Certains apocryphes chrtiens sont interdits d'utilisation par la Grande glise pour des raisons thologiques. En dpit de leur condamnation, certains jouent un rle non ngligeable dans la vie ecclsiale : le Protvangile de Jacques. Ces textes ont pu influencer la rdaction de plusieurs passages du Coran voquant la vie de Jsus, l'image de l'vangile de l'enfance selon Thomas.
En droit, on distingue les apocryphes (crits qui ne proviennent pas de l'inspiration divine), des pseudpigraphes (crits dont on ne peut assurer l'origine ou attribus une personne qui ne peut pas en tre l'auteur). L'exgse moderne montre que c'est le cas de plusieurs textes canoniques.
Pour Origne, le doute sur l'authenticit (pseudopigraphie) va de pair avec le doute sur l' inspiration ( apocryphit ) : si un livre n'a pas t crit par le personnage biblique auquel il est attribu, c'est qu'il est probablement l'œuvre d'un impie.
En revanche, l'authenticit est le principal critre invoqu par une autorit religieuse pour justifier l'introduction ou le rejet d'un texte dans le canon. L'authenticit dpend de la confiance du lecteur l'gard de cette autorit. Origne le montre et juge suspects les textes employs par ceux qu'il tient pour hrtiques (les disciples de Basilide). Origne, pourtant, ne rejette pas en bloc et a priori la lecture de tous les textes qu'il suspecte d'tre apocryphes. En effet, l'orthodoxie chrtienne et le canon biblique ne sont pas encore bien fixs son poque.
Plus tard, Jrme de Stridon utilise le terme apocryphe comme synonyme de livre non canonique . Ce sont les livres dits deutrocanoniques qu'il renvoie la fin de sa Vulgate[2]. Il ne les considre pas comme cachs , secrets ou hrtiques , mais comme d'un degr infrieur aux livres servant de rgle ( canon )[3] la doctrine chrtienne[4].
L'glise catholique nomme apocryphes les textes qu'elle n'a pas retenus dans son canon. Les glises issues de la Rforme les nomment pseudpigraphes . En ce qui concerne les crits de l'Ancien Testament, elle nomme deutrocanoniques ceux que les glises protestantes nomment apocryphes .
Le christianisme a d'abord tenu pour inspire la Septante qui contient de nombreux livres absents de la Bible hbraque. Au XVIe sicle, les humanistes comme Didier rasme et Jacques Lefvre d'taples, ainsi que les protestants, reviennent au texte hbreu l o Jrme avait compil les sources grecques et hbraques. Catholiques et orthodoxes font valoir que le canon court, retenu par les glises rformes, a t fix par des docteurs juifs au synode de Jamnia, aprs l'apparition du christianisme et en raction contre lui. Les livres deutrocanoniques du Nouveau Testament sont gnralement accepts par les glises chrtiennes.
Les premiers pourraient tre qualifis de plus conservateurs . L'utilisation de la notion d'apocryphes du Nouveau Testament est issue du travail de compilation des philologues des XVIIe-XIXe sicle. Ils ont constitu des grandes ditions d'apocryphes du Nouveau Testament[5].
Un article d'ric Junod, l'un des fondateurs de l'Association pour l'tude de la littrature apocryphe chrtienne (AELAC) dont mane la revue Apocrypha (ISSN 1155-3316), explique la raison du passage l'appellation littrature apocryphe chrtienne par rapport celle d' apocryphes du Nouveau Testament [6] :
L'Association pour l'tude de la littrature apocryphe chrtienne, fonde en 1981, a pour but l'dition critique, la traduction et le commentaire de tous les textes pseudopigraphiques ou anonymes d'origine chrtienne qui ont pour centre d'intrt des personnages apparaissant dans les livres bibliques ou qui se rapportent des vnements raconts ou suggrs par ces livres.
Certains chercheurs, notamment dans le monde germanophone, refusent une dfinition aussi large de la notion d'apocryphes. Le principal problme d'une telle dfinition est la confusion avec d'autres genres littraires de l'Antiquit chrtienne, et notamment le genre hagiographique[10].
Les membres de cette cole se rapprochent de la notion d' apocryphes du Nouveau Testament , telle qu'elle est dfinie dans les travaux prcurseurs de Fabricius, Tischendorf et James[11]. Le rapport entre textes canoniques et textes apocryphes est dcrit par Jens Schrter[12] :
Certains apocryphes sont prcieux pour tudier les formes littraires, comme le contexte de production des œuvres canoniques, et pour connatre les mouvements religieux dissidents du judasme et du christianisme anciens.
La Grande glise [17] exclut d'utilisation certains apocryphes chrtiens pour des raisons thologiques. Enrico Norelli souligne l'importance dans l'imaginaire Chrtien, au sein mme de l'glise, des lments contenus dans un vangile apocryphe comme le Protvangile de Jacques : les noms des parents de Marie, (Joachim et Anne, canoniss au XVIe sicle) ; l'ge avanc de Joseph ; la virginit in partu [virginit de Marie pendant l'accouchement], absente des textes devenus canoniques, clairement affirme ici ; la naissance dans une grotte ; alors que d'un ct les autorits ecclsiales rejetaient fermement les apocryphes, de l'autre elles en prlevaient des lments, passant sous silence leur origine ou les "blanchissant" via une nouvelle lgitimation du rcit [18].
Certaines glises produisent des traditions apocryphes pour fonder leurs lgitimits apostoliques. Les Actes de Barnab[20] sont produits au milieu du Ve sicle pour obtenir l'autocphalie de l'glise de Chypre[21]. L'glise de Rome n'est pas l'origine des apocryphes du IIe sicle relatant les missions de Pierre et Paul Rome[22], mais elle fusionne ces traditions pour produire des textes mentionnant le martyre des aptres le mme jour[23].
Les premiers vangiles apocryphes sont utiliss comme exposs doctrinaux. Les suivants servent de matriaux aux rcits hagiographiques et lgendaires qui alimentent divers auteurs et contribuent la formation de la mythologie mdivale[24].
La question des sources chrtiennes employes pour la rdaction du Coran est rgulirement pose dans les recherches sur le Coran. Celui-ci partage avec certains textes chrtiens apocryphes de nombreuses scnes de vie de Marie et d'enfance de Jsus. Pour Guillaume Dye, certains passages du Coran ont t composs par des rdacteurs qui ont une connaissance approfondie, non seulement du christianisme en gnral, mais aussi de certains textes chrtiens bien prcis [25]. Un exemple est la sourate 19 dont le texte montre une large connaissance et une grande familiarit avec la littrature et les traditions chrtiennes puisqu'il est truff de rcits, de rfrences et de motifs qui ont leur origine dans les traditions chrtiennes crites, liturgiques ou populaires [26]. Les principaux rapprochements entre Coran et apocryphes chrtiens sont les suivants :
La question de l'intertextualit coranique exige de la prudence. Le Coran est un texte de l'Antiquit tardive. Il transmet des concepts et des attentes de son poque . Il peut prsenter des ressemblances avec d'autres textes, sans qu'un lien direct avec un texte prcis soit toujours prouvable[27].
Les apocryphes de l'Ancien Testament constituent un corpus de textes trs varis de la littrature juive du IIe sicle av. J.-C. la fin du Ier sicle, qui n'ont pris place dans aucun canon. Ils sont, pour la plupart, arrivs par l'intermdiaire du christianisme.
Appels aussi crits intertestamentaires, ils ne comprennent pas les crits de Qumrn (Andr Dupont-Sommer les y incluait), ni les crits philosophiques hellnistiques, les targoums et les crits rabbiniques :
La Bible comprend l'Ancien et le Nouveau Testament. Dieu a rvlle premier aux Juifs et le second aux Chrtiens, l'ensemble constituela rvlation de Dieu l'homme.
L'ANCIEN TESTAMENT comprend 39 livres (initialement on en comptait 22 ou24 mais il s'agit toujours des mmes crits qui taientregroups de faon diffrente. Par exemple les 12 "petitsprophtes" ne comptaient que pour un livre dans les anciennes ditions)
LE NOUVEAU TESTAMENT comprend 27 livres.
Si toutes les traductions franaises de la Bible contiennent 27 livresdans le Nouveau Testament, nous devons signaler que certaines traductionscomportent 46 livres dans l'Ancien Testament au lieu de 39. Pourquoi?
Un crivain inspir tel que l'aptre Paul reconnait queles oracles de l'Ancien Testament ont t confis auxJuifs (Romains 3.2), c'est donc vers eux que nous devons nous tourner pourconnaitre les Ecrits rvls par Dieu son peuple.
Une simple consultation des rcensions hbraques ou desversions juives (par exemple celle du Rabbinat franais) nous montreque les juifs acceptent 39 livres comme inspirs.
La position de la communaut Juive n'a jamais chang et nousprendront tmoin l'historien Josphe qui affirme quele nombre de livres tenus pour divins par les Juifs sont au nombre de 22(voir note prcdente) et qui repousse les autres livres, critsdepuis Artaxercs, comme n'ayant qu'une autorit humaine. Orc'est le cas de ces livres qui ont t ajouts l'Ancien Testament, aprs que le dernier prophte, Malachie,ait crit son livre.
On a appel Apocryphes, c'est dire, cachs, douteux,ces livres dont les Juifs ont toujours ni l'inspiration et qui setrouvent actuellement dans certaines versions de la Bible. Quoique comprissous un mme nom ils n'ont presque rien de commun entre eux : ils diffrentnon seulement par le sujet et par la forme mais encore par le pays d'oils proviennent (Palestine, Egypte) et par la langue originale (Hbreu,Aramen, Grec).
Au 3 eme sicle avant notre re la langue grecque taitla plus rpandue. Ptolme Philadelphe, pour garnirson impressionnante bibliothque, demanda la traduction des critsreligieux juifs. C'est ainsi qu'apparut la "Septante", traduction grecquedes crits inspirs juifs, auquels furent ajouts diversesnarrations profanes.
Le Nouveau Testament, crit en grec, se rfre souventaux crits de l'Ancien Testament, et cite celui-ci dans la traductiongrecque de la "Septante", mais jamais les "apocryphes" ne sont citsni par notre Seigneur Jsus Christ, ni par aucun des auteurs inspirs.
Au 4eme sicle la langue commune est le latin. C'est ainsi que Jrome,secrtaire du pape, est charg de traduire la Bible dans "lalangue de Virgile". Aprs avoir traduit le Nouveau Testament, il essaye,selon les ordres reus, de traduire l'Ancien partir de la"Septante": il doit y renoncer et se perfectionne en Hbreu pour nousdonner la clbre traduction de la "Vulgate" qui contient prcismentles apocryphes. Jrme est un homme de grand savoir, un "Prede l'Eglise", aussi son avis sur la question des apocryphes est-il fondamental.Il confesse que s'il a traduit ces fables ce n'est que pour se prteraux prjugs du peuple ; mais qu'il les a marqus d'unstyle "afin, en quelque sorte, de les gorger".
C'est finalement Augustin qui fit admettre les apocryphes aux conciles d'Hipponeet de Carthage mais seulement comme livres qui pourraient tre luset cits.) et beaucoup d'autres vques et docteurs quiaffirment que les apocryphes ne sont pas les oracles de Dieu.
Au seizime sicle, la Renaissance d'une part et la Rformede l'autre influence les mentalits:
En 1534, Luther, dans son dition de la bible, extrait les livresapocryphes de leur place traditionnelle et les groupe la fin del'Ancien Testament sous l'entte:
"Apocryphes: livres ne pas considrer l'galdes Ecritures Saintes, mais utiles et bons lire."
En 1546 dbute le concile de Trente, les autorits ecclsiastiquesrunies ratifient l'exclusivit de la Vulgate comme versionofficielle de l'Eglise romaine. En partie par raction aux rformateursle Concile:
- supprime le prologue de Jrme, traducteur de la Vulgate:"tout ouvrage qui ne figue pas parmi les 24 livres (renvoi la premirenote) de la Bible Hbraque doit tre considrcomme apocryphe c'est dire non canonique".
- carte certains livres apocryphes tels que le Troisime etle Quatrime livre d'Esdras
- porte les autres au bnfice d'une prtendue inspirationdivine: ils devinrent alors les livres "deutrocanoniques" (deuximecanon).
Jusqu'au 20 eme sicle (Crampon 1905) toutes les traductions catholiquesont t faites sur la Vulgate ce qui explique que ces traductionscontiennent 46 livres dans l'Ancien Testament, la place de 39. LaTraduction Oecumnique de la Bible (TOB:1975) effectue conjointementpar des catholiques, des protestants et des orthodoxes, replace les "Deutrocanoniques"en fin de l'Ancien Testament avec une introduction intressante: