Nous sommes dans une nouvelle période technologique et géopolitique.
Pour la plupart des élites, le tout-anglais comme langue internationale semblait sans alternative à la fin du 20ᵉ, après l'effondrement de l'URSS et au tout début du 21ᵉ siècle. Dans l'UE des 27, 96,4 % des collégiens lycéens apprennent de l'anglais en 2019 (Monde diplomatique, Manière de voir, n° 186, déc 2022).
Les mutations technologiques et géopolitiques remettent en cause progressivement cet hégémonisme. L'essor de la traduction automatique et des IA permet une traduction, certes encore approximative, mais qui s'améliore rapidement, entre plusieurs centaines de langues, et notamment la trentaine de langues, qui ensemble sont parlées par les deux tiers ou plus de la population mondiale. La géopolitique est bouleversée par les progrès économiques plus rapides de l'Asie, particulièrement des deux géants démographiques, Chine et plus récemment Inde. Le déclenchement de la guerre en Ukraine par Poutine, l'arrivée d'une droite extrême impérialiste au pouvoir aux USA (America first avec Trump), la volonté de Xi Jinping d'annexer Taïwan et d'autres conflits font du monde une nouvelle poudrière.
L'UE, que la grande majorité des Européens veut conserver ou réformer
pour 95% ou plus de l'électorat, mais pas détruire, est prise en étau entre l'agression de Poutine, la volonté de désengagement de la défense de l'UE de Trump et l'agressivité commerciale de la Chine. Le fait de baragouiner un peu d'anglais, la langue et aussi la culture de l'impérialisme dominant, ou de ne pas la parler pour la grande majorité des Européens, ne suffit pas à forger une identité européenne.
La langue internationale auxiliaire esperanto (eo), parlée depuis plus d'un siècle dans plus de 120 pays, a fait ses preuves dans tous les domaines. Son enseignement a été encouragé par la SDN et il est reconnu d'une certaine manière par l'Unesco. Cependant, il repose principalement sur l'activité de bénévoles et n'est que très peu institutionnalisé par les États.
La politique linguistique évolue généralement lentement en se fondant sur des objectifs transitoires progressifs.
L'initiation à l'eo de base est rapide, en commençant par sa grammaire, l'essentiel des 11 premières règles et les 300 premiers radicaux les plus internationaux, quasiment tous européens. C'est l'objectif du MLA (Accélérateur multilingue), à la fois accélérateur de l'étude des langues et, en s'aidant des sites d'apprentissage de l'Eo sur Internet, permettant de parler dix fois plus rapidement une langue internationale. Le MLA peut être adapté à tous les âges. L'eo peut ainsi contribuer à une identité européenne plus démocratique et plus solidaire, davantage nécessaire aujourd'hui.
Bernard Cornevin