Ragip Duran
Au pouvoir depuis 2002, le Président Erdogan (72) avait déjà en septembre 2017 parlé d’une fatigue des métaux quand il a vu son parti perdre des voix. Depuis, selon les sondages d’opinion et le parti au pouvoir et le Président Erdogan ne cessent de perdre des points. Par ailleurs sa santé n’est pas très bonne constate-t-on sur les écrans de TV. Il ne peut marcher que très lentement, il a un regard assez flou et parfois il a des difficultés à lire et à prononcer ses discours.
A l’intérieur même du Parti de la Justice et du Développement (AKP, Islamiste/néo-libéral, 275 sièges sur 592) la succession de M.Recep Tayyip Erdogan est à l’ordre du jour depuis au moins 6 mois.
Trois personnes sont sur la ligne de départ: M. Bilal Erdogan(44) fils cadet du Président, M.Selcuk Bayraktar (46) gendre du Président et M.Hakan Fidan (57) actuellement Ministre des Affaires étrangères.
Ce dernier serait le favori de l’établissement politique car il a de multiples réseaux dans le pays et à l’étranger. Militaire de formation, docteur en Relations Internationales, il a travaillé à l’OTAN et était le President de la TIKA, Agence Turque de Coopération et de Coordination qui est responsable des projets économiques et industriels turcs à l’etranger. Il a dirigé les Services de Renseignement turcs et a beaucoup d’expérience sur la scène régionale et internationale.
Selcuk Bayraktar, est le PDG-fondateur du Baykar Teknoloji, une des plus grandes sociétés de production de drone et de missile. İngénieur de formation il n’a aucune expérience politique et ne serait pas intéressé selon son entourage pour un poste politique.
Reste alors le fils Bilal. Bâchelier du Lycée İmam-Hatip (Lycée de Religieux Professionnel) il a pu obtenir une licence en Sciences Politiques de l’Université de Harvard avec le soutien de plusieurs personnalités turques et américaines proche du Président. Il a voulu même obtenir un doctorat en Italie au Centre Européen de l’Université John Hopkins à Bologne. Mais le Parquet italien l’avait accusé de blanchiment d’argent et il a dû quitter l’Italie.
Il est depuis trois mois à la une des médias du pouvoir. Il participe à des inaugurations, organise des conférences, accorde des interviews. ‘’Il poursuit sa campagne’’ croient les opposants.
Bilal est quand même dans la langue populaire turque le synonyme d‘’imbécile’’. Les conversations téléphoniques avec son père lors du scandale du 17-25 décembre 2013 montrent qu’il est incapable de comprendre les messages de son père et de répondre. Lors de ce scandale les policiers proches du secte Gulen avait organisé des descentes chez les proches d’Erdogan chez qui ils avaient trouvé des millions de dollars, d’euro et de livres turques, sommes des gains illégaux et illégitimes.
La majorité des membres du pouvoir s’oppose à la candidature de M.Bilal Erdogan, mais le Président lui-même ne peut avoir confiance qu’à son fils, selon les rumeurs en provenance du Palais. Il y a quand même quelques ex-députés et ex-responsables du Parti qui soutiennent M.Bilal.
Ce dernier était l’invité mercredi dernier d’une municipalité proche du pouvoir pour une séance de ‘’Une Seule Question/ Une Seule Réponse’’. Les jeunes ont posé leurs questions et M.Bilal a répondu.
‘’Comment vous gagnez votre vie?’’ était probablement la meilleure question posée. M.Bilal a essayé de répondre à cette question en racontant sa carrière d’homme d’affaire: ‘’Ce fut d’abord avec mes amis dans le secteur cosmétique. J’étais simplement un associé. Plus tard on est passé dans la restauration. On a aujourd’hui plusieurs restaurants en Turquie, un à Dubai et un prochain à Bakou. Je suis donc dans le secteur de l’alimentation’’ a-t-il annoncé.
Il a probablement oublié de parler du fameux groupe maritime BMZ, qu’il avait fondé avec son oncle et son beau père. BMZ a vendu en 2017, cinq de ces navire-citernes pour 75 millions de dollars américaines. BMZ était accusé de transporter du matériel à Israel même après l’attaque de Hamas contre Israel le 7 octobre 2023 et les opérations meurtières d’IDF (Les Forces de Défense d’Israel) contre Gazza.
Enfin, ‘’Bilal sera un très bon Président pour cette Turquie qui a complètement perdu la conscience’’ ironise un professeur de droit public en exil en Allemagne. (FIN/RD)