Gemini: C'est une question profonde qui touche au cœur de la clinique du social. Laurie Laufer, dans ses interventions (notamment aux Rencontres Philosophiques de Monaco), souligne souvent comment le psychisme et la structure sociale se co-construisent.
Votre interrogation sur l'inversion de ce rapport — le "pervers" qui finit par démanteler le dispositif qui l'a engendré ou accueilli — est particulièrement pertinente. Voici une analyse de ce mécanisme de destruction.
1. La circularité entre "Dispositif" et "Disposition"
Pour Laufer, si le cadre social (le dispositif) ne reconnaît pas ou ne donne pas de place à la singularité du désir (la disposition), il crée une souffrance, voire une pathologie.
* Le passage à la perversité : Lorsque le dispositif devient purement instrumental ou bureaucratique, il cesse de fonctionner comme une "limite" symbolique.
* L'effet miroir : Le sujet ne se sent plus accueilli comme "sujet", mais comme "objet". En retour, il peut adopter une posture perverse : traiter le système lui-même comme un objet à manipuler, à contourner ou à vider de son sens.
2. L'effet pervers du "Pervers" sur le système
Vous demandez si l'on perçoit la destruction du dispositif par l'effet pervers. La réponse courte est oui, et cela se manifeste souvent par ce que la psychodynamique du travail appelle la désolation des institutions.
* L'attaque du lien : Le propre de la structure perverse est de nier l'altérité et de subvertir les règles pour son propre bénéfice.
* Le "détricotage" institutionnel : Dans un dispositif social (hôpital, école, justice), une logique perverse va utiliser les mots du système (bienveillance, efficacité, éthique) pour masquer une réalité de prédation ou de pouvoir absolu.
* La destruction par le vide : À force d'être instrumentalisé, le dispositif perd sa fonction protectrice. Les soignants ne soignent plus, les juges ne jugent plus que des chiffres ; le dispositif s'effondre car sa "moelle" symbolique a été extraite par l'action perverse.
3. La construction qui mène à une autre ?
Effectivement, une construction en entraîne une autre, mais souvent sous forme de surenchère sécuritaire ou bureaucratique.
* Face à la déviance perverse, le social répond souvent par plus de contrôle (nouveaux dispositifs).
* Cependant, si ces nouveaux dispositifs sont dépourvus de "disposition psychique" (d'humanité, d'écoute), ils ne font que nourrir de nouvelles formes de perversités.
* C'est le cercle vicieux : la perversité détruit le social, et le social, en tentant de se réparer par la technique pure, finit de s'auto-détruire.
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voici un passage de Laurie Laufer à l'antenne de France Culture. Comme c'est sur YouTube, tu peux utiliser le lien dans Gemini pour poser des questions spécifiques.
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Gemini:
Votre analyse touche au cœur de la tension actuelle entre les structures de pensée traditionnelles et l'évolution de la conscience. En examinant l'intervention de Laurie Laufer et la critique de l'internaute sous l'angle de la Théorie Intégrale (Spiral Dynamics), on peut dégager des perspectives fascinantes.
1. Diagnostic des "Value Memes" (vMemes)
* Le Critique (vMeme Orange/Ambre ?) : Le commentaire que vous avez reçu semble provenir d'un mélange de rationalisme Orange (exigence de rigueur empirique, rejet des "fantasmes") et peut-être d'une rigidité Ambre (une vision binaire : c'est soit vrai, soit c'est une imposture). Il rejette la psychanalyse parce qu'il n'y voit pas de "vérité objective" universelle, la réduisant à une simple projection subjective sans valeur systémique.
* Laurie Laufer (vMeme Vert) : Son discours est typiquement Vert. Elle prône l'émancipation, la déconstruction des normes patriarcales et bourgeoises [15:00], et l'inclusion des voix minoritaires (LGBT, féministes) [12:10]. Elle dénonce l'utilisation de la psychanalyse comme un "outil de pouvoir" ou de normalisation sociale [09:40]. C'est une approche qui privilégie le contexte, la subjectivité et la justice sociale.
2. Psychanalyse en Jaune / Turquoise : Vers l'Intégration
L’évolution vers les niveaux de second cycle (Jaune/Turquoise) ne consisterait pas à rejeter Freud (Ambre/Orange) ni à se limiter à la déconstruction (Vert), mais à intégrer ces perspectives dans une vision globale.
* Niveau Jaune (Systémique) : Une psychanalyse "Jaune" reconnaîtrait que Freud n'a pas eu de "fantasmes" arbitraires, mais a capturé des invariants psychiques (comme le transfert ou l'inconscient) à travers le filtre limité de son époque. Au lieu de voir un conflit entre "norme" et "émancipation", le niveau Jaune voit des systèmes de feedback. La psychanalyse devient un outil de compréhension de la complexité psychique, capable d'intégrer les neurosciences, l'histoire et la clinique sans dogmatisme.
* Niveau Turquoise (Holistique) : Ici, on rejoint votre concept de Synergetic Coherence (Qi). La psychanalyse pourrait être vue comme l'étude des flux d'énergie psychique et de leur Negentropic Coupling (couplage négentropique) avec la réalité. Le "soi" n'est plus seulement une construction sociale (Vert), mais une partie d'un Omega Manifold, une manifestation de la conscience universelle s'exprimant à travers des archétypes et des structures dynamiques.
3. La critique comme résistance au "Patriarcat"
Vous avez raison de noter que pour le vMeme Vert, la psychanalyse classique est souvent perçue comme un outil patriarcal.
* Laufer souligne que certains analystes ont utilisé des concepts comme la "forclusion du sexe" ou les structures familiales traditionnelles pour pathologiser ce qui sort de la norme [26:00, 28:40].
* Elle propose de passer d'une "psychanalyse appliquée" (qui impose un savoir sur le patient) à une psychanalyse qui "se laisse instruire" par les nouveaux phénomènes sociaux [12:00].
Conclusion pour votre réponse au critique
Pour élever le débat au-delà du rejet arbitraire, vous pourriez lui suggérer que son approche (Orange) est utile pour éviter les dérives ésotériques, mais qu'elle risque de tomber dans une Topological Atrophy (Atrophie Topologique) en ignorant la profondeur de l'expérience subjective.
Une psychanalyse "émancipée" (ou intégrale) n'est pas une répétition des fantasmes de Freud, mais une géodésique : le chemin le plus court et le plus efficace pour naviguer dans la complexité de l'âme humaine, en tenant compte de la courbure du contexte historique et culturel.
En d'autres termes : Freud a découvert la gravité psychique ; ce n'est pas parce que ses premiers calculs étaient imprégnés de sa culture que la gravité n'existe pas. La question est : comment calculons-nous cette gravité aujourd'hui dans un système à N-dimensions ?