ÉDITO. « Virer la presse », vraiment ?
Il y a des phrases qui devraient immédiatement faire lever les sourcils.
Et alerter. Celle prononcée publiquement par Christian Poiret, le
président du Département du Nord, samedi aux vœux du maire de Féchain,
en fait partie.
Le président du Département du Nord y a déclaré : « On vire la presse et
on évite de la lire ; comme ça, on vivra mieux ! ».
Prenons cette phrase au sérieux. Car en démocratie, les mots des
responsables publics comptent, plus encore à l’approche des élections
municipales.
Que signifie « virer la presse » ? Quel système démocratique peut
fonctionner sans journalistes ? Une démocratie sans presse, c’est un
pouvoir sans regard extérieur, sans contradiction, sans mémoire. Un
pouvoir qui se raconte seul, qui contrôle tout et qui verrouille. Ce
n’est plus une démocratie.
Quand un président de Département peut, devant des élus et des
habitants, plaisanter, ou feindre de plaisanter, sur l’idée de « virer
la presse », ce n’est ni anodin ni sans conséquences. Ce n’est pas une
simple maladresse. C’est le symptôme d’une dérive : celle d’élus qui
supportent de moins en moins le principe même du contrôle démocratique.
Et quand, dans la foulée, Christian Poiret, qui n’en est pas à son
premier dérapage, explique que les maires « sont élus au suffrage
universel » et que « c’est ça la France, c’est ça la démocratie »,
le sous-entendu est clair : l’élection accorderait toute puissance. Mais
non. Une élection n’est pas un chèque en blanc. Le suffrage universel
oblige, au contraire, à accepter le regard des citoyens, des
oppositions… et de la presse.
Une défiance plus seulement venue des extrêmes
Jusqu’ici, cette défiance frontale à l’égard des médias venait surtout
des extrêmes. On l’a vu la semaine dernière à Calais, où un député RN a
accusé à tort La Voix du Nord de l’avoir écarté du bilan du mandat
effectué par notre rédaction. Une accusation fausse, démontée point par
point, après une mise en scène numérique et un bad buzz orchestré. Nous
ne reviendrons pas non plus sur les 168 droits de réponse envoyés par
les élus héninois depuis 2014.
De l’extrême droite à l’extrême gauche, à l’autre bout du spectre, lors
d’une manifestation à Douai le mois dernier, une journaliste était
traitée de « terroriste ».
Ces pratiques sont inquiétantes. Mais ce qui l’est davantage, c’est de
voir ce discours s’installer chez quelques élus, fort heureusement
rares, se réclamant de « l’arc républicain » : dénonciations publiques
d’articles sur les réseaux sociaux, commentaires injurieux laissés sans
modération, insultes lorsque la presse sollicite un simple bilan.
À la veille des municipales, ces dérives sont plus que préoccupantes. «
Fasciste » pour les uns, « ultra-gauchiste » pour les autres, la
violence des mots dit aussi une chose : notre rédaction n’est
l’instrument de personne.
La presse n’est ni un adversaire ni un contre-pouvoir hostile. Elle est
l’un des piliers de la démocratie. On peut contester un article. On peut
répondre. On peut débattre, sans se battre. Mais vouloir la discréditer
ou la « virer », c’est refuser le principe même du contre-pouvoir. Et
c’est, quoi qu’on en dise, un très mauvais signal démocratique, encore
plus quand il est scandé par le président du plus grand département
français, encore plus deux mois seulement avant un scrutin crucial pour
nos communes.
https://www.lavoixdunord.fr/1665025/article/2026-01-15/edito-virer-la-presse-vraiment
Par Stéphanie Zorn, Rédactrice en chef de La Voix du Nord
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Message à l'attention de Denis Serge :
plutot que d'attaquer les médias (que tu appelles merdia) , il serait
logique le plus souvent que notre mouvement EDE soutienne les médias
generalistes.
Marc ANSELMI