Ce n’est pas une blague de soixante-huitard. Les polices de Bâle-Ville et de Zurich, avec des représentants des Départements de la santé publique concernés, planchent actuellement sur un projet de vente légale de cannabis à des adultes. Berne et Lucerne veulent leur emboîter le pas.
Victor Fingal - le 07 juin 2011, 08h54
Le Matin
Si les deux grandes cités alémaniques font figure de proue, d’autres cités sont aussi prêtes à franchir le pas. «Nous avons reçu le mandat d’étudier la faisabilité du projet du Grand Conseil bâlois», explique Eveline Bohnenblust, responsable de la section «addiction» du Département de la santé publique. A Zurich, mais aussi à Berne et à Lucerne, des projets identiques sont en cours.» Le 9 mai dernier, déjà, révélait hier la «BaslerZeitung», une délégation bâloise comprenant Eveline Bohnenblust et Gerhard Lips, le commandant de la police bâloise, ont rencontré des représentants de la police et des spécialistes de la toxicomanie à Zurich.
Avis de droit demandé
Premier résultat concret:
«Nous avons demandé l’établissement d’un avis de droit indépendant qui
devra déterminer s’il est possible d’établir des conditions-cadres à ce
projet.» Pour l’heure, Eveline Bohnenblust ne sait pas encore l’aspect
définitif que prendra cette vente autorisée de cannabis. Mais les
instigateurs du projet ont déjà fait savoir qu’il n’était pas pour
autant question d’accepter les plantations sur les balcons ou les
fumettes au bord du Rhin. Du côté du principal organisme de prévention
de la toxicomanie, la distribution de chanvre ne soulève pas
l’enthousiasme. «Nous craignons que des projets qui ne concernent que
certaines villes et certains cantons attirent des consommateurs d’autres
régions», explique Donatella Del Vecchio, porte-parole d’Addiction Info
Suisse. «Nous ne croyons qu’à une solution au niveau fédéral. Dans ce
contexte, nous sommes persuadés que l’introduction d’une simple amende
d’ordre, comme le demande une initiative parlementaire, serait la base
d’un traitement équitable pour tous les consommateurs de stupéfiants.»
Pour le conseiller d’Etat neuchâtelois (PS) Jean Studer , président de la Conférence latine des chefs des Départements de justice et police, une initiative du genre de celle projetée dans les principales villes alémaniques est difficilement pensable de ce côté de la Sarine. «Les sensibilités sont différentes, nous l’avions déjà vécu à l’époque du Letten, la scène ouverte de la drogue à Zurich. D’ailleurs, à ma connaissance, aucun projet de ce genre n’a cours actuellement en Suisse romande.» Sur le fond, quant à une éventuelle distribution contrôlée de cannabis, Jean Studer est prudent. «Je reste réservé à titre personnel sur ce genre de projet. Mais je n’exclus pas une possibilité d’ouverture.» Jean Studer a aussi rappelé le tollé provoqué en Suisse romande par les «shootoirs» alémaniques «mais qui n’ont finalement pas donné d’aussi mauvais résultats que prévu.»
http://www.lematin.ch/actu/suisse/villes-suisses-vont-vendre-cannabis-413370