Bel exercice démocratique dans un océan de dictatures :
https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20260201-la-diaspora-tib%C3%A9taine-vote-pour-%C3%A9lire-ses-dirigeants-en-exil-un-scrutin-non-reconnu-par-p%C3%A9kin
La diaspora tibétaine vote pour élire ses dirigeants en exil, un scrutin
non reconnu par Pékin
Les Tibétains du monde entier votent, ce dimanche 1er février 2026, pour
élire leurs dirigeants, alors que leur patrie reste sous domination
chinoise. Le scrutin se déroule en plusieurs étapes : un premier tour ce
dimanche pour choisir les candidats, un second tour le 26 avril pour les
départager, et une proclamation des résultats le 13 mai. La Chine a
d'ores et déjà annoncé qu'elle ne reconnaîtra pas ces résultats.
Près de 57 000 électeurs sont appelés à voter en Inde, au Népal et au
Bhoutan, environ 12 000 en Amérique du Nord, essentiellement à New York
et Toronto, et 8 000 en Europe... Au total, près de 100 000 Tibétains,
vivant dans 27 pays, doivent renouveler leur parlement et désigner le
chef de leur gouvernement en exil, basé en Inde. Des institutions qui
n'ont aucune valeur aux yeux de Pékin, la Chine qualifiant ce scrutin de
« farce ».
Dans une réponse écrite à l'AFP, le ministère chinois des Affaires
étrangères a ainsi dénoncé un « groupe politique séparatiste », estimant
que le « soi-disant gouvernement tibétain en exil » était « une
organisation illégale violant totalement la Constitution et les lois
chinoises ».
Un scrutin crucial à l'approche de la succession du Dalaï-Lama
Malgré cela, la participation devrait être élevée, alors que la plupart
des membres de la diaspora n'ont jamais mis les pieds au Tibet. Cette
année, le scrutin revêt une importance particulière. L'actuel
Dalaï-Lama, qui aura 91 ans en juillet, a confirmé qu'à sa mort, son
successeur serait désigné selon la tradition, tandis que Pékin entend
imposer son propre candidat.
À l'heure où la question de la succession du chef spirituel tibétain est
au cœur des débats, de nombreux exilés jugent essentiel de se doter d'un
gouvernement légitime, capable de défendre la cause tibétaine. « Ces
élections […] montrent que le combat pour la liberté et l'indépendance
du Tibet se perpétue de génération en génération », souligne Gyalten
Chokye, 33 ans, candidate à un poste au sein du futur exécutif.
Le Dalaï-Lama, qui a renoncé à tout rôle politique en 2011 au profit
d'un gouvernement élu, vit principalement dans le nord de l'Inde depuis
qu'il a fui la répression chinoise en 1959. « L'âge avancé de Sa
Sainteté inquiète tous les Tibétains », explique Tenzin Namgyal Tethong,
78 ans, qui votera depuis les États-Unis. « Le plus important sera de
sauvegarder ce que nous avons obtenu sous sa direction », ajoute-t-il.
Un vote sur fond de bouleversements géopolitiques
Ce marathon électoral se déroule également dans un contexte
international défavorable. L'influence de la Chine dans les relations
internationales ne cesse de grandir, tandis que les États-Unis ont
réduit les aides accordées à la diaspora tibétaine, dont seule une
partie a été rétablie. « Les priorités de la politique étrangère de
l'administration américaine ont changé et l'influence de la Chine […]
s'est accrue », observe encore Tenzin Namgyal. « Il est difficile de
prédire dans quelle mesure » cela affectera « la cause tibétaine »,
poursuit ce dernier.
Pour de nombreux électeurs, l'enjeu est donc majeur. « En ce
moment crucial de notre histoire politique, les enjeux sont trop
importants pour prendre le risque d'élire des dirigeants qui ne seront
pas à la hauteur », estime Kunga Choekey, une électrice de 24 ans
installée en Inde.
Selon la commission électorale tibétaine, 91 042 électeurs sont inscrits
pour ce scrutin, une fraction seulement des quelque six millions de
Tibétains recensés dans le monde, y compris en Chine, par le
gouvernement tibétain en exil. Ils doivent élire pour cinq ans les 45
membres du parlement ainsi que le chef du gouvernement, appelé le «
sikyong ».