Ragip Duran
‘’Depuis la tentative du Coup d’Etat du 15 juillet 2016, la Turquie est dirigée par un régime de plus en plus autoritaire’’ constatent la majorité des obsevateurs qui essaient de faire un bilan de la dernière décennie.
A la suite de l’appel de M.Erdogan, qui avaient demandé aux citoyens de descendre dans la rue contre le Coup, 253 personnes dont 184 civils étaient tués lors des accrochages à Istanbul et plus de 34 militaires putschistes ont été tués à Ankara le même jour.
Alors que la Turquie a une grande expérience des Coups d’Etat (1960, 1971 et 1980), le dernier n’est toujours pas bien compris malgré l’ouverture de 289 procès. 720 milles accusés ont été jugés dont 127 milles condamnés. Il y a aujourd’hui encore des procès qui durent.
Mais le public ne sait toujours pas qui étaient les organisateurs, les commanditaires et les responsables politiques de ce Coup. De plus, personne ne se porte volontaire pour assumer la responsabilité du Coup.
‘’Ce coup n’était pas un plan d’Erdogan, ni celui d’un service étranger, ni la tentative de ‘démocrates’ qui désiraient instaurer l’Etat de Droit en Turquie. C’était un véritable Coup d’Etat, oui mal géré, mal éxecuté, associant une partie de l’armée et d’autres cercles, notamment les Gulenist.(...) R.T.Erdogan a su tirer profit du Coup d’Etat pour une dérive autoritaire qui se poursuit aujourd’hui’’ croit Mme. Muriel Domenach, Consul Général de France à Istanbul à l’époque du Coup.
En effet, l’Etat d’Urgence a été décreté, 36 décret-lois ont été promulgués. Plus de 100 milles fonctionnaires, accusés d’avoir des relations avec la secte Gulen, ont été licenciés. Parmi eux il y avait plus de 4 milles juges et procureurs. Plus de 200 quotidiens, hebdomadaires, chaînes de TV, stations de radio et sites d’Internet ont été interdits. Environ 150 écoles privées, lycées et universités, toujours accusés d’appartenir à la secte Gulen ont été fermés. Enfin une vaste opération d'épuration a été menée au sein de l'armée.
Le 16 avril 2017, lors du référendum sur la nature du régime, Erdogan a gagné avec 51.47 % des voix et le nouveau système Présidentiel a été mis en vigueur. Donc fin de l’Ancien Régime (Parlementaire) et début du régime de l’Homme Unique qui contrôle les trois pouvoirs (Le législatif, l’exécutif et le judiciaire).
Les spécialistes rappellent que la Turquie a renforcé depuis 10 ans ses relations avec la Russie, la Chine et les pays islamiques alors qu’Ankara menait une diplomatie pro-occidentale depuis la fondation de la République en 1923.
Le 15 juillet est un jour férié et le régime organise des manifestations populaires et médiatiques pour commémorer ‘’les martyrs du 15 juillet’’ et pour renforcer ‘’l’image démocratique’’ voire héroïque du Président Erdogan. Cette année, mercredi dernier, M. Nasuh Mahruki, fondateur d’une ONG d’aide aux victimes des catastrophes naturelles a été mis en garde à vue à cause de trois phrases publiées sur son compte X. Il critiquait la version officielle de la tentative du Coup d’Etat.
Erdogan avait déjà en 2022 avoué que ‘’Dieu merci grâce à ce Coup et grâce à la résistance et l’opposition contre ces traîtres nous avons pu depuis réaliser de grands projets’’.
M. Fetullah Gulen, chef de la secte, ancien allié et nouvel ennemi no 1 d’Erdogan, a succombé à la maladie et est décédé en exil aux Etats Unis en octobre 2024. Mais la secte Gulen reste encore et toujours une étiquette utile et pratique pour accuser les opposants du régime.
‘’Si l’ensemble des dossiers et documents seront un jour publié, j’ai peur que plusieurs personnalités proches d’Erdogan et peut être lui-même et les membres de sa famille risquent dans le futur de se présenter devant un vrai juge’’ prévoit Ahmet Shik, député du Parti Ouvrier de Turquie. (FIN/RD)