Source: http://www.infoguerre.fr/?p=2381 - 2 juillet 2009
[Texte intégral]
La France a cette particularité étrange de ne pas savoir gérer
certaines de ses richesses. C’est le cas dans un domaine où elle
devrait exceller : celui de la guerre de l’information. Il existe
aujourd’hui cinq cultures civiles de la guerre de l’information. Leur
particularité est de s’ignorer et parfois de se combattre par clients
interposés sans être capable de peaufiner leur complémentarité au
profit de la défense des intérêts de l’économie française. Quelles
sont ces cinq cultures ?
La première est le produit de la communication. Les filiales de
Publicis et d’EuroRSCG en sont une illustration. Les méthodes sont
bien huilées et s’appuient principalement sur un usage intelligent de
l’audimat, un rapport privilégié avec les grands médias et de nouveaux
domaines d’expertise comme le marketing viral. De nouvelles petites
agences de communication s’engagent sur ce marché porteur et
commencent à grignoter des parts de marché aux deux leaders
historiques.
La seconde est le produit de la politique. Anne Meaux d’Image 7 en est
la digne représentante. C’est le lien privilégié et reconnu avec le
monde des décideurs et des centres de pouvoir. Avec Michel Calzéroni,
elle occupe une place dominante sur ce marché très verrouillé par les
relations de confiance bâties durant la guerre froide dans la lutte
anticommuniste menée par la droite et l’extrême droite soutenue
financièrement par la fraction dure du patronat français.
La troisième découle du monde du renseignement. Certains cabinets
spécialisés en sont les maîtres d’œuvre. Des anciens du Service Action
de la DGSE ainsi que des militaires atypiques occupent une place de
choix dans ce qu’il est encore convenu d’appeler un artisanat d’art en
terme de chiffres d’affaire.
La quatrième est émergente. Elle est le fruit d’une fusion entre la
culture du combat asiatique héritée de Sun Tzi et des techniques
subversives générées au cours de l’histoire du XXème siècle. Elle
développe un art particulier de la guerre de l’information, fondé sur
la rhétorique et l’usage offensif de la connaissance. L’Ecole de
guerre économique et des petits cabinets comme Spin Partners sont les
principaux animateurs de ce courant de pensée et d’action.
La cinquième culture résulte de la faillite du monde politique de
gauche et de la pratique syndicale traditionnelle dans le domaine de
la propagande. Les structures de formation comme les désobéissants
(écouter à ce propos le reportage diffusée le premier juillet sur
France Info sur un stage de formation organisé pour le syndicat Sud)
commencent à apparaître dans la foulée des stages conçus par des ONG
du type Greenpeace ou le manuel de la dissidence informationnelle
destinée aux internautes chinois relayé par Reporters Sans Frontières.
Les Anonymes qui attaquent l’église de scientologie sur 24 pays, de
manière coordonnée et régulière en sont aussi un sous produit beaucoup
plus transversal et qui échappe aux clichés de l’appartenance
idéologique postmarxiste.
Les trois premières cultures sont le fruit de la pensée du fort. Les
deux dernières sont la résultante de la créativité du faible. Cet
énoncé des origines trace déjà les lignes de démarcation des
compétences. On les retrouve dans la manière dont les entreprises
abordent le sujet. Le mélange des genres n’est pas simple. Le Medef a
tenté de se réapproprier les techniques du faible dans sa campagne
contre les 35 heures. Le point culminant de sa guerre de l’information
a été la réunion historique de plus de trente mille dirigeants lors
d’une manifestation commune contre la loi Aubry. Mais le résultat
final n’a pas été à la hauteur de l’investissement humain, ce qui a
fait dire à l’un de ses organisateurs que la rentabilité n’était pas
là. Encore fallait-il analyser les chances de victoire avant de se
lancer dans une telle démarche. Que vaut la parole de quelques
dizaines de milliers de patrons contre l’aspiration collective à la
société des loisirs ? Pas grand-chose. Le fort défend avant tout ses
intérêts et ne sait que très rarement changer d’échiquier. Comme le
rappelait ce matin Gérard Chaliand dans le journal de France Culture
de 8 heures, l’armée américaine (l’expression la plus démonstrative de
la pensée du fort) n’a pas de mémoire opérationnelle. Elle n’a pas
tiré en Irak les leçons apprises entre 1970 et 1973 au Vietnam,
conflit exemplaire de la première grande défaite d’un fort en guerre
de l’information.
La pensé du fort est aujourd’hui défaillante et le curseur de la
créativité a basculé depuis longtemps du côté du faible. Les derniers
évènements en Iran en sont un exemple intéressant. Les universitaires,
à l’image de Christian Salmon qui a écrit un ouvrage remarqué sur le
storytelling, sont incapables de prendre le recul nécessaire pour
analyser avec pertinence cette dimension du problème. Les élites post
soixante huitardes sont encore polarisées par la dénonciation
implicite des manipulations du fort sans même se rendre compte que le
formatage des esprits est aujourd’hui très fortement induit par la
légitimité du faible. Une telle erreur de jugement n’est pas sans
conséquences. La première pour la France est son incapacité
stratégique à tirer les marrons du feu de son potentiel culturel dans
la guerre de l’information qui modèle aujourd’hui les nouvelles formes
d’affrontement économique. Le politique a sur ce dossier une
responsabilité majeure. Nous allons voir dans les mois à venir s’il
est capable de dépasser le niveau du pré carré électoral et relever
les défis de la guerre économique, éléments-clés de notre survie et de
notre développement.
Christian Harbulot
Source: http://www.infoguerre.fr/?p=2381 - 2 juillet 2009
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Source: http://www.infoguerre.fr/?p=2381 - 2 juillet 2009
[Texte int�gral]
La France a cette particularit� �trange de ne pas savoir g�rer
certaines de ses richesses.
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On a comme compris tout �a le 13 septembre 1759.
nadagami
Beaucoup trop long :)