Ils se sont encore une fois entendus tacitement
sur leurs désaccords
Ragip Duran
La visite à Ankara du Premier Ministre Grec M.Mitsotakis n’a pas été à la une des médias turcs car deux autres développements ont été largement couverts par les journalistes: La nouvelle nomination de deux ministres aux postes clef de l’Intérieur et de la Justice. Et les déclarations violamment critiquées par Baghdad du ministre turc des affaires etrangères.
Les deux nouveaux ministres sont M.Akın (Justice), ex- procureur en chef d’Istanbul accusé par l’opposition des prises de positions et des décisions partisanes et M.Ciftci, ex-préfet d’Erzouroum (Est), connu par son islamisme.
Les chroniqueurs proches de l’opposition croient que ces deux nominations sont des signes de préparation d’Erdogan pour les élections.
De son coté, M.Fidan, ministre des affaires etrangères, a osé directement menacer Baghdad et l’administration de la Région Autonome du Kurdistan d’Irak (Barzani): ‘’Après la Syrie, l’Irak est à l’ordre’’ a-t-il dit. Il a également annoncé que la Turquie est capable de nettoyer tous les élements terroristes dans la région. Baghdad et Barzani ont fortement réagi. Ankara a fait un demi tour quand le porte parole du ministère a dû expliquer qu’il s’agissait ‘’d’une faute de traduction’’ et que’’ Ankara a toujours de bons rapports avec Baghdad et Erbil’’ .
La visite de M.Mitsotakis accompagné d’une grande délégation à Ankara et la conférence de presse conjointe Erdogan-Mitsotakis sont bien accueillies par les médias turcs. Mais M.Selim Kuneralp, ambassadeur en retraite a essayé d’aller un peu plus loin: ‘’ Nous constatons que les sujets importants n’ont pas été dans l’agenda des deux parties. Des conventions sur les lignes de ferry et la croissance réciproque du commerce entre les deux pays ont été signées comme s’il n’y avait aucun autre problème entre Athènes et Ankara. La Grèce n’a pas beaucoup d’attente de la part d’Ankara. Mais la Turquie désire imposer son point de vue sur la militarisation des îles, sur le statut de certains îles et en plus sur ‘’La Patrie Bleue’’, projet expansionniste critiqué par l’Occident. Ces sujets se cachent sous le tapis. Lors des pourparlers les deux leaders parlent du ‘’Droit İnternational’’ mais Ankara refuse de se présenter devant les Cours İnternationales quand il s’agit de l’interprétation du traité de Lausanne et du problème de la ‘’Patrie Bleue’’. Ne pas débattre voire garder le silence sur des sujets déterminants n’est sûrement pas une attitude durable’’ .
Deux experts des
relations turco-greques, M. Stelios Berberakis et Mme Barcin Yinanc estiment
que même la poursuite du dialoque entre les deux capitales ‘’est positive’’.
Ils ajoutent que les bonnes relations entre les deux peuples sont également un facteur
qui peut faciliter la solution des problèmes entre les deux Etats.
En somme, 30 ans après la crise d’Imia/Kardak, Ankara et Athènes sont encore et
toujours d’accord sur leurs désaccords. (FIN/RD)