La Communauté Urbaine de Bordeaux cherche à boucler les financements
à venir du tramway, sans l'aide du Conseil général.
À Toulouse, le métro a été en partie financé par le Conseil général de
la Haute-Garonne. À Bordeaux, le tram ne bénéficie pas du soutien du
Département de la Gironde. (Archives PQR et « SO ») Derrière la
querelle sur la métropole qui embrase la classe politique locale plus
que la population, il y a une bataille politique entre la CUB et le
Département qui devait bien finir par éclater. Mais aussi un bras de
fer sur les moyens financiers des deux collectivités queles réformes
fiscales et territoriales annoncées fragilisent pour le moins.
La question des transports publics est au fond, par l'ampleur des
enjeux financiers qu'elle représente, au coeur du débat.
Il faudra attendre encore un ou deux comités de pilotage du tramway
pour que la CUB finalise définitivement ses choix pour la phase trois
dutramway.
Si les grands axes d'investissement à venir sont aujourd'hui calés,
plusieurs options font encore débat. Il est question de créer un arrêt
supplémentaire à Bègles, de prolonger au-delà de la place de
l'Alouette le terminus à Pessac ou de faire franchir la rocade à
Mérignac les Pins à la demande de Saint-Médard-en-Jalles. Le coût
supplémentaire de ces options est de 42 millions d'euros, pour un
investissement total de quelque 442 millionssi l'on ajoute le projet
de tram train du Médoc.
« Il devient impossible que la Communauté urbaine soit la seule
collectivité locale à financer ces réseaux nouveaux », plaide, pour
l'instant isolé, Gérard Chausset, l'élu (Verts) de Mérignac et vice-
président de la CUB chargé des transports de demain.
Une grande enquête sur les comportements des ménages en matière de
déplacements livrera ses conclusions dans quelques semaines. Sa
lecture sera déterminante. On estime à 20 % le nombre d'abonnés du TBC
qui n'habite pas la CUB et qui vivent donc à Créon, Libourne, Cestas
ou Andernos.
Nombreux sont les élus de la CUB qui attendent un geste de Philippe
Madrelle. La signature du patron du Conseil général de la Gironde n'a
jamais fait défaut pour le dossier du TGV ou pour les franchissements
de Bordeaux. Mais il s'est toujours refusé à mettre la main
auportefeuille pour le TBC, le réseau de transport collectif
bordelais.
Le Conseil général finance de très nombreux projets hors de la CUB,
assume des investissements voirie et de transport interurbains
conséquents. L'incertitude qui pèse sur les finances départementales
avec la baisse des droits de mutation et le projet de réforme de la
taxe professionnelle ne sont pas de nature à assouplir la position du
patron du département. « Cela ne change rien car c'était déjà "non"
quand le département était riche », rappelle Gérard Chausset.
Il faut bien admettre que Philippe Madrelle n'est guère titillé sur le
sujet. Alain Juppé a déjà plusieurs fois évoqué le sujet en conseil de
Communauté urbaine mais n'en a jamais fait un combat politique
majeur.
La collectivité faisait face plus facilement à ses investissements
quand il était aux commandes car elle avait moins de grands projets à
financer. Alain Rousset, son successeur à la présidence de la CUB, à
la prudence toute radicale, s'est toujours bien gardé d'affronter
Philippe Madrelle sur ce sujet. Vincent Feltesse, qui n'en pense pas
moins en privé, n'ose même pas aborder la question du financement
départemental.
« C'est l'omerta sur le sujet », dit Gérard Chausset.
Christine Bost, conseillère générale de Blanquefort, a interpellé le
président Madrelle, lors du séminaire de rentrée des conseillers
généraux. Philippe Madrelle l'a vertement repoussé, dans un silence
glacial. La maire d'Eysines n'a pas trouvé de soutien chez les maires
de l'agglomération présents...
Au-delà de la rocade
« Le problème c'est que l'on fait appel à nous comme collectivité
d'appoint pour boucler les tours de table sans jamais nous associer
aux décisions en amont », regrette Yves Lecaudey, le vice-président
des finances du Conseil général.
Le dossier n'est sans doute pas clos. Une association baptisée
Mouvable réunit depuis peu les trois autorités organisatrices des
transports.
Elle est chargée d'étudier les développements à venir du réseau et ses
financements. Elle se réunira demain mardi.
Car le tramway va bientôt dépasser la rocade et attirer encore plus de
clients venus de l'extérieur. Le chiffre du milliard d'euros estévoqué
pour les investissements des 20 ans à venir. La question de la
participation du Conseil général est posée. À moins que la Métropole
n'étende, à la faveur de la loi, son périmètre.
Dès 1992, le Conseil général de la Haute-Garonne s'est associé à la
ville de Toulouse, puis à la Communauté d'agglomération, dans le
syndicat mixte de transports en commun, rebaptisée Tisseo au début des
années 2000. Ce syndicat mixte est au coeur de la politique des
transports de l'agglomération toulousaine. C'est lui qui finance les
investissements et lui aussi qui gère et exploite, en régie directe,
les bus et métros automatiques de l'agglomération qui sillonnent
quelque 84 communes, soit bien au-delà deslimites de la Communauté
urbaine du grand Toulouse.
Tarification sociale
Comme à Bordeaux, ces investissements sont supportés par le versement
transport payé par les entreprises, les dotations de l'État qui
s'amenuisent, l'emprunt et les contributions des collectivités. Depuis
2001, le Conseil général de la Haute-Garonne a investi près de 300
millions d'euros dans le réseau : « C'est pour nous un acte de
péréquation et de solidarité car nous défendons une vision globale de
la mobilité dans le Département », explique Pierre Izard, le président
(PS) du Conseil général de la Haute-Garonne. L'élu du Lauragais
poursuit : « Je finance les stations de sport d'hiver du département
fréquentées par les Toulousains, il est logique que nous participions
aux développements des transports utilisés par tous les habitants de
Haute-Garonne ».
En 2006, un amendement parlementaire a modifié la règle de parité
existante au sein du syndicat mixte. Le Conseil général l'a quitté car
les représentants de l'agglomération sont devenus majoritaires, alors
que la règle de la parité avec les conseils généraux prévalait jusque-
là. Cette politique de la chaise vide n'empêche pas le Conseil général
de voter depuis chaque année une enveloppe de 32 millions mais pour
les investissements seulement. Le Conseil général finance par exemple
à hauteur de 10 %, la construction de la ligne E du tramway qui va des
Arènes à Beauzelle en passant par Blagnac.
La collectivité devrait se prononcer au mois d'octobre sur les
projetsdu Plan de déplacement urbain piloté par Tisseo et son
président, un élu Verts de Balma, Stéphane Coppey. La question de la
connexion de Labège au réseau est posée comme celle de l'élargissement
des plates formes de la ligne A sur Toulouse. Les élusHaut-garonnais
entendent désormais favoriser l'interurbain et le rabattement des
lignes de bus en site propre vers les terminus du métro. « Nous sommes
aux taquets de nos capacités de financement »,prévient Stéphane
Coppey.
La Communauté urbaine, présidée par Pierre Cohen, le maire de
Toulouse, va augmenter sa contribution à 90 millions d'euros. Mais le
Conseil général continuera de payer chaque année à Tisseo quelque 9
millions d'euros au titre de la tarification sociale, sa compétence.
La Haute-Garonne (1,2 million d'habitants) et la Gironde, (1,4
million), doivent composer avec deux agglomérations de taille voisine.
Il y a 680 000 habitants dans la Communauté urbaine de Toulouse vivant
sur 25 communes tandis que 750 000 personnes habitent les 27 communes
de la CUB. L'agglomération bordelaise dispose d'un réseau de 44
kilomètres de tramway qui a coûté 1,5 milliard d'euros avec les
aménagements urbains directement liés. Il y 28 kilomètres de métro en
service à Toulouse et 15 kilomètres de tramway en constructionpour un
investissement global de 4,5 milliards d'euros.
Les deux réseaux de transport affichent 100 millions de déplacements
par an et un déficit de fonctionnement voisin à 100 millions d'euros.
Les recettes de la billetterie du réseau à Toulouse représentent 35
%du budget de fonctionnement contre 30 % pour le TBC bordelais.
Tisseo le syndicat toulousain des transports porte une dette d'1,4
milliardd'euros tandis que les transports représentent 210 millions
soit un gros tiers de dette de la Communauté urbaine. Le réseau
toulousainest géré en régie publique, celui de Bordeaux est concédé à
la société Keolis. Le versement transport payé par les entreprises de
l'aire urbaine de Toulouse est de 176 millions d'euros alors que les
entreprises de la communauté urbaine ont payé 123 millions d'euros en
2008 à la CUB.
Auteur : Jean-Bernard Gilles
J.-B. G.
jb.g...@sudouest.com