DE PORTO GRANDE (Île de Sao Vicente au Cap Vert) à BRIDGETOWN (Île de La Barbade)
Résumé pour gens pressés :
L’itinéraire sud pour rejoindre l’autre coté de l’Atlantique est quand même le plus agréable.
Après trois jours de vents soutenus, on arrive dans les alizés de rêve 14/18 nœuds avec rafales à 23 nœuds, stables en direction, voiles en ciseaux ou spi , soleil, couleurs caractéristiques et belles de cette partie de l’Atlantique, soleil, température clémente etc. Ce temps sera celui de la moitié de la traversée.
Les cinq derniers jours de cette traversée de 2000 milles les vents deviennent forts :30 nœuds établis, rafales à 40 couramment, mer forte avec une houle de 3,5mètres courte et brisante. En revanche la température monte, et il n’y a pas trop de grains. Ce temps n’a pas été rencontré par ceux qui nous ont précédés de quatre jours qui ont eu les 14/18 nœuds décrits ci-dessus jusqu’à l’arrivée.
Nous avons rencontré sur cet itinéraire, exactement les mêmes conditions météorologiques que celles rencontrées il y a quatre ans. Mais avec un vent beaucoup plus fort à l’arrivée.
Rien à voir avec la transat de l’année dernière par l’itinéraire nord, depuis les Canaries, où froid, vent 25/35 nœuds, et houle de 3,5 mètres nous avaient accompagnés jusqu’à trois jours de l’arrivée.
De surcroît, l’itinéraire sud permet de passer par le Cap Vert, et de pas « louper » cet archipel encore authentique, accueillant et tellement beau. Compter trois semaines pour en profiter pleinement depuis l’île de Sal (Escales recommandées : Sal, Boa Vista, Maio, Santiago-sauf Praia- Fogo, Sao Nicolau, Sao Vicente pour les pleins avant transat et visite par ferry de San Antao -2jours-)
La distance à parcourir justifie un carénage en apnée avant de quitter le Cap-Vert.
Sur ce long transit de 2000 milles de portant penser à ménager le gréement en n’ouvrant pas trop la grand voile, en tangonnant le génois, en surveillant les points de drisse, en faisant des tours de pont quotidiens et précautionneux. Beaucoup de choses se desserrent et le gréement souffre beaucoup dans les à coups de la houle. La recharge des batteries au moteur devient également délicate, il faut ralentir le bateau de telle sorte que l’hélice fournisse un effort et que l’inverseur ne s’abime pas.
Nous avons vu un paquebot et deux pétroliers de jour, un cargo de nuit, et deux voiliers de nuit également. Beaucoup de trafic donc par rapport aux années passées : un bateau par semaine en 2014, et deux bateaux au total en 2017.
Voilures habituelles : grand voile et génois tangonné. Ou trois ris et 1/3 de génois à l’avant.
13 jours et 21 heures de traversée Distance orthodromique : 2036 milles. Vitesse sur l’orthodromie : 6,11 nœuds. Compte tenu du courant de surface donné pat les Pilot Charts, la vitesse sur l’eau a été de 5,61 nœuds. Nous ne sommes pas arrivés à tenir l’orthodromie de façon parfaite. Sans nous en éloigner de tellement plus de dix milles vers le nord ou le sud en fonction des caprices de direction du vent nous avons quand même parcourus 52 milles de plus.
Milles parcourus : 2088 vitesse moyenne : 6,27 nœuds sur le fond, et 5,75 nœuds sur l’eau en tenant compte du courant.
En moyenne 3,42 heures de moteur par jour.(42 heures au total)
Les voiles commencent à montrer des signes de fatigue après 5000 milles effectués en grande partie au portant, et pendant 80% du temps avec des vents de 24/30 nœuds.
Nous avions prévu un bidon de 5 litres par jour pour un équipage de trois. C’est limite. Heureusement que nous avions des bidons supplémentaires et 60 canettes de coca et limonade.
Les panneaux seuls ne suffisent plus dans les températures de ces latitudes à assurer la consommation des instruments, du pilote et du frigo. Conséquemment avons du transformer le frigo en glacière car on ne pouvait le faire tourner que entre trois et dix heures par jour. La chose était prévue et nous avons mangé très vite le poisson, les saucisses etc.
Ainsi avons-nous enfin compris pourquoi beaucoup de bateaux avaient en plus des panneaux solaires, des éoliennes…
Un jambon sec Serrano acheté aux Canaries, qui nous avait sagement attendu plus d’un mois, nous a fourni l’essentiel des protéines. Le reste étant apporté par les excellentes boites de thon de la conserverie de Tarrafal de San Nicolau.
L’escale de La Barbade n’offre aucun intérêt sauf celui de refaire le plein d’eau avant les Tobago Kays où c’est encore plus compliqué qu’à Bridgetown.
En détail :
17 décembre 18hTU
Ça y est! C’est parti…
Un bon force 4 d’ENE nous emmène, après deux caïpirinha et un poulpe grillé accompagné de délicieuses frites dégustées au floating bar de la marina.(c’est comme cela que l’on a fini nos escudos !)
Peu de mer dans l’intervalle entre les îles, quelques rafales à 30 nœuds, et quatre bateaux devant.
Le rythme des quarts se met en place. Nous sommes vraiment en mer. La cuisine et la vaisselle se font à l’eau de mer, les déchets dégradables passent à l’eau. La pompe à eau douce est désactivée au tableau électrique. Les 210 litres des réservoirs sont réservés aux douches soit une tous les trois jours pour chacun des membres d’équipage ! L’eau d’alimentation et de cuisine est contenue dans des bidons de cinq litres, pour une consommation d’un bidon par jour. Sur le pont c’est avec gilet et harnais pour la personne de quart.
20h30 TU
La nuit, et le vent sont tombés, mer belle pas de houle. Nous sommes au moteur pour avancer et recharger les batteries. Trois bateaux devant, et un à coté, un peu trop près pour que nous soyons sereins. Nous devrions naviguer demain dans un front occlus centré sur l’archipel du Cap-Vert.
Mardi 18 décembre 2018 01hTU
Sylvie dort paisiblement dans la couchette du carré sous le vent : la bâbord. Christian dort dans la cabine arrière. Léger voile nuageux homogène, sorte de plafond qui laisse largement entrer la lumière de la lune. Visibilité deux milles, avec 20 nœuds de NE levant une mer peu agitée, et dans une houle N de 1,5 mètre, BAO marche 6,5 noeuds sur l’eau avec des pointes à plus de 7 nœuds. La grand voile n’est pas totalement débordée pour ménager le gréement, sinon BAO marcherait 7 nœuds de moyenne.
Le bateau a été caréné par un plongeur avant-hier samedi. Le résultat est spectaculaire. BAO marche un nœud de mieux qu’auparavant. La coque était sale, une des faces de la quille ainsi que l’hélice était couverte de crabans, et la ligne de flottaison était bordée d’algues. Cela confirme que l’antifouling mis en juillet est de mauvaise qualité.
Cette nuit c’est un bonheur de l’entendre dévaler les vagues, accélérer sans effort, et aller vite.
11h30 UTC
Le vent se maintient entre le 30° et le 55°, à 20/25 nœuds, la mer est peu agitée avec une petite houle de 1,5 mètres de Nord dominant. Le temps varie de très nuageux à couvert. Frigo débranché les panneaux compensent le pilote et les instruments. Température 25°…cela me parait optimiste.
Nous marchons pas loin de 7 nœuds de moyenne. Sylvie est de quart, Christian fait la sieste, je vais attaquer le repas dans ½ heure…le rythme est pris. Nous ne sommes peut être pas encore au large, mais clairement nous sommes en mer.
Mercredi 19 décembre 2018 01hTU
Bonne journée que celle d’hier avec plus de 150 milles sur 24 h. Temps souvent couvert avec un vent soutenu au 30/40. L’équipage se « met en place » sans difficultés. Nous avons l’habitude de naviguer ensemble, et Christian et moi sommes totalement amarinés. Le rythme des quarts est pris.
En fin de journée le vent force et nous prenons un ris. Puis vient une longue séance de moteur, et nous débutons la nuit avec les batteries chargées à 100%. Le vent tourne et baisse vers 22h et Sylvie passe le pilote en mode vent réel.
Débuts de quart et de journée sereins, j’en profite pour larguer le ris. Evidement les rafales passent immédiatement à 30 nœuds. Le ciel est plus dégagé le vent bien établi au 50/60°, cette fois ci nous pourrions bien avoir accroché les alizés ?
La fin de quart devient sportive. Je reprends le ris. A temps car le vent s’établit à 30 nœuds, avec de courtes périodes de répit à 25 nœuds. Ce n’est plus un temps à risées ou à rafales, c’est un temps à molles ! Et puis j’en prends un second et je roule le foc des 2/3. Commence ensuite la chasse aux bruits suspects. Avec un mois de vivres à bord, les boites de conserves prennent des libertés qu’il faut contrôler à la fois pour le repos sonore de l’équipage mais aussi pour les dégâts qu’elles peuvent causer.
Jeudi 20 décembre 02h30 TU
Prise de quart, renvoi du ris, les rafales à trente nœuds sont terminées. Le vent s’est établi à 15/18 nœuds. Pour une fois les prévisions sont conformes. Nous marchons cinq nœuds sur un cap moyen de 267° compas correspondant à l’orthodromie. La température s’adoucit sensiblement. Le ciel s’est également un peu dégagé. Du spi au petit matin ?! Pour l’instant il faut surtout que je me.préoccupe de la batterie.
Un couple de Danois chevronnés, convoyant un Dufour 44 équipé de panneaux solaires et d’une éolienne, nous avait dit que des Canaries au Cap Vert, il n’avait pas été nécessaire de recourir à une recharge des batteries par le moteur. C’est un point de vue intéressant quand on sait que sur BAO recharger signifie que le moteur et surtout l’inverseur souffrent de fonctionner sans charge réelle sur la machine. En effet notre vitesse est toujours supérieure à celle que l’on peut atteindre au moteur à 1800 tours/minute. Or, aux vérifications de Mindelo, pour la première fois depuis que je connais BAO, il a été nécessaire de remettre de l’huile dans l’inverseur. Serait-ce la conséquence de cet utilisation anormale du moteur ?
Évidement le vent passe au 80 et force à 23/28 nœuds au moment où je prévois de recharger, et qu’il faut que le bateau soit à plat et ne roule pas pour assurer un refroidissement, et une lubrification correctes. Adieu prévisions fiables et espoir de spi !
Vendredi 21 décembre 3 hTU
Journée d’hier ensoleillée qui nous a permis de récupérer 15% de charge des batteries tout en étalant la consommation du pilote et des instruments. Le vent s’est établi à 20/24 nœuds, un peu trop pour spier en équipage réduit. Nous avons opté pour le génois tangonné. Le gain de vitesse est d’un nœud, mais le bateau roule beaucoup. La mer du vent hésite entre peu agitée à agitée de temps en temps. La houle est établie à 2 mètres. A la nuit, prudence, nous avons passé un ris et détangonné. Sous cette amure, 165° du vent, il faut alors réduire le génois de moitié pour éviter qu’il ne batte et ne s’abime.
Le vent est maintenant tombé à 16/20 nœuds et nous poursuivons notre route presque directe à 8 milles au dessus de l’orthodromie. Concertation d’équipage à prévoir dans la matinée pour savoir si nous empannons, ou attendons,que le vent tourne.
Samedi 22 décembre 2018, 03h UTC
Journée d’hier passée sous génois tangonné, à plat, avec un vent s’établissant à force 4 au cours de la journée, avec une mer « belle ». Un cap parfait nous permettant de rejoindre la route théorique dans la journée. Un soleil persistant qui a permis de recharger les batteries et de réduire la charge au moteur du soir. Journée de détente pour l’équipage : douches, siestes, apéros dans le cockpit, et pêche au gros infructueuse. Déjeuner dans le cockpit au soleil, et diner à table à l’intérieur. J’ai voulu fêter cette journée d’un verre de vin rouge ; du Douro acheté au magasin Fragata sur le port de Mindelo…catastrophe !
Au soir venu ces éléments, dont un vent apparent de dix nœuds, décision de passer la nuit sous génois tangonné. Nous avons rejoint l’orthodromie, vers minuit TU, et le vent refusant, malgré un réglage à 150° du vent, nous sommes en train de passer au sud de l’orthodromie théorique d’un mille pour l’instant. Pas d’urgence donc à manœuvrer pour suivre le 267°. Nous aviserons au jour de ce qu’il convient de faire si le refus se confirme. Détangonner, tout seul, de nuit…je n’ai pas envie !
Le changement de zone météorologique est sensible sur les dernières 24 heures. Le vent est plus faible, et surtout beaucoup plus régulier. C’en est fini des vents à 20/25 nœuds, avec rafales à 30 nœuds qui nous accompagnaient depuis les Canaries, voire même le Portugal. Hier soir, au coucher du soleil, il y avait des petits cumulus, et quelques gros aussi, qui se sont teintés de ce rose caractéristique de cette partie de l’océan…un rose qui « vaut le voyage ». Le soleil est largement présent ce qui est bon pour le moral et pour la charge des batteries. Je retrouve les conditions météorologiques vécues il y a quatre ans sur la même route, qui heureusement ! correspondent aux Pilot Charts.
Rien à voir avec la route nord depuis les Canaries prise l’année dernière, où des conditions musclées, et une houle de 3,5 mètres nous avait accompagné jusqu’à trois jours de la Martinique.
Conséquence de ce nouveau bassin météo, ce quart se prend en short et polo…accompagné de limonade…il fait 25° dehors cette nuit et la soif est là !
Cette fois-ci nous avons bien attrapé les alizés.
5h TU
Le ciel.est si lumineux et l’atmosphère si pure que la lune éclaire beaucoup plus qu’en France. Avec les voiles en ciseaux Bar À Ô doit être visible à bien plus d’un mille. Je me demande si les feux de navigation servent à quelque chose ! Vénus est si brillante que lorsque la planète apparait sur l’horizon on a l’impression des feux d’un navire. Allongé sur les bancs extérieurs, la tête dans les étoiles …je rêve.
Le vent est en train d’adonner, et nous revenons doucement sur la route…Cela va être la fin de mon quart…pas épuisant ! Un dernier tour d’horizon, vérification de la ligne de pêche, tenue de livre de bord, et je vais mettre un peu plus à gauche ce sera mieux pour le génois tangonné.
J’entends Christian qui commence à bouger, et ma couchette qui m’appelle !
16hTU
Chaque matin nous faisons un tour de pont : sertissages, goupilles, etc. Nous le complétons dorénavant de photos prises au téléobjectif de la tête de mat et de l’émerillon d’enrouleur.
Nous sommes enfin seuls sur l’océan. Depuis le départ nous avions vu un bateau, qui lorsqu’il avait disparu de notre horizon il y a deux jours, s’était mis à « trafiquer » avec un des autres voiliers avec lequel il navigue de conserve. La fréquence est de nouveau silencieuse…ouf !
Dimanche 23 décembre 2018 4 h TU
La journée d’hier s’est terminée sous génois tangonné, dans des vents mollissant à 10/12 nœuds. Apéro et diner à table en devisant…que rêver de mieux ?
Le vent a ensuite tourné en milieu de nuit vers le NNE en se renforçant à 20/25 nœuds. Avec Sylvie, à ma prise de quart, nous avons détangonné, et sommes repartis au largue, au cap compas magnétique de 282°, ce qui donne un 270° vrai compte tenu de la déclinaison magnétique importante à cette longitude.
BAR À Ô a alors renoué avec ses 6/7 nœuds de vitesse moyenne. J’ai eu l’impression qu’il se « lâchait »heureux de retrouver une allure à laquelle il pouvait « s’amuser ». Objets inanimés avez-vous donc une âme ? proclamait la poète…
Notre grand voile commence à montrer qu’elle a déjà parcouru 3500 milles effectués pour la plupart dans des vents de force 5 à 7. Quelques plis discrets mais disgracieux partent de son point d’écoute vers le creux central.
Lundi 24 décembre 2018 3 h TU
Nous sommes presque à mi-route. La.journée d’hier s’est déroulée comme elle avait commencé avec un vent NNE variant de 18 à 25 nœuds. Soleil, bonne humeur que dire de plus ?
A la prise de quart de minuit heure du bord , Sylvie et moi avons constaté que le vent s’était établi à 11/16 nœuds en adonnant et avons donc envoyé le code 5. La vitesse s’en ressent : à 140° du vent réel nous marchons à nouveau un bon 5 nœuds avec 12 nœuds de vent. Nuit calme, lune, bonne visibilité…la normale de la transat à cette position et à cette période de l’année !
Une situation normale bien agréable. Le quart se prend en short et polo, la tête dans les étoiles, à rêver…et à surveiller quand même.
16h30 TU
Envoi de spi au petit matin, puis préparation de notre soirée de Noël. Aperçu 3 frégates.
Bonnes adresses :
Ces préparatifs nous permettent de constater l’excellent tenue et de qualité des produits de la superette FRAGATA située à 100 mètres de la marina de Mindelo : fruits, légumes, charcuterie sous vide. En revanche, en dehors de ceux de l’île de Fogo, se méfier de leurs vins.
Mardi 25 décembre 2018 18h30 TU :
La journée du 24 s’est passée sous spi, avec un soleil éclatant, et une houle longue de 1,5 mètre presqu’imperceptible. Le vent oscillait entre 10 et 20 nœuds de NE. Un temps courant sous ces latitudes et longitudes, ce qui est confirmé par les Pilots Charts.
Passage sous code 5 au coucher du soleil, et après notre soirée de Noël, le vent ayant forci jusqu’à 25 nœuds de NNE, nous avons remis le génois habituel.
Au petit matin le vent est passé E en faiblissant et nous avons passé la journée sous génois tangonné.
Christian aurait bien envoyé le spi, mais le reste de l’équipage était atteint d’une violente crise de « flemmingite ».
Nous sommes, ou au moins je suis, « au large ». J’ai perdu la notion du temps, et je n’ai pas envie d’arriver.
Mercredi 26 décembre 2018 04h TU
Changement d’heure de bord, au changement de quart. Nous avons passé le 45° méridien. Dorénavant nous avons quatre heures de retard sur la métropole.
Le vent est régulier en direction et établi à 11/19nœuds, la mer est « belle ».
Le bateau est sous génois tangonné.
Régulièrement, quand le bateau descend la houle, et que le vent mollit, alors BAR A Ô freine brutalement et les voiles se déventent. Lorsque dans la seconde le vent reprend à 17 noeuds apparent, les voiles claquent et le gréement tremble et souffre.
J’ai baissé le tangon de 40 centimètres …je ne sais pas si cela améliore beaucoup les choses !
Il faudra faire un soigneux tour de pont au jour avant d’envoyer le spi.
Pour l’instant notre vieux génois en Pentex tient le coup. Mais à la lueur de la lune, on voit que sa chute n’en peut plus.
Nous sommes à 8 milles au dessus de la route orthodromique tracée. En étant sous pilote réglé au vent réel (172°), nous ne maîtrisons pas le cap compas. Néanmoins nous commençons à regagner du sud.
15h TU
Essai bref de spi ce matin. Mais avec des rafales à 23/25 nœuds, et un seul équipier de quart, nous sommes revenus au génois tangonné. Le spi fait quand même 85m2 …il faut le maîtriser !
Lavage du frigo, sortie de vivres pour les jours à venir, aspirateur dans le bateau, navigation, le temps est passé vite.
Le temps passe vite, trop vite, à bord.
Cuisine, quarts, entretien intérieur, tours de pont, nettoyages intérieur et du cockpit, vacations Iridium, sommeil : finalement je n’ai que peu de temps pour moi à part une période contemplative pendant mon quart de nuit. Je n’ai d’ailleurs entamé qu’un seul livre.
La mer, ici, par 15°N et 45°W est vide. Pas d’oiseaux, peu de poissons volants donc peu de prédateurs ? Cela.expliquerait pourquoi notre ligne de pêche n’attrape rien à part une sargasse de temps en temps.
Jeudi 27 décembre 2018 03h TU
Prise de quart à la suite de Sylvie. Pendant son quart elle a chargé trois heures et demi. Je me demande comment Christian peut dormir dans la cabine arrière ?
Gilet, longe , lampe frontale, télécommande autour du cou, couteau dans la poche.
Tour d’horizon soigneux, rien en vue. Vérifications des alarmes AIS et Activ-Echo. Coup d’œil sur le livre de bord. Inspection des voiles et du gréement à la lumière de ma lampe frontale.
Je m’installe sur le banc de cockpit tribord.
Ça y est, c’est parti pour mon quart.
Le vent est établi à 18/23 nœuds d’ENE. La houle est d’ENE 1,5 mètre, avec une mer belle à peu agitée. Le pilote.est réglé au vent réel 172°. Le génois est tangonné à tribord. Nous marchons au 255° en moyenne à la vitesse de 5 nœuds au loch. Nous ne sommes plus qu’à 5 milles de la route orthodromique directe tracée sur la carte.
Dehors les cumulus à base rectiligne ont fait leur apparition. Nouvelle preuve de notre progression vers les Caraïbes. Ceux de ce soir me paraissent néanmoins assez noirs, pour certains, et un peu bas. Méfiance !
La mer est belle sous la lune. Le chariot, Orion, sont visibles, je me laisse aller à la poésie de la mer.
Cette nuit sous la capote cela sent la banane. Il va falloir les manger ! Il ne reste plus d’ailleurs dans les filets que quelques pommes, un concombre et des citrons.
Les vivres frais sont en fait terminés depuis trois jours. J’ai rompu, en partie, la monotonie des conserves en prenant des légumes très variés, et pour ceux qui sont les mêmes, par exemple les haricots verts, en les choisissant de plusieurs marques différentes.
5h TU
Sous les nuages, qui ne sont pas des grains, comme je le craignais ça accélère. C’est même un peu impressionnant. On a la sensation que BAR A Ô se met brutalement en survitesse, surtout si la vague s’y prête bien, puis décélération rapide. Gare si la vague est mal placée…mais le pilote rattrape : bravo ! J’ai quand même passé le gain à 2. Et j’ai la télécommande autour du cou !
5h30 TU
Ça y est le vent est établi à 23 nœuds. En remontant la houle la grand voile dévente, bat, et fatigue le gréement. Rien à faire que de souffrir pour son bateau.
Le voilier doublé en début de nuit me fait gamberger ! Avec quatre bateaux au départ de Mindelo chaque jour, vers La Barbade, les Antilles françaises ou les Îles Vierges Britanniques, il y a du monde sur l’eau. Je suis sur qu’en cas de pépin, si j’appuyais sur la touche « distress » de la VHF il y aurait une réponse.
C’est bien pour la sécurité.
Mais c’est frustrant pour la poésie et le mythe de la transat…moi qui croyait être seul sur l’eau.
Moi qui voulait revivre l’aventure en « robinson » en quelque sorte !
Cette troisième transat est quand même moins un voyage initiatique que les deux premières.
La lune a bougée, la lumière n’est plus la même…c’est beau.
06h TU
Apres le vent, c’est la mer qui force, et cela commence à devenir inconfortable.
Je passe le gain à 3
Je prépare le message de position pour la vacation Iridium.
Je tiens le livre de bord.
Christian va bientôt venir me relever.
Je mets l’eau à chauffer pour son thé.
Fin de quart.
Vendredi 28 décembre 2018, 03h TU
Hier timide essai de spi par Sylvie et Christian pendant ma sieste. Mes rafales sont montées à 25 nœuds…
Cette nuit, ma prise de quart est inconfortable. La mer est croisée. Il y a beaucoup de vent : 25 nœuds, avec des rafales à 30. La mer du vent se croise avec la houle résiduelle d’est. De temps en temps, la coque se soulève brusquement d’un mètre à partir de la hanche tribord. Le bateau prend alors plus de 30° de gite pendant 5 secondes avant de retomber sèchement. La coque craque de façon affreuse, tout valdingue à l’intérieur, il faut se tenir à deux mains, boites de conserve et bouteilles se font entendre depuis leurs équipets respectifs. Si ce la se passe pendant une rafale, c’est encore plus violent. A l’extérieur les voiles battent, et lorsque la grand voile porte de nouveau il y a un choc, et le gréement souffre.
Sylvie et Christian avaient pris un ris en début de nuit, j’ai pour ma part réduit le génois à 40% de sa superficie en le laissant tangonné. Les choses semblent se passer de façon moins brutale.
19hTU
Le vent est maintenant établi depuis ce matin. à 25/28 nœuds avec rafales à 30 nœuds. Il y a d’abord eu une ligne de grains, puis maintenant un ciel classique nuageux des tropiques. La prise de météo nous informe que cela devrait encore monter demain matin vers 10h TU, au lever du jour pour nous.
On charge le moteur tant bien que mal à 1500 trs/m. Il vibre beaucoup soit quand l’hélice est prête à déjauger, soit quand le bateau part en survitesse sur une vague. Pourtant nous ne portons que la GV à deux ris.
Samedi 29 décembre 03 h30 TU
Depuis hier soir le vent est établi à 28 nœuds, les rafales atteignants en moyenne 33 nœuds. Nous sommes sous trois ris et le foc roulé à l’équivalent d’un tourmentin .
Nous avons la mer du vent, beaucoup moins croisée qu’hier. Le bateau est donc stable sur sa route à 160° du vent. Seuls quelques moutons le déséquilibrent toutes les trois minutes en moyenne. Le pilote rattrape avec effort, mais quand la rafale en profite pour atteindre 37 nœuds, je m’inquiète quand même !
Hier après-midi, nous avons attrapé une dorade coryphène d’environ six kilos. Elle a été débitée à l’aide du couteau ad-hoc que m’avait offert « le tondu » en 1975 (les Royannais comprendront).
Le vent s’établit à 30 nœuds maintenant, je vais reprendre une météo.
04 h TU
Les fichiers GFS ou autres sont toujours sous estimés de dix à 15 nœuds. En revanche la direction du vent est généralement juste ainsi que la carte des isobares.
Le vent devrait bien monter en fin de nuit à 32 nœuds établis, avec rafales entre 30 et 40. Un peu plus que ce que nous avons à l’heure actuelle.
04h30 TU
Rafale à 45 kn, double empannage, rupture de la retenue de bôme, ça déménage dans les cabines. Je viens à droite de 15° et roule complètement le foc.
Le vent s’établit à 33 nœuds avec rafales à 39. Je monte le gain à 3.
La mer grossit et les à coups sont plus violents. Nous marchons à 6 nœuds.
13 h TU
Le vent est établi à 30 nœuds, avec des rafales jusqu’à 37 nœuds.
L’équipage dort … Il faut se ménager. Nous avons trois jours de vents forts devant nous.
Depuis une heure le vent baisse à 28 nœuds avec rafales moyennes à 33 nœuds. Ça c’est plutôt mieux. La batterie charge entre les nuages. C’est bien aussi. Mais la mer commence à déferler. La houle est en effet très courte à 50 mètres. Et elle croise. Nous naviguons panneaux fermés y compris la descente.
Le tangon est rangé, plus de voiles en ciseaux. Un équivalent de tourmentin à l’avant, un cap à 155° du vent réel, ce qui nous fait remonter trop nord. Mais c’est le prix à payer pour éviter d’empanner dans une embardée.
13h30 TU
C’est bizarre, le vent faiblit sous les nuages chargés de pluie. 26/30 kn !
BAR À Ô est étonnant de sécurité. Hier soir nous avons dégusté la dorade à table, l’impression sous trois ris que c’était beau temps.
Aujourd’hui c’est pareil. Le bateau encaisse la houle et les vagues qui brisent de façon très sécurisante. Il gîte de 15 à 20° puis se redresse sans problème. L’embardée est limitée. Il faut un croisement de houle important pour que le pilote ait du mal à le traiter, et que le cap s’approche du vent arrière. Dans ce cas la vague monte à bord, souvent à l’avant. A l’intérieur il faut alors se tenir fermement.
Vraiment ce bateau est bien !
14h30 TU
Je profite de la molle, si j’ose dire !, à 26/30 nœuds pour recharger les batteries.
Déjeuner,
Fin de quart.
17h30 TU
Le vent est stabilisé à 28/30 nœuds. Nous sommes à dix milles au nord de la route.
Nous verrons demain matin s’il convient de virer lof pour lof.
Le soleil brille suffisamment pour charger la batterie. Mais pas de frigidaire évidement. La dorade va-t-elle résister ?
Lundi 31 décembre 2018 04h TU
Rudes journées que la nuit de samedi à dimanche, et celle de dimanche matin.
La mer devient forte dans l’après-midi de samedi, la houle courte et croisée atteint 3,5 mètres assez couramment. Nous décidons de naviguer panneaux fermés y compris la descente, certains « murs » devenant impressionnants.
Repas chaud sommaire, faire la cuisine étant acrobatique.
En début de nuit nous prenons les quarts à deux, sous trois ris et tourmentin, un équipier prêt à intervenir dans le cockpit, les rafales atteignants 40 nœuds dans un vent établi au-delà de trente nœuds. Nous nous écartons de la route pour rester au 150 ° du vent réel et limiter ainsi les risques d’empannage.
Nous observons un voilier, probablement en route vers La Barbade, puis un cargo en route ouest/est qui progresse à moins de cinq nœuds.
A trois heures nous profitons d’une molle pour virer lof pour lof et revenir sur la route.
Au lever du jour la mer semble moins courte. Impression confirmée par les équipiers au repos dont les couchettes deviennent moins inconfortables.
Nous remplissons une fois l’arrière du cockpit, et dehors l’équipier de quart se fait rincer de temps en temps par l’écume d’une vague qui brise sur la coque. Bar À Ô encaisse sans broncher en prenant 15 à 20 degrés de gite et le pilote « rattrape » sans difficulté majeure gain réglé à 3.
A la méridienne la mer s’est allongée, ce qui confirme que le vent nous parait faiblir, et surtout que les rafales reviennent vers des valeurs de l’ordre de 34 nœuds.
Dans l’après-midi le vent faiblit à 25/28 nœuds et devient régulier. La houle est moins menaçante et nous décidons de ranger la porte. Pour autant le confort ne s’améliore pas beaucoup, particulièrement quand une vague brise sur la coque de BAO. Néanmoins nous arrivons à diner à table.
Ce lundi à 4h TU le vent s’établit à 20 nœuds, sur une plage 18/25. Je ne garde que le premier ris…on est de nuit quand même et les rafales sont fréquentes ! Le confort ne s’améliore pas mais on va plus vite. On est passé de mer forte à mer agitée. La houle se stabilise à 2mètres.
Toutefois dans les descentes de houle, la GV dévente quelques secondes, et le gréement souffre, je me demande s’il ne faudrait pas revenir à deux ris.
5h TU
Je suis vite revenu à 2 ris…puis Christian à sa prise de quart est passé à trois ris sous un grain.
13 h TU
Petit essai de deux ris de 8h à 13h puis on repasse le troisième ris. Le vent force, la mer aussi !
3 janvier 2019 12 hUTC
Fin de journée du 31 sous trois ris dans un vent plus maniable. Nous ralentissons volontairement pour ne pas arriver de nuit à Bridgetown.
C’est au lever du jour que nous arrivons devant Bridgetown, après avoir contourné la pointe nord de l’île.
Clearance d’arrivée qui débute à 8h30. Nous prenons le N°1/2019 dans le registre. Les fonctionnaires sont aimables. Nous avons commis l’erreur, comme trois autres bateaux, de venir au fond du port de commerce pour effectuer les formalités. Rien n’y est prévu pour la plaisance. Débarquer est un exercice d’équilibriste. Le ressac tire sur les taquets.
Nous rejoignons ensuite vers midi le fond de « The careenage » pour attendre l’ouverture du pont qui donne accès à la marina. L’endroit est très étroit, rien n’y est prévu pour l’attente. Il faut donc prendre l’emplacement d’un catamaran de tourisme en espérant que celui-ci ne revienne pas…ce qui nous obligera en fin de journée à ressortir.
Enfin, grâce à l’intervention d’un bateau anglais rencontré le matin à la douane, nous finissons par entrer dans la marina au coucher du soleil.
Il y a donc une « marina » à Bridgetown qui permet de refaire le plein d’eau et qui offre suivant les emplacement soit du 110 volts, soit du 220 volts. 50 USD la nuit ( ou 100 dollars Barbadiens le tx de change est fixe). Elle est située derrière le pont qui se trouve dans « the careenage », à un endroit nommé Constitution River. On peut réserver par mail à
tseal...@barbadosport.com .
Comment procéder ? Pour éviter les difficultés que nous avons rencontré ce premier janvier 2019.
S’ancrer devant la plage à l’entrée de « The careenage » (Vent 15/25 nœuds). Aller en annexe jusqu’à la marina, en passant sous le pont. Aller à pied sur le quai où se trouve le Water Front café, un peu plus loin se trouve le bureau du port. Se mettre d’accord pour une heure d’ouverture du pont.
Prendre un taxi ( 5 USD) pour aller au port terminal passagers. Dans le terminal commencer par la « santé », puis la douane, et enfin l’immigration. Il se peut que la fonctionnaire de l’immigration fasse du zèle et demande que chaque formulaire soit signé par la bonne personne et non seulement par le « Captain ».
Lors de la clearance de départ prévoyez de passer à la Port Authority, avec 50 USD, puis de faire le circuit inverse. Prévoyez une heure à une heure trente. Par exemple pour un équipage de 3 personnes j’ai du remplir 9 crew list détaillées à l’arrivée, et 6 au départ. Les photocopieuses sont inconnues dans l’administration Barbadienne.
Prendre un taxi pour le retour « down town ». Revenir à bord.
Appeler Bridgetown signal station (channel 16 ou 12) et confirmer le rendez vous pour le pont, car ce n’est pas la marina qui gère le pont mais la Port Authority , qui ne répond à la VHF que si on l’appelle Bridgetown Signal Station.
Même circuit en sens inverse pour le départ.
En bref, pour l’arrivée à La Barbade prévoyez la journée ! Et pour le départ une demi-journée.
Il.y a un supermarché en face du marché au poisson. Lequel est sur la route du port à environ 1,8 kilomètre. Il y a une superette et un restaurant décent dans l’immeuble Burger King visible depuis la marina.
Dans la ville flotte par endroit l’odeur caractéristique de la cuisine anglaise. Mais l’influence américaine est très sensible quant aux menus, distractions etc. C’est normal il peut y avoir 4 paquebots de croisière américains ensemble au terminal !
La plage est exploitée à l’américaine : balades, jeux,etc. couvrent la plage et sont payants. La baraque à frites « pirates » offre un hamburger décent…de toutes façons, il n’y a pas d’autres choix.
Vérifier les additions dans certains restaurants (the bridge où de surcroît la cuisine laisse à désirer) et le respect de la happy hour (waterfront café, qui a un bon wifi).
Attention aux rats qui trainent la nuit sur les quais. Nos amarres étaient fines heureusement.
Administrations et commerçants, tout le monde accepte des paiements en US dollars.
Nous nous étions arrêté à La Barbade pour découvrir, et comme étape vers les Tobago Kays sans avoir à passer par La Martinique pour faire de l’eau. Contrat rempli et deux jours économisés comme prévu pour notre séjour.