Salut.
J'ai regardé plus en profondeur les possibilités de fonctionnement des associations via internet. Il y a quelques exemples de cas d'association dont les AG par internet, rien concernant les associations avec démocratie liquide, mais a priori rien non plus (au niveau légal) qui l'interdit. Avant de rentrer dans cette problématique, je vais faire un rappel du fonctionnement d'une association, pour que les choses soient claires pour tout le monde (je ferais un dossier le plus complet possible, pour que les futurs responsables de l'association ne soient pas perdus).
Pour commencer : une association, c'est avant tout une structure juridique, je vais donc toujours analyser les pire situations qui peuvent intervenir. Le but n'est pas d'être alarmiste, mais si on veut créer une association nationale qui dure dans le temps, il faut prévoir à long terme.
Une association, c'est un regroupement de plusieurs personnes dans un objectif commun. Les membres gardent leur responsabilité personnelle, ils établissent les contrats en leur nom propre (à prendre au sens large, donc aussi bien l'achat d'un cahier de comptabilité que la location d'une salle de réunion, l'ouverture d'un compte bancaire, etc). En sens, nous sommes déjà une association au sens de la loi de 1901.
Une association déclarée est une association dont les statuts sont publiés et qui a un statut légal de personne morale. Elle peut établir des contrats en son nom, les personnes ne sont plus responsables individuellement (dans une certaine limite). Cette personne morale est représenté par un ou plusieurs dirigeants légaux.
Fondamentalement, il s'agit d'un contrat signé enter les membres de l'association, qui leur donne des droits et devoirs. La personne morale (l'association) représente cette volonté commune, les dirigeants sont les mandataires désignés par les membres (ils n'agissent pas en leur nom propre, mais au nom de tous les membres de l'association).
Une association agréée est une association déclarée qui est reconnue par les pouvoirs publics locaux, régionaux ou nationaux et peut recevoir des dons. Elle a une obligation de fonctionnement démocratique et de stabilité.
Concernant l'assemblée générale, le comité d'entreprise et le bureau, ce n'est pas une obligation légale. Ce sont juste des moyens pour assurer le fonctionnement démocratique (et rassurer les personnes extérieures, en particulier les pouvoirs publics).
L'assemblée générale permet de rassembler les membres de l'association pour qu'ils puissent exprimer leur volonté de déléguer leurs responsabilités à des mandataires. Les limites de la délégation des responsabilités sont définies dans les statuts et règlement intérieur. On peut décider que les mandataires ont les pleins pouvoirs exécutif (ils prennent toutes les décisions nécessaires pour la réalisation des objectifs de l'association définis dans les statuts) et rendent simplement compte aux membres. L'autre extrême est que les mandataires n'ont aucun autre pouvoir que de représenter l'association (ie signer les contrats) et constatent simplement les décisions des membres.
Le conseil d'administration est une instance intermédiaire entre les mandataires et les membres (elle n'est pas obligatoire légalement). L'idée est que dans une association de taille importante, il sera difficile de rassembler les membres pour qu'ils expriment leurs volontés (dans le fonctionnement classique des associations, je reviendrais sur l'utilisation d'internet plus tard). Le CA est un petit groupe de mandataire non dirigeant (ils expriment la volonté des membres, mais ne sont pas représentant de l'association en tant que personne morale), ce qui permet des les rassembler plus facilement. Ils sont un contre-pouvoir aux mandataires dirigeants, dans le sens où ils peuvent donner des consignes aux dirigeants et vérifier leurs activités.
Le bureau est constitués par les mandataires dirigeants et donc les représentants légaux de l'association en tant que personne morale. Ils peuvent être nommés par les membres directement ou par le CA. S'ils sont nommés par une AG, cela veut dire qu'en cas de démission ou autre d'un membre du bureau, il faut rassembler une AG extraordinaire pour nommer de nouveaux dirigeants, ce qui peut prendre des mois (hors utilisation d'internet, j'y reviendrais). Dans cette situation, le bureau n'a plus le droit légal de prendre des décisions, ce qui peut paralyser le fonctionnement de l'association pendant des mois (c'est pour cela que les pouvoirs publics aiment bien les associations avec CA, pour éviter ces situations de blocage).
Les groupes (ou commission) de travail sont une ou plusieurs personnes qui reçoivent un mandat plus ou moins limité. Comme en pratique, pour une association de taille importante, il sera difficile aux mandataires dirigeants de réaliser tous les actes eux-même (signer un contrat de location par exemple dans une ville qui organise une rencontre), ils peuvent déléguer une partie de leur mandat à d'autres personnes (pour signer des contrats ou payer des choses par exemple). Ils restent responsables du choix des personnes qu'ils désignent, mais ensuite ces personnes engagent leurs responsabilités propres. Il n'est pas indispensable que les groupes de travail soient spécifiquement définis dans les statuts, mais ça permet de les encadrer.
Au final, on a la chaîne de mandataire suivante : les membres de l'association (ceux qui le pouvoir initial) -> conseil d'administration -> bureau -> groupes de travail
Voilà pour le résumé de l'aspect légal des associations. Je vais maintenant aborder les points sur lesquels je m’interroge.
Concernant l'utilisation d'internet. Dans le fonctionnement habituel d'une association, les votes sont fais lors d'AG "physique", chaque personne présente peut recompter les voix et valider directement un vote. Le résultat du vote est consigné sur un procès-verbal et signé par les représentants, tous les membres peuvent vérifier ce procès-verbal et l'opposer au CA ou bureau devant la justice en cas de litige. Pour la nomination des représentants, le vote est secret, aussi bien pour la nomination du CA que la nomination du bureau. On préserve l'anonymat des votes, mais tout le monde présent à l'AG ou au CA peut vérifier que personne ne vote deux fois, que les identités sont vérifiées, que le décompte est correct, etc. Le fonctionnement démocratique est garantie.
Lorsque l'on passe par internet, c'est plus compliqué. On peut avoir des problèmes techniques qui faussent les résultats d'un vote (par exemple sur l'implémentation du calcul d'un vote par Condorcet), on peut perdre des données, on peut ajouter ou modifier des votes. Et on ne peut garantir l'anonymat des votes et la validité du décompte des voix en même temps. Et que pourra-t-on faire si le responsable informatique justifie l'achat de son nouvel ordinateur à 3000€ par un vote qui n'a jamais eu lieu ou le président qui annonce que la dernière élection (qui n'allait pas dans son sens) a été perdu à cause d'un problème informatique.
Je n'ai rien contre l'utilisation d'internet en soi, mais il faut, devant la justice, pouvoir prouver qu'un vote s'est correctement dérouler et que les résultats publiés correspondent à la réalité. Encore plus pour les votes permettant de désigner les mandataires (CA et bureau).
Concernant la limite du mandat et de la démocratie directe. Tous ceux qui ont déjà participé à des réunions savent bien le problème : une réunion à 3 personnes, le boulot avance. À à 10 personnes, ça devient difficile. À 50 personnes, c'est du n'importe quoi. Un exemple très concret : allez sur wikipédia pour le fonctionnement des prises de décisions "démocratiques". C'est un bordel incroyable, on passe des mois à discuter s'il faut faire un vote ou non, comment rédiger les questions, comment calculer les votes, etc. Et certaines personnes sont des "légalistes" acharnés, ils discutent de la moindre virgule, la moindre tournure de phrase. Ce n'est pas forcement une mauvaise chose (la justice procèdera comme ça en cas de litige), mais c'est clairement contre-productif.
Ce n'est pas forcement problématique si c'est pour prendre des décisions sur le long terme, comme par exemple une modification des statuts de l'association. Mais pour des décisions sans trop de conséquence, c'est problématique. Et même pour les décisions sur le long terme, est-ce que c'est utile ? Si on devait rédiger les statuts de l'association comme cela est fait sur wikipédia, l'association ne serait pas créée avant plus mois, voir années. Et est-ce que ça serait plus démocratique ? Je ne crois pas. Je ne suis pas mandaté pour écrire ces statuts, je propose un texte, on en discute, on adapte en fonction des remarques de chacun. Et si une personne n'est pas d'accord, elle peut toujours écrire une proposition de statuts et les membres de l'association décideront par un vote lors d'une assemblée constituante. Chacun est libre de participer, donner son avis, décider, je crois que le fonctionnement est démocratique.
Autre problématique avec la démocratie directe est comment l'imposer en pratique à ceux qui organisent les rencontres. Qu'est-ce qu'on devrait modifier dans l'organisation des rencontres qui ont eu lieu (Paris) ou celle qui s'organisent (Lyon, Rennes) ? On va leur dire de proposer des lieux de rencontre, des intervenants possibles, des thèmes abordés, etc. et demander le vote des membres. Contrôler le déroulement des opérations et taper sur les doigts de ceux qui donnent de leur temps pour l'association ? Personnellement, si après une rencontre, j'avais 50 personnes qui n'ont rien fait, mais vont quand même m'expliquer en quoi j'aurais pu faire les choses différemment, ça ne me motivera pas à faire d'autres choses par la suite. Je crois qu'il faut donner un minimum de confiance aux personnes qui seront mandataires, leur donner des responsabilités et les moyens d'exercer ces responsabilités.
Bref, je ne suis pas contre un système de démocratie directe par internet, mais je ne vois pas pour le moment le fonctionnement pratique. J'aimerais bien un exemple concret de votre vision des responsabilités et limites de chacun, comment se passerait en pratique l'organisation de rencontre dans ce système. Par défaut, je préfère donc le système classique du fonctionnement des associations (en mettant en place un site internet pour que les dirigeants puissent diffuser toutes les informations et demander les avis des membres de l'association).
Guillaume