Ragip Duran
Deniz Goktas (32), nouvelle étoile montante de la comédie stand-up, représentant la génération de la Protestation de Gezi (Campagne de soulèvement spontanée de la jeunesse en mai 2013 à Istanbul) est à la une de l’ensemble des médias fin juin-début juillet.
Plus de 6 millions de citoyens en seulement une semaine a vu ce spectacle d’à peu près 90 minutes diffusé sur la Toile. Simple, calme, intelligent et bien cultivé Goktas fait de la comédie politique et attaque les responsables de l’ordre établi y compris le Président Erdogan d’une façon très sophistiquée.
Le régime, fou de colère, a tout de suite contre-attaqué : Les scènes sur X ont été interdits et le Parquet d’Istanbul a ouvert une enquête contre ce jeune homme accusé de ‘’dénigrer les valeurs religieuses et spirituelles’’. Le Parquet estime qu’il y a ‘’des éléments constitutifs d'une infraction’’ dans le discours de Goktas. ‘’La sécurité nationale et l’ordre public doivent être préservés’’ croit-t-il.
2 députés d’EMEP (Le Parti du Travail, gauche) ont déposé une Question Parlementaire que doit théoriquement répondre le Ministre de la Justice pour savoir en détail la raison de l’ouverture de l’enquête contre Goktas.
Selahaddin Demirtas, ancien Président du Parti kurde, en prison depuis environ un an, a également réagi contre l’ouverture de l’enquête du Parquet.
Fils d’une famille alévie (Secte minoritaire en générale progressiste) de l’Anatolie Centrale Goktaş a une licence en psychologie de la prestigieuse Université du Moyen-Orient (ODTU) d’Ankara. Il poursuit ses études de maîtrise en cinématographie.
Le stand-up comédie est très à la mode dans plusieurs grandes villes du pays. Les jeunes spectateurs, en particulier les étudiants et les jeunes cadres remplissent les salles des Clubs de Comédie pour assister aux spectacles de ces troubadours modernes. Ces conteurs sont également très populaires sur les médias sociaux. Mais la très grande majorité de ces artistes n’ont pas osé jusqu’à maintenant ce que Goktas a réussi : Critiquer l’ordre établi, critiquer le régime et les politiciens d’une façon habile et subtile. Sur scène il ne se comporte pas comme un activiste de gauche qui fait de la propagande mais comme un homme de la rue qui raconte des histoires et des blagues. Il parle ironiquement, sans le nommer du Coran et du Prophète, ce qui énerve les islamistes et les responsables du pouvoir. Alors qu’il s’agit uniquement des blagues même pas de la blasphémie. Les nationalistes et l’extrême droite sont également dans le menu.
Goktas, dont son prénom est une référence à Deniz Gezmis (Grand révolutionnaire des années 70, exécuté le 6 mai 1972) ne se prive pas de critiquer l'opposition, tout comme il critique le régime d’Erdogan.
Alors que ces collègues sur scène racontent souvent des histoires de fesses avec des insultes machos, Goktas respecte les valeurs des femmes et des féministes. Tout au long de ses spectacles, il n’attaque jamais les membres de son public (ce qui est rare chez les autres) mais il dénonce et condamne minutieusement le régime et ses partisans avec rires et loisir.
Goktas a un éventail assez grand car il parle un peu de tout : Politique, psychologie, la Grèce Antique, les commentateurs sportifs des TV…etc…
Goktas est depuis le 28 juin en vacances à l’étranger. Face à l’initiative du Parquet et aux attaques des cercles proches du President, il a publié un message sur la Toile : ‘’S’il le faut je peux rentrer urgemment’’. Il est rentré et tout de suite arreté et ecroué.
‘’Quand l’humour intervienne sur la scène, le pouvoir est aveugle, sourd et muet, alors il attaque’’ observe un universitaire en exil. (FIN/RD)