la ville de Conakry

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Dec 15, 2007, 10:36:49 AM12/15/07
to CEADT

Bonjour chers amis

J'ai encore trouvé un texte sur internet qui devra faire réagir nos
amis guinéens.Mais au délà c'est toute la question de développement de
nos villes qui est posée.

Alors cet auteur propose que la ministère guinéen de l'habitat et de
l'urbanisme soit transformé en ministère de la ville et de
l'aménagement du territoire.

Je vous laisse découvrir et invite Ladji et son collègue à réagir.

Merci et bonnes fêtes.


SIte WEB: http://www.africatime.com/guinee/



Une capitale qui fera la fierté de tous les Guinéens
(Le Jour (gn) 14/12/2007)

La population de Conakry a doublé en cinquante ans, passant ainsi de
moins 100 000 habitants en 1958, au moment de l'indépendance, à 1, 5
millions en 2007. Autrement dit, près d'un Guinéen sur 10 réside
désormais à Conakry. Rien d'étonnant que nos frères et sOEurs de la
campagne perçoivent Conakry comme leur eldorado puisque c'est le
principal pôle économique et culturel du pays. Par contre, Conakry est
toutefois une petite bourgade comparativement à ses grandes voisines
comme Lagos avec ses 9.013.534 habitants et Abidjan avec ses 5 068 858
habitants, selon des statistiques datées de 2006.


Aujourd'hui, les Guinéens de toutes origines rêvent d'avoir une belle
capitale dont ils pourront être fiers - c'est-à-dire - une ville phare
qui serait la nouvelle destination dans la sous région ouest
africaine. Or, rien ne nous donne l'impression que ce rêve se
concrétisera sous peu car notre capitale n'a bénéficié d'aucune
transformation majeure et ce, ni après l'avènement de Conté au
pouvoir, ni après la nomination de Lansana Kouyaté. Les timides gestes
posés par nos gouvernants successifs se limitent à la rénovation
sommaire des vieux bâtiments datant de l'époque coloniale. Or, Conakry
a besoin d'une véritable cure de jeunesse pour la débarrasser des
nombreux obstacles qui freinent son développement : une organisation
administrative inadaptée, une gouvernance trop centralisée,
l'aggravation de problématiques urbaines diverses ainsi que
l'étalement urbain non maîtrisé.




1- Une organisation administrative qui assure la suprématie d'un
gouverneur

Depuis l'indépendance de la Guinée en 1958, la ville de Conakry a été
l'objet de plusieurs changements au plan territorial et administratif.
C'est ainsi que les fédérations et les préfectures de l'époque
touréenne ont cédé la place aux communes urbaines de celle de Conté.
L'agglomération de Conakry compte de nos jours cinq communes urbaines
et un gouvernorat. Le gouverneur est à la tête de Conakry secondé par
les cinq maires des communes urbaines de Conakry. Ceci est en
contradiction avec la finalité de la politique de décentralisation qui
était de remettre le pouvoir aux maires élus démocratiquement dans les
cinq communes urbaines et voir la disparition du poste de gouverneur.
Or, ce poste est toujours maintenu à Conakry et ceux de préfets et de
sous-préfets n'ont pas été non plus supprimés à l'intérieur du pays.
Ces derniers ne jouissent pourtant d'aucune légitimité populaire. Le
pouvoir de ces fonctionnaires de l'État n'est fondé que sur la
répression. Leur maintien n'est pas un hasard en soi puisque ces
fidèles serviteurs du régime en place sont là pour défendre ses
intérêts face aux élus qui sont parfois issus des rangs de
l'opposition.




L'exemple du Gouverneur de Conakry illustre bien cette confusion
entretenue savamment par les différents régimes. Mieux, aucun
gouverneur n'a réellement OEuvré pour faire de Conakry une capitale
moderne digne de ce nom. La plupart d'entre eux se sont plutôt
illustrés par leurs frasques et leur mégalomanie. Récemment, l'actuel
gouverneur de la capitale n'a trouvé mieux que d'abattre les arbres
qui bordent les rues de la capitale sous prétexte qu'il veut assainir
Conakry.




Aujourd'hui, les Conakrikas n'ont pas besoin d'un Gouverneur pour être
gouvernés. Ce poste à connotation coloniale doit disparaître pour être
remplacé par un poste de maire comme c'est le cas dans toutes les
grandes métropoles africaines. Les cinq communes urbaines devraient, à
leur tour, être transformées en des arrondissements qui seraient
dirigés par des élus. Bref, notre capitale doit être dirigée par un
seul maire qui représentera notre ville à l'étranger lors des
rencontres internationales.




Par ailleurs, le pouvoir municipal devrait être dissocié de celui
national. Le monde municipal pourrait être ainsi organisé selon un
code électoral distinct avec des partis politiques qui ne militeraient
pas au plan national. Le Parti qui gagnerait les élections municipales
formerait l'équipe dirigeante de la ville et nommerait aussi les élus
qui dirigeraient les cinq communes urbaines de Conakry. Un conseil
d'agglomération composé des cinq dirigeants des communes urbaines
assumera la gestion de Conakry. Une telle innovation permettra à la
démocratie de s'exercer de manière transparente dans nos villes. Ce
sont les élus et non des fonctionnaires nommés par décret qui doivent
assumer le rôle de leadership au plan municipal.

Autre changement de structure majeure qui s'impose concerne le
ministère de l'habitat et de l'urbanisme. Ce dernier devrait être
transformé en ministère de la ville et de l'aménagement du territoire.
Celui-ci orientera ses programmes et actions sur la prise en charge
des grands chantiers menés à Conakry et à l'intérieur du pays. Il
devrait aussi mener à terme la politique de décentralisation initiée
au milieu des années 1980. Les grandes fonctions du ministère de
l'urbanisme et de l'habitat comme par exemple la délivrance des permis
de construction, de la collecte des déchets et des impôts fonciers
tout comme la gérance des marchés publics et des gares routières
devrait désormais être assumées par la nouvelle mairie de Conakry. Ce
serait là ses principales sources de revenus. Les autres fonctions du
ministère de l'urbanisme et de l'habit seraient annexées au nouveau
ministère de la ville et de l'aménagement territorial.




Il faudrait également songer à démanteler le ministère de l'intérieur
et de la sécurité. La création d'un ministère de la sécurité publique
qui aura principalement pour mandat d'assurer la protection de nos
citoyens et de leurs biens est vraiment nécessaire dans le contexte
actuel. La mairie de Conakry disposera d'une police urbaine qui
assurera la sécurité dans la métropole et oeuvrera à l'application du
code de la sécurité routière auprès des usagers de la route. Cette
police urbaine travaillera en partenariat avec la police nationale qui
relèvera du ministère de la sécurité publique. Ce dernier s'occupera
des crimes de plus grande ampleur comme le trafic des stupéfiants, des
enfants et des fraudes de diverses sortes à l'échelle du territoire
national. Les autres fonctions du ministère de l'intérieur seront
rattachées à la défense nationale.




2- Des problématiques récurrentes à Conakry qui exigent des solutions
concertées

Les problèmes auxquels font face la ville de Conakry de nos jours
n'ont pas vraiment changés puisqu'ils sont identiques à ceux de la
première république: manque d'eau courante, d'électricité, de
transport urbain, l'insalubrité omniprésente, l'insécurité toujours
présente, la pollution de l'air et les embouteillages etc. Certains
qui étaient jusque là inexistants se sont amplifiés de nos jours.
C'est le cas par exemple de l'insécurité et le grand banditisme qui
ont pris des proportions inquiétantes dans notre capitale depuis
l'avènement de Lansana Conté au pouvoir. C'est ainsi que les vols à
mains armées, le kidnapping, les gangs de jeunes dans les quartiers et
dans les écoles sont aujourd'hui des phénomènes auxquels les
Conakrikas se sont accommodés. Les coupures intempestives d'eau
courante et d'électricité sont tellement intégrées dans la mentalité
populaire que c'est devenu une situation normale. L'insalubrité qui
devrait en principe être gérée par la ville est gérée de manière
désordonnée. Quant au transport urbain, les Conakrikas attendent
toujours les deux cents (200) bus promis par le gouvernement de
consensus afin de pouvoir se déplacer dans des conditions décentes.




Les solutions à ces problèmes récurrents de la ville de Conakry
exigent une concertation de tous les acteurs concernés, soit l'État,
la ville de Conakry et les entrepreneurs locaux. Notre capitale a
besoin d'une véritable politique urbaine accompagnée d'un plan
d'action qui mettra en avant la construction massive de tours à
bureaux au centre-ville et des quartiers résidentiels en banlieue. Le
gouvernement devrait par exemple s'engager d'ici 2010 à construire au
moins 1000 logements par an à Conakry. Ceci permettra de faire évacuer
progressivement certains quartiers du centre-ville. Les 200 logements
projetés sont nettement insuffisants pour rélocaliser par exemple les
habitants des quartiers centraux comme Tombo, Coronthie et Boulbinet.
Ces bidonvilles situés en plein centre-ville devraient pourtant
rapidement laissés la place à des tours de bureaux.




Il est plus que temps d'entreprendre d'importants chantiers
urbanistiques à Conakry pour en faire une métropole moderne. Et ce
n'est pas un luxe ! En effet, les plus grands développements urbains
dont a bénéficié Conakry remontent en 1897. Depuis cette époque, le
plan de la ville n'a en effet connu aucune modification majeure. Les
différents plans de développement urbain (PDU) n'ont apporté que des
améliorations mineures à Conakry au plan urbanistique car l'on y
retrouve encore les mêmes boulevards et les mêmes avenues sauf que les
anciens noms ont été remplacés par de nouveaux après l'indépendance.
Il est donc assez clair que notre capitale a été négligée par les
pouvoirs publics. Or, tout reste à faire aujourd'hui dans notre
capitale tant son état de délabrement est avancé. Les infrastructures
urbaines, les équipements collectifs (école, hôpitaux, marchés etc.),
les égouts, les systèmes d'alimentation en électricité et en eau
courante et le transport urbain sont tous déficients.

De plus, Conakry connaît un développement désordonné qui est non
maîtrisé par les pouvoirs public. Le pouvoir coutumier a pris le
dessus sur le pouvoir de l'État dans la gestion des parcelles de
terrain. Cette situation qui facilite l'anarchie explique l'explosion
des conflits domaniaux et l'étalement de la ville. L'étalement urbain
n'est pourtant pas un modèle à suivre puisqu'il accapare les
ressources collectives au profit d'une minorité d'individus riches qui
vivent loin de la ville mais profitent de ses bienfaits. C'est un
phénomène qu'il faudrait rapidement freiner. Sinon, on assistera à un
gaspillage de l'espace puisque la plupart des constructions
périurbaines se font de façon horizontale.




Même si elles ne sont pas exhaustives, les propositions suivantes
pourraient aider à mieux réguler la circulation et à diversifier les
pôles de développement à Conakry. Il s'agit de la construction de deux
ponts, l'un à la corniche sud et l'autre à la corniche nord afin de
désenclaver certaines zones de Conakry et spécialement le Centre
d'affaires de Kaloum qui représente le pôle économique de la capitale.
Mieux encore, pourquoi ne pas étudier la faisabilité de la
construction d'un tunnel sous la mer à l'image de celui creusé sous la
Manche reliant l'Angleterre au continent européen. La concrétisation
de ce tunnel faciliterait l'accessibilité des Îles de Loos dont le
potentiel touristique pourrait être ainsi mieux exploité ! Il serait
tout aussi impératif de dégager les couloirs réservés à la circulation
de la brise marine qui sont occupés présentement par des supermarchés
et des immeubles construits aux bords de la mer. Ces constructions
font écran à la circulation de l'air pendant les périodes de canicule.
Ces espaces devraient plutôt être emménagés en parcs publics dont
Conakry manque cruellement.




Par ailleurs, les pontons érigés de part et d'autre de l'autoroute
Fidel Castro pour contraindre les piétons à les utiliser sont tout à
fait ridicules. On peut à la place songer plutôt à construire des
échangeurs, des viaducs qui permettront autant le passage des
véhicules que des piétons et mêmes des cyclistes.

Chose importante à souligner, ces chantiers doivent impérativement
être menés par des firmes d'ingénieries compétentes avec l'implication
d'experts locaux. En effet, il serait tout à fait irresponsable de
confier la réalisation de ces travaux d'envergure à des sociétés mal
équipées ou à des entreprises chinoises qui ont la réputation de ne
pas embaucher d'ouvriers locaux. Le gouvernement doit en effet saisir
l'occasion pour donner la priorité d'emploi à nos entrepreneurs et à
nos jeunes ouvriers en ajoutant une clause obligatoire de leur
embauche aux contrats offerts aux entreprises. C'est ce qu'on appelle
dans le jargon alter mondialiste gérer intelligemment son
développement.




3- Des réformes majeures et des constructions massives s'imposent

Pour mener à bien ces réformes urbaines, il faut que nos gouvernants
se positionnent comme des acteurs proactifs et non comme des
attentistes qui valorisent l'immobilisme. Ils doivent mettre en branle
une série de réformes orientées vers la construction massive
d'équipements collectifs et l'adaptation des structures
administratives de notre capitale.




Certains internautes ont avancé ici l'idée de déplacer notre capitale
à l'intérieur du pays et faire de Conakry notre capitale économique.
Je ne suis pas contre l'idée. Mais il faudrait tout d'abord investir
massivement à Conakry pour en faire une véritable capitale économique.
Aujourd'hui, elle est loin d'avoir ce statut avec son quartier
d'affaires qui n'est qu'un ramassis de bâtiments raccommodés hérités
de la colonisation en majorité. Nos architectes, nos urbanistes, nos
sociologues urbains, nos élus locaux, nos entrepreneurs et nos
décideurs politiques devraient se concerter pour trouver des solutions
novatrices capables de débarrasser notre capitale de sa réputation de
ville poubelle de la sous région. La ville de mon enfance ne mérite
plus une telle réputation. Ce n'est ni la construction de deux cents
nouveaux logements, ni l'embellissement de ces carrefours qui
redonnera à Conakry son statut de perle de l'Afrique de l'Ouest.




Le gouvernement devrait plutôt mettre l'effort sur le réaménagement du
Plateau de Koloma. Il est évident que le mandat de l'actuel
gouvernement prendra fin en 2010. Pourquoi ce gouvernement ne se dote
pas d'une politique urbaine triennale qui sera arrimée à cette date ?
Ce serait l'occasion rêvée pour aménager le Plateau de Koloma pour en
faire le nouveau Centre directionnel de Conakry en 2010. La
délocalisation des services publics vers Koloma devrait aider à
résoudre en effet le grave problème de circulation auquel la capitale
guinéenne fait face de nos jours parce que tous ses services restent
maintenus et concentrés dans la commune de Kaloum.




Le chef de gouvernement pourrait donner l'exemple délocalisant sa
Primature vers Koloma. Ce geste hautement symbolique pourrait
accélérer l'implantation des autres ministères dans ce lieu.
Aujourd'hui, seule la RTG s'y est implantée avec comme voisin immédiat
l'ambassade américaine. La finalisation de la construction de la
Primature à Koloma d'ici le 2 octobre 2008 par exemple rendra plus
crédible aux yeux des populations la volonté manifeste du gouvernement
actuel de fêter le cinquantenaire de l'indépendance de notre pays.
Pour fêter un tel événement, il faut lui trouver des objectifs
concrets comme par exemple la rénovation du Palais du peuple, la
finalisation de la construction du nouveau stade de football, prévu à
Lanbanyi et la rénovation complète des hôpitaux de Donka et d'Ignace
Deen, à défaut d'en construire de nouveaux. Nos autorités sont
capables en effet d'offrir à nos concitoyens au moins un hôpital
public moderne bien équipé qui permettra de soigner nos grands malades
sur place au lieu de les évacuer ailleurs. Si les autorités sont en
mesure de régler définitivement les problèmes d'électricité, d'eau
courante et de transport à Conakry d'ici le 2 octobre 2008, ce sera
également un objectif dont les populations soutiendront la
réalisation.


Dans ma prochaine analyse, j'aborderai une question qui me tient
particulièrement à cOEur à savoir le rôle des ou de la diaspora
guinéenne dans le développement de sa terre natale. Je traiterai de
questions suivantes : existe-t-il une ou des diasporas guinéennes? Sur
quelle base se construit la ou les diasporas guinéennes? Comment
pourrait t-elle influencer la politique dans leur pays natale et
d'adoption ? Quelle action pourrait entamer le gouvernement guinéen
pour inciter sa ou ses diasporas à s'impliquer davantage dans le
développement de sa terre natale ?

Dr. Cellou Barry, Montréal



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