Pour le groupe tice

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Lucie Rabaovololona

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Aug 14, 2012, 7:57:37 AM8/14/12
to Hary RAZAFINIMPIASA, Minpous, CERCOM DIFP, andriani luc, fenosoa ANDRIANANTOANINA, Tantely Harinjaka RAVELONJATOVO, Florine Rasoazananivo


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De : Douguet Jean-Marc <Jean-Mar...@reeds.uvsq.fr>
Date : 19 juillet 2012 22:21
Objet :
À : Lucie Rabaovololona <lrabaov...@gmail.com>, Jean-Marc Douguet <Jean-Mar...@reeds.uvsq.fr>


Idex à Strasbourg : « l'institut de l'innovation pédagogique », conçu comme un « lieu pour parler d'enseignement » à l'université (N. Poteaux)

  • Dossier 


Nicole Poteaux, directrice du Lisec (Laboratoire international des sciences de l'éducation et de la communication) - Alsace © DR
« Ne peut-on pas remettre en question nos modèles pédagogiques ? Je prétends, à cet égard, que les étudiants ne travaillent pas vraiment à l'université. Ils viennent plutôt écouter et prendre des notes. Ils devraient travailler davantage de façon interactive avec les enseignants et avec leurs pairs, grâce à des espaces adaptés », souligne début juillet 2012 auprès d'AEF Nicole Poteaux, professeur en sciences de l'éducation à l'université de Strasbourg et initiatrice en 2010 d'un projet strasbourgeois, dit de « Maison de pédagogie universitaire ». Ce projet a largement inspiré un volet de l'idex sous l'intitulé « institut de l'innovation pédagogique » (AEF n°143332) et a donné lieu à de premières initiatives. « [Il] a été initié sur le mode 'bottom-up', avec des rencontres informelles [d'enseignants] sous forme d'ateliers. [Aujourd'hui], nous sommes impatients de voir la suite qui lui sera donnée », indique Nicole Poteaux, dans un entretien à AEF.

Interrogé sur l'état d'avancement du projet dans le cadre de l'idex, Guy-René Perrin, délégué général aux investissements d'avenir, précise qu'il compte proposer à l'université de « lancer ce projet dès l'automne 2012 », avec des moyens de l'ordre de 800 000 euros par an. « Ce lancement passe par le recrutement d'un(e) chargé(e) de projet, la formation d'un groupe projet et la formation d'un comité d'experts scientifiques internationaux », précise-t-il.

AEF :
Aux origines de l'institut de l'innovation pédagogique, il y avait un projet de « Maison de la pédagogie universitaire », que vous avez rédigé en 2010. De quoi s'agit-il ?

Nicole Poteaux : Le terme de « maison » avait été choisi exprès, car dans l'université française, les enseignants-chercheurs manquent de lieux pour parler d'enseignement. Or les universités doivent se préoccuper de recherche sur les questions d'enseignement et d'apprentissage. Parmi les actions proposées, il devrait d'abord y avoir une activité de réflexion partagée, sous forme de conférences, de cafés pédagogiques, de journées de formation, de séminaires d'échanges d'expérience. Ce lieu de ressources [livres, articles, conseillers, etc.] devrait également comprendre une sorte de « guichet » permettant de répondre à des questions ponctuelles : les enseignants pourraient se référer à des personnels d'expérience ayant acquis certains savoir-faire. Enfin, on devrait y faire de la recherche interdisciplinaire dans les champs de l'épistémologie des sciences enseignées, des didactiques des disciplines, de la pédagogie universitaire : par exemple, tel enseignant-chercheur en chimie intéressé par ces questions pourrait participer à des projets de recherche sur contrat ponctuel sans quitter son laboratoire de rattachement.

AEF : Vous êtes-vous inspiré d'expériences menées à l'étranger ?

Nicole Poteaux : Moi, qui suis angliciste, suis en effet partie de la culture anglosaxonne, mais aussi d'expériences francophones - belges, suisses, québécoises. Dans ces pays, on s'est interrogé sur ce que doivent être l'apprentissage et l'enseignement à l'université, au XXIe siècle : les enseignants font travailler leurs étudiants différemment et la mission d'enseignement est valorisée dans la carrière. On n'y pense pas, comme en France, qu'il suffit d'être savant pour savoir enseigner, mais on va plutôt demander aux nouveaux enseignants d'avoir un diplôme en pédagogie. À Strasbourg, nous nous sommes déjà inspirés de ces démarches pour créer des ateliers d'analyse des pratiques pédagogiques pour les jeunes doctorants : pour les valoriser, nous sommes en train de monter un projet de DU de pédagogie universitaire.

Globalement, donc, le rapport au savoir n'est pas le même. Mais apprendre, c'est savoir intégrer des connaissances, les transformer et les organiser. Le fait qu'à Londres, les bibliothèques soient ouvertes 24h sur 24h, est significatif. Pour ma part, je trouve que les universités françaises manquent de lieux de travail pour les étudiants, pour étudier, discuter, travailler en groupe. Nous pourrions y réfléchir.

AEF : À quels publics se destinerait cette « Maison de pédagogie universitaire », devenue aujourd'hui « institut » ?

Nicole Poteaux : Tous ceux qui veulent : les jeunes enseignants, chercheurs ou non, qui démarrent dans le métier, ceux en fin de carrière souhaitant faire part de leur expérience, et tous les autres désireux de réfléchir à leurs activités d'enseignement. Car il nous faut prendre en compte un phénomène galopant : les amphis se vident de leurs étudiants, qui ont compris qu'ils pouvaient aussi trouver du contenu de bonne qualité sur internet. Le rapport des enseignants-chercheurs aux Tice est ambivalent, comme l'a montré une recherche menée dans le cadre de la Maison des sciences de l'Homme de Lorraine (1). Les enseignants ont l'habitude d'évaluer ce qu'ils ont enseigné en cours ; l'idée d'évaluer des compétences se développe doucement. Par ailleurs, force est de constater que même en cours, les étudiants sont sur Twitter, Facebook ou regardent des séries. Ils sont toujours branchés : cette réalité , il faut l'affronter et en discuter. Il y a des solutions à esquisser : vu l'ampleur de l'absentéisme, même en TD, une réflexion est à mener sur l'évolution des publics, ainsi que sur l'évolution des technologies et de leurs usages. Autrement dit, nous avons à réfléchir à d'autres modes de travail avec nos étudiants.

Pour autant, assimiler l'innovation pédagogique seulement aux nouvelles technologies est une erreur courante. Mettre des cours sur Moodle, par exemple, ne change rien au modèle de transmission dominant. Ne peut-on pas remettre en question nos modèles pédagogiques ? Je prétends, à cet égard, que les étudiants ne travaillent pas vraiment. Ils viennent plutôt écouter et prendre des notes. Ce n'est pas un travail intellectuel suffisant. Ils devraient travailler davantage de façon interactive avec les enseignants et avec leurs pairs, grâce à des espaces adaptés. Pour être attractives dans la concurrence européenne, voire internationale, les universités doivent se préoccuper de la qualité de leur enseignement. Pour avoir de bons étudiants, il faut avoir un enseignement de qualité.

AEF : Pouvez-vous préciser quels seraient les « objectifs » majeurs de ce lieu de réflexion, pour tel ou tel cursus universitaire ?

Nicole Poteaux : Pour chaque enseignement dispensé, des questions se posent à deux titres. Sur le plan scientifique, on peut se demander comment sont choisis et organisés les savoirs composant une maquette de diplôme, ou comment passer de savoirs savants à des savoirs enseignés et appris par les étudiants, et on peut aussi envisager de nouvelles didactiques universitaires. Et, sur le plan pédagogique, d'autres questions se posent : quelles sont les stratégies mises en œuvre par les enseignants et les étudiants ? A quels modèles pédagogiques l'université se réfère-t-elle pour organiser ses enseignements et ses formations ? Enfin, comment la recherche sur ces questions de qualité pédagogique peut-elle influer sur la réussite des publics en formation ?

AEF : Dans quelles conditions le projet initial pourrait-il se réaliser ?

Nicole Poteaux :
Il a émergé il y a trois ans, dans le cadre du collégium « Éducation et Formation » dont je suis responsable (2). Lorsque je l'ai porté au président [Alain Beretz] en 2010, il m'a conseillé d'en faire part à Guy-René Perrin [délégué général aux investissements d'avenir]. Le comité dédié au PIA a décidé d'en reprendre l'idée pour en faire un instrument proposé dans l'idex, baptisé « Institut d'innovation pédagogique pour l'enseignement supérieur ». Sur le plan de la méthode, ce projet a été initié sur le mode bottom-up, avec des rencontres informelles sous forme d'ateliers, sur des thèmes annoncés : « pédagogie interactive en amphi », « le développement personnel des enseignants-chercheurs », « l'évaluation des étudiants » etc. Lancés en 2011, ces petits groupes ont été animés par Denis Berthiaume [professeur invité (AEF n°163155)] de l'université de Lausanne et moi-même. Nous sommes impatients de voir la suite qui lui sera donnée…
-- 
Jean-Marc DOUGUET, centre international REEDS-OVSQ, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines,
Bâtiment Aile Sud, 15 Bergerie Nationale, 78120 Rambouillet, France, (Secrétariat: 33.1.39.25.31.14 ou 31.24),
Site internet: http://newsreels.KerBabel.net/REEDS; www.education.ovsq.uvsq.fr

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