LE MONDE BOUGE, QUE FAISONS-NOUS ?

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Congo Libre

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Oct 8, 2011, 3:54:12 AM10/8/11
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LE MONDE BOUGE, QUE FAISONS-NOUS ?

Par Dr Fweley Diangitukwa

Politologue et écrivain

L'article entier se trouve sur
le blog de l'auteur : www.fweley.wordpress.com

[...]

Le monde est en concurrence depuis la nuit des temps

Les
pays du monde sont en concurrence depuis la nuit des temps et le
centre économique a toujours changé avec les siècles.
Pendant longtemps, l’Egypte fut le centre, puis Bagdad, Rome
(l’Italie), Anvers, l’Angleterre, les Etats-Unis. Ce sont
maintenant les nouveaux pays émergents qui réclament une place au
soleil.

Apparu en 2001, l’acronyme BRIC symbolise
les quatre stars des pays émergents, à savoir : le Brésil, la Russie,
l’Inde et la Chine[2]. Ces pays représentent plus
de 40 % de la population mondiale, plus de 50 % du PIB des 150 pays en
développement, des taux de croissance de 5 % à
10 % par année, des matières premières et la main-d’œuvre, de
l’énergie, de l’innovation, une soif d’apprendre et une
envie de s’imposer. Ces pays vont dépasser les Etats-Unis, l’Europe et
le Japon dans trente ans en tant que force
économique et financière. La face du globe va s’en trouver changée.
Les pays regroupés sous le terme de BRIC pourraient
devenir économiquement plus puissants que les pays de l’actuel G7
(Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-
Bretagne, Italie, Canada). Ils vont largement dominer l’économie
mondiale vers les années 2050. De nombreux pays
émergents sont porteurs de la croissance économique de demain, parmi
lesquels il convient d’ajouter : le Mexique, la
Turquie, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, l’Argentine, etc. On prévoit
qu’en 2030, la Chine devrait être la première
puissance économique mondiale devant les Etats-Unis et l’Inde.

La Chine : l’atelier du monde

L’histoire ne le dit
pas assez, mais la Chine fut pendant des siècles la civilisation la
plus avancée, surclassant le reste de la planète
dans de nombreux domaines. La Chine a presque tout inventé avant les
Occidentaux[3] : l’acier, la brouette, la
manivelle, l’écluse, le pont suspendu, le métier à tisser, la
céramique, etc. Elle est à l’origine de plusieurs
inventions majeures : la boussole, l’imprimerie, le papier, les pâtes
alimentaires, la poudre à canon ou le billets de
banque. Au début du XIXe siècle, son économie représentait un tiers du
PIB mondial. Mais elle fut exploitée par les
puissances coloniales européennes, britannique (guerre de l’opium),
américaine et japonaise. Si la Chine des années 70
est un géant démographique, elle est un nain économique. Mais en une
génération, soit 25 ans, la Chine a traversé les
mutations que les pays occidentaux ont mis 150 ans à accomplir.

Il a fallu 58 ans au Royaume-Uni pour doubler son PIB
en pleine révolution industrielle (fin XVIIIe-début XIXe siècle), 47
ans aux Etats-Unis entre 1839 et 1886, la Chine l’
a fait en 30 ans (trois fois moins) entre 1980 et 2010. Elle est
entrain de vivre actuellement sa première révolution
industrielle. Beaucoup d’entreprises occidentales délocalisent en
Chine. C’est maintenant l’Empire du Milieu qui prête
aux Occidentaux.

Tout commence en 1978, deux ans après la mort de Mao, lorsque la Chine
s’ouvre à l’économie de marché
et invente un nouveau système économique : le capitalisme d’Etat ou
l’économie de marché socialiste ou encore l’
économie sans démocratie. Grâce à une main-d’œuvre docile,
travailleuse et mal payée, la Chine est devenue en peu de
temps la deuxième puissance économique mondiale (détrônant le Japon)
et ambitionne d’être un jour la première. Sa
croissance économique est aux alentours de 10 % depuis plus de trente
ans. En Chine, la terre appartient à l’Etat qui
la loue aux paysans.

Du XVIe siècle au XVIIIe siècle, l’Inde et la Chine étaient les pays
les plus riches du monde. L’
Inde avait les meilleurs mathématiciens et astronomes. Le XIXe siècle
a marqué leur déclin et le XXIe siècle leur grand
retour sur le devant de la scène mondiale.

L’Inde : le bureau du monde

Après son indépendance en 1947, l’Inde a
choisi un mode de développement socialiste, très aligné sur le système
soviétique. Le résultat fut dramatique : niveau
de production très faible, sous-alimentation chronique, impossibilité
de sortir du sous-développement. Dès 1991, le
pays adopte un certain nombre de libertés économiques. L’ouverture de
son commerce aux marchés étrangers crée une
véritable révolution économique. Si la Chine a misé sur l’industrie,
l’Inde a choisi les services (notamment l’
informatique) pour asseoir son développement. Grâce à de très
importants investissements étrangers et à une main-d’
œuvre abondante et bon marché, l’Inde s’est hissé en peu de temps dans
le groupe des grandes puissances économiques.

La Russie : le carburant du monde

Après 70 ans de communisme, le système d’économie planifiée ou
centralisée de l’
URSS – dans lequel l’Etat possède tous les biens de production et
planifie l’ensemble de la vie économique – s’
effondre.

Dans les années 90, la transition vers l’économie de marché se fait
dans la douleur et se traduit par une
flambée d’inflation et une explosion du nombre de chômeurs.

Depuis 1999, l’économie russe a repris un nouveau départ
et certains l’imaginent déjà parmi les cinq plus grandes puissances
économiques vers 2030. L’économie russe est
soutenue par la vente des hydrocarbures (pétrole et gaz) et d’un grand
nombre de métaux.

Le Brésil : le grenier du
monde

Le Brésil mise en premier lieu sur l’agriculture. Il est le premier
producteur mondial de café, de tabac, de
jus d’orange, de soja, de sucre, de viande bovine et de volaille mais
aussi de fer et de phosphate, 4e pour la bauxite,
l’étain et le caoutchouc[4]. Il détient 17 % des réserves mondiales
d’eau douce et 22 % des surfaces agricoles. L’
agrobusiness est bien le moteur de l’économie brésilienne. Sa
croissance économique varie entre 3 % et 6 % depuis 2003,
sauf en 2009 ( - 0,2%)[5].

Et nous, que faisons-nous pendant que les pays émergents revendiquent
leur place au soleil
?

Pour éviter à notre pays de tourner en rond, je propose, dès 2012,
avec la nouvelle équipe gouvernementale, l’
organisation d’une conférence annuelle des spécialistes de l’économie
internationale qui vont régulièrement se pencher,
chaque année, pendant quelques jours de rencontre, sur l’état de
l’économie congolaise. A l’issue de leur conférence,
ils feront des propositions concrètes qui seront soumises aux
critiques des autres spécialistes et qui vont, après un
débat public, orienter les grandes décisions du ministère de
l’économie nationale. Les entreprises publiques et privées
ainsi que les hommes d’affaires s’y inspireront. A mon avis, c’est une
piste qui permettra à notre pays de sortir du
marasme économique qu’il connaît depuis son indépendance. Evidemment,
sans lutter efficacement contre la corruption et
l’impunité, sans transparence et un Etat de droit qui met un accent
particulier sur la nécessité de rendre compte au
peuple, l’organisation d’une conférence annuelle des spécialistes de
l’économie, que je propose, ne servira à rien.

Stimuler la valeur ajoutée générée par l’ensemble de l’activité
économique au niveau national

Avec les ressources
naturelles que possède notre pays mais aussi avec ses potentialités
touristiques (le Congo est un scandale géologique
et touristique), notre pays peut décoller en très peu de temps, mais
il faut à la tête de l’Etat des hommes compétents,
décomplexés, maîtrisant la géopolitique, l’économie et les relations
internationales, pleins de savoir global et local
et mettant en avant la démocratie participative, la gouvernance dans
sa dimension de lutte contre la corruption et l’
impunité et aussi dans ses autres dimensions liées à la transparence
et à l’exigence de rendre compte. L’équipe
actuelle au pouvoir est loin de ces objectifs alors que la RDC possède
les facteurs de production nécessaires pour
augmenter le produit intérieur brut (PIB), c’est-à-dire la croissance
économique qui permet de créer des emplois, de
lutter contre le chômage, de satisfaire davantage de besoins et
d’offrir un plus grand choix de biens et de services,
de disposer de plus de temps de loisir et de plus de moyens pour
l’Etat qui pourra ainsi réaliser sa politique sociale.

Puisque notre pays possède les principaux facteurs de productions
hormis l’investissement (à savoir les matières
premières et une main-d’œuvre abondante et disponible), il nous faut
maintenant créer notre propre enrichissement pour
initier le décollage économique qui contribuera à réduire les
inégalités sociales et le mécontentement social. Oui, il
nous faut créer les conditions de la croissance économique qui sera
progressivement soutenue par une bonne répartition
des fruits de cette croissance, c’est-à-dire par une augmentation
aussi régulière que possible des salaires. C’est la
confiance entre ceux qui fournissent leur force de travail et ceux qui
financent les investissements qui raffermit le
lien social et qui est au centre de la réussite économique d’une
nation. Pour le dire autrement, c’est le consensus
social qui crée les conditions de la croissance. Il nous faut créer
les conditions favorables qui permettront aux
consommateurs congolais d’être régulièrement optimistes sur
l’évolution de l’économie nationale et sur la sécurité de
leur emploi afin qu’ils consomment toujours plus. Dans le cas
contraire, si les perspectives économiques sont mauvaises
comme elles l’ont toujours été et comme elles le sont sous ce régime,
la précarité salariale et la crainte du chômage
vont freiner la consommation et rendre nul le niveau d’épargne. Un
pays qui n’investit pas régresse. Sans action
réfléchie, il n’y a pas de développement. Le Congo doit investir
aujourd’hui dans les secteurs qui généreront des
richesses demain. L’Etat actuel a lamentablement échoué dans cette
voie. On ne peut le reconduire.

Références

Pour
découvrir la pensée de l’auteur sur les questions soulevées dans cet
article , veuillez vous référer à ses
publications, notamment :

- Stratégies pour la conquête, l’exercice et la conservation du
pouvoir, éditions
Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, Saint-Légier (Suisse), avril 2011, 236
pages (grand format);

- Gouvernance,
action publique et démocratie participative, éditions Monde Nouveau/
Afrique Nouvelle, Saint-Légier (Suisse), 276 pages,
janvier 2011, 276 pages (grand format);

- La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se
développe pas,
Paris, L’Harmattan, 2010, 317 pages (grand format).

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[1] Les Chinois, les Indiens, les
Russes et les Brésiliens n’empruntent pas à l’extérieur, ce sont les
firmes transnationales et les entreprises
étrangères qui investissent dans ces pays qui ont su mettre en place
une main-d’œuvre abondante et disponible.

[2] Je
me réfère au livre Les Mondes économiques (pp. 113-155) pour avancer
les idées ci-dessous.

[3] Ibid., p. 136.

[4] La
Russie et le Brésil possèdent les matières premières dont l’Inde et la
Chine ont besoin.

[5] Toutefois, le Brésil
reste un des pays les plus inégalitaires du monde : les 10 % les plus
riches se partagent 45 % des revenus, alors que
les 10 % les plus pauvres ont droit à 0,8 % (Suisse : 25 % et 3 %).
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