Assemblée nationale : la délicate question des frontières

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Sid Ramdane

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Jul 15, 2006, 10:03:40 PM7/15/06
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l'Essor n°15744 du - 2006-07-14 08:00:00

La situation évolue favorablement et les paysans de Bougoudère pourront semer
en toute tranquilité leurs champs

Les difficultés de cohabitation entre les habitants du cercle de Yélimané et
leurs voisins mauritaniens ont fait l'objet d'une séance de questions orales
posées par le député élu dans ce cercle et le ministre de l'Administration
territoriale et des Collectivités locales

La situation sécuritaire le long de la frontière avec la Mauritanie et la
cohabitation difficile notamment entre les populations du cercle de Yélimané
et leurs voisins mauritaniens était hier au centre d'un face-à-face entre le
ministre de l'Administration territoriale et des Collectivités locales,
Kafougouna Koné, et le député élu à Yélimané, Mahamadou Hawa Gassama, à la
faveur d'une séance de questions orales.
Les préoccupations de l'élu sont relatives à la situation que vivent surtout
les habitants de Bougoudèrè, village situé aux limites du cercle de Yélimané
par rapport à la Mauritanie. Le député interpellait également le ministre sur
la matérialisation de la frontière entre les deux pays et la politique des
frontières menée par son département.
Kafougouna Koné qui s'est excusé pour n'avoir pas pu se présenter à
l'Assemblée nationale il y a deux semaines pour cause de mission à
l'extérieur (il était à Alger pour signer l'Accord qui porte le nom de cette
ville), a tout de suite fait observer le caractère délicat du sujet. Un sujet
qu'il faut donc traiter sans passion.

Le caractère intangible des frontières : Le Mali, soulignera-t-il, est un pays
continental qui partage des frontières avec 7 pays. Pour l'essentiel, ce sont
des frontières artificielles qui séparent des communautés unies par la
langue, la culture, l'appartenance éthnique. Cette situation vaut d'ailleurs
pour la plupart des pays africains. Une remise en cause de ces frontières
pourrait déstabiliser tout le continent. C'est pourquoi, dès 1963, la défunte
OUA (l'ancêtre de l'Union africaine) a entériné à l'initiative du président
Modibo Keïta, le caractère intangible des frontières héritées de la
colonisation.
Parlant de notre voisin, le ministre Koné, a rappelé que nous partageons avec
la Mauritanie plus de 2000 km. Cette frontière peut se diviser en 3 secteurs.
La première portion est celle qui relie les bords du Karakoro à Gogui, la
deuxième va de Gogui à Nampala. Le troisième secteur s'étend de Nampala à la
zone tripartite Mali-Mauritanie-Algérie. C'est sur la première bande que se
déroulent aujourd'hui les problèmes soulevés par l'élu de Yélimané. Les
litiges sur la propriété des champs et des mares s'ajoutent aux enlèvements
de bétail. Pour y faire face, les gouvernements des deux pays ont crée un
cadre de concertation avec des rencontres au niveau des ministres chargés de
l'Intérieur, des gouverneurs de région, des préfets et des sous-préfets.
Le ministre rappelle que la difficulté de gérer ce secteur a été perçue très
tôt. Dès 1963, les présidents Modibo Keïta et Moctar Ould Daddah signaient
ainsi le traité de Kayes pour pacifier la frontière commune. C'est ce traité
qui prévaut jusqu'aujourd'hui.
Toutefois, reconnaît le ministre, il y a toujours des problèmes de
cohabitation entre les différentes communautés. Les autorités des deux pays y
font face avec la vigilance nécessaire.

200 km par an : Pour Kafougouna Koné, aussi longtemps que la matérialisation
de la frontière ne sera pas effectuée, les difficultés persisteront. Le
gouvernement tient à cette matérialisation mais l'opération demande du temps
et les documents ne sont pas faciles à rassembler. En effet, la frontière
délimitée sur une carte n'a de valeur que lorsqu'elle est soutenue par un
document juridique. Il faut donc chercher ces documents pour permettre la
matérialisation de la frontière.
Pour ce qui est de la frontière avec le Burkina Faso, par exemple, tous les
documents juridiques sont disponibles et la matérialisation de la frontière
est en cours, au rythme de 200 km par an. Elle devrait s'achever dans deux ou
3 ans. Des recherches sont en cours pour retrouver les documents traitant du
côté mauritanien. Il sera alors possible de définir avec précision les
limites du cercle de Yélimané et des autres circonscriptions frontalières.
La recherche de documents en vue de matérialiser les frontières et le concept
de "pays-frontière" sous-tendent notre politique des frontières. Car le Mali
aspire à faire de la frontière, non une barrière mais un point de rencontre
où les ressortissants des deux pays partageront certaines infrastructures.
Mahamadou Hawa Gassama a insisté sur les difficultés que vivent les
populations frontalières. Des difficultés qui, de son point de vue, sont
surtout le fait des forces de sécurité de notre voisin. Les populations
auraient toutes les peines du monde pour récupérer les animaux volés.
D'autres sont empêchées de cultiver leur champs. Les arrestations arbitraires
sont fréquentes, assure le député.
Le ministre a admis la réalité des problèmes et a assuré que ses services font
tout leur possible pour aider les populations à faire face à ces difficultés.
Il a révélé être en contact régulier avec son homologue mauritanien.
Plusieurs rencontres ont eu lieu à différents niveaux, ajoutera-t-il car ces
populations installées de part et d'autre de la frontière, sont condamnées à
vivre ensemble. Il est donc aujourd'hui question d'encourager les rencontres
intercommunautaires. Le ministre Koné assure suivre de près tous les
dossiers. Pour preuve, il a annoncé que la situation à Bougoudèrè évoluait
favorablement et que les paysans pourront semer en toute tranquillité leurs
champs.
Après cette séance de question orale, les députés ont examiné le projet de loi
portant institution du numéro d'identification nationale des personnes
physiques ou morales (NINA). Le texte qui était défendu par le ministre du
Plan et de l'Aménagement du territoire, Marimantia Diarra, a été adopté par
81 voix pour, aucune contre et 15 abstentions. Nous reviendrons sur ce texte
dans notre prochaine édition.

A. LAM

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