L’esprit Grasset, le franc-parler de Caroline Fourest, publié le 22/04/2026 par Caroline Fourest
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Je suis Grasset depuis vingt-deux ans. Une maison d’édition,
c’est un peu comme une maternité. Elle vous aide à accoucher de
votre pensée, de vos livres, d’une œuvre. Ses sages-femmes vous
rassurent : l’enfant est beau, il va marcher. Quand il marche
vraiment, on effeuille les revues de presse avec fierté. Quand il
prend des coups, on le défend comme une famille.
C’est cette famille Grasset, tout particulièrement mon éditeur
Christophe Bataille, qui m’accompagne depuis tant d’années pour
trouver le courage de dire, qu’il s’agisse d’alerter sur « Frère
Tariq » ou de dévoiler Marine Le Pen, de mettre en garde sur les
travers du wokisme et son retour de bâton trumpiste, ou de prendre
le risque de vouloir sauver #MeToo de ses excès.
Grasset, c’est aussi une adresse : 61 rue des Saint-Pères. Quand
on franchit le seuil, toujours accueilli par un sourire, on passe
devant la vitrine des derniers livres jaunes sortis, parfois avec
en couverture la photo d’un ami - Richard Malka, Bernard-Henri
Lévy, Tania de Montaigne, Abnousse Shalmani, Arthur ou Delphine
Horvilleur. En haut de l’escalier qui craque ou sous la verrière,
au dépôt, on tombe parfois sur un auteur très différent de soi,
loin de ses idées, épuisé à force de dédicacer ses livres, et on
lui souhaite bonne chance... La civilité des auteurs.
Depuis ces murs, des centaines d’écrivains ont pu faire résonner
tout un nuancier de points de vue qu’on retrouve en écho, parfois
en débat, dans l’arène publique. Olivier Nora était le gardien
d’une certaine exigence qui dépasse l’idéologie. Avec une grâce,
une élégance et une finesse d’esprit qui a fait de cette maison
d’édition centenaire un joyau rentable de la vie intellectuelle
française, un poumon de la respiration démocratique,
un monument de notre patrimoine culturel, un temple camusien de la
liberté de pensée et du courage de dire.
C’est ce joyau que Vincent Bolloré et Hachette viennent de briser,
ce poumon qu’ils viennent d’étouffer, ce monument qu’ils viennent
de démolir, ce temple qu’ils viennent de désacraliser, avec la
brutalité d’un éléphant piqué par une mouche dans un magasin de
porcelaine. « J’en peux plus de ce con, virez-le-moi ! » Un SMS
aura suffi à détruire une maison et une équipe. Pas son esprit.
Comme l’esprit Charlie, l’esprit Grasset ne peut être tué ni par
des balles, ni par un chèque, ni par SMS. Il renaîtra ailleurs,
dans d’autres murs, le jour où Olivier Nora le voudra. En
l’attendant, en l’espérant, près de 250 auteurs, dont je suis, ont
décidé de quitter leur maison, quitte à errer, comme des oiseaux
migrateurs, pour rester libres. C’est historique. En face, la
bollosphère joue aux coucous. Après Fayard, bientôt chez Stock,
les nouveaux maîtres vont défigurer de prestigieux catalogues en
les truffant d’auteurs dont le seul talent est d’être caricaturaux
et aimés du prince.
Pourquoi ne pas se servir de cet argent pour construire d’autres
médias, d’autres maisons d’édition ? Pourquoi envahir le nid des
autres ? Parce que le but n’est pas de construire mais de démolir.
Assez.
Défendons notre démocratie culturelle. Avant qu’il ne reste qu’un champ de ruines, bétonné par des noms d’auteurs alignés, comme dans un cimetière.
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Et si on regarde dans les milieux complotistes (qui sont particulièrement d’extrême droite) , on voit qu'ils peuvent dire n'importe quoi comme Didier Cornuet.
Tous les écrits de Didier Cornuet sont dangereux pour la démocratie.
Marc ANSELMI