La Femme Au Tableau

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Adrienne Borgman

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Aug 5, 2024, 2:11:09 AM8/5/24
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Lun des chefs d'œuvre du matre espagnol Pablo Picasso, "Femme la montre", a t vendu aux enchres mercredi 8 novembre au soir 139,3 millions de dollars par la maison Sotheby's New York, soit le deuxime prix jamais atteint pour cet artiste mort il y a 50 ans.

Cette toile appartenait la richissime New-Yorkaise Emily Fisher Landau, morte cette anne 102 ans, et dont la collection de Jasper Johns, Willem de Kooning, Mark Rothko et Andy Warhol est propose aux enchres lors de deux soires spciales mercredi et jeudi au sige de Sotheby's New York.


Selon Julian Dawes, patron des ventes des arts impressionniste et moderne chez Sotheby's, le tableau du matre espagnol "est un chef d'œuvre dans toutes ses dimensions (...), peint en 1932, 'annus mirabilis' pour Picasso (anne des miracles, NDLR)".


Marie-Thrse Walter fut la "muse dore" de Picasso, son grie rencontre en 1927 Paris alors qu'il tait mari la danseuse de ballet russo-ukrainienne Olga Khokhlova. Cette mme Marie-Therse Walter avait t peinte par Picasso en "Femme endormie" (1934), une toile qui sera mise aux enchres jeudi par la rivale de Sotheby's, Christie's, qui espre atteindre un prix de 25 35 millions de dollars.


Un autre Picasso de 1932 avait t vendu 106 millions de dollars par Christie's en 2010. La vente de mercredi soir est la deuxime plus chre pour les œuvres de Picasso, l'artiste ayant dornavant au moins six tableaux valoriss au-dessus de 100 millions de dollars.


Son record absolu est "Les femmes d'Alger (Version 'O')" 179,4 millions de dollars : cette huile sur toile peinte en 1955 est l'œuvre moderne la plus chre jamais vendue aux enchres. Au moment de sa vente, le 11 mai 2015 chez Christie's New York, il s'agissait mme du record absolu pour une enchre d'art, dpass depuis par le "Salvator Mundi" attribu Lonard de Vinci, adjug 450 millions de dollars en 2017.


Dans le contexte international de guerres en Ukraine et au Proche-Orient et d'inflation, le march de l'art continue d'afficher une sant insolente : la saison d'automne New York pour les grandes maisons d'enchres Sotheby's et Christie's, qui a commenc mardi pour une semaine, devrait rcolter des milliards de dollars de ventes.


Le Prteur et sa Femme, parfois aussi appel Le Changeur et sa Femme[1], Le Peseur d'or et sa Femme[2] ou encore Le Banquier et sa Femme[3] est un tableau du peintre flamand Quentin Metsys ralis en 1514. Cette huile sur panneau, conserve au muse du Louvre, Paris, parat au premier abord tre une scne de genre. Elle se rvle en fait une reprsentation allgorique et moralisatrice (signes de vanit associs aux symboles chrtiens du memento mori tels que la bougie teinte, la balance du Jugement dernier, dnonciation de l'avarice et exaltation de l'honntet) de la profession du prteur d'argent voulant inciter les banquiers une modration chrtienne, voire rasmienne, dans la pratique de leurs affaires, comme le montre clairement Quentin Metsys six ans plus tard dans un autre tableau aux personnages grotesques, intitul Les Usuriers.


Un rflexe contemporain, qui verrait dans ce tableau un double portrait priv, est carter immdiatement. En effet, mme si le rapprochement avec une œuvre comme Les poux Arnolfini peinte par Jan van Eyck un sicle plus tt (1434, National Gallery, Londres) est de prime abord particulirement tentant, et qu'il est vrai que le genre du portrait priv se dveloppe tout particulirement partir du XVe sicle en Europe, l'absence d'identification prcise des deux personnages mis en scne, ainsi que le caractre archasant pour l'poque de leurs habits, doit infirmer cette premire hypothse d'une commande prive de bourgeois[4].


Le tableau pourrait, en second lieu, voquer une scne de genre, figurant une scne de la vie quotidienne dans un milieu raliste, savoir, une scne de change dans le comptoir d'un changeur d'une ville commerante de la Flandre de la Renaissance, comme le suggre le titre retenu par le muse du Louvre. Les nombreux dtails ralistes renvoyant un univers familier du peintre flamand, matre au sein de la guilde des peintres d'Anvers depuis 1491, pourraient aller dans ce sens[5].


Si le tableau reprsente une scne d'intrieur, le miroir convexe, pos sur la table et orient vers la gauche du spectateur, reflte une fentre croise qui s'ouvre vers l'extrieur. Les deux vitres suprieures reprsentent deux croix quadrilobes, rouge et bleue. Dans la vitre infrieure gauche, on distingue, se dressant au-dessus des arbres, la flche gothique d'un beffroi, lment d'architecture typique de la Belgique et du Nord de la France. La forme lance de celle-ci n'est d'ailleurs pas sans rappeler le beffroi ecclsiastique de la cathdrale Notre-Dame d'Anvers - sans cependant renvoyer exclusivement ce dernier.


La Flandre, et tout particulirement les villes d'Anvers et de Bruges, sont au dbut du XVe sicle des centres conomiques de la plus haute importance, carrefours d'changes entre le Nord et le Sud o se croisent marchands et banquiers venus de l'Europe entire. Cette activit frntique de commerce entrane donc le dveloppement de la profession de prteur et, le cosmopolitisme des marchands, l'activit de changeur.


Devant l'homme, dans l'angle infrieur gauche du panneau, se trouvent divers objets reprsentatifs de son mtier. On remarque un hanap de cristal facettes ouvrag incrust de mtal, une bourse d'toffe noire ouverte, laissant voir des perles brutes, ainsi qu'un rouleau de papier dans lequel sont enfiles quatre bagues montes de pierres prcieuses, alternativement rouges et vertes. Ces objets placs sur la table, ct d'un tas de pices d'or de diffrentes provenances, suggrent leur conversion en espces sonnantes et trbuchantes[6].


Devant l'homme se trouve un monceau de pices de pays et d'poques divers. On peut identifier, grce la perfection raliste du rendu des pices par le peintre, l'avers d'un cu d'or du royaume de France, reconnaissable au bouclier, ou cu , encadrant trois fleurs de lys et surmont d'une couronne(sur le tas de pices gauche, au-dessous de la bague du prteur), et celui d'une augustale de Frdric II, empereur du Saint-Empire romain germanique au XIIIe sicle ( droite du tas, entre le plateau du trbuchet et le godet pos derrire celui-ci sur la table). On peut galement identifier en grandeur naturelle un trifollaro de Sicile, un penny anglais[7].


L'homme est entirement absorb par la pese de pices au moyen d'une petite balance de changeur portative flau, aussi appele trbuchet, et dont l'tui noir est pos devant lui. Il en vrifie le poids grce une pile de Charlemagne[8], srie de godets de mtal s'embotant les uns dans les autres, dont la bote est ouverte ct de lui. Cette opration a pour but, non seulement d'valuer le poids exact de la pice afin d'tablir son quivalence avec les autres, mais aussi d'en vrifier la teneur exacte en mtal prcieux, une poque o il n'tait pas rare de rogner les pices, notamment sur la tranche, pour en rcuprer la limaille. Cette vrification du poids au trbuchet, prcde gnralement d'un examen empirique du son de la monnaie, tait cens vrifier le bon aloi de la pice, et est l'origine de l'expression espces sonnantes et trbuchantes.


La nature prcise de l'opration reprsente sur le tableau - qui a donn lieu aux hsitations sur son titre - reste ambigu, et ne permet pas de trancher rellement en faveur de prteur ou de changeur . Le miroir convexe dsigne certes clairement le client plac devant la table, et dont le bras repose sur le bord de la fentre. Mais qu'attend-il prcisment du prteur ? Est-il venu changer des valeurs (vase, perles, bagues) contre des espces, que le prteur lui pserait une une : celle sur le trbuchet, celle qu'il tient entre ses doigts et les deux poses sur la table, l'une sur l'autre, au plus prs du client) ? Ou au contraire, dans une transaction et un mouvement inverses, le client viendrait-il changer ses pices, qu'il aurait poses sur la table, et que le prteur vrifierait une une, avant de les joindre son tas ? Toujours est-il que le centre d'intrt du tableau, celui qui attire les regards des trois personnages, est l'or, faisant presque oublier qu'il ne s'agit l que d'un sixime de la surface de l'œuvre.


L'hypothse la plus gnralement admise quant signification de ce tableau serait qu'il s'agit d'une œuvre caractre allgorique et moralisateur, sur le thme de la vanit des biens terrestres opposs aux valeurs chrtiennes intemporelles, et d'une dnonciation de l'avarice, comme pch capital.


Le tableau joue sur des effets d'chos et d'oppositions, entre le prteur et sa femme. Du point de vue de la composition, le tableau prsente une symtrie nette entre la droite et la gauche, le couple penchant leurs bustes respectifs l'un vers l'autre, de part et d'autre d'un axe vertical mdian. Du point de vue des couleurs, le gris-bleu de la veste de l'homme, et le vert de sa coiffe, s'opposent au rouge de la robe de la femme. Ce mme contraste de couleurs se retrouve, invers et en miniature, dans les motifs quadrilobs du haut de la fentre, reflts dans le miroir convexe. Mais l'homme et la femme se correspondent par la richesse de leurs vtements et des bijoux dont ils sont pars : fourrure au col et aux manches du couple, pingle d'or ornant le milieu de la coiffe de la femme, sur son front, bagues, l'index droit pour l'homme, l'auriculaire droit pour la femme. Les mains effectuent d'ailleurs des gestes similaires : pince des doigts de la gauche, en l'air, qui retient, le trbuchet pour l'homme, et la page d'un livre d'Heures pour la femme, main droite reposant sur la table, une pice entre le pouce et l'index repli pour l'homme, le majeur retenant le fermoir du livre d'Heures pour la femme. Cependant, la symtrie est complique par le fait que les mains de la femme se croisent, et non celles de son mari. Partant des deux mains gauches, deux mouvements de rotation se correspondent : celui du trbuchet pivotant autour de son axe, et celui de la page tourne du livre sacr, maintenue en l'air dans l'instant du tableau.


Sur l'tagre suprieure, on distingue, de gauche droite, une carafe de verre transparent de forme cylindrique, remplie d'eau, symbolisant traditionnellement l'Immacule conception (la lumire traversant la carafe et l'eau sans les corrompre), puis, maintenus deux clous plants sur l'tagre, un chapelet de six perles de verre, symbole de la Vierge, et un second trbuchet rappelant peut-tre la balance du Jugement Dernier. Plac droite d'un rouleau de parchemin, un petit plateau de mtal cisel se trouve derrire un fruit peau granuleuse (une pomme, allusion traditionnelle au pch originel d've ?). Reposent enfin des titres et des gages rcemment amens, des papiers avec des lignes de compte et des livres dont l'un est surmont d'un rouleau de parchemin sur lequel l'artiste a discrtement appos sa signature, y dessinant une sorte de croix faite d'un marteau et d'une enclume, peut-tre une allusion son premier mtier de forgeron[11].

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