BENIN: Les frontières de la division

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May 1, 2011, 10:08:43 AM5/1/11
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Bénin : Les frontières de la division

Écrit par L'Autre Fraternité du 28/11/2011

Jeudi, 28 Avril 2011 09:04

Le Bénin, ex-Dahomey, partage plusieurs milliers de kilomètres de
frontières avec ses voisins. Des frontières artificielles héritées de
la colonisation, qui divisent non seulement les pays mais également
les peuples de la même aire culturelle et géographique... A l’occasion
de la diffusion sur ARTE du documentaire Berlin 1885 : la ruée sur
l’Afrique, Slate Afrique s’associe à la chaîne franco-allemande et
publie un dossier sur les frontières héritées de la conférence de
Berlin. Trois écrivains et journalistes du continent analysent leur
impact sur la vie des Africains. Il y a quelques années encore, les
écoliers du cours primaire au Bénin apprenaient que la superficie de
leur pays était de 112.600 km². Limité au sud par l’océan Atlantique,
à l’est par le Nigeria, à l’ouest par le Togo et au nord par le Niger
et le Burkina Faso, ce territoire s’est depuis réduit à peau de
chagrin — et les Béninois ne manquent pas d’humour à ce propos. Il en
faut, car leur pays a des problèmes avec ses frontières, ses voisins,
et même avec la mer qui grignote tous les jours un peu plus de terre,
du fait de l’érosion côtière grandissante.

Lorsqu’en 1885 le Chancelier du Reich Otto Von Bismarck a réuni à la
conférence de Berlin les différentes puissances coloniales de
l’Afrique, l’objectif était de régler les différends territoriaux par
la délimitation des frontières. Comme un gâteau, l’Afrique fut donc
partagée. Mais en vérité, et l’on s’en rend compte aujourd’hui, ce
partage a créé plus de problèmes qu’il n’en a résolus. Malgré la
volonté des Etats africains à évoluer vers l’unité du continent, les
frontières nationales restent une préoccupation permanente. Le Bénin a
ainsi frôlé plusieurs guerres ouvertes avec ses voisins à cause de ces
problèmes frontaliers. En 1994, il s’en est fallu de peu pour que les
armées béninoise et nigérienne ne s’affrontent pour la propriété de
l’île de Lété, située sur le fleuve Niger que se partagent les deux
pays. Finalement, c’est la Cour internationale de La Haye qui a
tranché le différend, en donnant l’île de Lété au Niger et d’autres
petites îles du même fleuve au Bénin.

Plusieurs conflits frontaliers opposent le Bénin à ses voisins
N’eût été la volonté des autorités béninoises d’éviter un conflit
inutile, la localité disputée de Kourou-Koalou près du fleuve Pendjari
aurait récemment mis face-à-face les armées béninoise et burkinabé —le
Burkina n’hésitant pas à marquer sa présence par des forces de
sécurité sur une zone qui pourtant doit être considérée comme neutre
avant le verdict de La Haye. Que ce soit avec le Togo ou le Nigeria,
des problèmes de frontières subsistent, mais les autorités préfèrent
généralement les ignorer —ce qui permet de ne jamais les régler.
Jusqu’au jour où la plus petite étincelle entraînera ces pays dans un
conflit plus ou moins grave, et remette en cause les relations de
«bon» voisinage.

Pourtant, de part et d’autre de toutes ces frontières, vivent des
populations qui parlent les mêmes langues. Souvent, ce sont des
membres d’une même famille qui sont ainsi divisés par la ligne de
démarcation —quand celle-ci existe. On retrouve ce cas de figure entre
le Togo à Sanvee-Condji et le Bénin à Hilla-Condji au sud, et au nord
entre Nadoba au Togo et Boukoumbé au Bénin. Rien de surprenant donc à
ce que les frontières ressemblent fort à de véritables passoires. Une
grande partie de l’essence frelatée (kpayo en langue Fon) en
provenance du Nigeria bénéficie de ces facilités. Il en est de même de
tous les produits made in Nigeria qui inondent les marchés béninois.

Entre le Nigeria et le Bénin, les populations parlent la même langue
aux frontières: le Yorouba. On retrouve cette ethnie majoritaire dans
le sud-ouest du Nigeria dans une bonne partie du sud-est du Bénin. Le
Yorouba est la langue dominante des départements de l’Ouémé et du
Plateau, et même au-delà avec sa variante, le Nago. L’illustration la
plus éloquente de la division des peuples par les frontières se situe
entre Boukoumbé au Bénin et Nadoba au Togo, dans les départements de
l’Atacora et de la Donga, au nord-ouest. Tous les Bètammaribè, connus
pour être un peuple de bâtisseurs de châteaux-forts surnommés Tata
Somba, sont originaires du Bénin, précisément de Boukoumbé.

Ces constructions, qui constituent une grande curiosité touristique
dans les deux pays, sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco au
Togo, alors qu’ils ne le sont pas encore au Bénin. Au cours des
cérémonies d’initiation des Bètammaribè, les populations de Nadoba au
Togo traversent la frontière pour aller prendre part aux
manifestations à Boukoumbé au Bénin. Dans les deux sens, il n’est pas
rare de voir des personnes d’une même famille aller et venir de part
et d’autre, juste pour rencontrer des parents ou pour un conseil de
famille. Ce qui est fréquent, surtout à l’occasion des cérémonies
funèbres, quand on sait que les Bètammaribè sont très attachés à leurs
us et coutumes. En outre, l’absence de démarcation nette de la
frontière fait que l’on passe allègrement sans s’en rendre compte du
Bénin au Togo et vice-versa.

Les difficultés des populations frontalières
Les hommes politiques ont pleinement conscience que les frontières ne
veulent rien dire pour les populations qui y habitent, et que chaque
camp fait surveiller étroitement les limites du fief de son
adversaire. Et cela pour éviter qu’il ne fasse traverser des
«étrangers» pour venir voter à son détriment. C’est un secret de
polichinelle, mais cette pratique a été souvent utilisée par des
partis politiques au Bénin, au nord comme au sud, au cours d’élections
passées. Loin d’avoir disparu, ce tour de passe-passe se fait encore
aujourd’hui au moment de l’inscription des électeurs sur les listes
électorales. Et ce n’est pas le fait du hasard si l’opposition
béninoise est très tatillonne sur la Liste électorale permanente
informatisée (Lépi).

De sources dignes de foi, au Togo feu le président Gnassingbé Eyadema
[décédé en 2005, ndlr] n’hésitait pas à faire traverser des Béninois,
autant que faire se pouvait, pour voter en sa faveur. L’«affaire
Pamphile Hessou », du nom de ce sous-préfet de Boukoumbé sous le
régime du président Nicéphore Soglo [au pouvoir de 1991 à 1996, ndlr]
et porté disparu jusqu’à ce jour, serait liée à ce trafic d’électeurs.

L’ex-sous-préfet en question n’aurait pas respecté l’accord passé avec
le président Gnassingbé Eyadema de laisser les gens traverser pour
aller voter au Togo. Les présidents béninois et togolais entretenaient
à l’époque des relations exécrables. Les populations qui vivent
partagées entre les frontières n’ont pas la même notion ou le même
sentiment d’appartenance nationale que celles qui sont confinées à
l’intérieur. La preuve en est que lorsque surgissent de graves crises
entre deux pays frontaliers, ces populations sont également partagées
et ne savent plus comment se définir —car elles vivent au quotidien
avec la binationalité.

Le phénomène est beaucoup plus patent si le père et la mère sont
originaires de part et d’autre de la frontière. Ces cas sont légion,
d’où une certaine souplesse vis-à-vis des riverains aux frontières,
que l’on observe toujours en traversant ces dernières. Il est de
notoriété publique que les agents des forces de sécurité publique en
poste aux frontières rançonnent les passants. Surtout ceux qui ne
disposent pas d’une pièce d’identité. Entre Hilla-Condji au Bénin et
Sanvee-Condji au Togo, sur la route inter-Etats Cotonou-Lomé, il faut
payer 500 francs CFA (0,76 euro) à chacun des deux postes de contrôle.

Mais les riverains, eux, ne sont jamais assujettis à ce bakchich et
peuvent passer autant de fois qu’ils le désirent. La charte de
l’Organisation de l’unité africaine (OUA, l’ancêtre de l’Union
africaine) reconnaît en effet «le principe de l’intangibilité des
frontières héritées de la colonisation». Mais en attendant que le rêve
d’une Fédération des Etats-Unis d’Afrique devienne une réalité pour
mettre fin à cette balkanisation de l’Afrique, la gestion des
frontières reste toujours un problème lancinant. Même si pour les
populations riveraines, ces frontières n’existent pas en tant que
telles.


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