Une sorte de confusion quelque part à Kigali.
D'une part, le sommet de l'Etat somme aux enfants bahutu de demander pardon aux batutsi pour le génocide commis contre eux en leur nom. D'autre part, dans le programme "Ndi Umunyarwanda", littéralement "Je suis Rwandais", on s'efforce de mettre fin au clivage hutu-tutsi en essayant de gommer l'existence de ces ethnies.
La confusion, à mon avis, réside en ce reniement de l'existence d'ethnies au Rwanda. S'il n'y a plus de hutu, de tutsi et de twa, d'où sortiront les hutu pour demander pardon à quels tutsi?
Dans le Burundi des Colonels et autres Majors, il fut un moment où il n'existait plus d'ethnies dans ce pays. Cela n'a pas empêché des
massacres ethniques frisant le génocide d'un côté comme de l'autre. Les avancées actuelles du Burundi sont le résultat de la reconnaissance de ces ethnies qui se sont mises ensemble pour discuter. Ils ont compris qu'ils étaient tous Burundais et que la gestion de leur pays devait se faire ensemble. Kigali semble ignorer cette réalité.
Je voudrais revenir sur la demande de pardon. J'y suis favorable à deux conditions. Le première est que les hutu comme les tutsi doivent se demander mutuellement pardon. On oublie vite que l'ignominie du génocide a été commise suite à l'attaque du Rwanda par le FPR au nom des réfugiés tutsi. Il fut un moment où les gens réclamaient un dialogue inter-rwandais hautement inclusif "Vérité et Réconciliation". C'est ici que tout devrait commencer. Mystérieusement, ces voix se sont tues ou ont été mises en sourdine.
La seconde est
que le programme "Ndi Umunyarwanda" ne soit pas, comme c'est la cas actuellement, la justification de concentrer "les dividendes" d'une victoire militaire dans les seuls mains des tutsi.
Très bonne journée.
Charles BAKUNDAKWITA