Bonjour.
Petit retour d'expérience sur ma situation :
Grande maison, radiateurs classiques à eau chaude, chaque radiateur revient vers un grand collecteur dans la pièce chaufferie.
Chaque pièce dispose d'un "thermostat" KNX, souvent un Theben RAM713.
Sur le grand collecteur, chaque radiateur/circuit dispose d'une vanne à pointeau classique mais la tête thermostatique est remplacée par une tête elctro-thermique 230V (C'est pas cher et ça marche, les vrais "moteurs" de vanne KNX ou 0-10V sont hors de prix) commandées en PWM (Modulation de largeur d'impulsion, en français) par un module KNX ad-hoc (Theben HMT8 je crois, mais il est assez ancien et il en existe d'autres aujourd'hui).
Ca c'est pour le coté "simple" : la commande des radiateurs ... la régulation par pièce est assurée par la régulation PI intégrée dans chaque RAM 713.
Le coté "compliqué" c'est la régulation de la chaudière !
C'est à dire, "comment expliquer à la chaudière la puissance de chauffe nécessaire pour la maison, à un instant donné ?".
En gros, il y a deux écoles :
A) Le plus simple, laisser la régulation de la chaudière tranquille, donc hors KNX, éventuellement on peut couper le circulateur (avec un simple module KNX On/Off) quand toutes les vannes de radiateurs sont fermées (ce qui demande tout de même un petit module logique KNX ou une supervision pour gèrer cette coupure).
J'ai fonctionné durant quelques années dans ce mode, avec une ancienne chaudière Buderus des années 80 et une régulation (Ecomatic 3000) sur la température extérieure ... résultat moyen mais OK. Je pense qu'une régulation sur la loi d'eau conviendrait mieux ici, mais je ne suis pas chauffagiste.
Il y a UN gros problème avec ce système : cette saloperie de "thermostat" d'ambiance ou "optimiseur" à placer dans la pièce de vie la plus chaauffée de la maison, c'est à dire souvent le salon (mais j'ai un poele au bois dans le salon et cela fausse la régul ...) ou bien dans la salle de bain (mais pourquoi devoir la chauffer à 22°C toute la journée quand elle ne sert que 1 heure par jour ???) ou bien un modèle portable sans fil ... qu'il faut balder avec soi comme un toutou ??? bref un objet ridicule et inefficace digne de la régul de chauffage des années 50 et qui entre en conflit avec la régul PI de chaque pièce. Pas le TOP, mais ça marche + ou - bien et ce n'est pas trop cher. Autre avantage, il ne faut (quasi) rien bricoler sur la chaudière.
B) Le plus complèxe, c'est à dire essayer de faire avaler à la chaudière les informations de demande de chaleur que nous fournissent tous les "thermostats" KNX (je met les guillemets car ce sont des régulateurs).
Il y a un an et demi, j'ai du changer de chaudière et je suis parti à la recherche d'une chaudière "KNX-friendly" condensation à gaz naturel. Galère galère !
En résumé, ce que j'en ai retenu :
- Buderus : il existe/existait un module KNX pour la régulation Ecomatic 4000 ... qui n'est pas celle des chaudières gaz à condensation. Il est possible d'adapter le bazar et de faire des choses intéressantes avec le KNX mais, de toute manière, c'est minimum le prix d'un porte-avion nucléaire ... donc on oublie.
- Viessmann : Il existe des interfaces KNX mais ce sont en réalité des passerelles KNX-LON. Les possibilités réelles avec le KNX ne sont pas super claires, cela permet surtout la reprise d'information depuis la chaudière mais pas trop la commande semble-t-il ... Et cela coute un bras ... donc j'ai laissé tombé.
- La passerelle Theben KNX-Opentherm : Sur papier, le produit à l'air sympa, le prix est ... payable, donc à priori c'est positif. Le problème c'est le protocole Opentherm qui ... n'est pas vraiment standardisé entre différents fabriquants. Donc le module Theben fonctionne parfaitement avec la régulation de chaudière fabriquée par ... Theben ; elle semble aussi fonctionner plus ou moins bien avec d'autres marques et modèles, avec plus ou moins de limitations ... il faut en discuter avec Theben ... et il faut que ces modèles de chaudière existent encore, ce qui n'est pas gagné car le système à tendance à disparaitre au profit d'autres protocles relativement propriétaires (eBus, etc).
- Réaliser sa propre interface à la main, à l'aide d'un plugin dispo sur internet et une supervision quelconque qui tourne sur un RaspberryPI ou micro serveur similaire. Oui, pourquoi pas, mais il faut avoir du temps pour tester et développer soi-même ... ce que je n'ai pas vraiment. Et puis la pérénité du système est tout de même légère.
Bref, j'ai laissé tombé l'idée d'une passerelle KNX dédiée ... mais pas le but final.
Mon choix : une chaudière pas trop chère qui accepte de remplacer son "thermostat d'ambiance" (chouette, on peut s'en passer !) par un module de commande en 0-10V , un acteur 0-10V KNX et un sérieux module logique KNX pour calculer la consigne à envoyer vers la chaudière.
Mon choix s'est porté vers une chaudière Vaillant car elle est facile à obtenir et à entretenir dans mon coin (Belgique), elle n'est pas hors de prix, le module 0-10V ne coute pas non plus une fortune (une centaine d'euros ?) et, petit bonus, le module dispose d'un contact pour signaler une panne/erreur vers le KNX via un petit module d'entrée 24Vdc KNX. En plus, je ne dois pas acheter ni payer le "thermostat d'ambiance" qui ne me sert à rien.
Je ne conseille pas spécialement la Vaillant plus qu'une autre mais jusqu'ici j'en suis content.
Pour le module de sortie 0-10V KNX, un module Berker 2 sorties analogiques d'occasion ne m'a pas couté cher et, passé le temps pour comprendre le système de calcul de conversion entre valeur KNX et voltage de sortie réel pas très clair, cela fonctionne. Attention, il faut bien prendre un "acteur analogique 0-10V", et non pas une commande pour "dimmer 0-10V" qui n'est pas du tout adapté au travail demandé.
Le plus complexe reste de faire calculer au système KNX la valeur de consigne qu'il faut envoyer à la chaudière pour déterminer la température de l'eau, car dans ce mode de fonctionnement la chaudière ne régule rien, elle travaille en esclave de la régulation KNX ... qu'il faut donc réaliser à la main.
Bon, en principe, la régulation est déjà faite - par pièce - par les "thermostats KNX" , donc les RAM 713 dans mon cas.
Dans mon cas, je suis parti de la théorie suivante :
1) Attribuer un "poids thermique" fixe à chaque pièce. A évaluer selon la taille de la pièce, son exposition, son isolation et une petite dose de "pifomètre".
2) Toutes les minutes et pour chaque pièce, relever le pourcentage d'ouverture de vanne demandé (par le RAM 713) et le multiplier par le "poids thermique" de la pièce.
3) Toutes les minutes, faire la somme des produits précédents, "normaliser" la valeur obtenue (controle du minimum et maximum, forçage, etc.) et la convertir en une consigne de chauffe pour la chaudière.
J'ai la chance d'avoir une vieux module logique EIB "FunktionsModul" GIRA 513.00 qui dispose de plein de blocs logiques et de calcul pour ce genre de travail ... même si la doc en allemand n'est pas toujours soimple à piger et le logiciel de programmation fait très "Windows 3.1", pour ceux qui ont connu ... mais une supervision plus récente (GIRA HomeServer ou autre) fera sans doute aussi l'affaire.
Pour ce qui est de la programmation horaire, pour adapter le mode de chauffage selon le jour et l'heure, c'est un autre module KNX qui fait le boulot et commande uniquement les RAM 713 en poussant le bon mode (confort, eco, nuit, hors-gel) pour chaque pièce. Il n'y a aucune commande envoyée en direct vers la chaudière pour l'instant, tout ce fait via les RAM 713.
Cela fait quelques mois que le système fonctionne mais il est encore loin d'être optimal, je vais devoir encore afiner mes divers coefficients comme les "poids thermiques" par pièce et ce que j'apelle la "normalisation", prévoir un mode "été" aussi, mais dans les grandes lignes, cela fonctionne, de plus la maison est encore en travaux, je préfère faire le forcing sur l'isolation avant de trop chipoter sur les paramètres de mon calcul de régulation. A affiner sur le moyen terme donc.
Point de vue prix, comme je disposais déjà du module logique, le surcout du à la "KNXification" de la chaudière est resté très très raisonnable, on parle d'environ 200 euros en matériel mais j'ai aussi économisé le "thermostat d'ambiance" de la chaudière qui est plus simple et du coup, un poil moins cher.
Bien entendu, je ne compte pas le temps passé à la recherche des produits, comprendre leur fonctionnement, établir les calculs et blocs logiques, programmer le bazar, tester, râler parce que cela ne fonctionne pas, rassurer Madame par des "Mais oui chérie, les radiateurs vont bien chauffer avant qu'il ne commence à geler dehors" etc.