La balade Atlantique de BAR À Ô : des Caraïbes aux Açores

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Jacques-Louis KESZLER

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May 20, 2019, 12:33:56 PM5/20/19
to Cercle Nautique La Rochelle
De La Martinique aux Açores

Résumé pour gens pressés.

Orthodromie 2242 milles. Distance parcourue : 2439 milles
Durée : 26 jours 11 heures
Moyenne : 3,25 nœuds sur l’orthodromie

Meilleure journée :148 Milles
Moins bonne journée : 83 milles

Après un départ musclé trois jours à 25 nœuds établis qui nous ont permis de faire du nord, il a fallu composer avec les zones de calme et de vents faibles.Entretemps, à 12 jours de l’arrivée nous avons cassé le vis de mulet, et donc continués principalement sous foc de route.
A partir du 30° nord nous voulions aller chercher du vent , mais pas trop, le long des dépressions assez creuses qui passaient sur les Açores. En réalité nous avons attendu une semaine avant de trouver un créneau qui nous permettait de passer.
Nous avons encaissé un dernier front à 300 milles au sud des Açores avec force 9 et mer forte à très forte.
Puis nous sommes remontés..juste à temps !

Pour cette étape il était impératif de prendre des situations météorologiques, isobares et prévisions de vent. Predict Wind Offshore s’est révélé le logiciel le moins gourmand en données. Néanmoins pour deux bulletins comptez 30 à 40 kb, soit trois à quatre minutes de connexion. Le site utilise le modèle GFS.

En bref cette étape nécessite un navigateur, là ou les autres étapes s’effectuaient au portant sans réellement besoin d’un routage. En effet la principale inconnue reste la force du vent, et il y a donc des options à prendre.

Mieux orientés qu’à l’aller les panneaux ont donné plus. Nous avons aussi barré dès lors que nous n’étions pas au portant. Résultat un recours à la charge assez réduit. Se confondant de temps à autre avec les transits au moteur par calme plat.

Beaucoup de cargos sur la deuxième partie de parcours qui se situe sur l’orthodromie Europe/Golfe du Mexique.
Beaucoup de débris en plastique aussi. Sans les veiller spécifiquement, de jour nous en croisions au moins 4 par 12h.

Des sargasses de façon importante jusqu’au parallèle 35 qui nous obligeaient à embrayer en marche arrière à chaque démarrage de moteur pour libérer l’hélice.

Le changement climatique a été net au 30° parallèle ( Approximativement celui des Canaries). On a quitté le régime tropical pour un régime dépressionnaire d’Atlantique Nord. Il a fallu alors éviter des grains de plusieurs milles de diamètre ( 15 milles pour le plus grand, 6 milles couramment).

Beaucoup de vent au départ (3 jours) et à l’arrivée ( 15 jours). Un vent modéré avec des calmes au milieu.

18 avril 2019. Départ
Le bateau est chargé en vivres et eau pour 30 jours. Pour le gazole nous avons également de quoi faire plus de 500 milles par calme plat.

Lundi de Pâques 22 avril 21 h TU

Début de transat musclé ! Nous quittons Le Marin vers 11 h locales jeudi 18. En retard d’une bonne heure …le mécano avait omis de fermer à temps la vanne de gazole avant de changer les filtres. D’où une odeur insupportable, vidange du point bas, et nettoyage des fonds au produit vaisselle.
GV et génois lourd sont gréés, les bulletins météo expertisés américains nous donnant des vents inférieurs à 20kn, et les grib des vents à 15noeuds de NE.
Dès que l’ilet Cabrit est paré, le vent passe au NE 20 kn, et nous partons cap au nord.

Le lendemain, vendredi saint, le vent s’établit à 25 nœuds, mer agitée houle à 2,50 mètres. Nous décidons de repasser le foc de route.
Un réglage de la mature s’impose. Le gréement s’est détendu à la suite de la transat aller. Michel reprend 1,5 tours sur les bas haubans, et 1 tour sur les galhaubans. Quant aux inter, après cette reprise ils ne semble plus détendus.
L’odeur de gazole persiste, deuxième nettoyage au dégraissant cette fois. C’est moins prégnant mais persistant.

Samedi mêmes éléments météo mais les rafales s’installent à 30/33 nœuds avec un vent établi à 26/27 KN. Les équipiers fatigués, ont mauvais moral… »c’est cela une transat retour ? 2 ris, un bateau gité à mort, du près ,pour trois semaines ? ».
De fait BAO tombe dans les vagues comme jamais depuis les Sorlingues, la coque se déforme et grince affreusement, une vague arrache la bouée couronne, …c’est cela la vie de marin.
Eh oui, le vent va persister et ne tombe pas la nuit. De même, au bout de trois jours, pas d’escale. Il faut durer…Michel comprend vite qu’en dehors des heures de quart il faut aller se reposer !

Dimanche nous poursuivons notre progression vers le nord, barreur douché régulièrement. Malgré le soleil qui seche vite les barreurs se plaignent de la dureté de la vie de marin à la plaisance.
Vacation iridium. Squid indique un affaiblissement du vent pour lundi soir. Pierre me confirme qu’à partir de demain il faudra zizaguer entre les zones de calme. Pour l’instant on a toujours deux ris et foc roulé !
Pour ma part, du gazole apparaissant de nouveau dans la gatte sous le ramasse miettes, je pars en exploration. Cela m’amène au filtre à gazole qui fuit. Resserage avec difficulté dudit filtre , nettoyage, démontage des planchers, bref un flacon de dégraissant, 2 rouleaux de Sopalin plus tard, je découvre qu’entre la coque et le contremoule situé en bas de la descente, il y a du carton anti bruit lequel est gorgé de gazole. En résumé le nettoyage d’aujourd’hui n’est que le premier d’une série s’étalant probablement sur plusieurs années ! Je retire les provisions situées sous les planchers avant du carré, et les transfèrent dans le coffre à bottes de la cabine avant. C’est la fin de journée…ouf !
Gentiment Michel fait le repas du soir. Cela sent moins mauvais

Lundi 22 de Pâques.
Je prends mon quart à 3heures à la suite de Michel.
Beau lever de soleil. Devant, comme les trois aubes précédentes, un front de grains. Ils se forment la nuit et se dissipent dans la matinée, le plus souvent en se vidant de leur eau. Dans le grain 30 à 35 nœuds, entre les grains 16 nœuds.
Cela y est …je suis en mer, je profite de ces derniers moments de navigation sous les tropiques. D’ailleurs la température baisse et les quarts de nuit se prennent en ciré complet et sweatshirt.
L’heure de la relève passe et rien ne bouge en bas. Une heure et demie après Bertrand apparait. Ce coup ci il a compris …il fera des siestes !
Plus tôt que prévu le vent tourne, et faiblit. Ouf on peut enfin se laver, prendre un apéro, sous le soleil, le bateau ne tape plus et ne mouille plus. On écoute de la musique. Le moral remonte en flèche.
A la tombée de la nuit le vent force de nouveau avec des grains semblables à ceux du matin.Nous partons à l’ENE route directe, en veillant à remonter autant que de possible pour avoir le plus de vent possible avant les calmes prévus mercredi.
Pas possible d’avoir une frontologie globale de l’Atlantique. Le fichier est trop lourd. Je la demande par texto à Christian Aregui (CA) et Pierre.
Il y a toujours une odeur de gazole mais moins forte qu’hier. Au virement j’ai de nouveau nettoyé. Peu de gazole, plutôt un mélange avec l’eau embarquée par les paquets de mer.
A refaire demain !

Mardi 23 avril 12hTU
Le vent s’est calmé vers 21h locale, puis est tombé. Nuit alternant moteur, sautes de vent en direction et en force, pluies et grains. Au petit jour le vent tombe complètement et en route NNE pour essayer d’atteindre une zone ou demain midi nous devrions avoir du vent. Bateau à plat, 2,5 à 3 mètres de houle longue, insensible…mais belle sous le soleil qui arrive parfois à percer deci delà sous les nuages.
J’en profite pour extraire des provisions des coffres et renouveler le stock « à portée de main » bien utile par mauvais temps.
Michel nettoie de nouveau les fonds.
Préparation du « planteur du bord » : 1 litre de « Caresse Antillaise » orange/ maracuja, ¼ de litre de rhum agricole blanc à 55° mélangés dans une vieille bouteille de rhum, et mis au frigo…L’équipage en redemande. Mais je ne pourrais fournir que trois bouteilles du breuvage.

Mercredi 24 avril 2019 11hTU
La pétole se poursuit. Nous sommes à plus de 24 heures de moteur. L’odeur de gazole a disparu de la cabine, donc nos travaux ont été utiles. Belles photos, et toilette enfin pour tout l’équipage. Panneau du carré ouvert, tout sèche à l’intérieur.
Changement de fournisseur de fichiers. Ocean Predict fait des fichiers moins lourds, et nous arrivons à afficher facilement quatre fois plus de surface qu’avec Squib.
Normalement nous devrions toucher du portant en début d’après-midi heure locale. Il faudra alors partir à l’est pendant deux jours dans une espèce de « veine » de vent, puis commencer à remonter vers les Açores. En revanche il est toujours aussi difficile d’avoir une frontologie suffisamment étendue pour comprendre la situation météo d’ensemble.
Hier, profitant d’une mer d’huile, Michel est monté en tête de mat revisser l’antenne VHF sur son support. Il a observé qu’il manque une pale de l’anémomètre. L’oiseau qui a heurté le mat il y a deux jours nous a donc bien causé du dégât. Message sur le champ à Sylvie, sans copie aux autres nous avons déjà consommé 34 minutes sur les 200 du forfait Iridium, en 4 jours. On verra si c’est Madeleine qui nous amène la pièce à Horta, ou si NKE a un agent sur place.
Hier soir longue soirée dans le cockpit, diner froid, punch, punch et repunch…étoiles, pas de vent,et longues ondulations de la mer…la magie des tropiques.
Ce matin bain/toilette, moteur débrayé et toujours une personne à bord. Un moment historique pour moi !( de me baigner !)

L’ambiance est excellente. Les équipiers sont bons marins, faciles à vivre. Nous « naviguons pareil » et avec Michel la complicité est telle que nous n’avons même pas besoin de parler. Nous réagissons à la seconde de la même façon que ce soit pour les manœuvres de l’instant que pour la navigation et l’étude météo.

26 avril 00h40
Avant-hier soir nous naviguions dans le petit temps avec le code 5. Deux orages sont venus et monté à 18 nœuds. En allant rouler, Michel et Bertrand dont c’était la relève ont découvert la davier suspendu à l’emmagasineur de la voile. Les boulons de fixation du davier s’étaient desserrés, probablement à la suite des vibrations de la chaine lors des mouillages.
Par chance, au petit matin, allant voir l’affaire j’ai pu récupérer la platine, laissant la partie amovible posée sur le pont et tenue par son assurance. Heureusement que la mer était calme !
Il a fallu 4 heures pour réparer avec des boulons compatibles.

La prévision météo indique des vents faibles pour plusieurs jours. Nous avons donc décidé de ne pas mettre le moteur. Sous code 5 nous marchons en moyenne 3 nœuds avec 4 nœuds de vent.
En début d’après midi nous repérons des bouées test d’AIS. Un pétrolier en donne le tour. Voila qu’à la tombée de la nuit, une bouée très éclairée fait route sur nous. Il s’agit de l’AIS TEST SHIP, qui ne répond pas à la VHF, manœuvre à 800 mètres de nous en nous éclairant, et finit par passer derrière, avant de prendre une route parallèle. Un peu d’émotion quand même, d’autant que ses feux de navire à capacité restreinte de manœuvre sont invisibles de loin à cause de ses superstructures abondamment éclairées.

Vendredi 26 avril 2019 17hTU
Après avoir relevé une bouée située à 8 milles devant nous le bateau revient vers nous et passe quelques mètres derrière Bar A Ô. Bertrand soupçonne, à l’odeur, qu’il s’agit d’un navire de pêche qui relève des filets dérivants, que nous avons perturbé dans ses manœuvres. Quelques minutes après un cargo donne d’ailleurs un large tour.

Le vent remonte à ma prise de quart : bon plein sous code 5 au bon plein, je crains pour la voile, et donc je décide d’abattre, de passer sous pilote vent réel, et de faire un peu trop d’Est. Nous marchons alors 7 nœuds. Le vent se calme vers 12h TU et passe 4 à 7 nœuds ce qui nous donne entre 4,5 et 5 nœuds de vitesse fond. Je soupçonne qu’en dessous de 7 nœuds, la pale manquante doit sous estimer la vitesse du vent.
Un paquebot en route vers les Açores nous double à 18 nœuds.

En fin d’après-midi, le vent commence à refuser, et nous devons nous résoudre à repasser sous foc avant le coucher du soleil. A ce moment évidement nous passons de 12 nœuds à 7 nœuds.
Météo prise nous optons pour la route orthodromique avec bascule à l’est quand le vent passera nord samedi dans la journée.

Encore un cargo en fin de journée, puis nous remontons la ligne de pêche bredouille.

Coucher de soleil magnifique, celui de mes descriptions les plus enthousiastes, celui qui justifie le voyage. Celui que l’on ne trouve que sous ces latitudes, celui qui est le privilège de ceux qui font l’effort de venir le chercher.
Pauvres terriens vous ne connaîtrez jamais sa Majesté qui vous dis au revoir pour la nuit, disparaissant dans des milliers de rayonnements de toutes les couleurs s’étalant du rouge éclatant au jaune d’or. Il répand ses gloires de façon visible sur tous les nuages.
Alors profitant de sa disparition le ciel se met en place.
Dans le noir profond se lève Vénus, basse sur l’horizon. Un feu de tête de mat…qui interroge toujours. Mais l’essentiel vient après. Le ciel est si pur que l’on peut toucher les étoiles, converser avec elles, profiter de leur proximité. Leur lumière éclaire faiblement la mer. On n’est pas dans le noir, on est toujours sur l’eau, mais on a moins l’impression d’être en mer.

Apéro dinatoire préparé par Michel, arrosé d’un peu de gin et d’une bouteille de tonic-water.
Sommeil, prise de quart. 2heures de barre à faire avancer le bateau à deux nœuds par trois nœuds de vent. Capote baissée on est en communion avec ce moment exceptionnel du petit temps en haute mer.

Samedi 27 avril 2019 09hTU
Un de mes plus beau lever de soleil.
La barrière nuageuse habituelle à l’horizon, un effet d’optique liée à la rotondité de la terre, puisque le ciel est dégagé avec quelques nuages de genre cumulus au dessus de ma tête. Vent entre 2 et 5 nœuds, mer belle et bleue outre-mer, bateau sous pilote.
Pour une fois le paysage ne s’enflamme pas. Par un trou de nuage à peine plus gros que le diamètre de l’astre le soleil apparait bien rond, passant en quelques secondes d’un orangé foncé à un jaune éclatant en parcourant toute la palette des tons intermédiaires. Puis il se cache dans le nuage et projette des gloires jaune d’or, avant, continuant son ascension, d’apparaître dans toute sa splendeur rayonnante sur le fond bleuté du ciel.
La mer devient mauve quelques instants sous l’effet de cette lumière jaune rasante.
A l’ouest les nuages passent du gris sombre au rose. De ce rose indéfinissable, que l’appareil photo n’arrive pas à capter quelque soient les réglages. De ce rose qui devient donc envoutant !
Puis tout s’éclaire, la mer devient bleu clair, les nuages de l’ouest redeviennent gris.
Enfin le paysage prend aux quatre points cardinaux sa livrée de jour :nuages blancs, soleil éclatant et mer bleue outre-mer.
Une toute petite houle d’ouest-nord-ouest ondule et donne de la vie à une mer calme sans en troubler la sérénité.
Alors la plénitude envahit le témoin de cet océan immuable.

Vacation iridium, passage de quart à Bertrand. Le vent tombe encore comme prévu par le bulletin météorologique d’hier soir.

18 heures TU
Journée sans vent, nous avons abandonné vers 12h locales et venons de faire 5 heures de moteur à 3,5 nœuds de vitesse fond.

Lundi 29 avril 14h TU
Dimanche le vent est revenu, et nous avons pu repartir sOus génois médium cap au110. Journée sous le soleil avec une mer belle et un force 3. Nous avons donc fait du chemin et nous sommes rapprochés de l’orthodromie qui n’est plus qu’a 50 milles environ.
Au soir le bulletin météo n’est pas très rassurant. Une dépression se creuse au milieu de l’Atlantique et devrait être à notre longitude mercredi 1er. La question est donc celle de sa latitude. Normalement il n’y a pas de risque au delà du 30°Nord, et nous ne sommes qu’au 26°Nord. A suivre donc demain soir.
Au milieu de la nuit, comme prévu, le vent a basculé en passant au 90. Nous sommes donc parti au 10, dans une mer peu agitée qui nous impose de ne pas trop « pointer » si nous voulons continuer à avancer.
Nous n’avons pas encore fait la moitié du chemin et progressons bien lentement. Une arrivée le 8 mai me paraît utopique dorénavant. On va donc continuer notre politique de parcimonie de gazole, et varier les menus va devenir plus compliqué. Mais pas d’inquiétude pour les vivres nous en avons de quoi faire une traversée d’un mois.

Le gréement souffre. J’ai repris du galhauban tribord. Au total les bas-haubans n’ont pas bougés depuis une semaine comme le galhauban bâbord. Pour le tribord il ne s’est agi que d’un demi tour. En revanche ce sont les deux X entre le premier et le deuxième étage de barres de flèches qui maintenant sont mous. A la prochaine pétole il faudra aller les resserrer.

La coque travaille aussi beaucoup. La porte de la cabine avant grince quand on la manipule, ce qui est nouveau. Et le WD40 n’y fait rien. Les craquements limités à la cloison arrière se manifestent aussi à la cloison avant sauf dans le petit temps.

La batterie de l’Ipad commence à se décharger bien vite à mon gout. Petit souci supplémentaire.

1er mai 8hTU
Bonne journée hier. Vent majoritairement à 15 nœuds dans une mer peu agitée mais courte rendant la cuisine difficile par exemple. Le vent est ensuite tombé à 10 nœuds toujours sous un soleil généreux. Près de 120 milles parcourus, en 24 heures,qui nous permettent de franchir la «mi-parcours ».
Le vent a commencé à faiblir en fin de journée pour se stabiliser à 1,5 nœud vers 6hTU.
Nous continuons à 1300 t/m à 3 nœuds vers le nord.
La météo d’hier nous donne une zone de calme de 100 milles à traverser avant de toucher du vent portant issu d’une dépression située au nord. Un vent à 15 nœuds d’après les GRIB. Méfiance !?.

Le ciel reste « tropical » avec ses nuages qui semblent coupés au couteau à leur base, des coloris oranges soutenus. Les roses, en revanche, deviennent rares. La température reste clémente mais nous ne sommes plus à la Martinique. Les quarts de nuit se prennent en cirés complets.

Au soir, Bertrand observe un court instant, celui d’une photo, le rayon vert. Exceptionnel !.

Ce matin il y aura douche à l’eau de mer. En conséquence les réserves d’eau sont supérieures à ce qu’elles devraient être : je pense que nous n’avons consommé que 50 à 60 litres d’eau douce pour la cuisine et la toilette. Coté vivres on arrive au bout du frais sauf les yoghourts. Mais il reste des kilos de pâtes, une vingtaine de boites de conserve, du mais, des galettes etc. Enfin pour le gazole nous avons déjà consommé 40 litres, et cette journée du 1er mai va en couter au moins 20 de plus. En tout il restera 140 litres environ sur les 210 du départ. Mais nous ne sommes qu’à mi-parcours, après la dépression reviennent des calmes.

Spectacle inhabituel que cette barre nuageuse large de trois milles, à une altitude de 5000 pieds environ, orientée au 50° vers les Açores. La lune s’est tout d’abord glissée entre l’horizon et le nuage pour réapparaître au dessus accompagnée de l’étoile du berger sur une mer plate sans une ride.
Puis l’aube a rougeoyé sur une mer bleu sombre zébrée de rayons mauves. Quand le soleil est apparu les orangés tiraient sur le rouge.

Bertrand se réveille, fin de quart pour moi. J’enlève télécommande, frontale, gilet/harnais, et ciré complet. Vacation Iridium. Direction ma bannette.

1er mai 17hTU
Journée de carte postale. Ciel bleu, mer bleu outre-mer, petite houle de NE. Ce matin aucun vent et mer d’huile ce qui nous a conduit à 8 heures moteur à 1400 t/m. Puis le vent s’est levé au 250°, et nous avons déployé le code 5. La vitesse s’est maintenue entre 3,5 et 4,5 nœuds sur une mer calme
Nous remontons maintenant au 25°.
L
Et la mer est ronde ! Après le rayon vert d’hier, nous avons toutes les chances.

Beaucoup de sargasses, dans le safran, la quille et l’hélice découvertes en apnée lors de la toilette.
L’eau n’est plus qu’à 23°. J’ai opté pour la douche du cabinet de toilette, ce qui m’a permis aussi de le nettoyer.
J’ai profité du calme pour préparer un bon déjeuner que nous avons commencé de façon exceptionnelle par un apéro. Les réserves de rhum diminuant, nous varions maintenant entre « caresse antillaise », punch, whisky, et gin tonic.

Trois cargos depuis ce matin, beaucoup de débris sur la mer. Sans vraiment les veiller nous en rencontrons au mois trois par jour : apparaux de pêche, bouteilles en plastique, boule de mouillage, etc.
Le frigo vibre maintenant beaucoup. C’est son support qui semble être la cause du bruit bien qu’à l’inspection il soit solidement fixé. A l’avant c’est le vaigrage avant gauche de la cabine qui cesse de craquer quand on appuie par-dessus.

2 mai 2019 midi TU :
Nous sommes à mi parcours. La météo n’est pas rassurante. Les dépressions se succèdent sur les Açores, avec des vents supérieurs à 40 nœuds sur les Grib, donc 50 nœuds en réel.
Il faut donc ruser entre les queues de dépression et les zones de calme plat. Ceci va nous imposer de prendre un bulletin toutes les douze heures.
Il faut aussi ménager l’équipage pour le cas où !

Jeudi 2 mai 2019 20h TU
Grain étendu et violent cet après-midi. En nous en tenant à au moins 5 milles nous avons eu 30 nœuds. Reste derrière une mer un peu courte, et une houle de plus d’un mètre avec une période de 15 secondes.
La météo de ce soir nous incite à partir en route presque directe :rejoindre l’orthodromie puis la suivre. Avec des risques de vent fort demain 15/20 nœuds annoncés c’est-à-dire probablement 25/30. Ensuite une journée de calme puis des vents 10/15 nœuds sur l’orthodromie jusqu’à mardi matin. Mais la suite ? Les dépressions vont-elles continuer à passer sur les Açores ou bien remonter plus au Nord ? Je poserai la question demain matin à CA qui devrait pouvoir trouver des prévisions générales à 10 jours.

Vendredi 3 mai midi TU.
Changement net de temps sur ces dernières 24 heures. Adieu les tropiques ! Les grains sont larges de plusieurs milles. En périphérie beaucoup de vent, donc éviter le centre !. La température baisse, pour la première fois depuis le départ j’ai dormi dans mon duvet, pas au dessus.
On a eu 10 à 20 nœuds toute la nuit, donc moins que la prévision. En revanche des grains de taille imposante, de plusieurs milles de diamètre, dont l’un suffisamment menaçant pour qu’un pétrolier de plus de 200 mètres semble se dérouter pour l’éviter. D’où une « zigzagodromie » de 8 heures TU à midi TU.
Le moral de l’équipage est bon. Michel est « au large » suivant ma définition : perte de la notion de temps, vie rythmée par les quarts. Seuls le concerne les aspects techniques de la navigation. Bertrand est pour sa part en mode contemplatif et semble avoir aussi perdu la notion du temps.

Nous sommes sur l’orthodromie Europe Golfe du Mexique, et croisons plusieurs pétroliers et cargos par jour. Cela donne, de mon point de vue, une impression de navigation au long cours, différente de l’ambiance découverte/initiation de la traversée aller où l’on ne rencontre personne. C’est différent, comment définir, plus du tout découverte, mais … Long cours bien à la mer, avec des problèmes météo/navigation à résoudre plusieurs fois par jour.

Samedi 4 mai 12 h UTC
Nuit à grains 15 nœuds de vent synoptique mais rafales courantes à 20 nœuds et même sous la pluie à 35 nœuds.
Du plancton dans la nuit nous a permis de bien repérer l’écume des vagues. Plus de cargos, mais en revanche des avions de ligne dont on devine les feux à éclats dans les trous de nuages.

Chute de vent au matin, avec des écarts de direction de plus de 100 degrés. Temps couvert, qui nous oblige à faire 3 heures de moteur à la fois pour recharger, mais aussi pour stabiliser le bateau entre la houle d’ouest qui atteint 3 mètres, et la mer du vent, agitée, qui croise en venant du sud-ouest.

La température se refroidit. Sans se concerter, tous les membres de l’équipage se sont retrouvés en chaussettes ce matin !

La situation météorologique ne s’améliore pas. Au nord du 32ème parallèle le vent force significativement mardi prochain, nous imposant donc une route à l’est jusqu’à mercredi prochain.
Ensuite il faudra ruser entre les surventes et les calmes pour faire route plein Nord et ainsi attendre Florès, ou même Horta. A condition que la dépression suivant ne nous contraigne à attendre sur le 32° parallèle.

Nous commençons à envisager une traversée d’un mois.
Réservoir au ¾ à midi, et 80 litres en bidons ceci représente environ 100 heures de moteur à 1400 t/mn.
Nous avons encore 12 bidons de 5 litres d’eau potable. En revanche il reste le réservoir de 90 litres et probablement plus de 100 litres sur le réservoir principal. La décision est prise de remplir nos bouteilles via la carafe filtrante alimentée par les réservoirs.
Du coté des vivres il reste : 6 kilos de pâtes, 4,5kg de riz, 8 kg de légumes en boite, 7 grosses boites de thon, 6 boites de maïs, 6 boites de desserts lactés, 8 yoghourts, 7 sachets de pain, 7 paquets de biscuits sucrés, plus trois jours de vivres entamées. Donc pas de soucis majeurs de ce coté là. Mais la pêche ne donne rien !

21h TU.
Rupture du vis de mulet à 19h TU.
Heureusement la mer est calme et le vent faible.
Descente en urgence de la GV, premier brèlage pour éviter que la pièce ne finisse de casser.
La platine qui est rivée au mat et supporte l’axe sur lequel la bôme tourne est cassée en partie basse et il fallait éviter qu’elle casse en partie haute ce qui nous aurait définitivement posé des problèmes.
Réflexion de l’équipage => un bout en dynéma pour bloquer l’axe vertical vers le mat et éviter la cassure de la partie haute, le hale-bas à fond pour bloquer la partie mobile sur la platine endommagée un bout passant par le gréement de la drisse de foc 2 pour empêcher l’axe de se lever vers l’arrière.
Un brèlage de fortune devrait tenir ?
Décision :
1. On rallie directement Horta. En effet d’après le guide c’est le seul endroit de l’archipel où il y a un chantier capable de nous réparer.
2. Au portant on ne porte que le génois médium, ou à défaut l’ORC. Au prés, sans mer formée, on tente sous un ou deux ris.
3. Compte tenu de la météo on part à l’est en attendant un créneau pour monter. Horta est à 810 milles soit 70 milles de plus que Florès.
Pierre K nous donne des astuces pour se passer de la bôme. Cela s’appelle un « Try Sail » Un système qui consiste à déposer la bôme. Puis à gréer le point d’amure sur les cadènes du pied de mat, et le point d’écoute sur les écoutes de spi. Il parait que l’on peut remonter à 70° du vent. Pierre l’a expérimenté dans la fameuse Sydney Hobart de 1998 avec 70 nœuds de vent , en Muscadet il y a deux ans et aussi en 31.7 il y a quelques années.

24 h TU
Coucher de soleil impressionnant. On ne voit pas le soleil. Il est masqué par une falaise noire : un nuage qui monte à 6 000 pieds, et fait 10 milles de long. Brr !
En fait pas de vent et nous voila partis au moteur à 1200 t/mn probablement pour 24 heures compte-tenu de la météo.
Celle de la fin de journée confirme celle du matin et nous promet une nouvelle dépression sur les Açores pour vendredi prochain ! Va-t-on arriver un jour ?

Diner rapide et mails à Sylvie pour l’informer de l’avarie et lui donner des éléments pour trouver une pièce de rechange.

Lundi 6 mai 10hTU
Journée d’hier détendue consacrée à la toilette, la cuisine, la lecture.. Le brèlage a tenu, et sans vent nous avons avancé avec le moteur à 1400t/mn.Le vent est monté à 4 puis 6 nœuds en fin de journée ce qui a permis de mettre le code 5.

Le vent s’est levé en retard de la prévision, avec un écart de 30° (260 au lieu de 230 annoncé) mais juste en force.
C’est toujours le cas à l’heure actuelle. Avec de la mer de l’arrière le bateau roule beaucoup.
Les prévisions météo confirment qu’il faut faire de l’est jusqu’à la fin de la semaine avant de remonter plein nord sur Horta.

Ambiance différente sur ce retour Martinique/Açores.
Les transats allers ne posent pas de problèmes de navigation, ni de météo, et s’effectuent dans la solitude.
La première particulièrement relève du rite initiatique avec donc une « ambiance » particulière.
Pour ce retour, il faut gérer en permanence la météo donc la navigation, la fatigue de l’équipage au près, ainsi que des rencontres avec des cargos qui sont nombreuses chaque jour. Ajoutons un temps en mer plus important, et l’ambiance est différente.
A l’aller on allait vers le chaud, au retour on va vers le froid.
Nous sommes « en traversée ».
Ambiance particulière dont l’équipage est également une composante majeure.

Ce matin avec un temps.couvert et 13/20 kt de vent . Il fait frais.

7 mai 07h TU
Journée de flemme au portant sous pilote, frigo coupé. Il s’agit de ne pas recharger au moteur les batteries pour économiser le gazole. Il pourrait bien y avoir des calmes lors de la remontée plein nord vers les Açores.
Les prévisions météorologiques évoluent peu. Apparemment pas de créneau pour monter avant dimanche.

Changement d’heure du bord le soir, et quarts de nuit sans problèmes avec du vent qui monte à 23 nœuds au 260 au matin. Pour 17 nœuds au 240 dans les prévisions les plus récentes.
La météo de ce matin confirme qu’il ne faut pas « monter » avant le week-end.
Le baromètre baisse de trois millibars en six heures et le vent s’établit à force 6 de SW. La dépression passe donc plus bas que prévue. Je pense que l’on va passer le foc de route et rester sagement au 32° parallèle pour l’instant.


Mercredi 8 mai 16h TU

Journée de flemme comme hier et avant-hier.
Le vent est stabilisé entre 15 et 21 nœuds au 250. Il y a aussi de superbes cirrus balais qui indiquent une dépression vers le NW.
Cela est conforme à la situation météo de ce matin. De nouveau une dépression sur les Açores avec une mer importante aux alentours des iles par effet de réflexion de la houle.
La dépression se comblerait sur place, seul un front d’une durée de 24 h à proximité des Açores et de 12 h à notre latitude de 32°N se manifesterait samedi. Ce qui est annoncé depuis plusieurs jours, pour vendredi, mais ce coup ci, même au sud on le prendrait.
Nous remontons doucement vers le 33°N, car je sens l’équipage impatient d’arriver et d’utiliser la période précédant le front qui lui pourrait bien atteindre 35 à 45 nœuds.
Après ce front, l’anticyclone remonterait et de dimanche à mercredi le temps serait maniable avec des calmes plats. Il s’agit néanmoins d’une prévision à dix jours.

Nous verrons au bulletin de tout à l’heure.
Tout ceci nous ralentit puisque nous sommes contraints d’attendre au sud un créneau de beau temps pour monter, au lieu de pouvoir faire une route orthodromique directe.



Jeudi 9 mai 07hTU
Le vent est remonté à 24 nœuds avec de la pluie. Nous avons viré et marchons au 45° vrai à 5 nœuds. A ce rythme là on sera par 35N et 29W samedi, alors qu’il y a du 40 nœuds annoncé de samedi soir à lundi matin entre le 36N et les Açores. Bref que faire ?
Début de réponse tout à l’heure à la météo.

9hTU
La réponse est claire : la dépression descend et nous aurons 40 nœuds à notre latitude samedi. Il faut absolument redescendre. Le schéma de dimanche était le bon. Mon intuition était la bonne, il fallait rester sur le 31ème parallèle.
Je vire, le cap est vent de travers, le vent est monté à 29 nœuds. Il va falloir passer l’ORC.

Vendredi 10 mai 2019 5h30TU
Journée calme hier qui nous a permis de se reposer. Manifestement l’équipage en avait besoin.
Fin de journée sous code 5 avec 15 nœuds comme prévu par la météo.
Météo du soir qui confirme la descente mais la limite au 32ème parallèle. Une fenêtre pourrait s’ouvrir pour commencer la remontée vendredi soir ou samedi matin. Avec 25/30 nœuds de SSW, le front serait d’égale force entre le 31ème et le 32ème parallèle. Nous verrons cela à la météo de ce matin puis de de ce soir.
Pour l’instant le baromètre vient de perdre 4 millibars en 5 heures, et le vent monte graduellement pour un bon 23 nœuds dans des risées et 20 noeuds en vent établi. La prévision est de 16 nœuds. Mais elle a déjà 12 heures. Néanmoins, hier soir, lors de la relève du bulletin, le temps sur zone était différent du temps de la prévision : 12 nœuds de vent observé pour 16 nœuds annoncés.
La mer commence à se former, avec une houle de 1,8 mètres par le travers. De très confortable, nous passons à confortable en cabine.

Samedi 11 mai 14h TU.


Hier nous avons continué notre cap à l’est. Belle journée qui a permis de recharger la batterie à fond.
La prévision du soir a confirmé celle du matin : le passage du front en fin de matinée, jusqu’à la fin d’après-midi.


Nuit calme, étoilée, prise de météo du petit matin qui nous confirme le passage entre 13hTU et 18h TU avec. 26 nœuds au pire moment, c’est-à-dire en fin de front. Cela nous en promet donc plus de 35 dans la réalité.
Décision a été prise de virer face au front le matin pour raccourcir le temps de passage dans le mauvais temps.



Vous virons de bord en matinée, le vent monte, et le ciel se couvre vers 13hTU, le vent s’établissant à 30/35 nœuds. Pour le repas, pantalon de ciré obligatoire car l’eau déborde de la casserole à cause du roulis. Cuisine d’une main, l’autre étant cramponnée à la main courante malgré l’utilisation de la sangle ad hoc. Deux heures pour préparer une salade de riz avec des saucisses en boite.

14 h TU
Ça y est on est dedans ! 30kts de SSW et 35 nœuds dans les rafales. Foc de route, gain à 7, houle de 3 mètres avec une mer du vent qui croise et brise. Quand nous en prenons une le bateau part un peu n’importe où. Comme nous sommes à 100degrés du vent cap au 300 cela n’a pas trop d’importance. Bar À Ô souffre moins que lors de la remontée initiale du départ. Néanmoins les vagues sont puissantes et le bateau est malmené.
Les craquements de l’arrière viennent de la pression exercée par les renforts structurels de support du piano, lorsque beaucoup de bloqueurs sont sous tension. Aujourd’hui il n’y a que la drisse de foc qui tire fort donc pas de craquements inquiétants !. Le mat est bien droit, pataras raidi sans excès. Seule la houle lui fait prendre un peu de ventre au niveau du deuxième étage de barres de flèches. Quant au vis de mulet, brèlé comme il l’est il n’y a plus qu’à espérer… !





15 h TU. La mer commence à déferler. Nous avons de l’eau à courir. Le premier obstacle est le haut fond formé par le cratère d’un volcan submergé. Il est à 100 milles. ICelui qui est le plus sur notre trajectoire est à 130 milles soit 20 heures de mer à la vitesse qui est,la notre. Le baromêtre continue sa chute.

Dimanche 12 mai 05h30 TU

Les deux heures qui suivent, de samedi 15 h à 17 h TU vont rester dans ma mémoire.

Le baromètre descend à 1008 millibars et se stabilise.
Le vent monte pour s’installer à 40 nœuds. Immédiatement la mer grossit et passe de deux mètres à quatre mètres, avec des sommets à cinq mètres. Il pleut de façon continue et abondante.
Quand ce sont des trombes d’eau que le front qui passe amène par instants, la pluie est tellement violente qu’elle aplatit la mer. Le paysage devient alors gris avec des trainées blanches.
Puis les rafales atteignent 45 nœuds.
La mer commence à déferler sur un mètre environ. Entre les creux apparaissent de fines trainées d’écume orientées dans le sens du vent. La mer est bleu marine, le ciel gris très sombre.
C’est grandiose et inquiétant.

Comment dire ? … BAR À Ô passe les vagues avec élégance et confort ! .

Lorsqu’une lame le prend par le coté il ne se couche pas. Elle passe par en dessous, et le bateau fait un écart. Le gain du pilote est réglé à 7, il encaisse sans broncher. Il n’y aura, en deux heures, que quatre écarts du pilote que ce dernier mettra une bonne minute à contrôler. Comme nous n’avons pas de grand-voile ce n’est pas trop gênant.
Au début du passage du front nous faisions une route travers/bon plein, pour le traverser le plus vite possible. A un moment le pilote a klaxonné, un message s’est affiché indiquant l’impossibilité pour le matériel de continuer sous cette allure. En appuyant sur le bouton, le chef de bord acceptait de partir en fuite à l’allure la plus compatible avec le vent ainsi que de l’état de la mer estimée par le gyroscope. Le bateau a alors abattu approximativement de 60 degrés.
Et nous avons roulé le foc de route jusqu’à en faire un tourmentin.

A l’intérieur la vie était possible, les mouvements étaient raisonnablement doux, la coque ne grinçait pas…l’atmosphère était sereine ! Quelques gouttes apparaissaient sous les joints des panneaux de pont et du hublot de la cuisine, témoins de la violence de certains paquets de mer.

A l’extérieur, nous n’avons jamais embarqué d’eau par l’arrière ou la hanche arrière. . De gros embruns balayaient la capote et le cockpit régulièrement. Des paquets de mer conséquents envahissaient outre la plage avant, le pont du mat à la capote. Leur poids n’étaient pas cependant suffisant pour influencer l’assiette du bateau.

J’appréhendais ce coup de vent …maintenant je suis rassuré : 45 nœuds, en fuite, avec mer forte partiellement déferlante, c’est gérable sur BAR À Ô.
Sur Let-It-Be cela aurait tenu de l’ »Opération Survie ».
Les deux seules limites me semblent la fatigue de l’équipage, et que la mer ne grossisse pas plus.
Mer « très forte » doit être plus problématique.
Tout repose sur le pilote automatique, plus exactement sur l’état et la rusticité de son moteur. En effet, au vu du fonctionnement en automatique, personne n’aurait été capable de barrer dans ces conditions avec la même efficacité, et de toutes façon pas plus d’une demi-heure.

Dans ces conditions Bertrand est un équipier exceptionnel. Grande justesse d’appréciation de la situation, idée intelligente de venir face au front pour le traverser au plus vite, calme « olympien » sous 40 nœuds.
Michel à l’aise sur le pont en toutes circonstances, plus impressionné par ce vent qu’il affrontait pour la première fois sur un petit monocoque.

Une avant dernière barrière nuageuse avec 40 nœuds, une dernière avec seulement 30/35 nœuds, et nous sommes sortis brutalement du front. La température a chuté de 5 degrés, et le baromètre a cessé sa descente. Sur le relevé du baromètre NKE on voit très bien chaque barrière nuageuse du front. Globalement la pression baisse de 1millibar toute les deux heures, avec une remontée de 0,4 HPA à l’arrière de la ligne de grains.

La pluie a cessé. Le vent bascule de 60 degrés en quelques minutes et passe à 15/20 nœuds d’ouest.
Nous remontons immédiatement vers le nord pour longer l’arrière du front et bénéficier le plus longtemps possible du vent modéré. Le baromètre remonte de trois millibars en trois heures puis se stabilise à 1012

Ce vent nous accompagnera jusqu’au dimanche matin, et commencera à faiblir quand le baromètre remontera brutalement de 5 millibars en 5 heures pour atteindre 1018 HPA et se stabiliser à 1016HPA. Le ciel se couvre.
Le clapot croisé nous interdit de tenter de renvoyer la GV.

Nous avons bien dormi cette nuit !

17hTU
Comme indiqué sur le grib, nous avançons dans un minuscule couloir de vent faible au milieu d’une zone de vent nul. Le vent est progressivement descendu à 7 nœuds. Nous avons tenté avec succès de hisser la GV à deux ris, puis deux heures après avec un seul ris. Face au vent, au moteur, foc roulé, écoute à peine libre, manœuvre rapide, toutes les précautions ont été prises. Hisser s’est donc bien passé. Pour l’heure tout semble tenir. Un tournevis sert de tourniquet sur les bouts pour en renforcer encore le serrage.
Le baromètre monte et se stabilise à 1018 HPA, pendant que le clapot faiblit.

Mon esprit vagabonde sur les avaries les plus dirimantes.
En tète viennent à mon avis le gouvernail et la voie d’eau.
Ensuite il y a le dématage.
Le pilote, et le moteur dans sa fonction de fournisseur d’électricité ferment la 1ére marche.
Sur la deuxième marche de ce podium particulier se trouvent à mon avis toujours, la rupture du vis de mulet, et la rupture réparable de l’étai ou du pataras.


Mardi 14 mai 07h TU

La météo nous est favorable. Après la molle de dimanche qui a permis de recharger complètement les batteries, le vent s’est levé et nous marchons vite, d’abord sous code 5 puis maintenant sous 1ris et foc de route.
Le brélage du vis de mulet tient le coup, et le mat ne grince pas trop. Néanmoins pas question de tirer dessus tant,que le gréement n’a pas été équilibré en tension à Horta.
Émotion cette nuit quand un cargo Panamax nous a contraint a manœuvrer. Manifestement j’ai réveillé l’officier de quart qui a découvert que nous étions en route de collision.

Le temps fraichit. Qu’elles sont loin les Antilles ! Nous remontons vers le froid ! Chacun a l’impression d’aller vers l’automne, alors qu’évidement c’est le contraire.

Les oiseaux reviennent…la terre est proche : 100 milles maintenant.

La dépression qui a tourné autour des Açores a soulevé de la poussière de cendres volcaniques. Et sa traine nous les dépose depuis deux jours dans le cockpit et la descente. Nettoyage biquotidien du bateau s’impose.

Nous sommes à 60 milles de l’arrivée…plus de vent : moteur !

Rédaction des tâches d’entretien et de réparation à réaliser à l’escale…il y en a deux pages.

Arrivée à Horta dans la nuit, mouillage, formalités le matin puis prise de poste dans le.port.
Nous étions 12 bateaux à avoir choisi de remonter le long du front. Tous assez peu diserts en faisant la queue car nous luttions contre le sommeil ! , Policier, Douanier et personnel de la Marina charmants et rapides…tous parlent français, la plupart étant nés en France et y ayant fait leurs études primaires.

48 heures à se remettre avant d’attaquer trois jours de réparation et d’entretien.

Nous n’étions,pas les seuls .
Au café de la Marina au bout du quai du vieux bassin, les commentaires allaient bon train : « je m’étais jamais autant fait secouer de ma vie, 50 nœuds couramment en venant des Bermudes, etc. » En conséquence pas de javas le soir ! Entretien, réparations et bannette sont le programme des équipages semble-t-il.
L’ambiance sur le quai est bonne. Personne ne la ramène.
Beaucoup de bateaux attendent un meilleur temps avant de poursuivre vers la Méditerranée via Madère, et surtout pour le Golfe de Gascogne et la Manche en route directe. Donc le.port est plein.
La Mamie Douche/Lessive est adorable, les ouvriers des chantiers débordés, et le Spar sous ses aspects modestes fournit l’essentiel.
Beaucoup d’Allemands, de Hollandais et de Français. Un Singapourien ! Et peu d’Anglais.
Nous sommes le plus petit bateau. Beaucoup de 45 pieds en aluminium ou en fibre de verre. Plus des 30 mėtres au mouillage dans le.port.


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