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Date: Thu, 16 Aug 2012 16:21:00 +0200
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Subject: Du bon usage de l'ethnicité...
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** Le Monde diplomatique **
16 août 2012
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De nos archives : juillet 1994
* Du bon usage de l'ethnicité...
*Nous avons commencé, le vendredi 13 juillet, une série
d'été qui puise dans le riche fonds d'archives du «
Monde diplomatique », désormais disponible sur DVD-ROM.
Dans les années 1990, avec les guerres dans les Balkans
et le génocide rwandais, apparaît la notion de conflits
« ethniques » ; elle prétend, largement à tort,
s'appuyer sur nos connaissances de l'Afrique.*
En quelques années, notamment sous l'influence des
conflits dans l'ex-Yougoslavie, le concept d'« ethnie
» s'est imposé sur la scène médiatique. Mais il faut
toujours se méfier des termes que l'on emploie trop
facilement...
par Catherine Coquery-Vidrovitch
« Ethnie », « ethnicité » : voici des mots qui
servent aujourd'hui à tout, donc à rien. Les
commentateurs les utilisent le plus souvent à tort et à
travers. Il paraît urgent de remettre un peu d'ordre afin
de savoir ce que l'on veut dire, quel concept se cache
derrière le mot.
Sait-on, d'abord, l'histoire du terme « ethnie » ? Il
serait apparu en 1787. Les variations de sens vont, en deux
siècles, passer d'un extrême à l'autre, tantôt
laudatif, tantôt péjoratif. Jusqu'au milieu du XIXe
siècle, le sens était aussi précis qu'il est oublié
aujourd'hui : celui de « païen » (dictionnaire
Littré). Les « ethnies » étaient les peuples non
chrétiens : autant dire, à l'époque, les sauvages (la
seule « civilisation » alors digne de ce nom étant la
civilisation judéo-chrétienne...). C'est dans les
années 1880, avec l'apparition de l'impérialisme
colonial, que le mot est récupéré par l'ethnographie
(le métier d'ethnologue apparaît en 1870). Le concept
d'« ethnie » est alors popularisé par les scientifiques
allemands, à partir d' *etnikum* ; on quitte, pour
désigner les « non-civilisés », le domaine strictement
religieux ; mais, à travers les thèses
pseudo-scientifiques en vogue à l'époque, une confusion
évidente s'établit entre les sens racial, linguistique
et psychosocial.
Changement de cap au temps des décolonisations, vers 1950 :
les coloniaux ayant usé et abusé du mot « tribu » pour
décrire les peuples autochtones, celui-ci a fini par
prendre, en Afrique noire, une connotation péjorative (mais
le mot demeure usuel au Maghreb, où il sert toujours à
désigner les groupements nomades). Les « anthropologues »
(lui aussi mot noble, puisqu'il affirme étymologiquement
une science de l'homme) redécouvrirent alors le mot «
ethnie ». Il fut régénéré en Afrique noire, lié à
l'idée que ces peuples précoloniaux avaient, comme les
autres, une histoire, aussi digne d'intérêt que les
autres.
Mais d'où vient qu'aujourd'hui tout ce qui a trait à
l'ethnicité soit, à nouveau, implicitement synonyme de
sauvagerie ? C'est parce qu'on utilise le même mot pour
désigner un contenu différent suivant les temps de
l'histoire.
Le « sentiment ethnique » tel que compris par les
historiens, c'est tout simplement le fait national
précolonial. Il désigne un moment bien particulier : celui
qui précède la conquête. Les peuples alors indépendants
ont connu, à leur façon mais comme ailleurs, un processus
de constitution de « nations », c'est-à-dire la
conscience d'appartenir à une communauté linguistique,
culturelle et politique héritée d'un passé commun.
Mais, bien sûr, toute collectivité soucieuse de légitimer
son histoire était prompte à la réinterpréter
idéologiquement au nom d'une « parenté sociale »
rêvée ou reconstituée à travers des « mythes
d'origine » (tous seraient plus ou moins descendus du
même ancêtre).
A l'époque coloniale, un double courant consolida ces
vues : d'une part, l'ethnographie coloniale fut trop
contente de figer ces réalités mouvantes à l'intérieur
de territoires stables, propres à faciliter dénombrements,
levée de l'impôt et recrutements de travailleurs : les
« ethnies » devinrent « tribus » ce qui permettait
doublement d'évacuer l'idée de « nation », domaine
réservé de l'Etat occidental. D'autre part, le rejet
du modèle blanc incita les Africains à entrer dans ce jeu
: l'oppression favorisa la quête désespérée d'un
ré-enracinement identitaire ; le sentiment ethnique devint
revendication de leur différence : il se rigidifia, voire
s'inventa comme autonome et ancien (...)
Lire la suite de cet article
de Catherine Coquery-Vidrovitch :
http://www.monde-diplomatique.fr/7336
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