Bonjour à tous,
Les visites de stage sont, comme vous le savez,
extrêmement intéressantes pour vérifier l'adéquation de notre formation avec le
milieu professionnel. Pour ceux qui sont chargés du cours de connaissance du
milieu professionnel en BTS ABM, c'est l'occasion de confronter notre vision du
monde de la biologie médicale avec la réalité.
Les dernières visites que j'ai effectuées en
laboratoire d'analyses montrent un vrai pessimisme de la part des biologistes
concernant l'évolution de leur métier et de celui des techniciens de
biologie médicale.
Tous se réfèrent au rapport
Lalande émis par l'IGAS en 2006 et que Roseline Bachelot serait prête à
suivre (annonce vraisemblable courant juillet).
Lisez ce rapport , vous y trouverez des
informations importantes très intéressantes sur:
- les spécificités de la biologie libérale en
France: nombreux et petits laboratoires, densité de biologistes très élevée par
rapport à la moyenne européenne; des volumes d'acte en progression continue et
une très bonne rentabilité (d'où l'un des meilleurs revenus de la
profession médicales après les radiologues)
- les structures administratives dont dépendent les
laboratoires d'analyse (A la lecture de ce rapport, j'ai compris pourquoi
j'avais du mal à préparer le cours sur l'organisation du monde de la santé
appliqué aux LABM!) : atomisation de la tutelle et très bon lobbying des
syndicats de biologistes, encadrement juridique très protecteur et nomenclature
des actes obsolète, ne tenant pas compte de l'automatisation.
- la singularité du modèle français dans le cadre
européen: forte densité de biologistes pour la population, forte densité de
laboratoires privés
- la qualité dans les LABM (nombre de laboratoires
accrédités ou dans une démarche qualité, lacunes liées à l'organisation de
l'évaluation externe de la qualité...)
Les propositions du rapport Lalande, qui est très
critique vis à vis de l'organisation administrative, de la législation actuelle
et du financement des actes des LABM, sont effectivement de nature à faire peur
aux biologistes dans la mesure où l'objectif clairement affiché est de diminuer
la rentabilité jugée excessive des LABM (et au détriment de l'assurance
maladie).
1/Imposer le GBEA à tous puis, à échelle 2010 la
norme iso15189
2/ Alléger les normes de personnel (moins de
biologiste et moins de techniciens: actuellement le nombre de techniciens est
lié au nombre de "B" en gros les actes de biologie; le rapport Lalande
propose de supprimer cette contrainte) et bloquer le numerus clausus de
biologistes
3/ Modifier le prix du "B" ou modifier la
cotation en B des actes les plus rentable. (Chaque acte de biologie est
codifié par un sigle Bxxx, xxx étant le chiffre multiplicateur du B qui vaut
actuellement 0,27 euro)
4/ Inciter les médecins à prescrire moins d'actes
en élaborant des référentiels qui leur seraient destinés ou en favorisant la
mise en place de logiciels de prescription (!!!)
5/ Faciliter les regroupements de laboratoire. La
France devrait d'autoriser très bientôt, si ce n'est déjà fait, l'ouverture
du capital des LABM conformément à ce que demande la commission européenne.
Les directeurs de laboratoire sont farouchement opposés à cette
mesure.
6/ Réorganiser la tutelle administrative pour
permettre une stratégie efficace de
l'administration centrale et diminuer l'influence des syndicats de biologistes
qui seuls, aujourd'hui, auraient une vision complète du secteur.
L'ordre des médecins vient de répondre à ces
propositions dans un rapport
datant du 1er Juillet 2008:
- ils proposent d'augmenter le numerus clausus de
biologistes
- ils demandent la possibilité pour le
biologiste de prescrire des examens complémentaires
- ils recommandent d'aller vers l'accréditation
progressivement
- ils s'opposent à l'entrée de
capitaux non biologistes
enfin, ils demandent d'être consultés pour la
rédaction des textes législatifs et règlementaires de la réforme de la
biologie.
Les syndicats
de biologistes sont également très actifs.
Il semble donc que le cours de "connaissance
du milieu professionnel" puisse trouver,
dans l'actualité, une certaine résonnance auprès de nos étudiants,
particulièrement à l'issue du stage de première année.
Dans une perspective plus large, il est important
que nous nous interrogions sur les formations spécifiques à conseiller à nos
étudiants afin qu'ils anticipent l'évolution du métier au lieu de la
subir.
Qu'en pensez vous?
Géraldine Carayol
Lycée Marie curie, Versailles