Ocalan demande un statut juridique,
le régime la démilitarisation complète des kurdes
Ragip Duran
Le processus de paix lancé il y a maintenant 19 mois entre Ankara et le PKK, semble être bloqué à cause des revendications contradictoires des deux parties: Le Président du PKK Abdullah Ocalan (Apo), en prison depuis 1999, désire désormais un statut juridique pour être un vrai négociateur en chef dans ses contacts avec les autorités turques. Il demande également la promulgation urgente des lois spécifiques pour poursuivre les entretiens avec ses interlocuteurs dans le but de résoudre pacifiquement et politiquement le problème kurde qui est à l’ordre du jour de la Turquie depuis au moins 1925!
Ce problème pluridimensionel a causé la mort d’au moins 50 milles personnes depuis seulement 1984. Ocalan parle du ‘’Processus de Paix et de la Démocratie Sociale’’ alors que le régime parle du ‘’Processus de La Turquie Sans Terrorisme’’.
Le pouvoir turc a pour le moment deux porte-paroles: M.Devlet Bahceli, Président du MHP (Parti d’Action Nationaliste, extrême-droite, allié d’Erdogan, 46 sièges sur 592) encourage Ocalan et propose lui accorder ‘’un statut officiel’’ afin qu’il mène comme il faut les pourparlers avec les représentants du gouvernement. ‘’Par exemple il peut être Coordinateur du Processus de Paix et de la Politisation’’ a-t-il déclaré. Les proches de Bahceli, ont même prononcé le titre du poste du ‘’Sous-ministre de l’Intérieur’’.
L’autre acteur principal, le Président Erdogan qui soutient en générale le processus, plutôt du bout des lèvres, a préféré depuis 19 mois garder le silence sur les points critiques de l’itinéraire. Les officiels pro-Erdogan insistent sur ‘’la démilitarisation complète du PKK avec l’ensemble de ses branches dans tous les pays du Moyen Orient’’ Id est l’Irak, la Syrie et l’Iran. Les kurdes de ces pays sont encore et toujours sur place avec leurs armées.
Le PKK qui à la demande d’Ocalan (peut être de l’Etat turc) s’était auto-dissoud lors de son 12ème Congrès extra-ordinaire le 5-7 mai 2025 organise encore des conférences de presse sous la bannière du ‘’Mouvement Apoiste’’ avec des guérilleros armés. Ces derniers insistent sur le ‘’statut à accorder’’ à Ocalan, condition sine qua non pour une démilitarisation complète.
Le PKK met l’accent uniquement sur ‘’le statut à accorder au Président Apo’’ et ne parle plus de la liberté pour la langue kurde, des prisonniers politiques kurdes, des maires kurdes destitués ni du Kurdistan d’ailleurs.
Les partisans du régime Erdogan et une grande partie de l’opinion publique turque sont fermement contre les propositions de Bahceli. ‘’Le terroriste en chef ne peut pas être couronné d’un statut officiel’’, ‘’La République turque n’est pas une république bananière!’’ disent-ils.
Alors qu’Ocalan semble être complètement du coté de l’idéologie officielle depuis son incarcération sur l’île d’Imrali, revendique ‘’l’intégration démocratique’’, c’est à dire l’assimilation volontaire de l’ensemble des kurdes à la société et à l’Etat turcs, refusant l’identité nationale kurde et rejettant l’indépendance ou l’autonomie pour les kurdes.
De nouvelles contradictions surgissent au sein du régime et l’opinion publique kurde est également divisée. Une minorité soutient encore le Président Apo alors que surtout les jeunes s’opposent contre les plans et politiques de ‘’turquification des kurdes’’.
La partie kurde n’a presque rien gagné depuis le début de ce processus, c’est à dire depuis octobre 2024, alors que le régime Erdogan a su diviser le camp de l’opposition (DEM, Parti de l’Egalité et de la Démocratie, kurdes et gauches, 56 sièges, ne s’oppose plus contre les politiques et pratiques autoritaires du régime) et a gagné du temps pour préparer une nouvelle Constitution dans le but de perdurer le régime de l’Homme Unique.
Les deux premiers processus de paix entre Ankara et le PKK avaient échoué à cause essentiellement des interventions d’Erdogan. ( Processus d’Oslo en 1993 et Première Processus de Solution en 2013). Cette fois, estiment les observateurs, ‘’le processus risque encore d’échouer à cause des positions irréalistes des deux parties’’. (FIN/RD)