Le mois de la joie
Chers amis,
Le rouleau d’Esther décrit Adar comme « le mois qui fut transformé pour eux de la douleur à la joie » (9,22). Et le Talmud en a fait une consigne de vie : « Lorsque le mois d’Adar entre, on augmente dans la joie. » (Taanit 29a)
On pourrait s’étonner : le calendrier juif est jalonné de dates lumineuses, pourtant aucune, à l’exception de Pourim, ne semble teinter l’atmosphère d’un mois entier. Comme si Adar recevait, en bloc, un supplément d’âme. D’où vient cette singularité ?
Le Rabbi de Loubavitch souligne que Pourim n’est pas la célébration d’un sommet, mais d’une fidélité. Haman avait visé l’instant où, historiquement et intérieurement, le peuple juif paraissait le plus vulnérable : l’exil, la ruine du Temple, la sensation que le Ciel s’était voilé, et même ce « signe » qu’il croyait décisif – le mois d’Adar, associé à la disparition de Moïse. Il a cru lire dans le calendrier une confirmation : si la « tête » manque, le corps s’effondre.
Et pourtant, son plan a échoué. Parce qu’il s’est trompé sur ce qui constitue la vie d’Israël.
Il existe dans l’existence humaine des phases contrastées : naissance fragile, croissance, réussites, chutes, recommencements. Mais une chose demeure, même quand tout bouge : l’identité profonde. La personne reste elle-même à travers ses saisons.
Il en est ainsi de notre lien avec D.ieu. Nous connaissons des jours de clarté et des jours de brouillard, des périodes d’élévation et des heures de fatigue spirituelle. Mais l’alliance, elle, ne dépend pas de notre météo intérieure. Et paradoxalement, c’est parfois dans l’exil, dans l’oppression, dans la nuit où l’on ne voit plus les signes, que cette relation se révèle avec le plus de force : D.ieu intervient malgré tout, non parce que le moment « s’y prête », mais parce que l’essence ne s’éteint pas.
Voilà pourquoi Pourim déborde d’une joie particulière. D’autres fêtes chantent les hauteurs. Pourim affirme que même au plus bas, le cœur de l’histoire bat. La joie de Pourim n’est pas seulement un soulagement : c’est la découverte que rien, pas même un « mauvais augure », n’a de prise sur ce que nous sommes.
Alors Adar devient le mois de l’inversion : le lieu où l’on s’entraîne à regarder autrement. À ajouter un acte de bien, une mitsva de plus, une parole de confiance, une générosité plus large. On augmente dans la joie parce qu’on augmente dans l’essentiel.
Et lorsque cette joie devient un choix quotidien, elle prépare le monde à sa transformation ultime : la venue de Machia’h, quand tout ce qui semblait caché apparaîtra enfin comme lumière.
Chabbat Chalom !
Vos amis @ Fr.Chabad.org
P.-S. Pourim 2026 tombe lundi soir 2 mars et mardi 3 mars (et se prolonge mercredi 4 mars à Jérusalem )