Bonjour à tous.
En tant que représentant d’un opérateur privé chargé de l’exploitation de réseaux AEP au Burkina, je me permets d’intervenir dans le débat pour donner mon point de vue. Je suis surpris que l’on envisage la valorisation des informations du suivi du service de l’eau qu’au travers le prisme du renforcement du contrôle et de la planification par l’Etat et accessoirement, dans le but de former les opérateurs privés en vue d’une meilleure gestion.
Au niveau des délégataires privés : la confrontation des chiffres, l’analyse des données sont indispensables à toute bonne gestion. J’ai besoin de savoir quelle est la consommation à chaque borne fontaine, quel est l’historique de toutes les interventions de mes chefs de centre sur le plan technique pour connaître l’état de mes équipements, pour faire un choix qualitatif sur mes équipements parce que je constate que j’ai des casses régulières de telle ou telle pièce. J’ai besoin de connaître l’évolution globale de ma production d’une part pour prévoir l’avenir, d’autre part pour connaître l’impact du fonctionnement de mon réseau AEP sur la nappe : il ne s’agit pas de puiser plus que ce que les précipitations nous apportent durant la saison des pluies. J’ai besoin également d’avoir des données sur la consommation de mon groupe électrogène pour en connaître l’état de vétusté. Enfin, j’ai besoin des index compteurs et des montants encaissés pour savoir s’il y a des fuites sur mon réseau, pour savoir si le recouvrement de mes recettes se fait bien par rapport au volume pompé d’eau.
La valorisation des données m’est donc indispensable et elle est tellement indispensable que nous sommes en train de développer un outil qui nous permettra de nous donner mensuellement tous ces indicateurs.
Mais la valorisation des données ne doit pas être orientée que vers l’opérateur privé. Elle doit servir à la commune propriétaire des installations de contrôler ce que fait le délégataire. Et tout contrat doit obliger le délégataire à fournir des rapports à l’autorité contractante. C’est la première étape de la valorisation des données et la commune ou l’Etat doit être en capacité de lire ces rapports, de les commenter, de les analyser… en vue, peut-être, de prendre des sanctions s’il le faut. A mon sens, plus que d’aider le délégataire à se former à la bonne exploitation du réseau (s’il a été choisi, c’est bien qu’il sait le faire : la tendance actuelle n’es plus de donner l’exploitation d’un réseau à n’importe qui mais à un professionnel du secteur), c’est de former des agents des communes ou intercommunaux pour qu’ils ouvrent un vrai dialogue avec les opérateurs privés.
Au niveau de l’Etat et des PTF : Lorsque je discute avec des bailleurs de fonds, la plupart me demande des chiffres et je suis surpris que depuis le temps où des réseaux d’adduction d’eau sont financés , des organismes type STEFI suivent ces équipements, ces derniers n’ont rien à se mettre sous la dent ou seulement des chiffres erronés apparemment inexploitables. Pour prendre l’exemple des réseaux que nous exploitons au Burkina, nous constatons un doublement moyen de la consommation spécifique en eau payante passant en l’espace de 2 années de 3,5 litres d’eau à 7 litres d’eau par jour et par habitant. Or, à travers les publications que j’ai pu lire, je n’ai jamais vu de chiffres sur l’évolution de ce paramètre. Pourquoi une telle progression ? Comment intégrer cette progression au sein d’une simulation économique ? Ce sont les questions que doivent se poser les Etats afin de planifier les projets futurs.
Mais ces considérations qui peuvent aider à la planification ne doivent pas occulter l’analyse des chiffres bruts d’un compte d’exploitation. Un compte d’exploitation est négatif : quelle en sont les raisons ? L’eau est-elle vendue à son vrai coût ? Un compte d’exploitation est positif ? Ne peut-on pas baisser le prix de vente du m3, ne peut-on pas réserver une partie du bénéfice à des investissements pour des extensions ? Et à quelle hauteur ? Les provisions pour dépenses futures de renouvellement sont-elles calculées justement ?
La valorisation des informations doit ouvrir cet immense chantier.
Pour répondre au dernier message de l’équipe d’animation de la plateforme :
1- Former et mettre en place des outils en temps « presque » réels consultables par la institutions responsables.
2- Vérifier les chiffres, les analyser et définir des indicateurs qui sont un consensus entre les partenaires : PTF, Etat, communes, Opérateurs privés.
3- Détournement de fonds publics = sanctions. Absence de rapport de suivi de gestion des réseaux AEP = sanction.
4- Aide à la conception de réseaux d’adduction d’eau, intercommunalité et mutualisation, approche design, travaux, exploitation, etc.
Cordialement
Christophe LEGER
Directeur technique et développement / technical and development Manager
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6 rue Lavoisier
F- 45140 INGRE - France
skype : vh-cle
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