ROBERT,FRANCOIS
Lundi 27 janvier 1997
Les lions du club Atlas sont en danger de mort
Le FC Atlas est un cas à part dans le football bruxellois. Ses joueurs
sont tous d'origine maghrébine (des Molenbeekois et des Schaerbeekois
pour la plupart). Ses jeunes supporters sont bien encadrés. Mine de
rien, le FC Atlas mène une politique d'intégration très efficace qui
lui a même valu le prix Iris de la Région bruxelloise.
Tous ces efforts, hélas !, risquent d'être bientôt réduits à néant.
Car si le bilan social et les résultats sportifs sont bons (sixième en
première divison provinciale), la situation financière, elle, est
devenue catastrophique. Le club doit vaincre quotidiennement un
adversaire autrement plus coriace que toutes les équipes de foot du
pays : les banques...
Depuis sa naissance (1982), Atlas traîne derrière lui comme un boulet
son déficit cumulé. Il dépasse les trois millions. Ces derniers temps,
la situation a pris une mauvaise tournure : les joueurs sont payés
avec deux ou trois mois de retard et le club ne peut plus faire face
aux frais de fonctionnement.
Réunir chaque année un budget de 6 à 7 millions tient, il est vrai, de
la gageure. On n'est plus très loin de la faillite et Abdelmagid
Ghayati, qui dirige le club, tire aujourd'hui la sonnette d'alarme.
Dès sa création, le FC Atlas n'a connu que des problèmes. L'ensemble
des communes bruxelloises, ou presque, lui ont refusé un terrain
d'entraînement. Racisme déguisé ? Difficile à prouver. Toujours est-il
que le club, devenu nomade, doit aujourd'hui s'exiler trois fois par
semaine à Londerzeel pour s'entraîner près d'Anvers. Ces déplacements
continuels coûtent fort cher. Et le FC Atlas n'a pas de buvette pour
éponger les déficits !
Outre les joueurs, il y a les jeunes. Ils sont 300. Le vivier du club.
Bien que transportés gratuitement par la Stib le samedi et le
dimanche, ces joueurs en herbe alourdissent le déficit financier. La
communauté marocaine tente, tant bien que mal, d'intervenir. Mais
cette manne est insuffisante. Que faire dès lors ? M. Ghayati se
tourne vers les autorités :
- On nous écarte de toutes les aides communales, régionales ou
nationales. Pourquoi ? Les autres clubs bénéficient de toutes sortes
d'avantages. Nous, noue ne recevons rien. On feint de nous ignorer.
C'est à croire que nous gênons. On nous félicite de notre action, mais
on se garde bien de nous aider !
La semaine passée, le club a rencontré Philippe Moureaux, le
bourgmestre de Molenbeek, qui a promis d'étudier la situation. Mais
aucune nouvelle des autres autorités communales ou régionales. Faudra-
t-il attendre la mort du Lion Atlas pour que l'on prenne enfin
conscience de l'importance de son rôle culturel et social ?
FRANÇOIS ROBERT