21/06/2010 17:15
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2429957&rubId=4077
Faustin Kayumba Nyamwasa, le général rwandais dissident, dérange
Six suspects ont été arrêtés hier par la police sud-africaine dans le cadre de
l’enquête sur la tentative d’assassinat dont a été victime, samedi,
le général rwandais Faustin Kayumba Nyamwasa, ancien bras droit du président
Paul Kagame. Réfugié depuis mars en Afrique du Sud, le général a été blessé à
l’estomac par un inconnu devant la barrière du lotissement sécurisé dans
lequel il vit avec sa famille. L’agresseur « n’a pas essayé de nous
voler quoi que ce soit, son intention était de tirer et de le tuer », a affirmé
son épouse, qui se trouvait à ses côtés.
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Qui est le général Nyamwasa ?
Faustin Kayumba
Nyamwasa appartient au noyau fondateur du Front patriotique rwandais (FPR), la
rébellion fondée en Ouganda par des exilés tutsis qui a pris le pouvoir au
Rwanda après le génocide de 1994. Jusqu’en juillet de cette année-là,
Faustin Kayumba était à la tête de la direction du renseignement militaire du
FPR. Il a joué un rôle important dans l’offensive menée en 1996 dans
l’est de l’actuelle République démocratique du Congo, au cours de
laquelle des dizaines de milliers de réfugiés hutus rwandais avaient été
massacrés.
Chef d’état-major de l’armée rwandaise, puis chef des services de
renseignement de 2002 à 2004, il entre en disgrâce et se voit nommé ambassadeur
en Inde, poste qu’il occupait jusqu’en février dernier. Il fait
alors défection et gagne l’Afrique du Sud, où il retrouve un autre
officier dissident, le colonel Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements
extérieurs. Il est poursuivi par la justice française dans le cadre de l’enquête
sur l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal
Habyarimana en 1994, ainsi que par la justice espagnole.![]()
Quel est la nature de son contentieux avec le président Paul Kagame ?
« J’ai
sauvé deux fois la vie du président Kagame quand tous les autres
l’avaient abandonné », déclarait le mois dernier Faustin Kayumba.
Exaspéré d’être accusé par le président rwandais d’être derrière
les attentats à la grenade qui ont fait de nombreux blessés au Rwanda au cours
de derniers mois, le général déchu a commencé à s’en prendre à son ancien
frère d’armes, homme fort du pays depuis 1994.
Dans un long plaidoyer adressé fin mai à un journal ougandais, l’officier
exilé a accusé le président rwandais de mélanger deniers publics et privés,
notamment en louant à l’État rwandais deux jets lui appartenant ; en étant
lié à une société propriétaire de l’ambassade du Rwanda à Londres ; ou
encore en ayant fait effectuer des travaux dans sa résidence privée avec des
matériaux destinés au ministère de la défense. Par ailleurs, le général
présentait le FPR comme le propriétaire véritable de « toutes les grandes
entreprises du pays ». Selon lui, Paul Kagame aurait publiquement menacé de «
l’écraser comme une mouche ». Autant d’avertissements qui font
porter les soupçons sur les redoutables services secrets rwandais, accusation
que le pouvoir a qualifiée de « ridicule ».![]()
Quelle est l’atmosphère au Rwanda ?
Cela fait
plusieurs mois que l’atmosphère se tend au Rwanda, à mesure
qu’approche l’élection présidentielle prévue le 8 août. Tensions
politiques, d’abord, marquées par l’inculpation de
l’opposante Victoire Ingabire, accusée de négation du génocide et de
complicité de terrorisme, ainsi que par la suspension de deux hebdomadaires
indépendants.
Tensions diplomatiques, ensuite, nourries par l’expulsion de la
représentante de l’ONG américaine Human Rights Watch et
l’arrestation pour « négationnisme » de l’avocat américain Peter
Erlinder, venu pour assurer la défense de Victoire Ingabire. Tensions au sein
du régime, enfin, illustrées par les purges récemment effectuées au sommet de
l’armée, marquées par l’arrestation de deux officiers de premier
plan, les généraux Emmanuel Karenzi Karake et Charles Muhire.
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Laurent d’ERSU |