiente, verra ses activités renforcées, notamment en médecine générale
> Globalement, les CMS sont en développement sur la ville.
Difficile donc de prétendre que la fermeture du CMS Voltaire montre la volonté de la municipalité de mettre en cause les CMS.
> Les CMS restent au cœur de la politique municipale de santé, le moyen d’une politique de rééquilibrage de l’offre de soins entre les différents quartiers de Montreuil. D’autres aspects de cette politique sont développés dans un document téléchargeable à partir de la
page du site de la ville consacrée à la santé. La part du budget consacrée à la santé augmentera d’ailleurs de 12% en 2011. Il est donc tout à fait mensonger de prétendre que le CMS Voltaire a été fermé pour des raisons budgétaires., pour évoluer vers des « dispositifs moins onéreux » comme le soutient Michel Soudais au début de son billet.
> La perspective de fermeture du CMS Voltaire n’est pas récente, elle date de près de deux ans. C’est même contre ce qui n’était pas encore une décision définitive, mais une hypothèse privilégiée, que s’est constituée une Association de défense des CMS de Montreuil.
> Depuis deux ans, la fermeture de Voltaire a été abordée à plusieurs reprises au conseil municipal, à l’occasion de questions orales, de délibérations connexes, ou d’une discussion avec cette association. Aucune surprise donc.> L’offre médicale ne diminue pas dans le Bas Montreuil
> Un des arguments entendus à propos de la fermeture du CMS Voltaire est la baisse que cela provoquerait dans l’offre médicale dans le Bas Montreuil.
> Le CMS Savattero, où ont été transférés les dossiers des patients de l’ex-CMS Voltaire se situe à la Croix de Chavaux, une station de métro plus loin, toujours dans le Bas Montreuil, à quelques centaines de mètres. Moins de proximité immédiate sans doute, mais n’étaient d’ailleurs plus assurées à Voltaire, chaque semaine, que 26h de médecine générale, 16,5h de spécialistes et 52h de soins infirmiers.
> Aucun patient n’a perdu son médecin traitant, tous ont été informés par lettre du changement de localisation. Au préalable, tous les habitants du quartier avaient eu dans leur boîte aux lettres un document les informant des raisons de la fermeture, et présentant la variété des offres de soins sur leur quartier. On ne peut donc dire que le CMS a été fermé « précipitamment au public », comme l’écrit Michel Soudais.
> Je suis passé devant le CMS fermé le samedi matin, au moment de la manifestation, et 2 personnes étaient venues pour consulter à Voltaire. Il est inévitable que des habitants n’aient pas reçu, ou « intégré », l’information : courrier non reçu, papier non compris, etc. Mais sans doute est-ce un point faible de la fermeture, la sous-estimation du besoins d’un accompagnement moins administratif, et l’oubli d’un accueil sur place les premiers jours pour pour rediriger les personnes. Pour les patients « à dossier’, un suivi est assuré, pour que cette transition se passe le mieux possible, même s’il est souvent douloureux de devoir changer ses habitudes.
> La situation de l’offre médicale n’est, de plus, pas la même que lors de la décision de non-fermeture de 2006. L’offre de soins s’est accrue dans le Bas Montreuil, avec l’ouverture en 2007 de Média , un centre médical associatif, sans but lucratif. Son offre de soins est complémentaire de celle des CMS. Il est des spécialités où les patients y étaient plus vite accueillis qu’à Voltaire. Ce centre de santé garantit les mêmes droits aux soins (tiers payant, AME, CMU…), notamment aux personnes en difficultés.
> Comme de nombreuses associations, il remplit des missions de service public sans être un organisme public. Il a accueilli, sur une année 2009/2010, 20 000 patients de Montreuil. Il coopère déjà avec les CMS Bobillot et Daniel Renoult. Son taux d’accueil de patients relevant de la CMU ou de l’AME est supérieur à ceux des CMS de la ville.
> Le président de l’association Média, qui a pu s’exprimer lors du Conseil municipal du 16 décembre, est par ailleurs Président de la Fédération nationale des centres de santé, dont la majorité des adhérents est constituée de centres municipaux. Média ne remplace pas le CMS Voltaire, ses missions ne sont pas de couvrir un territoire (la proximité), les rapports aux patients sont différents. Le travail des médecins municipaux est sans doute plus personnalisé, plus en profondeur, pour les généralistes. Mais il n’y a pas de raison d’opposer les uns aux autres, et la présence de Média à 100m de l’ex-CMS Voltaire contribue à développer l’offre de soins dans le Bas Montreuil.> Manifestations contre la fermeture du CMS Voltaire
> Occupation d’un bâtiment public par les élus minoritaires le vendredi 10 décembre (avec duvets et foie gras, selon la presse) ; manifestation d’une bonne cinquantaine de personnes le samedi 11 à l’appel du Comité de défense des CMS, de 8 partis (PC, PS, Fédération, NPA, POI, PG, PGC, GC) et de 4 unions locales (CGT, CFDT, FO, FSU) ;> (les 3 photos sont de la manifestation du samedi matin)>
tentative (NPA et Parti de Gauche) d’empêcher la maire de parler lors de l’inauguration de la nouvelle halle du marché de la Croix de Chavaux le dimanche 12 ; boycott du Conseil municipal du 16 décembre pour protester contre l’inscription en dernière minute d’un débat sur les CMS à l’ordre du jour : les minorités municipales, dans un bel ensemble, n’ont pas lésiné sur les moyens pour manifester leur opposition à la fermeture du CMS Voltaire. Le groupe communiste (Fédération et PC) ne s’est pas joint au boycott ; non plus que le non-inscrit présent (l’ex-maire).
> Prétexte avancé pour ce boycott : la municipalité avait décidé de scinder la séance en deux, pour ne pas la terminer à 4h du matin, et de reporter le vote du budget à début janvier. L’association de défense des CMS, ainsi que les partis politiques opposés à la fermeture de Voltaire avait annoncé une manifestation lors de ce conseil municipal. La municipalité a donc proposé de débattre avec eux lors d’une suspension de séance en début de conseil. Les élus minoritaires avaient demandé un tel débat quelques jours avant le Conseil municipal, lors de la conférence des présidents de groupe, ce que la municipalité avait alors refusé, l’ordre du jour étant déjà trop chargé. Entre temps, occupation, manifestation, et appel à venir au Conseil, l’ont convaincue d’accepter le débat. Mais les élus d’opposition semblent alors avoir été pris à contre pied, ne se jugeant pas préparés pour un tel débat, n’ayant été prévenus qu’en milieu de journée de ce débat. Préparés pour occuper un bâtiment public, mais pas pour un débat public ? Avec un projet de fermeture déjà débattu à plusieurs reprises au Conseil ? On croit rêver.
> > On ne peut pas dire que ces manifestations aient beaucoup mobilisé les habitants. Le Comité de défense avait recueilli de nombreuses signatures au bas d’une pétition expliquant que la fermeture de Voltaire mettait en danger la santé des habitants : qui peut refuser de signer un tel argumentaire ? Malgré le nombre d’organisations appelantes, la manifestation du samedi 11 au matin n’a pas dépassé le milieu militant (venu de toute la ville). Les patients étaient rarissimes, voire absents.> (photo PCF de Montreuil)>
Quand on mène un mauvais combat, on sombre parfois dans des argumentaires excessifs qui le décrédibilisent. Ainsi la représentante du comité de défense expliquant lors du conseil municipal du 16 décembre que « 3 000 patients étaient dans la nature ».
> Ainsi du Docteur Bénédicte Piketti, médecin au CMS Voltaire, qui « fulmine », selon l’Huma du 21/12, en déniant la qualité de CMS à celui qui va ouvrir aux Grands Pêchers, puisqu’il n’y aura « ni cardiologie, ni rhumatologie, ni ophtalmologie », et en expliquant que, faute de transports, « les patients du centre Voltaire ne pourront pas se rendre » dans ce nouveau centre.
> Ainsi des attaques contre le centre Média, accusé d’être au bord de la faillite et d’accumuler des plaintes de patients, assimilé au secteur libéral en niant sa dimension associative et non lucrative.
> Les éléments de langage dans les tracts et communiqués de l’Association de défense ou des partis sont du même tonneau : la municipalité est accusée de mettre en œuvre la loi Bachelot et de procéder au dépeçage des CMS
> Dans la violence de ces réactions contre la fermeture, il faut aussi voir la dimension « affective » : la fermeture d’un CMS, fût-elle justifiée, est vécue comme la mise en cause d’une identité communiste devenue mythique. En réalité, ces réactions sont l’expression d’un conservatisme désespéré qui obscurcit les deux questions essentielles : Comment améliorer le service public de la santé à Montreuil ? Quel rôle les CMS peuvent y tenir ?
> La cantonale de mars 2011 en arrière fond
> Divisés en 4 groupes et 2 non-inscrits au conseil municipal, la pesanteur idéologique historique du brardisme a joué à plein dans cette affaire, les scotchant les uns aux autres. En passant, ont été manifestes les limites de l’émancipation des élus de la Fédération (ex-PCF) : que viennent-ils faire dans cette galère ?
> Dans cette agitation des élus minoritaires, ans doute aussi faut-il y voir la volonté d’occuper le créneau de l’opposition à la municipalité pour l’élection cantonale de mars prochain, et la surenchère entre les différents candidats de la gauche traditionnelle dans ce domaine. On a rarement vu une telle densité de candidats dans l’occupation nocturne du centre Voltaire le vendredi 10.> Mention spéciale à la « famille » socialiste et au NPA
> Le plus comique dans l’histoire est la « convergence dans la lutte » entre les faux amis socialistes, du PS officiel, de RSM (les amis de Manuel Martinez), exclus du PS en 2008, et des « socialistes en devenir » du Rassemblement de la gauche citoyenne (bradistes dissidents). Il faut dire que, contre l’avis de la section, Bartolone a donné l’investiture du PS au cantonnier sortant, qui se réclame donc du PS bien que toujours exclu.
> Les élus RSM avaient soutenu la fermeture de Voltaire jusqu’à leur départ de la majorité municipale au printemps dernier. Pas gênés, ils ont emboîté le pas de l’ensemble de l’opposition municipale. Ils ont été mal reçus quand certains d’entre eux ont voulu participer à l’occupation le vendredi soir, mais sont quand même revenus lors du rassemblement du samedi matin.
> Discrets le dimanche matin lors de l’action de militants du NPA et du Parti de Gauche (action qu’ils semblent cautionner sur leur blog), les élus de RSM y ont vu aussi une manifestation d’habitants contre « la hausse des impôts, l’interdiction du stationnement sous la halle (du marché), la non-concertation sur les écoles » (blog RSM du 12 décembre). On est dans la fiction pure et simple.
> Lors du conseil municipal du 16 décembre, ils ont expliqué qu’ils n’avaient pas eu le temps de préparer le débat et se sont contentés de demander le document de présentation des positions de la municipalité pour pouvoir l’étudier… Puis ils ont quitté la séance arguant de « l’autoritarisme » de la maire… ce qui est toujours ce qu’on dit quand on n’a rien à dire sur le fond. Il faut dire que leurs critiques contre l’ex-maire n’avaient que rarement porté sur le fond des politiques suivies, mais étaient davantage centrées sur sa personne et son comportement.
> Quant au NPA, grommelant contre le fait de se trouver aux côtés de militants brardistes hier infréquentables, il fut en pointe dans la violence des critiques : la fermeture de Voltaire « réduit drastiquement l’offre publique de soins sur la ville » ; elle est « un trou béant dans l’offre de santé publique sur le Bas Montreuil » ; le centre Média serait menacé de faillite ; etc. Entraînant le Parti de Gauche à sa suite, il a cherché à empêcher la maire de faire l’inauguration de la nouvelle halle du marché de la Croix de Chavaux. Dans le langage NPA, cela se dit « le NPA souhaitait interpeller la maire » et prendre la parole lors de l’inauguration. Dans la pratique, il s’agissait de scander des slogans au mégaphone le plus près possible de la maire pour couvrir son intervention. Cela ressemble davantage à de la violnce qu’aà l’usage d’une liberté d’expression. D’où bousculade avec les policiers municipaux (traités aimablement de chiens par le NPA) et des élus de la majorité. En partant, le NPA revendiquait cette action comme l’expression de « la lutte de classes » contre la municipalité. Sans rire. Et commentant le lendemain cette bousculade dans un communiqué, le NPA et le Parti de Gauche y ont vu « l’affolement d’une majorité aux abois, consciente du mécontentement qui grandit au sein de la population ». Toujours sans rire. Rendez-nous la LCR, qui gardait une certaine intelligence politique !



Quand les maires s’occupent de santé

Jeudi 23 Décembre 2010, Par Michel Soudais

À Montreuil, en Seine-Saint-Denis, un centre municipal de santé est menacé de fermeture. Et cet exemple n’est pas isolé, alors que ces établissements jouent un rôle social crucial.Inventés par les municipalités communistes de la banlieue rouge dans le courant des années 1930, les Centres municipaux de santé (CMS) n’ont plus à prouver leur utilité. La crise les rend encore plus indispensables pour les populations précaires, bénéficiaires de l’aide médicale d’État (AME), de la CMU ou salariés sans complémentaires, relégués en marge du système de soins. Mais la crise fragilise aussi les communes qui les financent. Elles sont parfois tentées de leur préférer des dispositifs moins onéreux, ce qui provoque parfois quelques remous.Ainsi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), où le 11 décembre près d’une centaine de personnes se sont rassemblées devant le CMS Voltaire, le plus ancien des cinq centres de la ville, pour refuser sa fermeture. Le centre a été fermé précipitamment au public la veille – des patients qui avaient rendez-vous ont ainsi trouvé porte close –, au grand dam des élus de la minorité municipale et d’une dizaine d’organisations de gauche, du PS au NPA, en passant par le Parti de gauche. La maire, Dominique Voynet (Europe-Écologie-Les Verts), y est accusée de « participer à la casse sans précédent du secteur public de santé » orchestrée par la récente loi Hôpital, patients, santé et territoires de Roselyne Bachelot. Les critiques portent autant sur la forme que sur le fond de la décision de fermeture.Il y a un an, la municipalité a décidé, sans concertation avec les usagers et les personnels, de fermer « Voltaire », situé dans le Bas-Montreuil, et d’ouvrir un nouveau centre à Bel-Air, un quartier du Haut-Montreuil « moins favorisé en termes d’accès aux soins ». La mairie plaide pour un « rééquilibrage territorial » et assure que, dans le projet de budget 2011, les moyens accordés à la santé augmentent de 12 %. Pour les défenseurs de « Voltaire », le ­centre, là où il est installé, répond à un vrai besoin. Il traite 3 000 dossiers par an. 500 patients y ont leur médecin référent. Où iront les nombreux résidents d’un foyer de Maliens proche, et tous ceux qui bénéficient de l’AME, souvent éconduits par les cabinets privés, s’interroge Dominique Jasseron, représentante de l’intersyndicale des professionnels soignants des centres de santé. « On n’ouvre pas un ­centre de santé pluridisciplinaire dans le Haut-Montreuil mais deux cabinets médicaux et une salle de soins », déplore un médecin. Que deviendront toutes les consultations spécialisées accessibles à « Voltaire » : de la cardiologie à la rhumatologie en passant par la dermatologie ou la phlébologie ? Enfin, l’augmentation du budget santé ne rendrait pas compte des changements de politique opérés – arrêt de la radiologie dans un centre, des prélèvements dans un autre, remplacement d’heures de spécialistes par des infirmières – et qui laisseraient les patients sans service équivalent pratiquant le tiers payant.Au cabinet du maire, on se défend de supprimer des effectifs, mais on admet ne « pas les affecter aux mêmes missions » pour redéployer « plus de moyens vers la prévention ». Directeur de cabinet du maire, Jacques Archimbaud insiste sur la volonté de faire évoluer un service public vieillissant, qui avait accumulé des retards d’investissement et était en perte de vitesse. Et s’il vante les mérites d’un centre de santé associatif, « dans la tradition mutualiste », vers lequel la mairie oriente les patients de « Voltaire », il n’est pas loin de voir dans le mouvement de défense des CMS « une défense de la contre-société communiste des années 1970 » portée par des gens qui ne sont plus représentatifs de « la démographie de Montreuil », qui, elle, « est plus jeune, plus colorée, plus diversifiée ».L’exemple de Montreuil n’est pas isolé. Une même volonté de rationalisation économique a conduit en 2009 la mairie de Bagneux (PCF) à fermer le laboratoire d’analyses de son CMS, malgré un fort mouvement de protestation. À la suite d’un audit, la Ville de Paris pourrait envisager la fermeture de plusieurs centres pour restructuration. « Je ne connais pas un CMS qui ne soit pas confronté à une réflexion sur sa gestion compte tenu des problèmes budgétaires », constate Éric May, le président de l’Union syndicale des médecins de ­centres de santé. La suppression de la taxe professionnelle, les restrictions des dotations de l’État aux communes et la crise économique affectent les budgets des communes. D’où des restrictions qui se traduisent par des fermetures imposées pour les vacances (Bagnolet, PS) ou parfois la cessation d’activité. À Sartrouville (UMP), la mairie a justifié la fermeture de son CMS en centre-ville par l’embourgeoisement de sa population.Pour Fabien Cohen, secrétaire général du Syndicat national des chirurgiens-dentistes des centres de santé, les nécessités économiques ou les rééquilibrages territoriaux peuvent cacher « des choix politiques » d’une approche libérale : « Pourquoi soutenir des centres de santé qui ont un coût quand on peut laisser faire le secteur libéral, quitte à l’aider ? » À l’inverse, les carences du système libéral peuvent conduire des élus de droite à créer un centre de santé. Éric May cite le cas d’une municipalité UMP de la Sarthe qui y voit la solution la plus adaptée pour faire face à la désertification médicale qui la menace. Dans les années 1930, c’était déjà pour faire face à l’absence de médecins qu’avaient été inventés les CMS en banlieue. Autre argument : les CMS, dont la pertinence était mise en doute il y a une vingtaine d’années, quand on les comparait couramment à de simples « dispensaires », redeviennent tendance quand les études et les rapports les plus récents sur la médecine ambulatoire privilégient l’exercice pluridisciplinaire de la médecine au détriment de l’exercice isolé.C’est en tout cas le pari de la municipalité communiste de Gennevilliers, qui a décidé de reconstruire en l’agrandissant son CMS créé en 1935. Coût des travaux : 12,5 millions d’euros. Selon Jacques Bourgoin, son maire, près de la moitié des Gennevillois utilisent le CMS. « Pour nous, c’est un choix politique de maintenir et d’agrandir ce centre créé en 1935. » Moins pour le conseil général des Hauts-de-Seine, présidé par Patrick Devedjian. Après six mois de mobilisation de la ville (pétition de 5 000 personnes, conseil municipal extraordinaire), le département a finalement signé un chèque de 200 000 euros cette année et promis un second versement non précisé l’an prochain.Cette situation est révélatrice des difficultés rencontrées par ces centres de santé municipaux. Plusieurs rapports officiels reconnaissent l’importance de leur impact social et leur rôle dans le système de soins, alors même qu’aucune loi ne fait obligation aux communes de se préoccuper de la santé de leurs administrés. Quand elles le font, elles comblent des déficiences de l’État, alors même que le gouvernement ne cesse de remettre en cause l’égalité d’accès aux soins. Et l’État, en retour, rechigne à aider les communes dans cette tâche. Les maires de gauche arriveront-ils à sortir de ce cercle vicieux ? 




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