Combattre les préjugés anti-Esperanto, par exemple présents sur Reddit
Message d’Émile
Si quelqu'un veut un petit aperçu de la perception actuelle de l'espéranto en
dehors des espérantistes, la section commentaire est bien fournie...
(sur Reddit, en anglais mais il y a un bouton traduction)
https://www.reddit.com/r/NoStupidQuestions/s/aUevg3WmN3
Synthèse en français par IA des commentaires
Synthèse des commentaires du fil Reddit : Les internautes expliquent pourquoi
l’Esperanto n’a jamais vraiment décollé et reste marginal malgré ses qualités
(grammaire très simple et régulière, vocabulaire accessible). Le consensus est
que l’idée est « cool » en théorie, mais qu’elle se heurte à des obstacles
pratiques, historiques et humains insurmontables (importants mais
non insurmontables).
Voici les principaux
arguments :
1. Problème de masse critique et manque
d’incitation
Le point le plus cité : apprendre une langue demande un effort important (mais 8 à 10
fois moindre que par exemple l’anglais selon le rapport à la SDN de Itobe Inazo
secrétaire général adjoint). Les anglophones (environ 1,4
milliard de personnes, dont un milliard de non natifs qui ont un niveau beaucoup
plus bas de A1 à B2, sans parler des 7 milliards qui ont un niveau nul)
ont déjà une lingua franca dominante et n’ont aucune raison d’en apprendre une
autre (sauf pour la
majorité des non natifs). L’Esperanto souffre du « problème
de la masse critique » : personne ne l’utilise vraiment (sauf beaucoup
d’espérantistes) parce qu’il n’y a pas assez de locuteurs, et il n’y
a pas assez de locuteurs parce que personne ne l’utilise. Sans utilité
immédiate (travail, voyages concrets, culture populaire massive), l’effort n’en
vaut pas la peine pour la plupart.
L’Eo a une masse critique pour être de loin la première
langue internationale auxiliaire sur 1000 à 2000 projets et esquisses ; il
est parlé depuis 140 ans dans plus de 120 pays avec environ 300 000
articles sur Vikipedio. La masse critique d’une langue de communication
internationale dépend de la politique linguistique. Une initiation aux langues
par l’accélérateur multilingue (AML) EO aidé des logiciels de formation sur
internet et IA permettrait de se rapprocher de cette masse critique
2. L’anglais a déjà gagné (histoire +
puissance)
L’anglais s’est imposé grâce à l’empire britannique, puis à la puissance
économique, militaire et culturelle des États-Unis (Hollywood, internet,
science, etc.). Les traités internationaux (comme Versailles) ont renforcé sa
position. L’Esperanto est apparu trop tard (fin XIXe) et n’a jamais bénéficié
d’un tel soutien étatique ou d’une domination culturelle. La France, par
exemple, l’a rejeté par protectionnisme linguistique.
L’histoire est un processus de création- disparition de
langues et un renouvellement des langues dominantes ; ainsi il y a eu
prééminence successive de différents empires et langues : grec ancien,
latin, français, anglais. Internet, les IA et la mondialisation permettent une
dissociation de la puissance politico-économique actuellement dominante et de
l’usage généralisé de sa langue dominante à l’international (tout-anglais). La
rapidité de l’apprentissage linguistique jouera un rôle de plus en plus important
au profit de l’EO.
3. Trop « européen » et pas assez neutre
Beaucoup soulignent que l’Esperanto reste une langue indo-européenne, largement
inspirée du latin/roman avec des influences germaniques et slaves. Elle est
relativement facile pour les Européens ou les locuteurs de langues européennes,
mais moins pour les locuteurs du mandarin, de l’arabe ou d’autres familles
linguistiques. L’anglais, malgré ses irrégularités, bénéficie d’un vocabulaire
international très répandu et d’une énorme quantité de contenus (films,
musique, internet).
Les racines reprises par l’Eo sont des racines européennes,
car les plus internationales et communes à plus de 80 % avec les langues
romanes et germaniques dont l’anglais, à environ 50 % avec les langues slaves.
Les locuteurs d’autres familles linguistiques apprennent dix à 20 fois plus
rapidement l’EO sans exceptions que l’anglais (Claude Piron)
4. Absence de locuteurs natifs et de
culture vivante
Sans communauté massive ni production culturelle abondante (littérature, films,
musique), la motivation reste faible. Quelques locuteurs natifs existent
(enfants élevés en Esperanto), mais ils sont trop peu nombreux pour faire vivre
la langue. Elle risque de « mourir » avec ses apprenants motivés. Comparaisons
fréquentes avec le klingon : une langue construite reste vivante seulement si
elle est portée par une culture populaire forte.
Le klingon :2000 locuteurs, l’EO deux millions. L’EO a
une culture riche qui n’est pas suffisamment connue. La plupart des gens lisent
des livres ou voient des films traduits dans leur langue préférée. Il faut
distinguer la fonction culturelle propre à chaque langue et la fonction de
communication internationale
5. Autres critiques récurrentes
Les langues évoluent naturellement ; même si l’Esperanto était adopté, il se
fragmenterait probablement. Les règles de base de l’EO (une lettre = un son, accent
tonique fixe, EO de base dit Fundamento stable, apprentissage de plus en plus
audio-visuel, facilité relative ) rendent très peu probable la fragmentation
linguitique, la langue s’enrichissant par ailleurs en permanence.
Les irrégularités ne sont pas le principal frein : le contenu et l’utilité
priment.
Le contenu du vocabulaire de l’Eo est formé uniquement de
racines « naturelles » indo-européennes, les plus internationales.
L’utilité dépend aussi de la rapidité d’apprentissage. 95 % des apprenants
de l’anglais seconde langue n’arrivent pas au niveau élevé ou natif (C1-C2)
Des événements historiques tragiques (persécutions nazies et staliniennes)
ont décimé une partie de la communauté en Europe centrale et orientale.
La communauté espérantiste a été fortement amoindrie par les
persécutions nazies, staliniennes et autres, mais elle s’est reconstituée par
la suite et élargie à chaque période. C’est la langue de communication
internationale qui a augmenté de très loin le plus rapidement depuis environ
140 ans.
Idée « utopiste » : imposer une langue construite de haut en bas ignore la
façon dont les langues naissent et se maintiennent (besoin concret, identité,
etc.).
L’Eo s’est construit aussi de bas en haut, par une synthèse
cohérente des traits les plus logiques et faciles à apprendre de différentes
langues : 1 lettre = 1son (croate, russe…), accent tonique fixe sur
avant-dernière syllabe (polonais, majorité des mots de la majorité des langues
européennes) ; un seul article défini (anglais), pas d’article indéfini
(hébreu, arabe) ; tous les nombres se déduisent de 15 nombres de base
(chinois, japonais) ; séries régulières de mots grammaticaux ;
racines surtout indo-européennes ; radicaux invariables (chinois) ;
mot principal à la fin du mot composé (langues germaniques) ; 40 affixes
n’ayant qu’un seul sens multiplient le lexique (modèle des langues
agglutinantes et isolantes)
En résumé, les commentateurs
estiment que l’Esperanto n’a pas été « oublié » par complot patriotique, mais
parce qu’il n’a jamais réussi à offrir un avantage concret suffisant face à
l’anglais déjà établi. C’est un bel idéal humaniste, mais la réalité (pouvoir,
inertie, utilité immédiate) l’a emporté. Quelques-uns notent quand même que des
projets plus simples comme le Toki Pona ou des idées de « Common » simplifié
reviennent régulièrement en science-fiction. Le fil reste globalement
bienveillant et curieux envers l’Esperanto, sans moquerie excessive.
Les langues de communication internationale dépendent de la politique linguistique des Etats. 95% de la population mondiale a intérêt à une langue internationale facile, claire, simple et régulière. La langue Esperanto a fait ses preuves dans tous les domaines (Franz Jonas, président de la République d’Autiche)
Bernard Cornevin